CHAPITRE PREMIER
Conditions favorables ou défavorables à la versification
Pour porter un jugement sur la versification française dans toutes ses ramifications il faut naturellement connaître et pouvoir juger la civilisation française. L'on a publié des livres de diverse nature qui contiennent des chapitres sur quelque branche de la versification, les uns sous forme d'études sur différents auteurs ou groupes d'auteurs, les autres sur une période définie de Thistoirede la versification ou tout un siècle. Ce peuvent être des Réflexions, des Critiques, des Essais, des Grammaires, etc., dont on peut tirer directement des renseignements soit sur les vers, soit sur le travail accompli en cette matière et les conditions dans lesquelles il s'est fait. Les livres de cette espèce sont innombrables. L'on n'a donc renvoyé qu'à ceux qui sont fréquemment mentionnés dans la littérature du vers. L'on ne doit donc pas s'étonner de remarquer l'absence de beaucoup d'ouvrages importants, puisque le choix a été basé sur ce (|ue l'on a considéré comme un apport distinct au sujet de la versification. Des sujets comme l'orthographe primitive, la ponctuation, les diphtongues, les voyelles, la prononciation et la syntaxe devraient naturellement avoir place.
Connue prescjue toutes les discussions durant la période do
formation et au xvi" siècle se rapportaient à la définition des
f termes, à la création de la technique ou du mécanisme du vers, Ton s^est tourné, à mesure que cette partie est devenue fixe ou définie, vers l'édiction de règles strictes et précises, la copie des modèles, la discipline et Tordre.
Cela a été Toeuvre du xvii^ siècle. L'on a commencé à mettre en doute la valeur de cette réglementation sévère et exigeante dès le début du xviii" siècle. Au lieu d'appliquer leur génie ou leur talent à fixer le mécanisme du vers, les critiques et les poètes de ce siècle ont porté leur attention sur la discussion plus étendue et plus profonde du rapport entre le sujet et la forme. Deux questions préoccupaient avant tout les écrivains qui traitaient du vers au xviii' siècle : la rime, ce qui impliquait les principes mêmes du vers français, et la comparaison entre les anciens et les modernes. L'on avait discuté ces sujets bien avant le xviii® siècle, mais non pas si complètement, comme ce n'étaient point alors les questions principales.
Ce n'est que peu après la Révolution que les lettrés se sont mis à scruter les principes du vers français et ce sujet a été agité sous une forme ou sous une autre jusqu'au temps présent. Il comprend la rime, le rythme, l'esthétique du vers et ses origines, principalement.
Le premier ouvrage qui résume les conditions et les questions du moment et devient par conséquent d'une valeur toute particulière pour l'étude de la poésie et de la versification en raison des lois et des conseils qui s'y trouvent, est celui de Du Bellay, 1540. Il a donné lieu à de nombreuses critiques et a été le point de départ des querelles littéraires. Un grand nombre des détails qui peuvent servir à la connaissance des conditions de l'époque et aussi de la langue française par rapport à ses qualités en comparaison de l'Italien se trouvent dansPasquiers, loGO, et dans Vaugelas, 1G47, pour ce qui est de la gram-