De la collection Edmond de Rothschild
LES BALLETS EN FRANCE DE HENRI IV A LOUIS XIV a35
la vue d'une loge d'acteurs de ballets qui se préparent à danser. Au premier plan, un personnage se fait habiller par deux valets; il n'est antre que l'inévitable Hesselin, comme le prouvent ses armoiries placées de chaque côté du dessin. Dans le fond sont tous les accessoires du ballet, des tableaux donnant l'indication des costumes, puis des habits, des chaussures, des masques, des perruques, des chapeaux, des armes et autres objets de toute nature. Des valets sont là qui s'empressent de servir les figurants venus pour prendre ce qui leur est nécessaire.
Les ballets continuèrent à être très fréquents jusqu'à l'introduction des pièces de Molière dans les représentations royales1. Mais leur description ne serait guère qu'une répétition et n'ajouterait aucun détail nouveau à ceux que nous avons donnés.
Aussitôt que le roi eut pris goût aux pièces de Molière, il lui demanda d'ajouter à ses comédies des ballets d'un genre pompeux et mythologique tels que lui, le Roi-Soleil, pouvait les aimer, et où il figurait dans des costumes tout couverts de lambrequins et de pierreries, avec des tonnelets pendants, des cothurnes antiques décorés de mufles de lion, et la tète tout empanachée, comme les personnages peints ou sculptés sur les murs du château de Versailles. C'est ainsi qu'il figura dans le Mariage forcé, dans les Fâcheux et dans d'autres comédies-ballets.
Plus tard, le roi commande à Molière, à la place de ces ballets décoratifs, des bouffonneries grotesques qui puissent le faire rire. Molière compose alors les cérémonies de Monsieur de Pourceaugnac et du Malade imaginaire. Les ballets de Henri IV, de Louis XIII et de la Jeunesse de Louis XIV sont déjà loin; une seule partie en subsiste, celle qu'on appelait le « grand ballet », où tout le monde, couvert de clinquant et d'aigrettes, paraissait sur la scène et exécutait des danses d'ensemble.
De nos jours, on voit à certains moments le corps de ballet apparaître et figurer des tableaux où la lumière rend plus vives encore les couleurs chatoyantes des costumes qui s'enlèvent sur des fonds de décors à aspects féeriques. Ces ensembles, vestige du grand ballet d'autrefois, forment dans le ballet moderne la partie la plus importante, celle où l'art du décorateur et celui du poète atteignent le plus grand effet scénique.
i. On peut citer, depuis le ballet de Cassandre (26 février l65i) jusqu'à celui de Flore (1689), les ballets de la Nuit (i653), du Temps (i654), des Noces de Théiis et de Pe'le'e (i654), des Plaisirs ( 1 6 5 5 ) , de la Prospérité des Armes de la France, d'Atcidiane (iG5S), de V Amour malade (iGG3), des Amours déguises (1664), des Muses (16G6), sans compter les comédies-ballets de Molière et de Corneille.
PIÈCE JUSTIFICATIVE
BIBLIOGRAPHIE DES BALLETS
Des ballets joués à la cour en si grand nombre1 au commencement du xvne siècle, il est resté heureusement des figurations qui nous permettent aujourd'hui d'étudier les amusements de nos pères.
Lorsqu'il s'agissait de préparer un ballet, les dessinateurs du cabinet du roi étaient chargés de composer les costumes de chacun des figurants. Puis des artistes de moindre valeur les reproduisaient à un grand nombre d'exemplaires, comme on le ferait aujourd'hui au moyen de la photographie. Une série complète des dessins de chaque ballet était jointe aux exemplaires du libretto, et l'on en offrait un ainsi illustré à chaque figurant en souvenir de la fête à laquelle il avait pris part. Il existe encore un certain nombre de ces albums du temps de Louis XIII et de Louis XIV.
Il y en a d'abord plusieurs qui ont été recueillis au xvin0 siècle par le fameux collectionneur Fevret de Fontette. On sait que sa collection passa tout entière dans la bibliothèque du roi et qu'elle est actuellement à la Bibliothèque nationale.
La suite complète des trois ballets des Ridicules (1628), des Quatre Parties du Monde (1629) et du Château de Bicétrc (16'îo) se trouve aujourd'hui au cabinet des Estampes2; ils sont collés feuille par feuille sur de grands registres dits de l'histoire de France, où sont classés chronologiquement toutes les estampes et dessins divers se rapportant à notre histoire nationale.
