LE COSTUME FT LES ACTEURS
insultées, et leur début sur la scène condamné comme un manquement irréparable aux convenances1.
On voit que l'hypocrisie anglaise n'est pas chose nouvelle; le même peuple, qui acclamait comme chef de sa religion le roi Henri VIII et qui proclamait sainte la reine Elisabeth, trouvait impudique et immorale l'apparition de deux actrices sur une scène de théâtre populaire2.
Il est vrai, toutefois, à en croire Tallemant, que les rares femmes de théâtre n'étaient pas des modèles de vertu : « Elles vivoientdans la plus giande licence; c'étoient des femmes communes aux comédiens de leur troupe et même de celles dont elles n'éloient pas. »
Quelque rares que soient les renseignements sur le théâtre avant Richelieu, ils nous permettent de juger combien la mise en scène était encore rudimentaire en France.
Depuis le moyen âge, le théâtre, sortant sans cesse de sa voie naturelle, avait eu les rôles les plus différents : tantôt transformé en tribune ou en chaire religieuse ou profane, en pamphlets, en tableaux vivants, en tréteaux de bateleurs, il avait évolué au point de vue moral, passant du réalisme à un idéal abstrait.
Au commencement du xvne siècle, Alexandre Hardy avait ramené à la scène l'action dramatique, mais avec des pièces procédant à la fois de la tragédie et de la comédie et qui de ce fait s'appelaient des tragicomédies. Avec le Cid, la distinction se fait entre les deux genres, et la tragédie proprement dite est créée. Mais l'opéra ne l'est pas encore; et pour en rechercher les origines, pour voir quels essais divers ont abouti à sa constitution, il nous faudra remonter en arrière tant en France qu'à l'étranger et principalement en Italie, pays qui baptisa le drame lyrique ou musical du nom d'opéra.
i. Ferdinand Lotheissen, Geschlchte der Franzôsisùhen Literatur, Vienne, 1877-84, t- tf, p. 379.
•x. Voir Malone, Historical account of the rise and progress of llie Eiigl'tsh Stage and of t/ie economy and usages of the ancient théâtres in England, 1800, p. 119.