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CHAPITRE PREMIER

LE THEATRE EN ITALIE

La seconde partie du xvi6 siècle avait vu, en France, avec la fin des Mystères et l'apparition des Comédies ou des Tragédies psychologiques, la décadence de la décoration, qui avait été si brillante au xv° siècle, avec Jean Foucquet, Poyet, Michel Colombe et tant d'autres artistes de valeur.

Par un singulier hasard, ce fut à l'époque où la mise en scène disparaissait de ce côté des Alpes, qu'elle eut en Italie son plus grand développement.

Les lettres et la philosophie y prenaient alors un essor considérable. On récoltait la moisson semée par le Dante; dans la littérature comme dans les arts, on se réveillait du long engourdissement du moyen âge. 11 semblait que, réchauffée au soleil levant de Venise, l'Italie eût secoué sa torpeur, et que de toutes parts eussent surgi des poètes, des philosophes et des artistes. L'amour de l'antiquité poussait naturellement le théâtre dans la même voie que les arts, c'est-à-dire à l'imitation des chefs-d'œuvre de la Grèce et de Rome. Les fresques ou les tableaux de Mantegna et de Véronèse, reproduisant des suites de portiques et d'amphithéâtres de marbre, qui se détachent sur le fond ensoleillé du ciel bleu, comme celui de l'Adriatique, furent les cadres merveilleux où les acteurs interprétèrent les œuvres de l'Arioste et de Machiavel.

Aussi le théâtre italien, à cause de la nature même du pays, de son climat et du génie de ses habitants, brilla-t-il plutôt par le côté décoratif de ses représentations que par l'élévation et la valeur littéraire des idées qu'il mil en action, et les noms de ses décorateurs, Raphaël, Léonard de Vinci et Mantegna, sont devenus plus célèbres que ceux de ses premiers auteurs dramatiques.

LE THEATRE EN ITALIE

Les Mystères n'avaient pas eu dans ce pays la même importance qu'au nord de l'Europe. On avait cependant donné à plusieurs reprises des représentations luxueuses. Une d'elles nous est connue par le souvenir d'une catastrophe inouïe qui la termina. C'était à Florence, au xive siècle; sur le vieux pont de l'Arno on avait construit un éehafaud, dont le principal effet consistait dans la représentation d'un Enfer gigantesque, qui à un moment donné devait s'enflammer. Tout à coup, au milieu de l'action, le pont s'écroula, emportant dans le fleuve l' éehafaud et les acteurs, qui furent engloutis en masse, sous l'œil des spectateurs terrifiés et impuissants à les sauver1.

Le retour à l'étude de l'antiquité commença au théâtre par l'apparition de pièces traduites ou imitées des tragédies et des comédies anciennes; les cours particulières des Etats si nombreux de l'Italie encouragèrent ce mouvement, et de toutes parts potentats et prélats donnèrent des représentations d'un genre nouveau*. En même temps, Milan, Florence, Venise, organisèrent des fêtes publiques à décorations multiples. Là furent inaugurés les portiques et les arcs de triomphe, avec un décor redondant, tel que l'on en vit dans les cérémonies françaises et flamandes à la suite des premières guerre d'Italie3.

La fête du mariage de Jean Galéas Sforza, due de Milan, avec Isabelle d'Aragon, en 1^89, pour n'en citer qu'une, fut splendide.

Léonard de Vinci en était le principal organisateur. De concert avec le poète Bellincioni, il fit une machine théâtrale intitulée il Paradisio, représentant un planétaire colossal dans lequel les planètes, figurées par des acteurs, tournaient, grâce à un mécanisme ingénieux, autour de la princesse d'Aragon, en chantant ses louanges; machines théâtrales, chœurs, poésies, peinture décorative, Léonard de Vinci avait tout inventé pour cette fête4.

Ces décorations admirables, pas plus que celles des successeurs de Léonard et de Raphaël, ne parurent sur des scènes publiques; jusqu'à la fin du siècle, il n'y eut pas de théâtre proprement dit en Italie, et l'on se servait, pour toutes les représentations d'opéra ou de comédie, des salles somptueusement décorées, comme celle du Conseil des Dix dans

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