‹ Essai sur l'histoire du vers françaisChapitre 9 sur 48 · p) = pt^riodiquo · texte numérisé non relu

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exclusivement artistique ou orné, pour encourager Télévation, la noblesse et le bon sens.

L'on doit toujours les considérer comme des guides, des conseillers et des obstacles contre les innovateurs trop enthousiastes. Cela est vrai jusqu'au temps présent, quoique avec le règne des périodiques et des journaux leur influence se fasse moins sentir. Cependant il faut reconnaître que des ouvrages comme ceux de Quicherat, de Banville, Tisseur, Sully Prudhomme et Grammont ont exercé et exercent encore une influence salutaire.

En parcourant presque tous ces Arts Poétiques et ces livres dont les titres variés n'indiquent pas toujours un traité sur les règles des vers, il se manifeste un grand nombre de traits importants et de qualités. Ces livres ou ces études semblent aller par périodes. Les questions les plus diverses se présentent. Chacun ajoute un point nouveau. Ces derniers à leur tour sont repris, répétés et transformés de manière à paraître neufs. En général les ouvrages antérieurs à celui de j^ Yauquelin, 1G05, contiennent surtout des formules et des recettes, des descriptions et des analyses des différents genres de poèmes ; ils ont pour objet la base, les fondements, les principes, les règles à adopter dans la composition. Vauquelin nous fait envisager un trait nouveau, le souci de l'esthétique. Dans les traités plus anciens l'on fait appel à l'oreille et non point aux yeux ; c'est pourquoi telle était la loi : la rime pour l'oreille et par conséquent l'on doit juger des voyelles d'après la prononciation et non l'orthographe, ce qui est un point de la plus grande importance pour la connaissance des controverses subséquentes au sujet de la rime, du compte ou de la valeur des syllabes et de Ve muet. Effectivement la base et l'explication de presque toutes les questions qu'on discute aujourd'hui se trouvent dans les Arts Poétiques.

11 est intéressant de remarquer également que les tout pre-

miers sont exclusivement français, de même que la grande école des portraitistes, Du Moustier, les Clouet ; mais avec Sibilet ritalianisme et Tesprit de la Renaissance se manifestent ouvertement dans des questions telles que celles du vers mesuré, de la rime et de Testhétique en général. En considérant les traités après 1005 l'on découvre rapidement qu'ils peuvent se diviser en plusieurs groupes : a) ceux qui traitent de technique et ne sont qu'un exposé de règles ; b) ceux qui tout en exposant des règles s'étendent sur des considérations esthétiques, la discussion des principes et le but du vers ; c) ceux qui donnent des règles et une analyse des différents genres de poèmes, de leur structure, de leur nature, de leur rôle. Evidemment les sujets favoris des premiers auteurs sont ; la rime, ses diversités, sa définition, ses origines, la quantité et les dilTérentes sortes de syllabes, les vers des différents pieds ou syllabes ; la définition des termes tels que rythme, hiatus, rimes masculines et féminines ; la définition de toutes les espèces de poèmes tels que ballade, lays, rondeau, sonnet, chant royal, etc.. et de toutes les rimes : équivoque, mêlée, borgerette, serrée, rétrograde, etc.; l'emploi de mots dans la rime ; les vers mesurés; la nécessité do suivre des moièles, toujours des modèles français, quoique pour leurs théories les ouvrages latins fussent considérés comme la seule autorité ; les définitions de rhétorique, la division des figures de langage, des avis pour écrire, composer et traduire, de nombreux sujets dont le chanq) appartient à la grammaire, ce cjui expli(jue le lien étroit entre les grammaires et les Arts Poétitjues primitifs ; de longues dissertations sur les origines de la poésie et son ancienneté ainsi que sur rexcellence de l'antiquité. Tels étaient les principaux sujets en di.scussion vers rannét» ir»05, qui est l'une des dates les plus importantes dans Thistoire des arts poétiques. Plus tard ce furent dos ([uostions comme la supériorité du latin vi d\i grec sur le fram»ais, les principes

