Brossard, op. cit., passim
j. Journal d'un bourgeois de Paris, publié par Tuetev, passim.
On jardin foisonnant d'animaux, tel qu'on les figurait dans les entrées royales.
LES MYSTÈRES MIMÉS AU MOYEN AGE
avec un pourceau, cherchent à lui donner des coups d'un bâton dont ils sont armés. A en croire le Journal d'un bourgeois de Paris, souvent ces coups, au lieu de tomber sur l'animal, frappaient l'un des acteurs, et cela à la grande hilarité des spectateurs.
La Saint-Leu est célébrée par l'inauguration du mât de cocagne, devenu depuis si populaire dans les fêtes et les foires. Puis, continuellement, des bandes d'acrobates et de bohémiens, attirées par les Anglais, donnent des représentations dans la ville1.
En 1 43 1 , Henri VI, encore enfant, est sacré à Saint-Denis et fait son entrée tout comme s'il eût été le vrai roi de France. Le duc de Bedford, aidé de la municipalité parisienne, charge, en premier lieu, comme pour l'entrée de i42°i les Confrères de la Passion de représenter la. Vie de Jésus-Christ, sur plusieurs tréteaux continus, puis il invente d'autres genres de spectacles : on voit ce jour-là pour la première fois des hommes sauvages semblables à ceux du Ballet donné au Louvre sous Charles VI, et dans lequel ce malheureux roi, ainsi costumé, manqua d'être brûlé vif comme le furent ses compagnons. Ensuite apparurent les sirènes, devenues fameuses dans les entrées suivantes; nous ne savons pas si en 1 43 1 elles étaient « au naturel », et, si elles avaient un costume, quel il était2. Outre les Mystères des Confrères de la Passion, on joua encore à cette fête le Mystère du martyre de saint Denis, représenté sur trois scènes décorées de peintures3 et un tableau allégorique ainsi décrit dans le Journal d'un Bourgeois de Paris : « Là avoit un enfant de la grandeur du Roy et de son aage, vestu en estât royale, housse vermeille et chapperon fourré, deux couronnes pendans, qui estoient très riches à veoir à ung chascun, sur sa teste; à son côté destre estoit tout le sanc de France, comme Anjou, Berry, Bourgogne, etc., et ung pou loing de eulx estoient les clercs et après les bourgoys, et à senestre estoient tous les grands Signeurs d'Angleterre qui tous faisoient manière de donner conseil au jeune roy bon et loyal. » Ainsi la Ville de Paris semblait dire que le jeune roi était appelé par les vœux les plus ardents des populations des deux pays à porter la couronne de France.
I. Vallet de Viriville, Histoire de Charles VII, t. II, p. igç).
■1. Lorsque Henry VI d'Angleterre vint à Abbcville en i43o, il y avait aussi des jeunes filles nues placées dans un bassin et imitant des sirènes. Voir Louandre, Histoire ancienne et moderne d ' Âbbev'tlle, t. I, p. Sio.
3. Comptes de la f'il/e de Paris, Bibliothèque nationale, mss. fonds fr., nouvelles acquisitions u" 3-2 }3 : « 26 livres à plusieurs peintres pour de'corations aux portes Saint-Denis et fontaine du Ponceau, comme trois ystoires de la Vie de saint Denis. »
1 oo
LES MYSTERES MIMÉS
Heureusement, ce ne fut qu'une allégorie; grâce à Jeanne d'Arc et au patriotisme du peuple, elle ne fut que peu de temps vraisemblable.
Le régent paraît encore avoir inauguré à cette occasion la représentation de la chasse d'un cerf, qu'il est difficile de nous figurer; car on se demande, étant données l'étroitesse de la rue Saint-Denis et l'exiguïté des places ou des carrefours au xvc siècle, comment on y pouvait représenter une chasse à courre avec meute, piqueurs, sonneurs de trompe et autres personnages; le tout au milieu d'une foule compacte, pour qui ces entrées, comme tous les spectacles, étaient d'un attrait si considérable1. La chasse inventée par le régent eut sans doute un grand succès, puisque nous la verrons se reproduire2.
De l'autre côté de la Manche, les processions ou les fêtes publiques étaient d'un usage général : grandes villes et villages consacraient leurs ressources et leur temps à ce genre de plaisirs, qui demeurent connus en Angleterre sous le nom si populaire de « pageants », les grands seigneurs y prenant part dans les entrées de souverains, et les ouvriers les organisant dans les processions des bourgs ou des campagnes3. Nul doute que le développement des entrées royales à spectacle à Paris ne soit dû, au \\' siècle, à l'influence des mœurs anglaises en France4.
