LES THEATRES PUBLICS SOUS L'EMPIRE
de hauteur, dessine leurs costumes et les habille en princes, en princesses, en maréchaux, en ministres, en grands officiers, etc — Le tout est prêt en deux jours : il fait alors dresser par l'architecte Fontaine, également décorateur de théâtres, le plan en relief de Notre-Dame, à l'échelle des poupées. Trente-six heures après la commande, Isabey se rend devant le souverain, lui déroule son plan, dispose les personnages, au grand ébahissement de Napoléon, qui fait appeler Joséphine et toutes les dames, ainsi que les officiers de service au palais, et procède à la répétition générale du sacre. Le lendemain, Isabey était dessinateur du cabinet de l'Empereur'.
A partir de 1808, lorsqu'on installe des théâtres dans les palais, à Fontainebleau, à Compiègne ou aux Tuileries, Isabey est seul chargé de la composition des maquettes. Sur ses modèles, les décors sont exécutés en grand par Mœnch père et fils, Malins et Desroches, Lemaire, Ciceri et Gigun2.
A l'Opéra, Degotti avait pris en j 8o4 le titre de décorateur en chef. Mais Napoléon, qui examinait les comptes, ne fut pas satisfait de ceux de cet Italien, et, donnant comme prétexte qu'il n'établissait jamais de devis, soit avant, soit après l'exécution de ses travaux, il le remplaça par Isabey. Ce dernier conserva ses fonctions jusqu'en 181 5, et durant la fin de la période impériale il eut la haute main sur tous les artistes travaillant pour la scène lyrique3.
Le 29 novembre 1809 eut lieu la première réprésentation de l'Opéra de Fernand Cortez, de Spontini. Sa décoration avait coûté 77000 francs. Nous n'en connaissons ni les détails ni les auteurs; mais à un moment du spectacle avait lieu sur la scène une charge de cavalerie exécutée par Franeoni et ses écuyers4, ce qui fit dire à un gavroche du parterre : « Ici on chante â pied et à cheval ».
Dans les reprises de l'opéra de Lodoïska et d'autres pièces, on exécutait des feux d'artifice et des effets de pyrotechnie avec pluies de feu qui n'étaient pas sans danger, car on doit constater que durant les premières années du siècle les commencements d'incendie furent aussi fréquents que de nos jours, puisqu'on en compte neuf à l'Opéra en l'an XI. Chaque fois, on put les éteindre â temps, grâce au dévouement
1. Ed. Taigny, J.-B. Isabey, sa vie et son outre, Paris, [ 86g, p. 5i.
■2. Archives nationales, O2 3o et suiv.