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CHAPITRE XII

LE THEATRE CONTEMPORAIN LES CONSTRLCTIONS THEATRALES DEPUIS i83o

Durant le règne de Louis-Philippe, outre le Théâtre-Historique d'Alexandre Dumas, on construisit deux théâtres : l'Opéra-Italien de la salle Ventadour et le théâtre de l'Opéra-Comique, place Favart.

L'Opéra-Italien s'était acclimaté en France peu de temps avant la Révolution. En 1789, son directeur, de Viotti, avait fait représenter dans la salle des Tuileries des opéras de Paisiello, de Sarti, de Cimarosa, de Guglielmi. De 1790 à 1791, la troupe italienne s'installa à la foire Saint-Germain et ensuite à la salle Feydeau; elle disparut au moment de la Terreur jusqu'en 1801. A cette époque, la Montansier, qui ne reculait devant aucun effort, la réinstalle au Théâtre-Olympique, rue Chantereine, et en 1802 la transporte à Feydeau. En 1804, Picard, aidé d'une subvention du gouvernement, l'organise sur un pied plus sérieux à la salle Louvois d'abord, puis en 1808 â l'Odéon. C'est là qu'en 18 10 Spontini, le nouveau directeur, fait jouer pour la première fois à Paris le Don Juan de Mozart. Paèr lui succède. Après lui vient Mme Catalani, qui est obligée de cesser son entreprise en 18 1 8. Réouvert en 18 19 une deuxième fois à la salle Louvois, le Théâtre-Italien prend avec la Malibran, la Sontag, Rubini, Tamburini, etc., une importance considérable. En 1827, il est transporté à la salle Favart, où il demeure jusqu'à l'incendie de 1 838. Les artistes italiens donnent alors des représentations à l'Odéon, et en 1 8 4 1 s'installent à la salle Ventadour, où le talent incomparable d'artistes tels que Lablache, Mme Viardot, Roneoni, Mario, etc., lui acquièrent une réputation universelle.

Le théâtre Ventadour, construit par l'architecte Huvé en 1828, pour l'Opéra-Comique, était loin de présenter l'aspect charmant que nous lui

LE THÉÂTRE CONTEMPORAIN

avons connu. Quand l'Opéra Italien vint s'y installer, le directeur, M. Dormoy, chargea l'architecte Navarre de transformer la salle : il en corrigea la courbe en l'élargissant vers le fond, supprima les cinquièmes loges, abaissa le plafontf au moyen d'un vélarium peint par Ferri, puis disposa les loges du premier rang comme des loges de galerie, avec un promenoir par derrière, semblable à celui de l'Hippodrome. Telles étaient les fameuses loges découvertes des Italiens, qui permettaient aux spectateurs d'admirer les femmes en grande toilette et aux promeneurs de venir causer avec elles. Dans ce même agencement, on coupait en deux les lignes de fauteuils d'orchestre par une allée longitudinale qui donnait aux assistants un libre passage, facilitait les conversations pendant les entr'actes, et faisait ressembler le théâtre à un vaste salon.

L'Opéra-Comique, situé place Favart, fut réparé en 1 834- Feuchères et Uespléchin l'avaient décoré et avaient fait tendre le fond des loges et des galeries de papier jaune, couleur qui à la lumière du gaz est favorable aux toilettes. Clément Boulanger en avait peint le plafond. En 1 838, le théâtre fut complètement brûlé, et il n'est rien resté des décorations charmantes qui en constituaient l'ornement.

L'architecte Charpentier fut chargé de le reconstruire, et le nouveau théâtre fut inauguré le 16 mai iS^opar une représentation du Pré-aux- C 1er es, d'Hérold.

La salle avait la forme d'une lyre à base arrondie. Elle était décorée en blanc et or. Le rideau et le plafond étaient l'œuvre de Gosse. 11 avait représenté le soleil entouré de quatre groupes, composés d'Apollon, Thalie, Melpomène, Terpsychore, et des portraits de Gluck, Paisiello, Grétry et Boïeldieu, caractérisant quatre écoles de musique différentes. La coupole était soutenue par des génies portant des girandoles dont le modèle était dû à Rlagmann. Dieboldt avait fait les grandes cariatides de l'avant-scène, et Bernard avait décoré le foyer1.

« Figurez-vous une salle charmante où le luxe oriental est uni au confortable le plus exquis. Dans les couloirs, des tapis moelleux absorbent le bruit des pas; au foyer, l'or et le velours ruissellent de toutes parts; dans la salle, des flots d'un gaz tempéré répandent des clartés amoureuses; les stalles incommodes ont fait place à de larges fauteuils bien rembourrés Cette salle est tout simplement, à l'heure présente, la plus

i. Voir, le Moniteur .les théâtres, rédigé par Ch. d'Argé, n" 46, 9 mai 1840, et le Courrier des théâtres, 11° 7816, 17 mai irf ;o.

LES CONSTRUCTIONS THÉÂTRALES DEPUIS i83o.

commode, la plus jolie, la mieux distribuée de toutes'. » Depuis, ce théâtre fut entièrement décoré à neuf, et lors de sa destruction, dans l'incendie de 1887, on y remarquait un exquis plafond de Lavastre : dans des caissons étaient ordonnés d'une façon délicate des médaillons représentant les sujets principaux des opéras-comiques les plus connus, r Etoile du Nord, Fra Diavolo, le Pré-aux-Clercs, les Noces de Jeannette, les Diamants de la couronne, etc — Les corridors et les foyers avaient été ornés de panneaux en camaïeu d'or par Séchan. Lorsqu'en 1880 M. Carvalho fit réparer celte salle, il envoya un certain nombre de ces panneaux au Musée des Arts décoratifs, où ils sont encore aujourd'hui. Ce sont les seids vestiges de la décoration de l'ancienne salle Favart qui aient survécu. Pourquoi donc faut-il qu'en France on soit si oublieux et si dédaigneux des œuvres nationales! A l'étranger, on aurait certainement consacré à de pareilles décorations un autre souvenir et on les vanterait à travers le monde. En France, il est vrai, une œuvre ancienne est à peine détruite, qu'aussitôt de nouveaux décorateurs la remplacent, de sorte que l'art français va sans cesse se renouvelant. Peut-être est-ce la raison qui le rend si vivace et si puissant, tandis que les pays qui ne vivent que du passé paraissent rester stationnaires et ressemblent à ces arbres dont les rameaux, jadis verts, sont, maintenant tout à fait desséchés.

Les salles n'étaient pas sans se détériorer, surtout sous l'influence du gaz à certains moments. Elles avaient toutes besoin d'être réparées. Mais nous ne pouvons signaler ici toutes les transformations que subirent, dans ces circonstances, les divers théâtres de la capitale. Nous nous bornerons à mentionner, pour montrer comment les choses se passaient, la restauration du Théâtre-Français en 1 858. La salle fut décorée en rouge et or, et le plafond, dont les couleurs étaient rongées par le gaz, fut remplacé par une vaste composition exécutée par MM. Nolau et Rubé d'après les dessins de Barrias. Elle représentait Apollon monté sur Pégase, au milieu des Muses et d'une suite de groupes figurant les personnages, les caractères et les actions qui ont inspiré les chefs-d'œuvre de nos poètes tragiques et comiques. C'est cette décoration qui fut remplacée, il y a dix ans, par la grande composition actuelle, due au pinceau de Mazerolle.

Sous le second Empire, l'architecture théâtrale prit une importance

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