‹ Essai sur l'histoire du théâtreChapitre 7 sur 322 · Petit de Julie ville, op. cit., t. I. p · texte numérisé non relu

Petit de Julie ville, op. cit., t. I. p

2. M. Siméon Liice, dans son livre sur Duguesclin et son époque, Paris, Hachette, 1876, cite plusieurs Mystères joués eu province durant l'occupation anglaise. M. A. Angot, dans un article publié par la Revue archéologique du Maine, 1889, t. XXVI, p. III, raconte, d'après les archives de l'hôtel-Dieu de Laval, que l'on joua en i44&, lorsque la province était encore sous la domination anglaise, la moralité de Bien et mal advisé. On pourrait citer encore de nombreuses preuves du développement des Mystères à la lin de la guerre de Cent Ans.

LES MYSTÈRES DIALOGUES

Le public vient y chercher des distractions, qu'il faut lui rendre de plus en plus attrayantes. La soldatesque, devenue si nombreuse, à cause de la guerre, porte ses habitudes d'impiété dans l'auditoire. La jeunesse frivole s'y rend comme à un lieu de plaisir, et les courtisanes à ceinture dorée vont y étaler leur élégance en guise d'enseigne1.

Le luxe est arrivé alors à un développement qui depuis n'a jamais été réalisé, même aux fêtes fastueuses de Versailles. Les acteurs déploient une somptuosité inouïe sur la scène, et l'auditoire, composé quelquefois de souverains, de princes, de seigneurs, de riches bourgeois, de femmes de toutes conditions vêtues de leurs plus beaux atours, lutte d'ostentation avec les artistes qui sont sur la scène. On cherche à écraser son voisin et à faire parade de sa richesse, de sa beauté, de son luxe. Les Mystères sont des réunions mondaines par excellence, d'une vogue excessive, que l'on ne peut mieux comparer aujourd'hui qu'aux assemblées des champs de courses.

L'attrait de ces spectacles est tel, que, à part les quartiers où ils ont lieu, les villes où l'on joue les Mystères semblent abandonnées pendant tout le temps que dure la représentation. Les municipalités recommandent à son de trompe de bien clore les maisons; on double les guetteurs du beffroi et les gardes des portes, qui restent ouvertes, car on ferme celles dont le service n'est pas indispensable; hormis ces gardes, personne ne peut porter d'armes ou de bâtons. On décrète également à son de trompe que le chômage est obligatoire, et il est ordonné de ne pas plus travailler qu'en un jour férié. Tout le monde, alors, ferme boutique, à l'exception des bouchers, boulangers, pâtissiers et marchands de vin, que la municipalité invite à se bien munir de vivres et de rafraîchissements, afin d'établir des comptoirs aux abords du spectacle, où les assistants pourront festoyer pendant et après la représentation. A la porte du théâtre se tiennent plusieurs sergents chargés de la police et du maintien de l'ordre. Les autorités recommandent aussi « que nulles femmes ayant petis enfans ne les portent audit jeu, ains les laissent en bonne seureté et garde en leur maison ». Comme la fête se prolonge durant la nuit, les citoyens doivent allumer des lanternes aux fenêtres pour permettre à la foule de circuler malgré l'obscurité. Dans le nord de la France, à toutes les représentations, l'évèché fait publier au prône de chaque paroisse un décret polir

l. Du Méril, Origines latines tlu théâtre moderne, Paris, i84;), in-8, p. j5.

Lue scène du Mystère de lu J'ussion, d'après un tableau d'Albeit Diiier.

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