I. Théophile Gautier, op. cit., t. lit
LE THÉÂTRE CONTEMPORAIN
En môme temps, dans la salle élégante et jolie, quoique un peu sombre, de la Renaissance, on jouait pour La première fois, et comme spectacle d'inauguration, le 8 novembre 1 8 3 8 , le Ruy Blas de Victor Hugo, bientôt suivi des drames de Frédéric Soulié : Diane de Ghivry, le Fils de la folie, Clotilde, le Proscrit, etc., et de ceux d'Alexandre Dumas : Paul Jones et l'Alchimiste.
Le genre spécial des théâtres du boulevard pendant la monarchie de Juillet est la féerie. Ce n'était pas précisément un spectacle nouveau, puisqu'il existait déjà avec YArmide de Quinault, l'Andromède de Corneille et la Psyché de Molière, et que sous le premier Empire on avait représenté les féeries fameuses du Pied de mouton, des Pilules du diable et de Peau d'âne. C'est vers i83o que le genre des féeries s'introduisit tout à fait dans les habitudes théâtrales, et trouva dans le développement de la mise en scène et les découvertes de la mécanique moderne des auxiliaires puissants, destinés à lui assurer le succès. C'est qu'en effet, la féerie n'exige aucune action, aucune logique; « c'est une sorte de rêve qu'on ferait tout éveillé, où les personnages, brillamment vêtus, s'agitent à travers un perpétuel changement de tableaux, affolés, ahuris, courant les uns après les autres, cherchant à rattraper l'action qui s'en va on ne sait où ; c'est une symphonie de formes, de couleurs et de lumières, dont l'éblouissement suffit à faire passer une soirée agréable en enlevant aux arides et prosaïques soucis de la réalité les âmes fatiguées d'une vie monotone, en faisant comme une trouée d'azur dans la pâle existence moderne1 ».
Ainsi, durant la monarchie de Juillet, le drame lyrique, genre déjà existant, s'était complètement renouvelé. Le drame historique du boulevard et la féerie s'étaient, sinon créés, du moins développés. Nous verrons maintenant comment sous le second Empire se créa l'opérette, parodie de l'opéra et de l'opéra-eomique, qui, grâce au succès de ses auteurs, devint presque un genre nouveau.
i. Théophile Gautier, op. cit., i. HT, p. 109.