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CHAPITRE VIII

LE THEATRE PENDANT LA MONARCHIE DE JUILLET LE THEATRE PATRIOTIQUE — LE THEATRE HISTORIQUE LES THEATRES DU BOULEVARD

A côté du mouvement romantique, qui demandait surtout ses sujets au Moyen Age et à la Renaissance, se créait, se développait le mouvement patriotique.

En effet, la révolution de Juillet ne fut pas une révolution politique, mais un acte de revanche patriotique contre les traités de i8i5 et le gouvernement que l'ennemi vainqueur nous avait imposé. Harel, alors directeur de l'Odéon, le comprit de suite, et, sans même attendre La fin delà bataille du 29 juillet, il se précipitait chez Alexandre Dumas et lui demandait un drame intitulé Napoléon Bonaparte.

Pour l'avisé directeur de l'Odéon, l'épopée qui commence à Toulon pour finir après Waterloo sur le rocher de Sainte-Hélène était le sujet qui répondait le mieux au courant patriotique de l'opinion. Rappeler les hauts faits des armées françaises à travers l'Europe, c'était pour la grande masse des Français d'alors le véritable moyen de se venger de la Sainte Alliance et de l'occupation étrangère de 181 5. Harel ne se trompait pas; et si Dumas ne répondait pas de suite à ses instances, moins de trois mois après les trois a glorieuses » journées on vit apparaître plus de six pièces sur Bonaparte : la Redingote grise aux Variétés, Napoléon à l'Ambigu, Napoléon à Schœnbrùnn à la Porte-Saint- Martin, le Passage du mont Saint-Bernard au Cirque- Olympique, Bonaparte à Brienne aux Nouveautés de la place de la Bourse. Le fameux Napoléon Bonaparte d'Alexandre Dumas continua à l'Odéon la série des spectacles napoléoniens, qui devaient se renouveler souvent au théâtre et même dans la rue, comme par exemple au retour des Cendres, le i/j décembre 1840.

LE THEATRE PATRIOTIQUE

Malgré le très vif succès de Napoléon à Schœnbriïnn, Alexandre Dumas avait tellement tardé, que sa pièce, commandée en juillet, ne fut jouée que le 10 janvier 1 83 1 .

L'auteur a pris soin de nous avertir, en parlant de la valeur littéraire de son œuvre, que c'était une « mauvaise pièce », usant en cela de la même franchise et de la même bonhomie qui lui faisaient dire, à propos de son drame de Henri III, qu'il était tout simplement une admirable pièce1.

Quant à la mise en scène, quoiqu'elle eût demandé des efforts considérables et coûté 70 000 francs à la caisse d'Harel, elle ne pouvait être réussie, en raison des difficultés à vaincre, car Napoléon Bonaparte n'avait pas moins de dix-neuf tableaux, dont quelques-uns de très grande envergure2.

« Vouloir représenter sur la scène de l'Odéon les mouvements des masses d'artillerie dispersées en plusieurs batteries de position telles que les employa Bonaparte au siège de Toulon; faire, par une manœuvre de tangage, arriver de l'île d'Elbe à Cannes un simulacre de vaisseau immobile sur ses ancres de carton; et enfin donner par la chute d'une douzaine de soldats le spectacle des désastres du passage de la Bérésina : c'est là une sorte de confiance enfantine et badine que Dumas seul pouvait avoir. Ces copies imparfaites d'une terrible et inimitable réalité dégénéraient en véritables parodies, et le public souriait souvent de ces calques impuissants.

« D'autres tableaux furent mieux accueillis parce qu'ils ont été mieux conçus. On admet facilement au théâtre de belles et grandes évolutions militaires. Deux cents hommes en figurent vingt mille : les dernières colonnes sont censées se perdre dans le lointain de la perspective. C'est l'affaire d'une toile de fond et d'une sortie artistement ménagée. Un salon sera rempli de tous les grands corps de l'Etat; quarante membres sont sur la scène, l'imagination les décuple; il en sera de même de la cour de Fontainebleau et des adieux de la garde au départ; de même de la rentrée du 20 mars aux Tuileries et de la population qui se presse

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