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LE THEATRE ET L'OPINION PUBLIQUE AU XVI0 SIÈCLE. 1A

renouveler le théâtre comique, de même aussi cherchaient-ils à renouveler le théâtre tragique; brûlant alors ce qu'avaient adoré leurs pères, ils délaissèrent les sujets religieux et ne demandèrent pins leur inspiration qu'à l'antiquité profane. Ce ne furent que prétentieuses et insipides tragédies imitées de Sénèque. Il est bizarre de voir les esprits supérieurs du xvic siècle s'attacher uniquement à ce philosophe doublé d'un rhéteur et d'un politique et prendre modèle sur lui. Ses tragédies,

Un théâtre parisien de la fin du xvi" siècle. (En-tête du Térence de Trechsel.)

écrites dans des heures de loisir, n'avaient jamais été destinées à la représentation; il y enseignait en dialogue les principes du stoïcisme et y faisait figurer comme personnages les types idéaux de divers caractères humains. Ses réflexions morales, exposées sous forme de discours à réplique, ne pouvaient être que de froides dissertations sans action scénique1, qui n'avaient de dramatique «pie le nom.

i. Voir l.i remarquable thèse pour le doctorat (!<• Al. S. Bernage, Élude sur Robert Gainiei Paris, 1 883 .

LE THÉÂTRE AU XVIe SIÈCLE.

Laissant donc Sophocle et Euripide, les poètes de la Pléiade puisèrent à cette source. Us produisirent des œuvres, aujourd'hui presque oubliées, qui par leur nature bannissaient la décoration et ses accessoires, puisqu'elles s'éloignaient des principes de l'action dramatique, et par conséquent de la réalité mise à la scène, dont ils ne se servaient que comme d'une tribune, pour y exposer des théories psychologiques.

Là encore, comme dans la comédie, nous constatons au xvi° siècle un arrêt, même un recul, dans l'histoire du progrès constant de la mise en scène.

Heureusement, ces tragédies devaient se transformer peu après, d'abord sous l'influence de Hardy, puis surtout sous celle de Rotrou, qui précède et prépare le prodigieux éclat de Corneille à l'apparition du Cid.

L'organisation du théâtre se trouvant modifiée du tout au tout, les interprètes durent changer également.

Partout se forment, vers le milieu du xvic siècle, en France, des bandes de comédiens, moitié pitres, moitié charlatans, qui parcourent le pays en donnant des spectacles de toute sorte, remplaçant ainsi les confréries locales adonnées au théâtre religieux ou profane, qui diminuent à partir de ce moment et disparaissent même quelque temps après. En outre, les réunions de jeunes gens, telles que celles des clercs de la basoche ou des étudiants d'universités des grandes villes, continuent à cultiver le théâtre sous la direction de leurs maîtres, et la déclamation scénique devient dans les collèges un exercice classique. Dans plusieurs universités, les écoliers représentent, devant un public invité spécialement à cette occasion, des pièces mythologiques et historiques, sans délaisser toutefois les compositions satiriques. Les plus connues parmi les tragédies imitées de l'antiquité qui fuient jouées dans les collèges sont celles de Jodelle, de Garnier,

de Montchrestien, de Baïf et de La Taille, etc Elles n'étaient écrites

que pour des milieux savants ou spéciaux, où on les représentait une ou deux fois seulement. Certaines de ces compositions, semblables en bien des points à celles de Sénèque, n'étaient pas plus qu'elles destinées à la scène, et n'y parurent jamais. Elles furent imprimées de même que quelques pièces de critique protestante, et formèrent des volumes de dialectique ou de propagande, répandus, suivant leur genre, dans divers centres intellectuels. Les tragédies ou les comédies de la Pléiade qui obtinrent le plus de succès dans les collèges n'eurent

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jamais les honneurs du théâtre1, qui ne comptait toujours à Paris qu'un seul local, celui de l'Hôtel de Bourgogne, encore occupé par les Confrères de la Passion.

Durant la période d'évolution que nous venons d'indiquer, la mise en scène a suivi le mouvement des esprits; l'opinion lui est alors contraire. Tout en subsistant, parce qu'elle est la base essentielle du théâtre, elle perd de son importance et subit des modifications radicales dans ses deux parties essentielles : le décor et les salles de spectacle.

i. Cette théorie a été admise par M. Bornage dans sa thèse déjà citée, et par M. Rigal dans son étude également citée sur Alexandre Hardy. M. Faguet, dans son ouvrage sur la tragédie au xvi° siècle, n'est pas de cet avis.

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