d'Arislolc, les discussions de style, le rapport entre les poètes modernes et les anciens, des critiques réciproques, la décadence du goût français, les vers sans rimes ou la tyrannie de la rime ; en général une révolte contre les règles et la discipline qui atteint son paroxysme au xviii* siècle. Il y avait ceux qui avançaient que le seul but de la poésie était de plaire et que la seule règle du poète était de procurer du plaisir au lecteur et de se conformer à son goût^particulier ou individuel; il y en avait d'autres qui soutenaient que la poésie était un art et que les règles en étaient si certainement celles qu'Aristote nous donne qu'il est impossible d'y réussir par un autre chemin. Par conséquent ces règles rigides et celle qui est de plaire ne sont jamais en contradiction, d'où il suit que le succès par une méthode n'est pas possible sans l'autre. Les chefs de ces différents groupes sont La Motte, Fontenelle, Rapin et Rollin. La versification passe à peu près par la même histoire que l'art, la peinture surtout. Il y a des lois déterminées qui ont été inventées et perfectionnées par les anciens.

Aujourd'hui un poète de médiocre talent peut donc en se conformant scrupuleusement aux règles de la versification, devenir un poète de grand talent. Telle est l'enseignement de l'Ecole, de l'Académie ou de la Tradition et dans tous les siècles il a eu ses défenseurs et ses adversaires. Ceux-ci ont livré les batailles et combattent encore. A la fin du xviii* siècle la question de la versification passionnait presque tous les grands écrivains, et les principes fondamentaux du vers, de la rime, de la césure et du compte des syllabes couraient le même danger d'être rejetés que dans la dernière partie du xix^ siècle même et de nos jours. Presque tous les sujets de controverse des critiques et des poètes d'aujourd'hui, aussi bien que de ceux d'il y a vingt-cinq ans, furent vidés à peu près à fond et à tous les points de vue dès la fin du xviii° siècle. La phonétique toutefois n'avait pas encore fait son apparition,

mais ces gens-là avaient sur les modernes le grand avantage de connaître parfaitement leurs classiques et de les prendre pour base. Cela peut s'expliquer en partie par le fait que la plupart des critiques et des auteurs d'Arts Poétiques appartenaient au clergé. Comme tout son siècle, la critique avait alors un caractère spéculatif, entreprenant, raisonneur, qui reflétait l'esprit du temps.

Pour en venir au xix" siècle, il a apporté deux ou trois éléments essentiels au sujet de la versification : la question de l'accent et de ses relations avec le rythme et la phonétique expérimentale. Les controverses si chaudes au sujet de la rime et de rassonance,des vers sans rimes, des vers libres, ou en un mot du vers symboliste ou décadent n'ont ajouté que fort peu de choses aux mêmes discussions des périodes précédentes.

Pour juger le développement logique et historique, mécanique et^ esthétique dfi. la versification française, il suffit d'exposer sommairement ce que chaque Art Poétique, chaque traité de '•^ versification ou tout autre livre ou article ont apporté au sujet. Les Arts Poéti({ues primitifs Turent les précurseurs de l'Académie, ou de l'esprit académi(|ue — [discipline et ordre. C'étaient les guides officiels et, quoiiju'ils n'aient été au début que de simples interprètes, investigateurs ou expérimentateurs, ils acquirent de bonne heure un esprit de critique officielle, de censure qui finalement amena les poètes à la stricte observance des règles, ce qui dans des intelligences moins originales que celles de Corneille et de Racine devait fatalement produire une arlificlalité, un manque de spontanéité et en définitive paralyser l'initiative individuelle.

Cet esprit atteignit sou point ( r.^:-- mt au xviT siècle et aboutit à la révolte plus tard au iiiiii> du xviii', en mt*me temps ([uil se produisait dans l'art, la musiijue et la politi(iue une révolution analogue, la révolte de l'esprit humain contre la contrainte intellectuelle, contre In monarchie absolue dans

le domaine de la pensée telle qu'elle s'exerça sous le règne de Louis XIV.

