CHAPITRE XI
QUEL FUT l'bSPBIT DB LA BiFOBHJS ▲ SA NAISSANCE.
Essayons de découvrir maintenan^t quelles lumières notre temps peut retirer de l'étude des événemens religieux qui suivirent la renaissance des lettres. D'abord , il faut examiner la question chrétienne de l'autorité ou de l'examen , non point en se fondant sur les théories ou les confessions , mais sur les faits.
Il n'y a qu'une marche à suivre; il faut lire l'histoire de l'Europe depuis dix siècles. Ainsi , la nouvelle position où les hommes veulent se placer/ quant aux idées religieuses , est rendue d'un très-facile accès par une considération bien simple , c'est que la discussion se réduit à des conclusions historiques ^ à des points de fait 9 sur lesquels on ne peut plus balancer. Il est permis de chicaner à l'égard d'une opinion spéculative , mais non d'un fait historique. On est d'accord sur les sentimens de morale et de tolérance qui doivent régner, et on est arrivé aussi à rester d'accord sur les faits. C'est un très-grand pas dans les progrès de l'esprit humain. Il en est aujourd'hui des idées religieuses comme des droits des peuples : les principes sur lesquels s'appuie. toute religion sont très-bien appréciés; il - ne s'agit plus que de les appliquer à la situation
1S8 KSSAI SUR l'uISTOIHB oftNiBALE
des hommes : la liberté dont ils doivent jouir n'est plus contestée; on dispute seulement sur la forme de gouvernement la plus propre à la garantir. On accorde que le christianisme convient à l'Europe; reste à savoir les formes qu'on lui donnera. Il faudra craindre en France de le revêtir d'une apparence trop sévère; danger qui , pour le dire en passant , n'est pas très à redouter aujourd'hui : il faudra craindre surtout de le priver de sa simplicité primitive , et d'affaiblir sa force en lui accordant de trop grandes faveurs » dont il a su se passer dans des temps bien autrement tristes. II faudra craindre par-dessus tout » avec notre goût pour les choses nouvelles et exaltées , en rétablissant le chris* tianisme en Europe, de le couvrir d'ornemens étran gers» d'imiter le zèle d'un artiste maladroit» qui , pour em})ellir une belle statue antique , lui donne une apparence de fraîcheur et d'éclat , et ne nous laisse plus rien voir dé la conception primitive et des formes du génie.
Un autre point sur lequel nous devons être rassurés , c'est qu'on ne verra plus l'opinion publique s'égarer dans sa marche et s'embarrasser d'éte'rnelles disputes sur la théologie. Nous ne sommes pas condamnés à rentrer dans cet inextricable labyrinthe. Avec bs hi* mières du dix-neuvième siècle , nous ne verrons pas reparaître tes argumentations du seizième. A cet ^ard, toute crainte est chiimériqUe; et pour le prouver il suffit de jeter un coup d'œil sur les chatigeraens» qui se sont opérés dans les esprits , dans les mœurs et dans h position générale. Vers la fin du moyen âge , la phi-
HV CHRISTIANISME. . 19^
loftophie Toiilut prendre une marche décidée; c'était' «ne bonne méthode qui lui manquait. Avant même de Tayoir trouvée, on avait déjà commencé de remplacer les opinions scolasUques et leur barbare attirail par des doctrines qui n'étaient pas raisonnables encore, mais qui pouvaient conduire y par la suite , à des vues élevées et vraiment philosophiques. Il ne s'agissait pas alors de choisir des adeptes pour leur apprendre la philosophie y et, comnve les peuples dans l'enfance de la civilisation^ de £itre de la science un secret et un mystère. Il ne s'agissait paë de réunir des disciples dans des ;)ardins académiques , comme les anciens Grecs » et de leur présenter la connaissance de