‹ Essai sur l'histoire du théâtreChapitre 282 sur 322 · LE THEATRE CO\TF/\]|»()H\IN · texte numérisé non relu

LE THEATRE CO\TF/\]|»()H\IN

pas été rendue au roi de France, mais qu'elle était restée a Madrid, et qu'en 1808, Murât, sur l'ordre de Napoléon, avait été la prendre avec un cérémonial des plus pompeux, l'avait transportée à son quartier général, d'où elle était venue à Paris. Napoléon, lier de eette relique, la gardait aux Tuileries, dans sa chambre. Lors de La première Restauration, ni le roi ni ses conseillers ne firent attention à cet objet, qui est autant un chef-d'œuvre artistique qu'un souvenir historique, et aux Ont-Jours on la retrouve à la place ou l'avait laissée Napoléon. L'aide de camp Gourgaud la transporta alors au Musée d'Artillerie. Sauvée du pillage des Prussiens par un homme de cœur, le garde du musée Régnier, elle y est encore, après avoir figuré quelque temps au Louvre dans la galerie des Souverains.

Ce ne fut pas la seule discussion à laquelle cette épée donna lieu. Lorsque Bonaparte revint d'Egypte, Marseille lui fit faire un sabre avec fusée en pierre dure d'Orient, et pommeau d'or massif représenté par un Temps dont les ailes s'arc-boutaient sur une coquille figurant en bas-relief la bataille des Pyramides. Le quillon se terminait par une tête de dromadaire. Ce sabre, d'un goût discutable, est cependant un merveilleux travail de ciselure. 11 fut légué par Napoléon à son frère Jérôme. Lors du contrat de mariage de la princesse Mathilde avec le prince DemidofF, il fut donné en toute propriété à la princesse, en vertu d'un acte authentique dressé devant deux notaires de Florence : cet acte déclarait que ce sabre était celui que Charles-Quint avait pris à François Ier à la bataille de Pavie, et que Murât avait envoyé en France. Le contrat de mariage de la princesse Mathilde, dans l'énumération des apports de la jeune mariée, le désigna encore comme étant celui que François Ier portait à Pavie. 11 a été envoyé comme tel au Musée des Souverains, au Louvre, lors de sa création, et il y a figuré jusqu'en 1870.

La princesse Mathilde le réclama lors de la disparition du Musée des Souverains, en 1872. Dans sa requête, présentée et signée par M. Castaignet, avoué à Paris, ce sabre est désigné comme étant celui de François Ier. Lorsque la réclamation parvint au ministère de la guerre, l'émotion fut grande dans les bureaux, où l'on crut que la princesse demandait la véritable épée de François Ier. Le maréchal de Mae-Mahon, consulté, refusa de rendre F épée du roi de France. On put heureusement s'expliquer. M. Sav, alors ministre des finances, intervint, et, faisant rétablir la désignation exacte des deux objets,

LE COSTUME

restitua à la princesse le sabre donné par la Aille de Marseille à Napoléon, sabre que les frères de l'Empereur avaient pris depuis i8i5 pour un objet d'art du xvic siècle. Quant à l'épée réelle de François Ier, elle est toujours au Musée d'Artillerie, aux Invalides1.

On soignait plus à la Comédie-Française les costumes que les décors. Quand Mme de Girardin donna Judith, la première tragédie moderne où joua Rachel, Chassériau, l'élève favori de Delacroix, fut chargé des dessins de costumes2. Plus tard, quand on reprit le Don Juan de Molière, le directeur s'adressa à Devéria, qui exécuta des costumes Louis XIV, auxquels, si toutefois les dessins de Y Illustration du 2.5 janvier 1847 sont exacts, nous ne reprocherons que l'exiguïté des couvre-chefs. Du temps de Louis XIV, les chapeaux avaient des bords fort longs, et n'étaient pas aussi étriqués que les représentent les gravures.

Nous verrons que les essais de reconstitution archéologique tentés à la Comédie-Française pour Don Juan ne furent qu'une exception3, et qu'il était réservé à l'administration de M. Thierry de renouveler entièrement la mise en scène des pièces du répertoire.

i . Archives de l'Artillerie à Saint-Thomas-d'Âquin, cartons du musée. ■>.. Théophile Gautier, op. cit., t. III, p. 46.

3. Voici en ellet comment s'exprimait, le 14 janvier i833, le Courrier des théâtres : « Dans le triste état où se trouve notre ex-premier théâtre (Théâtre-Français), on ne s'occupe plus guère de l'exactitude des costumes. Nous voyons tous les jours un habit de 1 833 à côté d'un vêtement à la Louis XIV, ainsi qu'un héros de Corneille agissant et causant avec la simplicité familière qui caractérise un habitué du calé Tortoui. »

Page 1