-r^ Les principaux éléments nouveaux dans leur succession chronologique peuvent se résumer comme il suit : à la substance ordinaire, Croy, 1493-1498, ajoute une liste de rimes en gozet à éviter ; Biaise d'Auriol, 1508, donne une table de rythmes (rimes) de 15.000 mots; Fabri, 1521, est le premier à définir le rithme et à donner des définitions justes et précises du compte des syllabes et de leur mesure, de la césure, de la rime, et à poser les règles de celle-ci ; il encouragea et justifia une strophe d^une structure trop technique et trop artificielle ; mais, en général, son but fut de purifier et d'ennoblir le langage poétique. L'on attribue souvent à Du Pont, 1539, le mérite de définitions plus complètes, mais j'ai reconnu qu'il n'avait rien ajouté du tout à Fabri. Fontaine, 1548, fut le premier à discuter l'origine des diphtongues, celles que le Français a emprunté au grec et au latin et celles qui lui étaient propres. Son livre est aussi le premier ouvrage de critique ou de polémique. C'est dans Sibilet que Ton trouve la première preuve de Tinfluence italienne ; précédemment l'on avait traité la poétique française à un point de vue exclusivement français. Dès lors le grec et le latin sont pris pour base. Il s*étend longuement sur la rime et fait entrer dans la seconde partie une énumération fort complète des types de vers. Avec Sibilet TArt Poétique du genre ancien atteignit son plein développement. 11 se composait de deux parties : a) le mécanisme ; h) les différents genres de poèmes, ce qui est resté le modèle de la majorité des traités de versification.

L'on ne peut guère ranger Du Bellay, 1549, parmi les auteurs d'Arts Poétiques, mais son rôle est considérable en raison de la quantité des discussions et des controverses qu'il soulève. Peletier, 1555, est le premier à discuter la question des vers métrifiés en faisant remarquer la difficulté capitale

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qui consiste dans la nature de la longueur des syllabes françaises. Ronsard, 1505, en dépit de son influence, n'a rien apporté de nouveau. On peut en dire autant de Malherbe et de Boilcau. De la Taille, 1573, s'occupe exclusivement des vers mesurés et croit fermement qu'ils s'imposeront avec le temps, grâce aux modifications de la langue et de la syntaxe. C'est à ce traité qu'on doit attribuer dans une large mesure la tendance du xvi* siècle à l'imitation de la prosodie classique. Vauquelin, 1005, a donné l'un des Arts Poétiques les plus marquants. Il traite le sujet au point de vue esthétique et général, en résumant ce qui~â^élé fait avant luT^ en montrant que sa génération était préparée aune conception nouvelle du vers et qu'il fallait plutôt adapter et conformer la question des principes classiques aux exigences diTTrânçais. Il faut travailler, polir et repolir, rendre la rime parfaite, etc. Le résultat se fait sentir cinq ans plus tard dans l'Art Poétique dcj)eimier, IGiO, qui a tiré parti de son prédécesseur et écrit ce qui est sans dout2 le premier traité moderne de versification qui soit complet. Ce mérite ne lui a pas été reconnu jusqu'ici. Aucun Art Poéti(jue avant 10 10 ne discute avec autant d'intelligence presque toutes les règles techniques avec les arguments pour et contre chaque méthode et de nombreux exemples. Ses vues sont (les plus avancées et tout ;\ fait modernes. Les chapitres XllI-XV sur l'élégance, douceur et fluidité des paroles dont les vers doivent être formés pourraient aussi bien avoir été écrits au xix» siècle par n'importe (juel philosophe de l'esthétique. L'Art Poéti([ae de Du Gardins, KiiO, a peut-être été trop vanté par Uuckta>schel, iSS'.), et Saran, lUOi, page 20, car à cette époque la cjuestion des vers mesurés avait été déji\ complètement traitée et discutée. Les protestations de M"' do Gournay, MiiO, contre les poètclets artificiels et superficiels, en faveur de la tradition française, sont les premières de cette nature et peuvent être considérées comme les précurseurs des

controverses du xix' siècle. L'Arl de La Mesnardières, 1040, est le premier qui insiste sur la nature, la division et la structure des divers genres de poèmes, en négligeant les règles ou le mécanisme du vers.

C'est au milieu du xvii" siècle que l'on commença à discuter la question de la préférence entre la prose et la poésie, qui aboutit un peu plus tard à la question de la distinction entre la prose et les vers. Bresche, 1063, s'étend longuement sur la première. L'on trouve beaucoup de détails intéressant la versification dans les grammaires, les arts de rhétorique et des livres comme ceux de Pasquiers, Vaugeîas^ Corneille, Ménage et surtout Perron, 1G09, qui sous le titre Poésie expose les objections contre les vers mesurés et les raisons de leur insuccès. Rapin, 1070, discute à fond la question des anciens et des modernes, suscitant de nombreuses critiques avec sa thèse qu'il n'y a rien de grand dans les modernes et que les anciens doivent servir de modèles en tout.

