‹ Essai sur l'histoire du théâtreChapitre 46 sur 322 · Dulaure, Histoire de Paris, Paris, 1837, t. III, p. a5o · texte numérisé non relu

Dulaure, Histoire de Paris, Paris, 1837, t. III, p. a5o

LES MYSTÈRES MIMÉS

L'entrée de Louis XI, qui inspire de pareilles réflexions à l'historien de Bourgogne, Georges Chastelain, marque en effet la fin de nos grands désastres et ouvre 1ère de la constitution de la France et de son accroissement territorial. Uissi a-t-elle pris devant les contemporains et devant l'histoire une importance capitale, et c'est avec raison qu'elle sera représentée en fresque à l'Hôtel de Ville de Paris, comme le type des entrées royales dans la capitale1.

Les entrées de Charles VIII, de Louis XII, d'Anne de Bretagne, de Marie d'Angleterre, de François Ier et d'Eléonore d'Autriche à Paris ne furent pas moins brillantes, mais aucune d'elles ne présente d'innovations et ne diffère de celles que nous avons décrites. Au contraire, il en est deux qui, par leur caractère particulier et nouveau, méritent une description sommaire.

Rouen avait reçu Charles VII après la guerre de Cent Ans, et de tout temps les représentations théâtrales s'étaient multipliées dans ses murs. Aussi sa municipalité se surpassa-t-elle lors des réceptions qu'elle fit successivement à Charles VIII en i486 et à Louis XII, encore duc d'Orléans, en i ^92.

A l'arrivée de Charles VIII, on éleva des échafauds sur lesquels un sieur Pinel fut chargé par la municipalité de faire des tableaux vivants allégoriques des plus compliqués. L'un de ces échafauds était en forme de tabernacle, soutenu par des cariatides et fermé par des rideaux, qui ne s'ouvrirent que pour laisser voir les figurants. Ces rideaux se relevaient quelques instants pour donner le temps de renouveler le tableau vivant, et quand ils se rabattaient on apercevait une nouvelle scène.

Sur la place de la Cathédrale, vis-à-vis du triple portail, s'élevait, jusqu'au toit des maisons, une construction énorme à trois étages, sur laquelle se trouvaient des personnages : à l'étage supérieur, Dieu le Père avec un Agnus De/', armes parlantes de la ville; au-dessous, David et Salomon, ce dernier figurant Charles VIII en un costume fleurdelisé : le personnage était tenu par un jeune homme choisi dans la ville comme ressemblant le plus possible au souverain. D'autres spectacles variés avaient tous lieu dans des salles cloisonnées et tendues par devant de rideaux ne s'ouvranl qu'à l'arrivée du roi. Par <( de subtils moyens », les scènes se changeaient à vue d'œil et des éeriteaux donnaient l'explication de chacune d'elles*.

Page 1