soi-même comme un agréable et frivole délassement. Tous ces peuples divers qui s'étaient partagé l'Occident ^ opprimés par iaxit de pouvoirs, fatigués d'une st longue ignoranice ; voulaient arriver à la lutaière par des voies moins délouriiées. Mais ce n'était rien encore d'imaginer des système^ plus dignes' de l'indépendance de la pensée; on manquait d'instrumens ^ur les faire connaître^ L'imprimerie fut découverte. Un ptûlosophe distingué a dit que /« rêformuion en fut la conséquence 0atureUe(i:) ; on j^ourrsât ajouter lotUesM^ reformations; éar, saiis c^ procédé>y les connaissances. répandues cin
(i) Dugaid Siewarif même oarrage, p. 43* Lor6qu*on rëfl^chit aux immenses bienfaits de Pimprimerie , on est moins étonne de IVtonnement qu'elle excita , étonnement qui fut tel , que plu^ sieurs auteurs voulurent j voir un miracle. « Il est indifférent, dit un Tieîi historien ecclésiastique^ que ce soit cet homme-là, ou cet homme*cî, (|ui Tait trotiréé: santeanicun doute, Dieu lui-même fut
iSo B8SAI 8VM L'mSTmiB «ÉlliBALB
Italie efc en Allemagne seraient InfiitlIibleBMiik- t hf té ej stériles* Grâce. à. eetle admirable déoottTerie» chaqae lectonr peut être )age» non^^eulemeDt.daDS sai propre cause» mais dans^selleibsauirea* Par elle» leaioléréls du gesre. humain i la lutte de toutes Im opinions ? iettnent se peindre dans un tiès^petît espace : c'est un iiaissant instrument d'optique appliqué à Tcibil de Feàprit^qui ra^prbche les objets » en &ii dé^^uvrir un trës^^rand nbmbre^ et permet de les voir plus nettement. Les abus si iorétéfés qur régnaieAt alors doraient nédes^ ssnremetit ebiiduire à recberober leurs causes et ieoir l^mède. Les hommes encore JiTrés à des tef^rëurè superstitieuses S'occopèreiit d'abord des intérêts itoKfkm. Tout les y <^nduisait. La religién» bàbiiemetit pti^ aux Ifesoitis de Tafe^isto^Tatië et du sacerdoce» était le prétexte »• le moyen, et la soutice de. presque tous les abus^ Jamais on ne loi fit fouer un rôle ph» indigue de «on ministère. Quelle croyanéè que celle de la Fratfceet de l-Angleterteaudivièiiafe^ièele-i Je-*^ tOM un regaiid autouv df tions.'rvoyob8 bù œs^dena tttttltokis en éont ànijodrd'fatii » «t albrs seniemebt ubuà péurrotiif tni^surer' la prèfendeur de l'abîme qui libus sépare de^éed temps déla«treui. La position de ^i peu*ples iiSkt^ énCôk^ par un trait essentiel de eeHe ^où nous sommes placés aujourd'hui. Dès l'instant qu'ils firent lès premiers pas vers la lumière » ils durent ren-
rordoonateiir et le dispeosateur dHcelle^ pas autrement quHl le fDtj^dU d^ f)pp des langues , et pour djes fins toq^s semblables. » ( EcçieMia^tèeal histutyy.iWh pv John Fox» Xom; I.» p. 8o3. )
eontmr iMie foub de ûoavaautéft qui les eiiga||pBaieBlA •'«vancer tenooré. Les élraQ|^s dëooliyerkes i^*ils firent éès l'abord 9 les leçons qu'ils reçurent dès le.eomiiieâ»* eewéiit de leur eifamen » £areat autabl de motifs qui dtfreni opérer, puîssaibnient «ur ces hommes, à peine éèiiairéi , qui ai^aieiil si utilement emj^l^é le. temps qui étftii passé depms leur «éveil. €onibien leurs piro^s dwent dire napides, puîsqu'ta très*grat)d iiomtoed!eii^ Irb ë«x pl^ockmèrent.sans hésitër^^que la <M*o]iadoe)qui' tégrmt alors siir toiit^ l'Europe , élaii éTidemBkénl> dfmstitiitiéil^ hoiûaine , (et qu'il suffisait deuMQontar quelque» eièclfes pour Toié olaireneot eomméàti.elle s'était tBtroduîte y et oottuiient elle àvtiit prdgrossine--
meiit' renpla^ le christianisme
ihk a eu'ti^s^gràDd \oti de regarder la nê/ikTnaiion comîne un événement isolé.: Un très^avd nombre d'hoiàmès: Fayaienl commeiioée bien aTànt qu'elle n^éelaitfitu . » , .
