‹ Essai sur l'histoire du théâtreChapitre 40 sur 322 · Villemain, Cours de littérature du moyen âge · texte numérisé non relu

Villemain, Cours de littérature du moyen âge

FIN DES MYSTÈRES

pied de la croix : pouvait-il exister jamais tragédie plus déchirante? »

Non ! Mais le poète a manqué à ce sujet, et depuis Jean Bodel le théâtre dramatique du moyen Age n'a pas enfanté une seule œuvre sublime.

Pouvait-il en être autrement? Le théâtre du moyen âge, par sa nature, n'était qu'un spectacle des yeux et une fête mondaine. Le luxe qu'on y déployait le prouve. La mise en scène en constituait donc le grand attrait et le véritable élément. La littérature et le sentiment n'y venaient que comme appoint. Le dialogue, qûoique indispensable, — car sans lui il n'eût point existé de théâtre, — ne servait qu'à présenter et à expliquer les tableaux et les figurations multiples que l'on offrait aux regards des spectateurs, comme des légendes expliquent les sujets d'une succession d'images dont le tout forme une histoire.

La société, en raison de ses mœurs et de son éducation, ne demandait pas davantage. L'instruction faisait défaut; la ferveur de l'époque des Croisades et de la construction des grandes cathédrales, qui avait suivi les terreurs provoquées par la crainte de l'an mille, avait disparu. Un besoin général de plaisir avait succédé à la guerre de Cent Ans. Aussi aucune classe sociale ne pouvait s'intéresser à des productions purement intellectuelles ou religieuses.

Qu'aurait donc fait alors un poète, en écrivant un chef-d'œuvre qui serait resté incompris et dont le succès, au cas où il en aurait eu, n'eût été obtenu ni par l'élévation des idées, ni par la beauté du style, ni par le sentiment dramatique, ni par les situations scéniques d'une action habilement conduite? Seule la mise en scène eût été cause de son succès; car on allait au Mystère pour voir et non pas pour entendre.

C'est pour cette raison qu'il n'est rien sorti, au point de vue littéraire, du théâtre du moyen âge.

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