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L'OPÉRETTE

une figuration de grenadiers en volige qui formaient la décoration de la scène, tandis que les choristes chantaient dans la coulisse. Le jour de la première représentation, une des planches, qui représentait un soldat, pivota sur elle-même, et à la place du grenadier on vit un rosier qui était peint de l'autre côté. Le public éclata de rire; Hervé, qui était en scène, ne se déconcerta pas et, entonnant le couplet célèbre qui commence par ces mots :

Un grenadier c'est une rose — il laissa croire aux spectateurs que la substitution du rosier au soldat était un truc combiné à l'avance. Le succès de celte improvisation fut immense, et chaque soir, au même endroit de la pièce, Hervé s'écriait avant de chanter l'air du rosier : « Retournez le décor! »

A ce même théâtre des Folies-Nouvelles apparurent successivement le Jugement de Paris, Achille à Scyros, la Revanche de Vulcain, Clle de Calypso, etc

En 1 855, Offenbach obtient à son tour le privilège des Bouffes-Parisiens, à condition de ne laisser figurer en scène que trois personnages au plus. Il débute par les Deux Aveugles, et représente successivement soit à son théâtre d été (les Folies-Marigny, aux Champs-Elysées)1, soit à son théâtre d'hiver (les Bouffes du passage Choiseul), les Pantins de Violette, dont la musique est d'Adam, Bataclan, libretto de Ludovic Halévy (de l'Académie française), le Savetier et le Financier, de Crémieux, Croquefer, dans laquelle apparaît le personnage muet dont nous avons parlé à propos des fameux écriteaux de l'Opéra-Comique. Cette fantaisie décida l'autorité à se montrer moins absolue sur la question du nombre des personnages, et, le 21 octobre r 858, après les succès de Tromb-al-Cazar et des Deux Vieilles Gardes, apparut Orphée aux Ei} fers, qui donnait à l'opérette droit de cité sur le théâtre et dont la vogue s'accrut dans la suite de celle de la Belle Hélène, de la Vie parisienne, de la Grande-Duchesse , de Barbe-bleue, des Brigands, etc

Désormais un grand nombre de théâtres se consacrèrent au genre qui avait si heureusement réussi aux Bouffes-Parisiens, et les Variétés, le Palais-Royal, les Folies-Dramatiques et la Renaissance, après la guerre de 1870, représentèrent des opérettes, parmi lesquelles on peut citer le Canard à trois becs, la Timbale d'argent, la Cruche cassée, etc

1. Voir. P.-L. de Pierrefîttc. Histoire du tlicdtie des Folies-Marigny. Paris, 'tresse et Slook, 1893.

LE THÉÂTRE CONTEMPORAIN

En 1873, avec' la Fille de Madame Angot l'opérette se confondait avec l'opéra-comique. La Jolie Parfumeuse, Giro/le'-Giro/la, le Petit- Duc, la Fille du tambour-major, les Mousquetaires au couvent, les Cloches de Corneville, toutes pièces à grands succès, sont également à la (bis des opéras-comiques et des opérettes.

La mise en scène de l'opérette était aussi soignée que le permettaient les théâtres où on la jouait. Pour Orphée aux Enfers, Offenbach avait demandé les décors à Cambon, les dessins des costumes à Bertall et a l'un des premiers maîtres du siècle, Gustave Doré1. Plus tard, Grévin et Draner seront les dessinateurs attitrés d'Offenbaeh, et surtout de ses principales interprètes, Mmes Hortense Schneider et Judic; ils composeront les costumes de la Belle Hélène, de la Timbale d'argent, de Madame V Archiduc, de la Périchole, etc — D'autres peintres, et des premiers, ont dessiné aussi pour l'opérette. Edouard Détaille, qui déjà, avant 1870, avait crayonné un certain nombre de costumes pour Offenbach, a fait depuis, pour la reprise de la Fille de Madame Angot à l'Athénée, les costumes des hussards et des gardes de Paris, et, pour le Petit-Duc et Madame le Diable, ceux de Mlle Granier.

A côté de l'opérette, le second Empire vit aussi la féerie se développer : à partir de 1848 elle se manifesta par les pièces de M. Paul Meurice, Benvenuto Cellini et surtout Paris, puis par la reprise du Pied de mouton, de la Biche au bois, des Pilules du Diable, et l'apparition de Peau cVdne, du Boi Carotte, de la Chatte blanche, etc....

Un événement considérable devait en 1862 donner un plus grand développement encore aux pièces à spectacle et à trucs multiples. Jusqu'alors les théâtres qui s'étaient arrogé le monopole de ce genre de représentations étaient situés, sauf la Porte-Saint-Martin, au boulevard du Temple, sorte de foire ambulante où les bateleurs sur la chaussée donnaient le spectacle tout comme les acteurs à l'intérieur des six ou sept salles qui bordaient le trottoir. Pour cause d'assainissement et d'embellissement de la capitale, le baron Haussmann détruisit ces constructions, sur l'emplacement desquelles s'éleva la grande voie, si utile, nommée d'abord boulevard du Prince-Eugène. A la place des théâtres détruits on dut en réédifier de nouveaux. Ainsi s'élevèrent au square des Arts-et-Metiers le théâtre de la Gaité et place du Chàtelet les théâtres Lyrique et du Châtelet. Les féeries se succédèrent plus nombreuses

t. J.e Figaro, u8 octobre j 858.

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