‹ Essai sur l'histoire du théâtreChapitre 86 sur 322 · Villani, Histôria, liv. VIII, chap. lxx · texte numérisé non relu

Villani, Histôria, liv. VIII, chap. lxx

•2. Chassang, Essais dramatiques imités de l'antiquité ait xive et au x\c siècle; Paris, i85'2, in-8.

3. Voir Moreni, De ingressu summi pontificis Leonis Y Florentiani descriptio. Firenze, 1793.

4. Nous devons la communication de ce renseignement inédit à M. Eugène Mùntz, que nous remercions vivement de son obligeance.

LE THEATRE A L'ÉTRANGER

le palais des Doges, ainsi que le prouve la relation du spectacle par lequel la Sérénissime République de Venise fêta Henri 111 lors de son retour de Pologne en France1.

Dès le milieu du xvc siècle, à Ferrare, on représentait, dans une des salles du palais, des pantomimes de dieux et de déesses, de géants et de vertus, devant un auditoire assis2.

Les Gonzagues rivalisent alors avec les familles d'Esté, et l'une des plus belles œuvres de la peinture du xve siècle, les Triomphes de César, de Mantegna, conservés aujourd'hui à Hampton-Court, n'étaient autres qu'une partie des décorations d'une salle faite à Manloue pour une série de représentations données devant les ducs3. La salle du palais que Mantegna avait à décorer était de forme rectangulaire, bordée de portiques à colonnes avec des chapiteaux peints et dorés. Les architraves, supportées par les colonnes larges chacune de 3 mètres environ, au nombre de huit sur les grands côtés, étaient ornées, dans leur partie supérieure, de guirlandes et de rosaces de fleurs. Au-dessus, on avait tendu des draperies d'or sur le fond desquelles se détachaient des plantes vertes. La scène, placée à une des extrémités du rectangle, avait comme profondeur l'espace de deux architraves. En face, étaient des gradins en amphithéâtre pour les dames, les musiciens et « les trompettes allemandes ». Sur la scène on voyait d'un côté une grotte, et tout en haut un ciel resplendissant de lumière. Une mécanique faisait tourner les différentes planètes, telles que le Soleil et la Lune, Dans la salle, l'espace compris entre chaque colonne était garni, à hauteur d'homme, des tableaux des Triomphes de César et d'autres représentant les Triomphes de Pétrarque, aujourd'hui disparus, si toutefois on ne doit point reconnaître les esquisses de l'un d'eux dans le Triomphe de la Vertu poursuivant le Vice, qui est au musée du Louvre ; ce charmant petit tableau forme, avec trois autres peintures du Pérugin,

i. Voir Livio ÏNiso Galvani, / Théâtre musicali di Venezia nel secolo XVII. Milano, iS08 : Introduction. — Francesco Sansovino, dans son livre intitulé Venétia, città nobilissima, petit in-4, i 58 1 , ne cite aucun théâtre à Venise à la date de i58i. C'est pourtant une description exacte de la ville de Venise; Sabattini, dont l'ouvrage (Pralica di fabricar scène e machine ne theatri) n'est que de i638, dit qu'à cette date ou ne songeait encore à établir de théâtres que dans des salles déjà existantes.

a. K. IVIuutz, la Renaissance des Arts en Italie. Paris, i8(ji, d'après les commentaires de Pie II ( Kueas Sylvius Piccolomiiii).

3. Voir : Lettere artistiche médite vubbliçata per cura di (',. Çanwori; i880, p. 2 (renseignements fournis par le comte Carlo d'Arco, de Mantoue^.

LE THÉÂTRE EN ITALIE

une suite qui décorait autrefois le studio d'Isabelle d'Esté'. Au-dessus des tableaux étaient des candélabres tout dorés portant des armoiries et des lumières. Sur la colonnade il y avait des statues argentées, dorées ou coloriées. Le fond ('lait fait d'une tenture' bleu de ciel, constellée.

Dans celle salle, on joua successivement le Philonico, le Pœnulus de Piaule, V Hippolyte cl les A delphes de Térence.

A Rome, où les Médicis dirigent les arts, l'avènement au pouvoir pontifical de Léon X est l'occasion de fêtes non moins somptueuses. Lorsque Jules et Laurent de Médicis sont reçus au Capitole en i5i5, on dresse non loin du palais des sénateurs un théâtre en bois de forme carrée avec des estrades à gradins sur les trois faces de la partie de la salle opposée à la scène.

Quoique les contemporains nous fassent l'éloge de la décoration architecturale extérieure et intérieure de cet édifice, aucun d'eux ne nous a laissé de renseignements précis à ce sujet5.

Léon X, qui adore le théâtre, organise aussi des représentations dans son palais : tantôt on y donne la Calandra, ou la Mandragore, ou d'autres nouveautés, tantôt des traductions d'auteurs anciens, surtout de Plaute. En i5i8, pour les Suppositi de l'Arioste, le pape demande à Raphaël d'élever un théâtre dans l'intérieur du château Saint-Ange. Le peintre, rompant avec la tradition des théâtres rectangulaires, tels que celui qu'on avait construit trois ans plus tôt au Capitole, édifie une salle en hémicycle, conformément aux préceptes de Vitruve3, avec des gradins circulaires au bas desquels est une estrade portant un trône pour le souverain pontife1.

Ces deux constructions éphémères de théâtres en bois ne demeurèrent pas isolées; mais aucun monument durable n'avait encore été consacré à l'art dramatique en i58o5.

Une seule salle pourtant avait eu un caractère de permanence. Elle avait été élevée par Palladio, en idGj, à Vicence, pour la célèbre com-

i. Nous devons ce renseignement à M. Lafenestre, de l'Institut, conservateur du musée des Peintures au Louvre; nous le remercions également de toutes les indications qu'il a bien voulu nous communiquer sur les décorations italiennes.

•2. Scella di curiosità Ictlerare \ned\te o rare dal secolo XIII al XVII ; Bologne, 1 885 : Narra/io Pauli Pallioli délia speclacoli célébrait in campidoglio da Romana net receverc lo magnifico Juliano el Latirentio di Médicis per sitoi patritii.

3. Les Dix Livres de C Architecture, avec les notes de Perrault, publiés par Tardieu et Coussin. Paris, 1837, •>■ vol. in-fol.

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