G. Campori, op. cit
H. Jacob Burkhardt, Geschichte der Renaissance in Italien, Stultgard, 1877, p. 3yo.
LE THEATRE A L'ÉTRANGER
pagnie de la Calza, qui devait y représenter la tragédie à'Ântigone, de Moule Vicentino. Frédéric Zuccheri en fit les peinturés décoratives : c'étaient douze grands tableaux encastrés dans la muraille du fond de la scène comme nue suite de bas-reliefs décorant une façade architecturale à entre-colonnements. Contrairement aux habitudes en cours, cette salle ne fut pas détruite aussitôt après la représentation; mais, comme elle était uniquement en bois, le feu la lit disparaître quelques années après, sans qu'aucun dessinateur en ait laissé une reproduction.
Au lieu de procéder comme les Confrères de la Passion l'avaient fait pour la construction de l'Hôtel de Bourgogne ou comme les Romains pour les salles du Capitole en idi5, c'est-à-dire au lieu d'édifier une salle rectangulaire, Palladio étudia, comme Raphaël en jji8, au château Saint-Ange, les salles de spectacle de l'antiquité, et fut assez habile pour reconstituer tout d'une pièce le type des théâtres romains, tel que Vitruve l'avait décrit1.
Ces théâtres affectaient la forme d'un hémicycle, dont la base ou diamètre formait la scène; la partie circulaire allant d'un côté de la scène à l'autre était bordée par une suite de gradins; l'espace compris entre ces gradins et la scène formait un emplacement libre destiné dans l'antiquité au chœur, et réservé de nos jouis à l'orchestre. Un ou plusieurs escaliers rendaient facile la communication entre la scène et cet espace libre, où par suite le spectacle se déroulait en même temps que sur le théâtre2. Les scènes romaines de l'antiquité, en comparaison de nos scènes modernes, étaient gigantesques : celle du théâtre d'Orange, qui existe encore, par exemple, a G5 mètres de largeur, c'est-à-dire 45 mètres de plus que celle du nouvel Opéra3.
Elles étaient d une élévation excessive : le fond et les deux côtés représentaient des façades d'architecture généralement à plusieurs ordres superposés, avec des entablements, des colonnes, des chapiteaux, des niches décorées de statues, en un mot une ornementation en relief de façade de monument exécutée en pierre, peut-être même en marbre;
1. Les Bâtiments et les Dessins d'Audi t Palladio, recueillis et illustres par Octave Bertolti Scamozzi, en italien et en français. Vicence, 1776-1783, 4 Vol. in-folio, t. I, p. 1 à 27.
2. Riccoboni, Histoire du Théâtre Italien. Paris, 1 73 1 , 2 vol. in-8, t. 1, ]>. 116.
3. An sujet de la restauration du théâtre d'Orange, voir : Caristie, la Restauration du théâtre <rOrange \ Paris, i856-i857, in-8; et dans le catalogue de l'Exposition théâtrale de 1878, les articles de MM. Heuzey et Nuitter. — Voir aussi Daniel Ramée, Histoire générale de l'Architecture, t. I, p. 5oG.
LE THEATRE EN ITALIE
le tout était probablement recouvert d'uu toit de charpente pour rejeter les eaux pluviales en dehors et servir de point d'appui à la machinerie1.
Ces immenses théâtres présentaient aux yeux du public un édifice d'une harmonie générale soutenue, beaucoup plus qu'ils ne donnaient l'illusion scénique, moins recherchée alors que maintenant.
On ne peut mieux comparer la scène du théâtre d'Orange qu'à l'un des côtés de la cour Carrée du Louvre. Les ordres superposés d'architecture du théâtre n'étaient pas moins hauts que les bâtiments de notre Musée national, et la scène s'étendait, à une trentaine de mètres près, sur une aussi grande surface architectonique.
Le fond de la scène était percé de trois portes qui avaient dans toutes les pièces la même signification : celle du milieu, appelée porte royale, simulait l'entrée du palais ou de la maison; la porte de droite, le logement des hôtes; la porte de gauche avait les autres attributions nécessaires aux spectacles, et figurait un sanctuaire, une prison ou même la campagne2.
La scène olympique du théâtre de Vicence, longue de 108 pieds et. large de 66, avait été ainsi disposée par Palladio; mais chacune des trois portes du fond laissait voir une rue en enfilade, peinte en décors, avec une perspective en trompe-l'œil des plus réussies.
Dix ans après la construction du théâtre de Vicence, le duc de Parme en fit édifier dans son palais un plus grand, dont les ruines subsistent et peuvent encore être admirées.
L'architecte Alcotti l'imagina d'une façon assez singulière, moitié en cirque, moitié en salle de spectacle. Au-dessus des rangs de gradins faisant le tour de la salle sont deux ordres d'architecture, dorique et ionique, de 36 pieds de haut, dont les entre-colonnements sont percés de fenêtres. Au milieu de l'amphithéâtre, face à la scène, est une loge réservée au duc souverain. La scène possède un rideau de manœuvre avec une peinture allégorique de grandes dimensions, difficile à expliquer. Ce rideau devait exister dès 16223. Le théâtre de Parme fut, croyons-nous, le dernier que l'on restitua d'après l'antique :
1. C'est du moins l'avis de M. Caristie. MM. Heuzey et Garnier fout de nombreuses réserves sur cette partie de la restauration du théâtre d'Orange.