Journal du sieur de l'Es toi te
LE THEATRE AL XVIe SIÈCLE.
du Parlement envahirent la salle, chassèrent le public et arrêtèrent les acteurs, malgré les cris et la résistance énergique de tous. Le théâtre fut fermé. Les acteurs ne se découragèrent pas et demandèrent alors à l'intolérante cour de justice une autorisation. Le Parlement, par arrêt du 23 octobre i 556, autorisa le nouveau théâtre à jouer durant un an; ce qu'il lit du reste avec succès. Mais, l'année écoulée, il fallut l'aire renouveler l'autorisation. Cette fois, le Parlement, probablement inquiet des réunions des prolestants, refusa net, et la troupe novatrice dut cesser son jeu et se retirer1.
La troupe parisienne succédant aux Confrères en 1078 fut plus heureuse que celle de Rouen, car le Parlement de Paris ne parait pas lui avoir suscité de difficultés.
Quelle était eette première troupe de l'Hôtel de Bourgogne? Que joua-t-elle? Sufasisla-t-elle longtemps en ce théâtre? Nous ne le savons pas.
Toujours est-il que ces nouveaux venus avaient encore à Paris une concurrence dans les collèges, dans les Enfants sans Souci et les clercs de la basoche, qui continuaient leurs représentations satiriques ou pédagogiques. A la fin du siècle, le Parlement concédait pour un jour encore aux clercs de la basoche la grande salle du Palais2; mais le peu de temps pendant lequel il la laissait à leur disposition ne permettait aucune mise en scène.
Les pièces protestantes, étant donné l'esprit de la capitale, ne pouvaient y être représentées qu'à huis clos; nous savons que quelquesunes cependant furent interprétées en petit comité. Dans les provinces où se recrutaient principalement les réformés, on dut3 jouer devant un auditoire de coreligionnaires des comédies de controverse religieuse, cérémonies qu'à juste titre on pouvait considérer comme un exercice spirituel se rapprochant des prêches. Mais ces réunions avaient lieu dans des locaux fermés et sans bruit : leur trop grande publicité aurait ému les meneurs catholiques, toujours prêts à l'excitation; et les docu-
1. Gosselin, Recherches sur les origines et Vkisloire du théâtre de Rouen avant Corneille, Rouen, 1 808, ]>. /,.
a. Témoin la requête qu'ils adressaient en 1 58a « pour jouer une tragédie et une comédie dans la grande salle, deniandanl que le concierge el servileur dudit Palais accommodât le local en question de ce qu'il seroit requis ». Voir IVlibien, Histoire de Paris, t. V, pièces el preuves justiûcati v es, p. i3, col. 1 .
3. Nous devons ee renseignement à M. Emile Picot, qui l'a connu par un documeui allemand inédit encore en sa possession.
LES SALLES DE SPECTACLE A LA FIN DU XVIe SIÈCLE. IJ7
ments, si nombreux, sur les premiers temps du protestantisme ne nous signalent que deux représentations du lliéâtre protestant.
A Genève, plusieurs pièces de ce genre parurent au théâtre; mais, à notre grand regret, nous n'avons retrouvé, sur leur mise à la scène, aucun détail. Et cependant il eût été bien intéressant de les mettre en lumière.
Avec le règne de Henri III, nous voyons la fin de ces sortes de spectacles; car la Ligue, en devenant, par la mort de ce roi, maitresse de Paris, défendit les représentations et fit fermer l'Hôtel de Bourgogne. Il entrait dans la politique des chefs du mouvement de développer les amusements du peuple d'une tout autre façon.