‹ Essai sur l'histoire du théâtreChapitre 78 sur 322 · Voir le compte rendu (huis la Gazette du ia mars l · texte numérisé non relu

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2. On trouve dans les Archives curieuses de l'histoire de France de Cimber et Danjou (a" série, t. VI, j). 66) des détails intéressants sur les dépenses des costumes du ballet des Fées de la forêt Saint-Germain.

Il avait fallu i5 aunes de taffetas pour faire une grande robe à un grand colosse en forme de

Dans ces diverses sortes de spectacles, dont l'action dramatique et la mise en scène étaient sans intérêt, tout l'effort d'imagination des inventeurs se portait sur l'extravagance des costumes. Ceux des modes antérieures de cinquante ans à l'époque où la pièce se joue semblent avoir eu le plus de succès1.

Comme au lendemain du jour où un habillement cesse d'être porté il parait drôle et excite l'hilarité, rien ne semblait plus extraordinaire sous Louis XIII que de voir des individus vêtus à la mode de Henri IL De nos jours il en est de même, et les acteurs qui dans les comédies des théâtres du boulevard jouent des rôles destinés à amuser le spectateur sont souvent vêtus comme sous la Restauration ou comme au début du règne de Louis-Philippe. Combien de fois avons-nous vu rire des manches à gigot, des hauts collets ou des coiffures à toupet de la mode de i83o!

En 1G2G, au ballet du duc de Nemours, les Femmes renversées, tous les personnages parurent tète double; les violons semblaient jouer par derrière2, parce qu'ils avaient sur la nuque des masques de vieilles femmes et qu'ils marchaient à reculons. Des demoiselles figurées par des hommes avaient deux masques, l'un de jeune fille sur le visage, l'autre de vieille femme sur le derrière de la tète. Elles exécutaient des volte-face pour se montrer sous leurs deux aspects. Il était impossible de se rendre compte, quand elles dansaient, si on les voyait par devant ou par derrière. Cette bizarrerie eut du succès, et fut poussée plus loin : on inventa des danseurs à quadruple face, qui venaient comme des personnes renversées marchant sur les mains, avec des tètes postiches entre les jambes; pour donner plus d'illusion, ils avaient une jupe soutenue en haut par des cerceaux : tout d'un coup la jupe tombait, s'arrêtant à la ceinture du personnage, et l'on voyait deux demifemme représentant la Musique : 45 livres; 10 aunes de satin bleu pour faire une robe à Guillemine la Quinteuse : 55 livres; 10 aunes de satin rose pour faire le dessus de deux capes à l'espagnole pour le roi et M. de Blainville : 56 livres; 3o aunes de satin noir pour faire cinq pourpoints à cinq Esprits noirs; 6 aunes et demie de satin vert pour faire robes et mantes à M. de Liancourt, représentant Jacqueline l'Entendue.

1. Voir Bibliothèque nationale, cabinet des Estampes : ballet des Ridicules et ballet des Quatre Parties du Monde. Recueil de l'Histoire de France, année 1629, Q11 3i.

On peut voir aussi le Ballet du Roi, donné le 18 février 1 G3 5 dans la grande salle du Louvre et OÙ apparurent des danseurs vêtus l'un d'une cloebe, l'autre coiffé d'une pinte, un troisième (l'une cage à moineaux, un autre d'un chaudron, un autre d'un alambic et jouant tous d'un instrument bizarre.

2. La représentation de ces violons se retrouve dans le VIe volume de la collection du baron Edmond de Holbscbild .

LE THÉÂTRE LYRIQUE

corps : celui du haut semblait appartenir à une jeune femme, celui du bas à une vieille'. On voyait des individus portant une tète colossale à la hauteur du ventre et coiffés d'un énorme chapeau à plumes couvrant le haut du corps. Sans cesse les figurants représentent des animaux, ou bien un seul homme en figure deux, l'un portant l'autre. Les acteurs jouant le rôle de personnages allégoriques avaient comme de nos jours des costumes d'emblèmes appropriés à l'idée qu'ils représentaient et qui permettaient de les caractériser2. Ainsi le Jeu avait un habit fait de cartes à jouer et un chapeau forme d'un damier avec des cornets et des dés; la Musique portait une guitare autour de la tète, comme si c'eût été un carcan ; l'Apparence, dans le ballet de la Vérité (iG34), était vêtue de queues de paon et de miroirs, parce que « la queue de paon semble avoir des yeux et n'en a que l'apparence, et les miroirs reçoivent toutes sortes de figures sans en retenir une seide ». Les Vents s'habillaient de plumes pour marquer leur légèreté et tenaient des soufflets pour exprimer leur action; le Monde était couvert de cartes géographiques, et à la place du cœur était écrit le mot « France ».

