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CHAPITRE VII

Ml RAME ET LA PREMIÈRE SALLE DE SPECTACLE EN FRANCE

A peine Richelieu fut-il reconnu maître incontesté en France, qu'il voulut régner au théâtre comme ailleurs. Dès i63o il transforme en salle de spectacle une pièce de son palais et il y donne des représentations. Puis, en créant l'Académie française, il protège les auteurs, particulièrement les poètes, il les réunit chez lui, et leur donne des canevas de pièces de théâtre qu'il leur fait composer. Ainsi fut jouée, en iG35, devant Gaston d'Orléans, an Palais-Cardinal, la Comédie des Tuileries, à laquelle Corneille avait travaillé. Son premier soin, en s'occupant du théâtre, est d'en bannir toute inconvenance; par ce fait, il y apporte une vraisemblance nouvelle et un agrément incomparable : d'une part, en permettant aux femmes de paraître sur la scène pour y remplir les rôles qui leur appartiennent, et d'autre part en les laissant libres de venir orner de leur présence l'assemblée des spectateurs. Car jusqu'alors la grossièreté excluait toute honnête femme de la scène ou de l'auditoire.

Au bout de peu de temps, Richelieu ne se contente plus de la salle primitive qu'il avait dans son palais, ni des tragédies qu'il y faisait représenter. Le succès du Cid ne lui laisse pas de repos, et lui aussi il veut, sinon surpasser, du moins égaler Corneille. Il aspire à devenir auteur, et son but est de créer un théâtre modèle. Sans perdre de temps, il se met â l'œuvre, et il fait, en collaboration avec quelques académiciens, une pièce à laquelle il donne le nom de Mirame.

A en croire Pellisson1, « une partie des pensées et des sujets étoit de lui; quant aux décors et aux machines, il en fut seul l'inventeur, et

i. Pellisson, Histoire c/< V Académie française, Paris, 1721), 1. I, |>. go.

elles ne lui coûtèrent pas moins de deux cent mille à trois cent mille écus ». Le succès de Mirante fut loin d'égaler celui du Cid.

Mais laissons là La pièce et son succès relatif et venons de suite aux détails de la mise en scène.

Richelieu avait entendu parler des progrès de la machinerie italienne, de la disposition nouvelle des scènes et surtout des théâtres de Vicence et de Parme. Il voulut faire mieux. Malheureusement, l'exiguïté de l'espace qu'il pouvait consacrer à l'édification de son théâtre s'opposait au développement des constructions. Il lit exécuter par plusieurs architectes des projets de plans et d'élévation. Mais aucun ne fut adopté, « pour être trop enjoué ». Richelieu s'en tint à celui de son architecte ordinaire, Mercier, parce qu'il était à la fois « plus solide, plus commode et plus majestueux1 ».

La salle, telle qu'elle fut construite, « étoit un carré long ; la scène étoit élevée à l'un des bouts et le reste occupé par vingt-sept degrés de pierre qui montent insensiblement et qui sont terminés par une espèce de portique en trois grandes arcades; deux balcons dorés, posés l'un sur l'autre de chaque côté, commençant aux portiques, viennent finir assez près du théâtre ». Ce sont les suites de loges. « Le tout est couronné d'un plafond dû au pinceau de Lemaire, peintre en architecture, à qui le cardinal avoit déjà donné à décorer le château de Rueil. Ce plafond représente une longue ordonnance de colonnes corinthiennes qui soutiennent une voûte enrichie de rozons et peinte avec assez d'effet pour rehausser de beaucoup le couvert de la salle et lui faire paroître une élévation qui lui manquoit. Sur les degrés qui remplissent tout le parterre, il n'y a ni vomitorium, ni balustres, ni toutes ces entrées et sorties si commodément distribuées dans les théâtres des Grecs et des Romains. » Elles eussent occupé trop de place. « Les degrés ne sont pas arrondis en circonférence; ils régnent, en droite ligne, sur la largeur entière de ce parallélogramme; ils ont moins de hauteur et de largeur que ceux des anciens. Au lieu d'avoir 5o centimètres de haut sur i mètre de large, chacun n'a que 16 centimètres de haut sur 70 de large. Ils sont cependant plus commodes que ceux des anciens, par le fait qu'on y monte et qu'on en descend plus facilement. Dans un même espace, on peut y asseoir trois fois plus de monde; les spectateurs n'y sont point assis à même la pierre, car un même degré ne

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