Avec Richelet, 1071, Ton avance d'un pas. Dans les soixante ans d'intervalle entre UAi't de Deimier et celui de Richelet, bien des éléments nouveaux ont été introduits, bien des discussions nouvelles se sont élevées et Richelet s'est approprié tout cela. Son traité est complet à tous égards, il touche tous les points de versification et ajoute des chapitres comme ; Manière de tourner les vers, transpositions, mots qui n'entrent pas dans les vers et qui ne terminent pas agréablement les vers, les bons vers, les mauvais vers. Quoique Richelet luimême puisse bien n'avoir rien apporté de véritablement nouveau, il a résumé les statuts de la versification avec plénitude et clarté. Plusieurs des traités postérieurs mentionnent Vossius, 1073, comme le premier qui ait traité du rythme.

Vers 1700 les deux sujets les plus discutés sont la valeur des anciens et des modernes, les vers sans rime ou la valeur de la rime. Un brillant dialogue entre la rime et la raison dans

le Mercure Galant de 1G78 est l'un des premiers symptômes de la grande afTaire de la rime. Baillet, 1085, doit être cité pour avoir donné la première bibliographie des Arts Poétiques. UArl Poétique de Mourgues, 1G84, ressemble au traité de Quicherat avec son déploiement de règles logique et complet, tandis que celui de La Croix, 1091, contient des remarques suggestives sur la nature et la raison de la rime et de la césure. Ces deux Arts Poétiques ont reçu peu de faveur bien qu'ils méritent une place à côté de Richelet auquel ils sont tous doux supérieurs à certains égards.

Avec Fénelon, \1\\, commence la grande querelle du xvnr siècle entre les adversaires de la rime et des règles rigides de la versification et leurs défenseurs. Deux nouvelles espèces d'Arts Poétiques apparaissent également à cette époque : a) un traité qui emprunte directement aux autres ou qui répète ivec des mots différents ce qu'ils ont dit; Prépetit de Graminont, 1711, en fournit le meilleur spécimen ; b) une critique (le quelque autre Art Poétique dans laquelle l'auteur présente ses vues personnelles, par exemple : Chalons, 1710. Ces deux espèces se perpétuent encore aujourd'hui. Gaullyor, 1710, contient de curieuses tables statistiques de toutes les combinaisons possibles des types de vers suivant la rime aa bh, etc. et des diverses manières de combiner des stances, régulières ou irrégulières, selon le nombre des syllabes et l'ordre des rimes. Du Bos, 1719, présente l'une des comparaisons les plus * omplètes entre le latin et le français et les raisons qui ont déterminé la rime.

Du Cerceau, l7iU), marque une autre époque dans l'histoire des Arts Poéti(|ues, l>ien (ju'on ny ait guère fait attention et «ju'oii ne lui en ait su juumiu gré. On ne pt*ut trouver de meilleur traité pour la présentation et la discussion de la nature complexe, des difficultés, des innombrables ressources, de la finesse et île l'esprit esthétique en général dos vers fran-

çais et de la versification française. L'on soutient d'ordinaire que la question du rythme n'a pas été discutée avant le xix* siècle. Un certain nombre d'Arts Poétiques en traitent, mais sous le nom de cadence, accent, mesure qui désignent en réalité la même chose. Sa conception de la prose et des vers est très originale, quoique nous ne soyons pas obligés d'admettre ses conclusions. Nombre de questions touffues que suscite l'esthétique du vers français et qu'on groupe d'habitude sous la dénomination de rythme sont discutées par Du Cerceau, avec intelligence.

La Motte, 1708, 1730, etc. conseille la prose pour le drame fet condamne la sévérité des règles et l'esclavage de la rime ^(cf. Rime).

En 1730 Olivet est le premier à traiter de Taccent dans les mots français et du rapport entre les différentes sortes d'accents et le vers, ce qui revient à dire de la question du rythme. A certains égards Olivet et plusieurs autres ont préparé la voie à Scoppa.

