‹ Essai sur l'histoire du théâtreChapitre 93 sur 322 · William Houe, op. cit., p. a32 et suiv · texte numérisé non relu

William Houe, op. cit., p. a32 et suiv

LE THEATRE EN ANGLETERRE

lations ne furent jamais le produit d'une impulsion spontanée; elles n'avaient lieu que dans des fêtes religieuses ou officielles organisées ou tout au moins ordonnées d'abord par l'autorité ecclésiastique ou par les représentants de l'administration royale, féodale ou municipale, et elles disparurent presque complètement sur une simple ordonnance du Parlement. En Angleterre, au contraire, si les spectacles mimés nous apparaissent pour la première fois dans des entrées royales, comme au mariage de Henri III avec Eléonore de Provence1, ou aux différentes entrées successives du Prince Noir et de Henri V, elles se répandirent bientôt dans tous les villages8.

A certaines fêtes de l'année, on organisa de toutes parts des processions, des promenades, dans lesquelles des corporations d'ouvriers de la ville et de la campagne ou des confréries reproduisaient les nageants ou spectacles mimés des entrées princières; avec le temps, ces pantomimes se transformèrent en spectacles parlés, et le genre se propagea universellement3. « Shakespeare a vu, avant de les peindre, des charpentiers, des menuisiers, des ouvriers de toute sorte, jouer P/j 'rame et Thisbê. Toute fête est alors un pageant, dans lequel des bourgeois, des paysans, des ouvriers, des enfants, sont les figurants; ils sont acteurs d'instinct. C'est de cette façon qu'ils se divertissent dans toutes les fêtes symboliques dont la tradition a peuplé l'année*. »

Le pageant est le spectacle populaire. A la cour, les masques correspondent aux ballets du continent.

Depuis l'avènement de Henri VIII, les fêtes ne cessent pas un moment chez les rois d'Angleterre. On ne voit que processions et mascarades5. Mais si ces cérémonies royales marquent un état d'esprit particulier, un besoin de réjouissances et d'amusements qui éclate tout d'un coup chez les rois ou chez la noblesse après la terrible guerre des Deux Roses, elles ne donnent naissance à aucune production de génie. On y déploie le même luxe que celui qu'on a vu en France au xve siècle dans les cours royales ou ducales; mais en Angleterre, au commencement du xvie siècle, cette richesse exubérante est encore nouvelle, et là réside la caractéris-

i. Mathcws Paris, Historia major, édit. de 1640, p. 420.

a. Une partie des renseignements qui vont suivre sont empruntés à Thomas Warton, Histoire de la poésie anglaise depuis la fin du XI° siècle jusqu'au XVIW siècle, 3 vol. in-8, 1^44" 1 78 1 .

3. Voir sur les commencements des Mystères anglais un article de la Rétrospective Review, t. I, intitule the Early Drama.

4. Taine, Histoire de la Littérature en Angleterre. Paris, 1873, t. I, p. 3^3 et suivantes.

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