Lorsque, après la conquête de la France, Charles VII vient à Paris en 14^7, il y est reçu au milieu d'un grand concours de monde, et la municipalité veut faire mieux qu'elle n'a jamais fait encore; aussi les spectacles de cette entrée ont-ils un caractère différent de celui des entrées précédentes. On y figure bien quelques Mystères ou sujets religieux, mais en moins grand nombre, et les Moralités allégoriques, c'est-à-dire des représentations où les figures personnifient des vertus ou des vices, commencent à se multiplier. Plus tard elles remplacent complètement les sujets religieux des anciens Mystères. Les Moralités prendront aussi avec le temps le caractère de simples tableaux vivants.
Le roi fui reçu par le cortège accoutumé, composé de magistrats muni cipaux, de bourgeois, de chevaliers du guet. Mais, en outre au milieu
1. La description La plus complète de cette entrée est donnée par Monstrelet, Chroniques, edit. Chaudière, année 1 |3i, 1. Il, p. j$.
■>.. Comptes de la Ville de Paris, Bibliothèque nationale, mss. fonds fr., nouvelles acquisitions, " 'a i 1 : (( \ plusieurs compaignons bouchers qui vacquèrent le jour que le roy lit son entrée a faire une chasse du cerf qui lui faite devant le roy à la fontaine Saint-Innocent et douze lapereaux qui furent mis en un bois qui étoit sur la terrase de ladite fontaine n
3. W. Hone, Ancient Mysteries descriùed, Londres, i8a3, p. a.fa.
i. l'aine, Histoire de la littérature en Angleterre, t. 1, a« édil., p. -i53.
LES MYSTÈRES MIMÉS Al MOYEN AGE.
d'eux se trouvaient des cavaliers eostumés représentant les sept péchés mortels et les sept vertus, Eoi, Espérance, Charité, Justice, Prudence, Force et Tempérance, à cheval, avec les attributs qui leur sont propres'.
A la porte Saint-Denis, trois anges tenaient élevé un écu de France au-dessous duquel était placé un écriteau ainsi conçu :
Très excellent roi et seigneur, Les manants de votre cité Vous reçoivent en tout honneur Et en très grande humilité.
Plus tard, les anges laisseront des personnalités plus réelles offrir des vœux au souverain, peut-être même lui présenter requête. Des ouvriers, des artisans ou des laboureurs, avec leurs instruments de travail, personnifiant la classe la plus nombreuse et la plus pauvre de la France, le recevront et lui présenteront leurs souhaits et leur espérance2. Anne de Beaujeu et Claude de France sont ainsi accueillies par les travailleurs, leurs outils à la main.
Au Poncelet, c'est-à-dire quelques pas plus loin que la porte Saint- Denis, sur un petit pont jeté au-dessus d'un ruisseau, était une fontaine versant du vin. Cette fontaine avait pour pieds des dauphins et était placée sur une terrasse où se trouvait saint Jean-Baptiste entouré d'anges.
Devant l'église de la Trinité s'élevait un échafaud de la Passion « et ne parlèrent rien ceux qui ce faisoient, mais le montrèrent par jeu de Mystères ». A la deuxième porte Saint-Denis, on voyait saint Thomas, saint Denis, saint Maurice, saint Fouis et sainte Geneviève. A l'église du Saint-Sépulcre, on représentait la résurrection; à l'église Sainte- Catherine, la descente du Saint-Esprit au milieu des apôtres; devant le Chàtelet, un échafaud à deux étages montrait à la partie supérieure l'ange annonçant la Nativité aux bergers de Bethléem, et, au-dessous, le lit de justice, la loi divine, la loi de nature et la loi humaine. En face, contre Saint-Jacques la Boucherie, on avait figuré le jugement dernier avec le Ciel et l'Enfer, et au milieu saint Michel pesant les âmes. Enfin, au pied du Grand-Pont se représentait le baptême de Notre-Seigneur5.
1. Les frères Parfait. Histoire du théâtre français, déjà citée, t. II, p. 1 54 -
2. Entrée de Claude de France, Godefroy, le Cérémonial français, t. L p. 674, et frères Parfait, Histoire du théâtre français, déjà citée, t. II, p. 175.