. Elfe> était '&fte dans iès esprits, leàg-'tè^pi âva»! d'être commeneée. C'était une Tftste oenspirartion en fi9^éb^ de la liberté d-etam^e , dont le» fit» envelop*^ paient tott& tef étals de FEurope , nà^àis qui ne pmivait i^éiii^r co^^lHeMimt qifelorsqu'un^dès ^ois: la favori-^ aè^aife* La eensptratlbn se déclara sur une feule de poiaisi à la Ibis ;>et léi «onjurès ne s'étaient nbllekiient etit6o4us.> U$ %HÎvaittèreiit Jépàrémfekiit^ Leuhëfforts , btoi ^é diri^ ^nit^ le même peutêilr/ëiihBatJdes utoèltists tôiit'df0ih*«nyv selon le c6té ^par lequel îk ralliâ<|u&ient. Apr^skv^i^ ébranlé tout ce qui exifsiCa^', après avoir assigné la date des innovations , iLeItt été
iSa BSSAI ftOA l'hISTOIBE cilf&BALE
impossible qu'ils arri?as8ent à des conclusions uniformes et identiques^ De là , des nuances très-nombreuse» d'opinion » des différences idaportantes » des conféren- / ces sans résultat et sans accord* Mais au lieu de reprocher «TOC tant d*amertunie à ces réformateur» les sectes «qu'ils ont fondées » il eût été plus raisonnable d'admirer au contraire cette bonne fm» cette sincérité profonde avec laquelle chacun d'eux en partiouKer s'a^açhait à ses opinions propres* Cette diversité^ qu'ils auraient en si grand intérêt de prévenir» est une preuve sans réplique de la candeur de leur eza«^ men. Espérons qu'un jour les mêmes opinions régneront sur toute Ifr terre; mais lorsqu'au seizième sièdo quelques hommes bravèrent tous les dai^rs pour proclamer leurs opinions, il était moralement impossible, que 9. du milieu <tes désordres qui distinguent toujours une révolution dans les idées» un ordre parfait et unanime pût naître sur-le-champ. Bossuet » qui fit plus de mal à l'église chrétienne réformée par son éloquence que par ses rabonnemen» » a dressé un catalogue un peu surchargé des sectes qu'elle présente; c'était faire le procès au ehristianisme lui-même , qui » à sa naissance, en offrit un bien plus grand nombre. Est-il croyable que ce grand génie n'ait pas vu, qu'uoe diversité d'opinions, est le éaractère constant » nécessaire» indi^ensable » d'un examen libre» e.t que les sectes de l'église réformée étaient de ûature à se perpëtuer toujours » tandis que ceHes qui s'élevaient dans l'église romaine étaient aussitôt dispersées par l'intolérance.
OU GHII|8TIAN1(>1UB« »i5
' Bien n'est plus curieux que de àuivçe la eont^overse entre Claude et BosMiet^souBTempire des idées philosephiques, qui nous animent aujourd'hui. On les voil tous deux se maintenir parfaitement à côté de la ques* tion» et ne jamais l'aborder sous son véritable jour. L'éyêqoe attaque le ministre en lui reprochant sans liesse ce qu'il appelle la variabiUlà des doctrines de Téglise réformée , et en même temps il ne veut pas convenir qu'il invoque un despotisme absolu sur 'les opinions : le ministre reproche à l'évéque de ne compter pour rien^les droits de la raison , et à son tour» il ne veut pas convenir que c'est la raison et l'évidence seules qui déterminent le réformé dans ses jugemens religieux. Du reste ». les raisonnemens du pasteur sont déjà empreints d'un très-beau commencement d'esprit philosophique », dont ceu^ de son rival n'offrent pas la moindre trace. Le genre de Bossuet était de dominer en tout et sur tout. Il ne voulut pas même se laisser gouverner par le chef de son église; et ce caractère mâle et fier a passé, dans ses écrits. Mais il ne faut chercher en lui ni philosophie , ni jiensibilité (i).
