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Vitruve, op. cit

i. Voir sur le théâtre de Parme, Bibliothèque nationale, cabinet des Estampes, Vb.34. A la National Gallery, â Londres, on voit un tableau de Ferdinand Bibbiena représentant la scène et un décor de ballet du théâtre de Parme vers ijz5. Il n'y a encore ni rideau ni manteau d'arlequin ; la scène est fermée par des tentures relevées à l'aide d'embrasses.

Si

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car en 1G.37 on construit à Venise, sous le nom de San Cassiano, le premier théâtre moderne en forme de cercle tronqué aux trois quarts.

Cette disposition est connue; elle diffère de la forme des théâtres antiques en ce que les deux côtés de la salle semi-circulaire s'allongent et se rétrécissent près de la scène; puis, pour diminuer la distance qui sépare le fond de la salle de l'endroit où jouent les acteurs, on écrase la courbe à son sommet, pour en faire presque une ligne droite; la plus grande largeur reste au fond. Ainsi la silhouette générale des salles de théâtre modernes a la forme d'une raquette.

La mise en scène à machines et à masses de figurants, avec effets de lumière tels que Louis XIV les adopta à Versailles dans les diverses fêtes de son règne et que l'Opéra parisien mit ensuite en usage, se créa et se développa sur ce même théâtre de San Cassiano dont les principales dispositions architecturales furent bientôt adoptées dans toute l'Italie. A Venise seulement on voit paraître successivement, durant le xviie siècle, seize autres salles de spectacle ayant des séries de loges; leur voûte centrale s'appuyait sur des colonnes; il y en avait deux près de la scène; les autres étaient au milieu des côtés et séparaient les loges de côté des loges de face, comme à l'Opéra de M. Garnier, à Paris.

Durant le xvme siècle, les architectes italiens cherchent encore des perfectionnements. Vers 1720, Bibiena reprend à Vérone le principe des deux portes monumentales de côté près de la scène, donnant accès des corridors dans la salle, que Palladio a mises dans le théâtre olympique. Cette disposition est avantageuse, en raison du rétrécissement de l'avant-scène, car elle crée des places de souffrance : aussi l'adopta-t-on partout. Ce sont ces deux portes par où Ton pénètre encore dans tous les théâtres de Paris aux fauteuils d'orchestre.

Le fils de Bil )iena, Galli Bibiena, inaugura à son tour une nouvelle disposition de salle destinée à concilier la sonorité avec les exigences de la scène; il donne au théâtre la forme d'une cloche renversée donl l'avant-scène est la hase à évasement. On appelait cette disposition « courbe phonique », mais elle n'est plus d'usage de nos jours.

En ](')-"), Fontana avait élevé à Home le théâtre de Tordinone, à six rangs de loges perpendiculaires, sans amphithéâtre ni fauteuils de balcon, comme est encore le San Carlo â Naplcs. C'est le type italien de nos jours.

Il reste à citer la Scala de Milan, le plus célèbre des théâtres au

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point de vue lyrique et que les architectes ont proclamé le meilleur modèle de théâtre encore existant. Le progrès qu'on y constate réside principalement dans la régularité de ses parties, dans l'importance donnée aux locaux accessoires, eu égard à la surface du terrain disponible, et surtout dans la correction des courbes de la salle, qui se rétrécissant moins du côté de la scène lui donnent, au lieu de l'aspect d'une raquette ou d'un fer à cheval, celui d'un œuf coupé par le centre. Cette forme, outre l'avantage qu'elle avait de laisser voir la scène à tous les spectateurs, favorisait encore l'acoustique. L'auvent placé à l'entrée extérieure est le premier qu'on utilisa pour le théâtre. Mentionnons encore à chaque étage des loges, et dans les corridors de bordure, des cabinets de service en face des entrées de loges, qui suppriment le service des ouvreuses. Les rangées de loges sont au nombre de cinq, sans amphithéâtre ni fauteuils de balcon1.

Le théâtre de Carlo Felice, à Gènes, et celui de la Fenice, à Venise, sont copiés sur celui de la Scala.

Mais, au commencement du xvn° siècle, au moment où l'on construisait le théâtre de San Cassiano, l'agencement théâtral avait fait de notables progrès. Déjà les scènes étaient légèrement inclinées pour mieux présenter les acteurs au public et étaient disposées de telle façon que leurs dessous pouvaient contenir les machines et les trappes. Quant aux décors, nous allons le voir, ils étaient à la hauteur de l'architecture.

Les pièces des palais dans lesquelles on joue au xvc et au xvie siècle ont bien une scène, mais l'action des acteurs se prolonge dans la salle; les spectateurs sont en quelque sorte compris dans la représentation. La scène est une estrade placée dans le fond; des terrains, des accessoires de décorations, tels que des constructions, des arbres ou des bocages, s'étendent bien avant dans la partie qui est réservée aux assistants. La communication est établie entre la scène et la salle tantôt par un unique escalier en forme de perron, tantôt par deux escaliers partant parallèlement des côtés de la scène et venant se joindre au centre du parterre. L'exhaussement de la scène devant lequel sont les escaliers ligure généralement un mur de pierre de taille ou de moellons2.

A Urbin, Balthazar Castiglione, organisant la représentation de la

1. Sur tout ce qui concerne la Scala, voir le récent ouvrage de Pompeo Ambrosiani, la Scala, noie storiche et statistiche. Milan, 1890.

