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LE THEATRE A L'ÉTRANGER

des poulies et par des trucs, et sur lesquels prennent place les acteurs qui doivent figurer dans les apothéoses ou dans les mondes imaginaires. On produit La mer sur la scène, et l'on y représente même des navires qui paraissent être le jouet des flots. Ces navires sont mis en mouvement sur des rouleaux inégaux de grosseur, et qui par conséquent, à mesure qu'ils s'avancent ou reculent, ont des mouvements de haut et de bas successifs. La mer est figurée par une toile hleue agitée par des gens qui se soulèvent successivement et donnent ainsi l'illusion des lames.

Les costumes de l'opéra italien sont un mélange des vêtements du temps et de ceux de l'antiquité de convention que les peintres représentent dans leurs fresques ou dans leurs tableaux.

Les casques à panaches, les cuirasses modelées à tonnelets et flots de lanières, les brodequins à l'antique, se voient sur toutes les scènes. On trouve aussi des Turcs à énormes turbans, à longues robes, et les femmes portent les habillements de l'époque dans l'opéra mythologique, et dans la comédie deU àrte. Les diables, les faunes et autres divinités de la fable, dans des costumes de peaux de bêtes, ou autres accoutrements bizarres, apparaissent souvent encore, comme au moyen âge, dans les pièces lyriques de l'Italie du xvie siècle.

A la fin de ce siècle et même au commencement du xvne, les décorations de l'Italie étaient en avance sur celles des autres pays de l'Europe, où les tapisseries et les étoffes tendues remplaçaient les peintures et les constructions. L'invention du décor fixe, peint et construit, qui avait été renouvelé exactement de l'antique pour les représentations de gala données dans des cours, fut introduite en fiance par Catherine de Médicis. Mais son acclimatation ne se fit que peu à peu dans notre pays, où l'on ne vit de beaux décors qu'en iô/jo.

En revanche, le genre dramatique importé par les Italiens, celui de la comédie delf acte ou improvisée, qu'on a appelée depuis « comédie italienne », mit moins de temps à avoir du succès et à prendre racine en France.

L'Italie, de tout temps, a été le pays des pitres; les fouilles ont mis au jour des milliers de statues et de statuettes d'acteurs comiques dans l'exercice de leurs fonctions, et de nos jours Polichinelle et Arlequin sont demeurés les plus populaires des personnages de théâtre. Au

LE THEATRE EN ITALIE

xvie siècle, suivant l'antique tradition, diverses bandes parcoururent avec succès la Lombardie, la Vénétie et la Toscane1.

Dès François Ier on vit des troupes italiennes en France. Charles IX assiste à plusieurs représentations de comédies dell' arte données par les acteurs de passage, dont les séjours n'étaient guère prolongés.

Henri III, à son retour de Pologne, voit jouer à Venise le célèbre Magnifique2, et aussitôt rentré à Paris il n'a plus d'autre désir que de posséder dans son royaume cet artiste incomparable. Si, malgré ses instances, il ne peut parvenir à l'attirer, il reçoit du moins une troupe qui est restée connue sous le nom de « I Gelosi » (les Jaloux de plaire). A peine ces protégés du roi, si impatiemment attendus, ont-ils passé la frontière, qu'ils tombent entre les mains d'une bande de huguenots qui tient la campagne; sachant combien cette capture a d'importance, ils ne les relâchent qu'après avoir reçu du roi une somme assez considérable5.

Ils arrivent enfin à Paris, et d'abord ne jouent que pour le roi4; mais bientôt, en raison du succès qu'ils obtiennent5, ils donnent des représentations publiques. Les spectateurs y affluent au point que les Confrères de la Passion, forts des lettres patentes du roi et du Parlement, s'opposent à la continuation des spectacles de leurs rivaux, les attaquent devant le Parlement et les font condamner à ne plus jouer.

Les comédiens italiens durent céder : ils cessèrent de jouer devant le public, et après deux années de séjour à la cour ils repassèrent dans leur pays6.

i. Hippolyte d'Esté, cardinal de Ferrare et archevêque de Lyon, avait fait déjà représenter une comédie avec des acteurs italiens devant Henri II, lors de son entrée à Lyon (Brantôme, édit. Lud. Lalanne, t. III, p. 256).

i. Voir à ce sujet la lettre de Henri III à du Ferrier, ambassadeur de France à Venise (Bibliothèque nationale, ms. V" de Colbert, n° 367, f" 197 1), publiée par Armand Bascliet dans les Comédiens italiens à la cour de Fiance, Paris, 1882, p. 63, et la réponse de du Ferrier publiée par le même et conservée dans le même recueil, f" 207.

Voir aussi dans la revue l'Omnibus, t. XXVIII, année 1 855, l'article de Rossi, Mcmoria relativa di theatri di T'enczia.

3. Frcmy, Un Ambassadeur libéral sous Charles IX et Henri III. Paris, 1880, in-8, p. 280.

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