De nos jours» on est complètement d'accord sur toutes ces importantes questions. Même si lei& discusr sions religieuses se rallumaient » nous ne verrions pas reparaître ce nombre immense de sectes. Pourquoi
(t) Conjértnoe wee M. OlJ^ods» muù$U*e de Charentan, sur ài matière de PÉglùey par Jacquei^Bénigne BoistiT. Pam» 968a : Sur la oonvernon de mademoisene de Doras. Réponse au liyrede M. de Mbaux, intitulé,. Conférence avûfi M. .CtikOP», HÊÙùstft de Charenton , divisée en deux parties-, La Haye , »683k
l54 ^^^^ ^^^ L^HIITOIBB- OÉKiBALB
donc s'^flhvyer d'une ohoB^ impeMiblePflotre (iMilIon esi Wîèrement différente. Nous MTons que tout s;f8lèttïe présenté h rhMUtiftble âctirité de l'eeprit» oém^ mence par prendre des directions très-diyerfe8;'iiim nous savons aussi que tous ces ruisseaux épara se r^ wfttrotit après mille circuits » pe«r ne plus former qu*iin seul cours. II n'y a jamais que les sols ou Ijes esclaTOs qui restent d^accord. Qu'on enlève une fois à l'homme la liberté de se tromper ^ il n'a plus aucun mérite à avoir raison. Son caractère est de vouloir toujours avancer , même en traversant des erreurs successives. Mille fois la tyrannie ou l'imposture ont voulu tracer un èerele autour de ses feoultés , et mille fois sa noble pensée a brisé toutes les entraves , et a su se faire jour en renversant les obstacles qu'on lui avait si impru* démodent opposés. C'est le plus beau trait de son ea*ractère intellectuel. La vérité ne se présente pas à ses yeux d'une manière confuse; tl peut , il doit aspirer k la posséder tout entière. Et qu'on ne vieqne pas dire que c'est une concession dont on veut bi^n le gratifier. Il en jouit comme d'un droit» et non pas comme d'un privilège. L'exercice de ses facultés est inviolable , et , dans aucun cas» 0n ne peut l'octroyer ni le «uspendre ( i ) .
(i) Sur cette question, Mirabeau a parfaitement rëfUté Montesquieu , dans cet admirable chapitre d'un de ses ouvrages , où il rr<MT« » avec la denndre ëTiâence , que ia Itbwté d'un État ne pMitJamaît 4tve suspendue , et oà il jette un coup d'oBÎl prophé* ti^ae sur lés dangers dn geu^rnement det asaemhlëes. ( Et^ii dtâ Lois , Ht. 11 , ch. 19; l>es Lsitre* de cachet^ i*« part. cb. 9.) Porter atteinte à des droits sacres, est une mesure qu'aucune
t» piirtf çoDtm^fhi>ifin de la vérilé eêi ^n plaisir» qui p«Mt reater ind^ndaqt méoie au milieu deç entl^eT pri^9 d^ la tyrannie ou du faaaUsme : toutes les toiê qu'on nous cache une partie de cette auguste image» nom ftTom le droit die soupçonner qu'on en redoute la lumière , et qu'on treml^le de s'y voir exposé.
GHAPIT&B XII.
CARAGTkBES GÊZIÊRAI^X D£ t'oPINION d'uN CATHOUQIJg
ST d'un RàFORMi.
Aujourd'hui la dispute ne roule plus sur les points de détail. C'est des principes fondamentaux et essentiels dont il s'agit. L'esprit humain à mesure qu'il s'élève perd de vue les petites inégalités de la carrière» Ainsi nous n'avons plus à nous décider, que sur l'esprit général des croyances religieuses » sur le système tfautorUé , ou sur le système de F examen libre , en matière de foi. Voyons donc ce qu'un catholique gallican sincère (car l^s non-gallicans sont hors de cause) peut
circonstance ne peut jamais nécessiter ou justifier. Une fois ces droits ravis, il n'y a plus d'ordre sociaj. Il est sans exemple qu*une dictature ait calme les desordres d'un État. Quels désordres pins afirein que le despotisme !
l36 B88ÀI SUB l'hISTOIBB ciRiBALB
dire de mapière à se ûâre écouter au jourd*litti. J*«m çoor nais un » fort respectable et fort religieux » qui m*a parl^ à peu près ainsi , et dont je tache de reproduire fidèlement y sinon les expressions , du moins les pensées.