Fevret de Fontette a lui-même écrit au-dessus de chaque dessin le nom du ballet et le numéro de l'entrée dont il était la figuration. Mais là encore il n'a pas été plus
t. Voir Bibliothèque nationale, mss. Fonds fr. nos 24 352 à ^4 '555. Voir aussi : Paul Lacroix, Ballets et Mascarades de cour sous Henri IV et Louis XIII, i5Si- i652, Genève, i S68, 6 vol. Mémoires du maréchal Bassompierre, déjà cités, t. I, p. Ci, 79, 191, 1 95, 22J, 34a; t. II, p. 1 1 1 ; t. III, p.|436; t. IV, p. 294. Le Père Méncstricr, Des Ballets anciens et modernes selon les règles du théâtre, 'Paris, 1682, in- 12. Recueil des plus excellents Ballets de ce temps, Paris, 1612. Armand Baschet, le Roi chez la Reine, Paris, 1866. Enfin toute la suite des libretti des ballets conservés à la Bibliotbèfpie nationale (départ, des Imprimés) dans la série Y et dont le catalogue n'est pas encore publié.
2. Cabinet des Estampes, collection de l'Histoire de France, Qb. et 33. Cédés au roi en 177O, ces dessins ont élé sommairement catalogués par le Père Lelong dans sa Bibliothèque historique de la France. Depuis, M. Henri Bouchot les a décrits plus complètement.
PIÈCE JUSTIFICATIVE
habile que pour le classement de l'entrée de Charles-Quint à Bruges, qu'il a qualifiée d'entrée de François Ier à Paris1.
En effet, si l'on en croyait les inscriptions placées par lui en tête de chaque série de ballets, nous serions en présence du ballet des Ridicules donné par le roi à Saint-Germîun-en-Laye le 17 janvier 1628, du ballet des Quatre Parties du Monde également donné par Louis XIII à Saint-Germain le 12 janvier 1G29, et enfin du ballet duC/idtcau de Bicêtre donné par le comte de Soissons au Petit-Bourbon le 8 mars i6322.
Or cette dernière indication seule est exacte. Le roi ne pouvait danser à Saint- Germain le 17 janvier 1628 ni le 12 janvier 1629, attendu qu'à la première de ces dates il était devant la Bochelle, et à la seconde du côté de Dijon, en route pour le Piémont, où il devait aller prendre le commandement de l'armée.
D'autre part, les titres de ballets donnés par Fevret de Fontette et acceptés par le Père Lelong dans la Bibliothèque historique de la France3 paraissent être de fantaisie. On ne les trouve cités nulle part, dans aucun recueil, dans aucun imprimé. Or nous avons pu identifier d'une façon positive ces deux ballets : le premier est celui de la Douairière de Bilbao, dansé au Louvre au commencement de l'année 1G264; le deuxième, celui des Fées de la forêt de Saint-Germain, dansé également au Louvre le 11 février 162 S3.
Les différents dessins de la collection de Fevret de Fontette sont assez grossiers; mais ils se retrouvent plus finement dessinés dans un volume de maroquin rouge, relié à la fin du xvn° siècle, actuellement conservé au musée du Louvre, dans la collection des dessins français. On en attribue la paternité à Daniel Babel, le brillant auteur des miniatures sur vélin du Muséum d'histoire naturelle6 et des gravures de l'Astrce d'Honoré d'Urfé.
Que Babel ait fait des dessins de costumes de ballets, c'est certain; qu'il ait dessiné ceux des trois ballets de la Douairière de Bilbao, des Fées de la foret de Saint-Germain et du ballet du Château de Birêtrc, c'est probable; mais ce qui devient presque improbable, c'est qu'on lui attribue les dessins du recueil du musée du Louvre ou ceux de la Bibliothèque nationale. Ces dessins sont des copies des originaux qui ont disparu et dont Babel pouvait être l'auteur.
Des innombrables ballets donnés à la cour de Louis XIII il ne reste, croyonsnous, comme suite complète de dessins, que celles que nous venons de citer.
Pour la période de la régence d'Anne d'Autriche on n'est guère plus riche. D'abord, on voit au cabinet des Estampes le livret du Ballet des fêtes de Bacchus1 . C'est une suite purement grotesque avec quelque poésie insignifiante : presque tous les rôles de femmes sont tenus par des hommes masqués, et le succès de ce ballet ne paraît guère avoir été plus retentissant que celui des autres. Mais l'exemplaire du libretto est inté-