2. Sabattini, Pratica cli fabrïcav scène e machine ne iheatri. Ravenne, lG38, p. 5t.

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Calandra, du cardinal Bibbiena, simule sur cet exhaussement une partie de la muraille d'une ville, flanquée de deux tours à ses extrémités. La salle est censée être le (bssé qui précède le mur. Le fond de ta scène, peint sur toile, représente la ville, aperçue en perspective entre les deux tours de la muraille. Des praticables exécutés en relief au moyen de stuc peint, montés sur charpentes, figurent des constructions diverses, telles que palais, églises ou maisons, auxquelles des statues en ronde bosse donnent un aspect de réalité tout particulier.

Cette représentation a lieu le soir aux lumières de lustres et de torchères appendues au mur1.

Avec Léon X, le théâtre et la décoration arrivent à leur comble. Successivement André del Sarte, Raphaël, Jules Romain, Peruzzi et Aristote de San Gallo2 sont employés à des décorations éphémères destinées à rehausser l'éclat d'une fête à spectacle donnée dans un palais.

La Calandra du cardinal Bibbiena fut la pièce à succès de la Renaissance italienne; aussi eut-elle tous les honneurs de la mise en scène. On la représenta entre autres fois à Rome, en idi5, devant le pape Léon X, dans l'un de ses palais, et Balthazar Peruzzi, chargé d'en exécuter le décor, peignit un ensemble merveilleux de palais, de temples, de portiques, avec une telle connaissance de la perspective, que les spectateurs se crurent réellement transportés sur la place centrale d'une ville inconnue3. C'est aussi avec la Calandra que Catherine de Médicis introduit en France les secrets et les ressources de la mise en scène italienne.

A la fameuse représentation des Suppositi de l'Arioste, au Château Saint-Ange, le décor représente une ville avec une rue d'enfilade au centre. Il est l'œuvre de Raphaël, ainsi que le théâtre, construit en forme de rectangle4.

\vanl l'ouverture de la salle, dit un témoin oculaire, le pape, près de la porte, ressemblait à un régisseur réglant l'entrée des spectateurs et les plaçant à sa guise. La scène était cachée par un rideau qui descendait dans les dessous et sur lequel était représenté un moine lutinant des satyres! Le pape, après s'être assis, mit ses lunettes et admira long-

I. E. MùÛtZ, la Renaissance des arts en Italie. Paris, 1891, t. II, p. 44 et suiv.

a. Vasari, Vie des peintres et sculpteurs, trad. Léopold Leclanché. Paris, i83<), t. VIII, p.

Gliartiste italiani e stran'ieri negli stati estensi, per G. Campori. Modènc, in-8, i853, p. 371. 4. E. Mûntz, Raphaël, sa vie, son oeuvre et son temps, Paris, 1881, p. 4?.l ; et G. Campori, Documents inédits sur Raphaël, tirés des archives de Modènc [Gazette des Beaux- Arts, année 1 863 , p. 447)-

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temps la décoration de la salle et de la scène, en particulier le ciel, qui était merveilleux.

L'éclairage se composait de cierges supportés par des candélabres en forme de lettres. Le prologue lui récité sur la scène par un nonce,

Un théâtre italien au commencement du xvne siècle (dessin du Guerchin, collection Rodrigues).

et à chaque en tr' acte il y eut des intermèdes de musique et de ballets à la « moresque » '.

Les pièces de Machiavel n'ont pas moins de vogue que celles du cardinal Bibbiena. Aristote de San Gallo exécute dans les salles de certains particuliers de Florence les décors de plusieurs comédies du célèbre politique, entre autres ceux de la Mandragore. Dans une de ces peintures, on voyait la ville de Pise, la Tour penchée, la cathédrale et le baptistère, reproduits non seulement avec une exactitude surprenante, mais avec un réalisme si entendu que les critiques d'art de

f. Lettre de Paulizzo, traduite et publiée par G. Campori dans l'article précité

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l'époque en parlent comme d'une merveille de perspective et de coloris1.

Des corporations ou des sociétés industrielles ou aristocratiques que l'on pourrait assimiler à des cercles mondains du xixe siècle donnent aussi des spectacles au siège dé leurs réunions. La société dé la Truelle (Cazzuola), montant dans la maison de Bernardin di Giordano la Mandragore de Machiavel, charge André del Sarte et Bastiano Aristote de Caire les décors. Il n'en a, hélas! rien subsisté, ni description, ni reproduction2.

Peruzzi, un des plus célèbres parmi les décorateurs, fut à la fois peintre, architecte et machiniste; il sut dans ses représentations du soir disposer les lumières de telle façon qu'elles faisaient rendre aux décorations des effets particuliers et plus puissants que ceux que le jour donne à la peinture5; il développa ainsi l'art de la mise en scène et inaugurales représentations du soir, qui n'avaient point encore eu lieu en France sous François Fr.

A Mantoue, aux fêtes du carnaval de l'année r5/|2, l'élève préféré de Raphaël, Jules Romain, dessine les costumes et les décorations de la comédie de V Amour constant et des Captifs, que l'on joua devant le due4. Enfin, dans toutes les villes d'Italie, les plus grands artistes s'occupent de régler la mise en scène des représentations théâtrales. De nombreuses planches de livres5 nous indiquent comment on disposait alors les décors sur la scène. Les peintres, se rappelant les principes du théâtre antique, avec ses trois portes de fond faisant face au public, donnaient à leurs maquettes l'aspect d'une place avec trois rues : l'une, au centre, s'enfuyant en ligne directe, et les deux autres placées de chaque côté se dirigeant obliquement, chacune en sens opposé. Cette disposition générale se modifiait suivant les circonstances. Lorsqu'on voulait représenter une ville déterminée, on figurait une de ses places centrales d'où s'échappaient un certain nombre de voies, au fond

I. Jacob Burkhardt, Geschichte der Renaissance in Italien. Stuttgard, 1877, p. 37^. a. Vasari, op. cit., t. IX, p. 47.

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