f Vous avez voulu savoir suivant quels principes généraux je reste fidèle à la religion de mes pères. Je vais vous les exposer en bien peu de mots pour un objet de cette importance. Mais vous suppléerez facilement à tout ce qui restera sous-entendu. Je n*en dis pas assez pour des personnes fanatiques ou des prêtres soupçonneux du mal; mais je crois en dire assez pour des hommes sincères et des chrétiens. — Le sort des plus belles choses est d'être altérées sur la terre» et Dieu n'a pas voulu abandonner son Evangile à la volonté perverse des hommes. Une institution divine dont Torigine se perd dans les premiers siècles de l'établissement du christianisme f et qui s'appuie sur l'autorité de la sainte parole y fut chargée de Dieu même» de veiller sur son ouvrage , et sur sa bienheureuse révélation. C'est ce que je nomme V Eglise, Des évêques assemblés et nommés par la Voix libre du peuple , car la nomination des évêques par les rois est une usurpation » prononcent sur les mystères que la religion nous a annoncés ; mystères dlntelligence , puisque Dieu est infiniment supérieur aux hommes; mystère de salut» puisque sans eux le pécheur ne serait point sauvé. L'évêque de Bome » appelé par distinction le pape » est pour moi simplement le premier entre tous les évêques » ses égaux. L'Eglise librement et légitimement assemblée a seule le droit de décider sur les matières du dogme. La
ou CHillSTlANISS]!. ïS'J
àmifiÊÊe est m» affiiire de régiement intérieur qai regarde les gosTernemens. Sous ce dernier point de • vue le dergé rentre teut-à-&it dans l'Etat. ,0n ne doit pas s'effrayer éerœ mot JnAiillible; il exprime simplemenl' l'avis de kpiaalorièé des évêques : et comme TE-: gitse tient fiea<|K>uvoirs de Dieu même» et qu'elle s'^st élevée 80«8 la protection , elle a reçu de lai le droit de déoPéler de» articles que les fidèles doivent recevoir avec soumission et avec confiance. L'Eglise , qui s'empresse d'aller au-devant des besoins de ses enfans » leur présente les livres saints dans des versions qu'elle a consacrées. Elle accompagne ces versions de commentaire» qu'elle y ajoute elle^niéme, afin de rendre claires et évidentes» des matières» qui souvent n'y sont pas développées avec l'évidence que le siècle réclame et que l'incrédulité a rendue nécessaire. L'Eglise est amie de la liberté. Ses prêtres vivent loin du monde et dans la solitude du célibat. Elle interdit la persécution. Elle pleure sur les égaremeos de quelques fils qu'elle désavoue. Elle déplore leur excès; mais elle ne s'en croit pas entacbée. Elle a des mystères nombreux» mais tout n'est-il pas mystère dans l'homme ? Il n'est pas vrai qu'elle interdise l'examen » pourvu qu'il s'accorde avec le respect qui lui est dû. C'est ainsi que l'illustre Pascal approfondissait les preuves de lexistapce de Dieu» de même qu'il honorait scrupuleuseoaent la mémoire de ces saints martyrs que l'Eglise a mis sur l'aïutel. Elle a pensé que l'homme peut honorer sans humiliation ces généreux confesseurs qui par-
i58 ESSAI sm i/bwvouu oàllàRALB
iigealila gloire des él^s. Jeme patooiiffrai foiwt ici la série des dogmes auxquels -soa infiiîUibUité nous or^* donne de croire. Vous les savez» touaii II me suffit de ¥OQs avoir dit sur quelles pveiuves repose l'afdéiâtâique je loi reconnais* Je n'ajouterai qu'une, seule crâsid^ ration» VojejB les sectes dissideotés » l'^f ioien des sectaires an^is » alleoiands et français. Bauges sous mille bannières opposées » divisés ea mille sectes Mlqji^ rantes, ils forment une^dénuigogie spiritueUe* L'£gUsa catholique» apostolîqiia et; non '.rom»mie-i (M au ce»» traire la même et in&îHible. Bavtout identique» eiie est QM comme la vérité. Les aièdes amonceléa autour d'elle attestent son antique origine» et sont le présage de sa longue durée. 9 >
Uo partisan de la liberté d'examen tn matière à$ foi doit'ébie admis, à répondre. Voici If» idées< de l'un d'eûv * . I . •.
