Réformes accomplies
Les réformes qui ont été accomplies depuis le commencement du xix^ siècle ont incontestablement été nombreuses et étendues. Chacune a été combattue avec acharnement par les classiques et l'une des principales raisons qui s'opposent aux réformes a été mentionnée par Renouvier dès 1874. Les innovations de Victor Hugo ne sont pas acceptées par ceux dont les oreilles ne sont pas prêtes à saisir les procédés nouveaux, particulièrement en matière d'enjambement et de césure. Jusqu'aux dernières années toute question de réformes a roulé sur Victor
TECHNIQUE ET PÉDAGOGIE li£7
Hugo, mais dans tous ces débats passionnés et souvent violents l'on n'a jamais eu en vue de détruire la nature même du vers français pour écrire simplement de la prose. Tel est le but aujourd'hui. Les articles de Renouvier, 1885, Stapher, 1886, Pellissier, 181)3, s'attachent surtout à Victor Hugo, quoique le dernier en consacre un spécial aux tendances nouvelles. Mais en fait tous les critiques s'accordent à reconnaître que les règles du vers classique sont pour les temps modernes un tissu d'absurdités, de contradictions et d'illogismes. Doumic, 18'.)7, présente l'un des meilleurs arguments en faveur des réformes et contre le vers libre en montrant clairement jusiju'où les poètes peuvent aller, comment les règles de la versification sont une habitude et, profondément attachées à l'évolution de la langue et de la littérature, comment e^^es peuvent se transformer, mais seulement autant qu'elles refléteront encore le génie et la nature de la langue et du peuple. Les Français doivent rester Français et ne pas essayer de faire ce que les Anglais et les Allemands peuvent faire. L'un des meilleurs articles en faveur dos innovations modernes est celui de Le Goflic, lUO^ . La plus grande de toutes c'est l'absolue liberté dans l'espace des douze syllabes. Le point capital n'est pas la suppression de l'alternance de la rime, de l'hiatus ou de la rime, mais l'évclution organique de l'alexandrin: c'est-à-dire l'expression individuelle,sans tenir compte des syllabes, de la rime, etc. Dans le vers classicjue l'on considérait la rime comme essentielle sans indi(|uer la lin du rythme ou de la période. En rompant la césure les Homanli(juos ont établi la rime riche comme compensation. Par la suite l'oreille s'est fuite h ce vers et la rime n'a pas plus été nécessaire au vers modornc que la césure au versromanti<[ue.Si les poètes modernes demandent une liberté *;ans limites, on peut se demander alors quelle est la dilTorence outre leur poésie et la prose. Ils répondent que cha<|ue poi'te est une loi pour lui-même, € Le poète lixe la vie encore ina-
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chevée, frémissante, rythmique. Il la fixe en un rythme vivant, parce que la vie est un rythme vivant, etc. »(Vannoz, 1903.) Cela est trop vague et trop indéfini pour des hommes comme Sully Prudhomme, mais depuis que les poètes modernes ont été capables d'exprimer ce qu'ils recherchaient et ont fait comprendre leurs desseins aux autres, ils ont trouvé de nombreux adhérents. Los réformes qu'ils ont accomplies jusqu'à ce jour et qui sont généralement admises ont été bien résumées par différents critiques; Retté, 1905, les groupe sous six dénominations ; 1° l'alternance des rimes masculines et féminines n'est plus obligatoire; 2<* le singulier peut rimer avec le pluriel; 3° l'assonnance peut remplacer la rime de temps en temps en vue d'un certain effet; 4"^ l'hiatus est permis, s'il n'engendre pas la cacophonie ; 5° il y a une entière liberté dans la position des césures ; 6'' on peut employer n'importe quel vers dans la strophe pourvu que sa cadence générale n'en souffre pas. Les mêmes points sont résumés par de Souza, 1906, Le Goffic, 1909. Ces réformes sont considérées comme légitimes, même par la plupart des critiques conservateurs et elles font voir que le vers français a subi des transformations profondes depuis le commencement du xix' siècle. Des espérances immenses et presque illimitées sont permises mais elles doivent être dans le sens, l'esprit et la nature de la langue française et du peuple français.