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LES MYSTERES A LEUR APOGÉE

changer l'heure de l'office, de façon que les fidèles puissent assister au service religieux et ne pas manquer la représentation des Mystères'.

Ceux-ci prennent en durée une importance encore inconnue, puisqu'on joue souvent durant plusieurs jours de suite, quelquefois même durant plusieurs semaines. Ce sont tantôt des drames empruntés à la vie ou à la légende d'un saint, patron d'une ville, tantôt des pièces d'un ordre plus général, tirées soit du Nouveau, soit de l'Ancien Testament, soit surtout de la vie de Jésus-Christ. Sur ce dernier sujet, on compose le drame par excellence, celui de la Passion, qui se joue partout et à tout moment. La multiplicité des représentations du Mystère de la Passion introduisit même probablement en France l'établissement d'un théâtre permanent, qui devint peu à peu quotidien2.

Certains souverains s'adonnent complètement au théâtre. Nul ne le fait avec plus d'ardeur que le roi René d'Anjou. Malheureux à la guerre comme dans la politique, et d'ailleurs passablement philosophe, il trouve dans la culture des lettres et des arts des compensations à ses malheurs. Tout en se livrant à la peinture et à la littérature, il encourage le théâtre. Durant son règne et même après sa mort, la Provence et l'Anjou sont sans cesse occupés aux Mystères. En 1 4 74 ■? Ie Mystère de sainte Barbe, à Laval, est d'un tel intérêt, que le Parlement de Paris s'y rend au complet pour « s'en esbaudir3 ».

Le bon roi de Sicile assiste aux représentations; il s'occupe de la mise en scène et souvent paye les frais qu'elle entraine.

Tandis que René d'Anjou propage les Mystères, tandis qu'à Paris les

1. La Vie municipale au xv" siècle dans te nord de la France, par le baron fie Culone, Paris, Didier, 1880, j>. 1 1 4 et suiv.

2. Journal des savants, année 1846, p. 12, article de M. Magnin sur le théâtre français au moyen âge, et L.-G.-N. de Monmerqué et francisque Michel, le Théâtre français au moyen âge d'après les manuscrits de la Bibliothèque du roi, Paris, Firmin-Didot, i83g, iu-8.

Oii peut citer, à côté de lu Passion, le Mystère des Actes des apôtres, par les frères Grebau, qui n'était pas moins populaire. Voir les Grehan et les Mystères dans le Maine, par Henri Chardon, Paris, Champion, 1870, p. i(5 et 17, d'après le ms. n° 6 de ta Bibliothèque du Mans. Nous sommes heureux de pouvoir adresser à M. Chardon nos meilleurs remerciements pour les précieux renseignements qu'il nous a mis à même de nous procurer.

3. Dom Pioliu, Recherches sur les Mystères représentés dans le Maine, Angers, i858, p. 5i. Voir aussi le Mystère de saint Clément, publié par Ch. Abel, Metz, 1 86 1 , préface, et les Mémoires de la Société d'agriculture, sciences et arts d'Angers, i'e série, t. I[, 1 834—1 838 , p. 5^, et a" série, i855, p. 128. A Metz, en juillet i437i au Mystère de la Passion, qui fut joué place du Change devant l'évèque de la ville, il y avait dans l'assistance des gens de toutes classes venus d'Allemagne. Au mois de septembre de la même année, pour le Jeu de la l'engeance de N.-S. Jésus-Christ, dès quatre heures du malin les places étaient occupées, quoique la représentation ne commençât qu'à deux heures.

i4 LES MYSTÈRES DIALOGUES.

Confrères de la Passion ou les Enfants sans-souci jouent dans des salles privées, les ducs de Bourgogne, au contraire, encouragent les entremets et les ballets et créent un théâtre d'un antre genre qui donnera naissance, plus tard, à l'opéra.

Là où un roi on bien un prince assiste aux Mystères, les représentations, grâce à leur munificence, sont somptueuses, et la mise en scène splendide1. Peut-être n'en a-t-il pas toujours été ainsi, et plusieurs historiens modernes affirment que si la pièce se donne dans quelque pauvre bourgade, l échafaud sur lequel montent les acteurs n'a aucune décoration et porte seulement des écriteaux indiquant les lieux où se passent les différentes scènes2. Mais les représentations eurent surtout lieu, nous semblet-il, dans les villes riches, où la municipalité, le clergé, les bourgeois, les princes et même les rois contribuaient aux dépenses, et, dans ces conditions favorables, les Mystères devinrent de considérables entreprises.

[. Bodin, Recherches sur V Anjou, Saumur, 18^3, t. II, p. 4t>.

a. E. Morice, Histoire de la mise en scène des Mystères, Paris, 1 8 3 ( ) , p. 32. Ludovic Ccllor, les Décors, les costumes et la mise en scène, Paris, i86<), p. 3.

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