Prévost, 1730, et Longue, 1737, sont les premiers à proposer un style ni prose, ni vers, une prose nombreuse, un vers sans rime ou avec rime, au nombre indéfmi de syllabes, un vers comme pratiquent les Symbolistes. Goujet, 1740, donne une bibliographie très complète avec l'analyse et la critique des ouvrages relatifs à la versification. L'une des meilleures discussions de la valeur de Ve muet et de ses ressources infinies pour la production des effets, etc., se trouve dans Batteux, 1740 ; l'on n'a pas été beaucoup plus loin depuis. Une phrase résume toute la question : « Il se montre quand il peut être utile et disparaît quand il est de trop. » Boindin, 1753, a traité avec clarté et succès à peu près les mêmes questions auxquelles la critique s'intéressait vers 187o-1910. En réalité, quand on parcourt ces traités du xviii" siècle, l'on est surpris de découvrir combien savamment et complètement les questions que

Ton considérait comme nouvelles entre 1880 et 1910 avaient déjà été discutées et combien peu Ton a ajouté depuis, excepté dans le domaine de la phonétique. Il n'y a pas jusqu'au vers rythmique qui ne soit traité dès 1701] par Bouchaud. L'on peut trouver l'origine des métriques comparées dans Sacchi, 1770, où l'on prétend que Scoppa a puisé sa théorie des accents. La nécessité de mettre un rythme dans les vers destinés au chant et la difficulté de mettre de la musique dans les vers français selon les règles de la versification, sujets fort discutés au milieu du XIX' siècle, sont déjà traités par Framery, 1790.

Le XIX' si ' sûrlôul- développé les sujets du rythme

(accentj rnesure, quintlti', qualité], des principes de la versification française et a ajouté celui de la phonétique et des reckerches sur divers sujets. Mais il n'a pas ajouté grand'chose à restliùti<^{uc.

Escherny, 1811, reprend les idées de Prévost, l7;Ui, et de Longue, 1737. Scoppa, 1811, propose l'accent pour fondement de la versification, tandis que Fabre d'Olive t, 1813, présente ses vers eumolpiques, sans rimes avec des terminaisons alternativement masculines et féminines. Bonaparte, 1819 (Baïni) suggère une versification harmonico-rythmicjue dans hujuelle les vers blancs ou sans rime deviendront des vers véritables et au moyen de laquelle il n'y aura plus de conflit entre les poètes et les musiciens, sujet que poursuit Caslil-Bhize, 1819. Dubroca, 1824, est le premier à montrer la valeur pour la versification de la connaissance approfondie de la prononciation et il expose les ressources du français en matière de prosodie. Le traité d'Ackerniann, 18\0, est l'un des premiers traités scientili([ues sur l'accent. Vaultter, 18i0, fait ressortir le premier la complexité du rytlune du vers français, et donne toutes les divisions possibles de l'alexandrin, ce (|ui est repris par Tenint et Bec({ de Fou(juières.

Tenint, I8'ii, fut le premier à ex[ili(juor et à défendre les

innovations romantiques, qui sont des beautés et non pas des défauts ou des inharmonies. Diez, 184G, entreprit le premier Tétude scientifique des origines et de la structure de la poésie épique principalement. L'apport de Benloew, 1847, à l'étude du rythme, des différents systèmes de versification, de leurs origines et des causes de leur développement fait également époque. En 1850, Quicherat publia son traité complet qui de nos jours reste seul et unique dans son genre. Castil-Blaze, 185:2, montre comment la musique s'est libérée des entraves de Lulli et de Rameau et comment la poésie est restée l'esclave des règles rigides du xvii* siècle. Quelques années plus tard Ducondut, 1856, révèle le fait que dans le système du mètre l'accent est musical, alors que dans le système rythmique il est grammatical. Il est aussi le premier à démontrer que le vers français est logique dans ses divisions, et par conséquent rend son union avec la musique sinon impossible, du moins très difficile. En suivant une voie quelque peu différente, Ducondut, 1863, montre que 99 sur 100 des vers prétendus romantiques sont classiques. Il se prononce en faveur de toute rime qui satisfait l'oreille, telle que Parnasse-placent.Au point de vue de la langue la plupart des règles de la versification française sont un chaos de contradictions et d'absurdités.

