‹ Essai sur l'histoire du théâtreChapitre 4 sur 322 · ibid., passim · texte numérisé non relu

ibid., passim

4. ibid., passim. Voir aussi : Ordinarium noeum secundum usant Ecclcsix Cenomanensis, reproduit dans Dam I'iolin, Recherches sur les Mystères représentés dans le Maine, Angers, l858, pages 7 et 8.

Dom Martène, De antiquis Ecclesiie ritibus, t. III, col. 48a.

Charles de Beaurepaire, Nouveau.): Recueils de notes historiques et archéologiques concernant le département de la Seine-Inférieure et plus spécialement la fille de Rouen, Rouen, 1888, iu-8.

Procès-verbal de la visite archiépiscopale des chapelles de la métropole en 1 60g, par Mgr de Joyeuse, |>. 3g4, chap. xxi. Chapelle de la Trinité, dite des Brieuchons, dite aussi de Notre-Dame-du- Jardin ou des Jardins. Dès 1 43ti, la confrérie du Jardin avait son siège dans cette chapelle, où se trouvait figuré en peinture ou en sculpture un jardin avec des (leurs, pour servir de scène au trépas de la sainte Vierge et à la représentation du Mystère de C Assomption.

En i5o6, le chapitre interdit l'usage de faire paraître, dans celte chapelle, à l'occasion de la fête de l'Assomptiou, des hommes habillés à l'instar des apôtres et des diables avec masques et marmousets.

Le chanoine Guill. Carrcl, dans le contrat de fondation de cette chapelle, daté du 26 janvier l4i3, parle de « l'autel de la chapelle de la Trinité où l'on fait le Mystère de l' Assomption de N.-D. »

5. Rapport du concours des antiquités de la France, année 1878, déjà cité, passim.

LES MYSTÈRES DIALOGUES

Nabuchodonosor, assis sur son trône, préside à l'exécution de ses ordres.

D'abord enfermée dans le chœur, « la représentation s'empare bientôt de la nef; elle sort même de l'église et s'appuie au porche; le chœur restant encore à l'intérieur l'accompagne de chants liturgiques1 ».

De siècle en siècle, les représentations prennent plus d'ampleur. Au xiie, apparaît le Drame des Vierges, où, pour la première fois, nous voyons des parties de décor construites et des machines telles qu'une gueule de dragon figurant l'enfer.

La première représentation qui nous semble sortie de l'église est celle du Drame d'Adam : il se joue sous le porche des cathédrales, par conséquent à la porte même de l'église2; la foule est devant la scène, sur la place; il y a déjà des intermèdes de démons qui, entre temps, exécutent des farces et parcourent les rangs pressés des assistants pour les égayer d'un bon mot ou d'une pitrerie. C'est dans ce genre de spectacles qu'il faut ranger la représentation du Mystère du Saint-Sacrement que l'on jouait tous les ans durant plusieurs siècles à Tours devant les grandes portes de la cathédrale, le jour de la procession de la Fête-Dieu. On retrouve les comptes des dépenses du chapitre pour cette cérémonie traditionnelle, qui se perpétuait encore à la fin du moyen âge3.

Dans le Drame d'Adam, on trouve l'apparition d'un serpent machiné, grimpant sur un arbre; puis on relève des détails de mise en scène, comme celui où l'auteur recommande à l'acteur qui figure Abel d'avoir sous ses vêtements une marmite, sur laquelle il recevra les coups que doit lui infliger son frère.

Le xme siècle voit naître un auteur de talent, Jean Bodel d'Arras, qui fait un Mystère connu sous le nom de Jeu de saint Nicolas1. Certaines de ses parties, relatives aux croisades, entre autres un récit de la bataille de Mansourah, sont restées un monument égal en valeur à la Chanson de Roland. Outre une grande élévation de pensée, il y a dans le drame de Bodel un sentiment vivant de réalisme qui allie avec goût l'exposition émouvante des malheurs des croisés à une peinture exacte

1. Rapport du concours ries antiquités de la France, année 1878, déjà cité, passim.

2. M. Albert Réville, dans un article de la Revue des Deux Mondes, du Ier juillet 1868, dit qu'à 'l ouis on représenta un Mystère dont le Paradis terrestre était sur le porche et le Paradis céleste dans l'église. Mais il ne cite pas de source.

3. Voir le Bulletin de. la Société archéologique de. Tourainc, 1889, t. VIII, p. 23. Article de l'abbé M étais sur les Mystères à Tours.

4. Bibliothèque nationale, ms. fonds t'r. 2 35(i(i, F" 68, et Petit de Julleville, op. cit., t. I, page 3.

LES ORIGINES DES MYSTÈRES

des mœurs et des habitudes du temps où vivait l'auteur. Au point de vue littéraire, l'œuvre de Jean Bodel peut être considérée comme ce qu'il y a de plus élevé dans le cycle des Mystères du moyen âge; malheureusement, nous ne connaissons pas la mise en scène de son drame : pourrions-nous même affirmer qu'il a été joué?

Des Mystères des Miracles de Notre-Dame1 succèdent, au xivu siècle, au Jeu de saint Nicolas. On en connaît aujourd'hui quarante environ. Les corporations religieuses, qui depuis saint Louis jouaient seules, commencent à faire place à des sociétés laïques. Les drames des Miracles de Notre-Dame* mettent en jeu un événement miraculeux produit par l'intervention de la Vierge. Cette intervention se manifestait par un effet de truc que l'on appelait alors secret. Dans les pièces de Notre-Dame, la Vierge descend, à un moment donné, du Paradis, escortée d'anges ou de saints, et arrive sur la scène au milieu des acteurs, qui sont des mortels. Déjà apparaissent, sur l'estrade, des cortèges de princes, de princesses, avec leur cour et leurs sergents d'armes3.

Ces Mystères ont tous un appareil religieux, c'est-à-dire qu'on y voit naturellement la Vierge, Dieu le Père et. les anges, et que le Paradis y existe toujours. A côté des drames de la Vierge apparaissent à la même époque des pièces tirées des romans ; comme de nos jours, on y met en action dialoguée un récit d'imagination, dont l'idée première est empruntée à l'histoire ou même dont l'intrigue est de pure invention. Parmi les romans de chevalerie mis au théâtre à cette époque, on cite Grisélidis ou Robert le Diable.

On peut rappeler aussi comme un monument curieux de la littérature dramatique de l'époque un Mystère en langue provençale qui met en action la curieuse légende de sainte Agnès. La partie lyrique et féerique du drame y est considérablement développée; le réalisme le plus brutal se manifeste dans sa mise en scène très rudimen taire encore, et des trois parties qui composent le Mystère, le jugement, le lupanar et le martyre, la première, celle qui devait le plus frapper l'imagination des spec-

i. Comme renseignements sur les Mystères du xiv1- siècle, on peut se rapporter aux Documents concernant l'histoire de l'art dans la Flandre, l' Artois et le Hainaut avant le \y" siècle, par M. le chanoine Dehaisues, t. II, page 534 : Comptes oie la fabrique de la cathédrale de Cambrai en 1375-137G, rendus par Etienne de Mauléon, doyen (ces comptes sont tirés des Archives départementales du Nord, n° 20).

■>.. Bibliothèque nationale, mss. fonds fr. 1 vol. pelit in-folio, 11°" 810 et 820, publiés par Gaston Paris et Ulysse Robert pour la Société des anciens textes.

Page 1