Dans la Douairière de Bi/ôao, un acteur était vêtu d'un long pourpoint pendant de la tête aux pieds, tandis que son suivant avait un large pantalon qui le couvrait entièrement; ils représentaient chacun la moitié d'un géant coupé en deux. Les différents peuples du monde y portaient

I. Mémoires Je /' abbé de Marollcs, Amsterdam, 1755, t. III, p. 114-

1. Le type de ce genre de costume est ainsi décrit dans un recueil de la Bibliothèque nationale, cabinet des Estampes, vol. Tb. 10 :

« Le bonnet est une cornemuse dont les chalumeaux doivent pendre sur l'oreille. « Le collier est de castagnettes.

« Le poitrail est un jeu d'orgues.

« Les cuisses sont le corps d'une guitare, et les jambes le manche. « Des gants où chaque doigt est un petit sifflet.

« Il faut mestre derrier pour le dots un core de luth et le manche pendant en bas. « Les deux épauliers sont des limbes avecque des aneaux.

« Les pendants desoubs les bras aux coudes font le même effet de ceux de l'Opéra; ce si î.t des orgues de barbarie.

« Les deux cottée au formme de lambrequin sont des violonts. « Les jarlier sont des flajolets.

« Tout le slolfe de la bit surquoy sera appliqué tous lesdits instruments sera blanc et arayéee avec des notte de musique. »

« Les notes ci-dessus ont été écrites par le dessinateur pour donner au costumier toutes les explications nécessaires. »

Voir M. N. de Larmessin, Habits de différents métiers : comédien, tailleur, coiffeur, plombier, serrurier, rigneron, sellier, vitrier, rôtisseur, savetier, pêcheur, jardinier, bonnetier, etc. Paris (s. (1.), in-folio.

Costume de berger daus un ballet du temps de Louis Xlil.

les costumes les plus baroques, et les entrées d'animaux tels que ours, singes, etc., y étaient fréquentes1.

Il n'y a guère de restitutions historiques dans les librettos du règne de Louis XIII : aussi l'archéologie était-elle inutile pour la création des costumes; cependant, nous devons dire que les rares habillements du moyen âge dessinés pour les ballets sont bien reconstitués.

Signalons une manière particulière de figurer les cavaliers sur la scène qui est employée encore aujourd'hui dans les jeux d'enfants. On simulait un cheval de petite taille en carton, dont le corps évidé dans sa partie inférieure laissait un passage par où pouvait pénétrer l'acteur, qui s'attachait le cheval à la ceinture. Un caparaçon pendant cachait ses jambes, tandis que de chaque côté des flancs du cheval étaient représentées en carton les jambes du cavalier. Celui-ci, courant et galopant sur la scène, simulait grossièrement un cheval qui caracole5.

Au ballet de la Douairière de Bilbao, nous dit l'abbé de Marolles, on avait voulu faire paraître le Grand Turc sur une véritable monture, et l'on comptait sur un effet considérable; mais à la vue des lumières le cheval eut peur, se cabra, refusa d'avancer, et le cavalier, un sieur Marais, qui faisait Le rôle du Sultan, dut l'abandonner et jouer à pied. « Etant quelque temps après à remplir encore dans un ballet un rôle de cavalier, il usa d'un cheval contrefait, ce qui réussit beaucoup mieux5 ».

Il est encore, à côté de ces accoutrements grotesques, des costumes que l'on pourrait appeler de caractère. Ainsi, dans la Délivrance de Renaud, Louis XIII parait sous la figure d'un démon du feu, c'est-à-dire qu'il est vêtu d'un maillot collant avec une petite jupe à plis parsemée de langues de flamme rouges, le visage caché par un masque noir et la tête couverte d'une coiffure « flamboyante ». Ce costume, fort connu sous le nom d'ardent, est d'un usage constant tant que durent les ballets

I. Le Père Menestrier, Des Ballets anciens et modernes selon les règles du théâtre. Paris, 168.!, in-8, p. 1 44-

1. Les registres de costumes représentent ces sortes de cavaliers et indiquent comment devaient être construites leurs montures et comment ils devaient se les attacher; ils donnent aussi la coupe de cet accessoire, qui n'était qu'une cage d'osier sur laquelle on montait en carton ou en étoffe tout ce qu'on voulait y représenter. Voir le Recueil de M. Edmond de Rothschild, XII0 vol.

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