Les épopées de Gautier 1866, font apparaître la question des origines de la versification française. D'après Tivier 1873, elles ont leur source dans le drame liturgique. En 1879, le traité vraiment original de Becq de Fouquières déplaça de nouveau le courant de la versification, surtout en posant la question du rythme, alors que la même année celui de Lubarsch Verslehre engendra celle de l'accent.

Ces deux ouvrages font époque, sont originaux, ont exercé une grande influence et suscité de nombreuses discussions. Un an plus tard le savant traité de Tobler découvrit un champ nouveau, l'investigation minutieuse des différents points pris

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séparément ; il a exigé plus de recherches que n'importe quel autre, mais il décèle moins d'originalité.

En 1884, Guyau manifesta une tendance nouvelle avec des problèmes d'esthétique qui se sont poursuivis jusqu'à présent et s'attachent au côté esthétique exclusivement. L'ouvrage de Pierson 1884, fait aussi époque, mais est trop profond et trop obscur pour avoir connu la popularité. En 1887, Passy commença Tétude de la phonétique pratique. Ricard, 1887, attribua une valeur définie à chaque son et édilia un nouveau système de ([uantité syllabique que la phonétique expérimentale peut compléter. En 18D:2, Sully Prudhomme se mit à prendre la défense du vers classique et de Souza donna son ;malyse très originale du rythme. Stengel Versle/ire est surtout intéressant en raison de ses vues opposées à celles de Tobler et montre les deux tendances principales de l'école allemande. En dépit de sa popularité, Tisseur, 1893, n'a rien apporté de nouveau à part ses remarques très judicieuses sur les règles démodées de la versification française. Marelle, 181)4, parle des deux classes de phonéticiens et de la dilTérence entre les Français et les Allemands et les étrangers en général. Les principes de Piousselot, 1807, sont nettement neufs. L'apport de Saran, l!)00, est solide et original. 11 faut examiner ensemble des études comme celles de Wullf, li)00, Saran, PJ04, Rudmose-Brown, ll)0»i, (|ui ajoutent des éléments nouveaux au sujet des principes ou des fondements du vers français. Le Ih'ctiril (le Langlois, iDOi, est un travail d'une espèce nouvelle (.'t inappréciable. On trouve (U* l'originalité dans Grammont qui s'attache au côté eslhéti(|ue du vers exclusivement. L'ouvrage capital de Reck, P.) Il), a enrichi de nouveaux domaines la science du vers et de la musique. Quant à l'étude monumentale de Rochette sur N'ictor Hugo, clic restera le modèle du genre.

La littérature périodicjuc n'a pas fourni grand'chosc avant

le xixe siècle. L'étude de Vaultter(p),1840,estle point de départ de Tétude de la nature du rythme. Cet article mérite plus d'attention qu'il n'en a reçu, car il a incontestablement servi de base aux théories de Tenint et de Becq de Fouquières. La querelle entre Quicherat et Jullien, 1855, est la première sur les origines. Une longue série d'articles et de discussions commence avec l'étude de la Sainte Eulalie de Mejer, 1861, et les Epopées de Gautier. L'on n'essaiera pas ici d'apprécier les recherches qui ont été faites en différentes branches, comme les thèses, les controverses, les revues et les critiques ni les séries d'études sur des Arts Poétiques séparés ou des groupes d'Arts Poétiques, telles que celles de Pellissier, 1882, Thomas, 1883, Zschalig, 1884, etc. L'on doit attirer l'attention sur un article peu connu, mais très original et qu'on peut considérer comme le précurseur de la phonétique physiologique et des recherches psycho-physiologiques modernes, celui d'Espinas, 1883. Les études de Lote, 1911, 1912, Verrier, 1912, montrent l'importance de la phonétique. Il j a un grand nombre d'articles et de recherches de beaucoup de valeur et d'originalité sur certains sujets, certaines controverses, dont la plupart seront analysés avec les questions auxquelles ils se rapportent.

Ce rapide aperçu permettra de se rendre compte de ce qui a été accompli et montrera quand et par qui le domaine de la versification a été étendu. Il est aujourd'hui si vaste et si large qu'il déborde sur les champs de la philosophie, de la physiologie, de la phonétique, de l'esthétique et de l'étude des métriques comparées. Il n'y a pour ainsi dire aucun sujet dans la littérature française que l'Art Poétique laisse de côté.

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