« Sans me laisser effrayer par ce ton d'autorité , je vais dire pourquoi *je professe ie chrirtianbme réformé ou le protestantisme. J'adopte une croyance qui me parait avoir été celle des premiers chrétiens. --* Je parleraii sans amertume» et cependant j'aorais bien des motifs^ d^ me plaindre. Ce n'est que tout récemment que je suis redevenu Français. Ma ft mille» il y a moini de cent ans » a dû chercher dans un autre pays le droit de servir iKeu en liberté.* Le sacrifice était grand ^ maîâ elle n'a pas balancé. Notre temple » si simple et si psur» qne le fanatisme avait détruit » fut relevé par des mains ho^pittlièves. Une des choses qui ont adouci les amer^
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PU GiW«TM#Wl||i* «39
iiiaie$ de la terre de Tenl» c'eft^^iie qqiis y avoiM 1^ trouvé rÉ|IUe 4e là p«ftrbt Aofourd'tiui k tr^œ de 001 loQgs malheurs s'ett enlièremeôt-effiicée; iMiJQUfd'hu) 00 peut dire Ukremeiit ce qu'on peu^e : c'ert ôe que je vais faire* -^ Je m'interdirai la contmYerae dei dogmetw Je veux défepdce uniquement la liberté A^ùXMJsmn^ Il y auraitbien dM oho^ei -h dise» et cependant je Ifi^ cherai d'être coufC
' c Vous commencez pas convenir que les inatitHtiooa envoyées de Dieu même se oorroo^nt presque leujours entre les .mains des bommes; veilii joatanenl; pourquoi une réformatio» est djBveaue néçeseaîrev L'Évangile ayait été donné aux peuple»; l'îgnerance et la supersdtion avaient défiguré les* dogmes '^t fait oublier la morale : donc » on a eu le droit de le préseur ter de nouveau à tous les p^qples auxquels il ay^ili été ravi. Une autorité infaillible aurait été chargée» suivant V0US , de diriger la raison incértainjB des homniies; mais avant de discuter celte pr^osilion , je vous demanderai de m'apprendre quels biens elle a produits» qneli» maux elle a préiienus. A-t-elle préservé notre, espèca du grand naBfra|e du moyen âge ? Alors qu'elle 4xi#tait -dans toute sa force» a-trelle épai^é à l'Europe cette înondaâon de barbarie et de fanatisme? Bien kûn d'être venue' au secours des hommes» selon- moi» oe ûit son influence qui décida et entretint leur long soioh meiL Bt ce n'est pas ici une vaine assertion. La raison ime fois étouffée » tout se dégrade dans l'homme^ $i f admets une fois les droits d'iine autorité étrangèro sur ma conscience, où est alors la dignité de mon a me?
l40 BftSAl SOft t'uSTOIlB GftvtBALB
que devient son penchant naturel et irrésistible pom» l'examen? Avec ma raison , qu'on affecte de dédaigner» )e perce les voiles qui me séparent de la région où siège Tétre iiiFiiri; je me démontre son existence; je puis juger quels doivent être ses attributs , car je les compare aux sentimens éternels du juste et du beau qui remplissent mon cœur; je rentre en moi-même pour étudier mes propriétés» comme être pensant, et je prononce que la pensée et la matière sont dissemblables; l'embrasse toutes les divisions de la philosophie; j'explore tout l'univers moral , et j'y trouve par-, tout la conviction de mes droits , le sentiment de mes devoirs : et vous voudriez que ma raison , encore toute chaînée de ses conquêtes , encore toute fière du noble examen auquel elle s'est livrée , comparût à la barra d'un concile 9 et se soumit en esclave à la décision de quelques docteurs. Le jour où je consentirais à faire le sacrifice de tout ce qui me distingue dans l'univers » serait le dernier de l'empire que j'ai le droit d'y exe^ cer. Indépendance de ma raison , noble plaisir de trouver la vérité, droits immortels d'une libre conscience ,; je pourrais consentir à vous perdre I Malgré l'empire que vous exercez sur moi , on me propose de vous immoler ou de vous trahir I c'est un sacrifice auquel je ne puis me résoudre , et Dieu ne l'exige pas. Il a confié l'Évangile de paix et d'égalité à la conscience , à la raison des peuples : c'est là cette autorité infaillible qui fut chargée de le conserver. Il n'en est aucune autre qui soit digne de veiller sur lui. Et la preuve qu'il peut se passer d'un appui despotique , c'est que , je
DV CBftISTlANISIIB. ^ l4t
irons le demande» rÉ^angile a-t-il péri dans les payM prolestans depais la réfonnation?
« Vous me parles pompeusement d'évêques légiU-^ mement assemblés; mais quels soni les conciles que tous regardez comme tels? sont-ce les conciles de Nicéet)U de Francfort^ de Baie ou de Constance, de Latran ou de Trente? Est-ce ce dernier? Mais, çouiment se fait-il alors que tant de pays catholiques aient repoussé ses décisioB»? pourquoi TÉglise galticéiu» les Tepoasse*t-eUe picore? Cette autorité in&il)ible ré-" side-t-«lle dans le poipe seul* tsomme quelqties-uns le soutiennent » OQ dans le concile seul » comme on Ta ayancé; ou dans Tunion des deux, comme le pense la grande majorité? Dites-moi lequel de' ces deux pouYoirs spirituels est inSérieur à l'autre; appren^-r moi s'Us sont égaux? Vous me parlez d'une autorité infaillible; mais commencez donc par tous accorder vous-mêmes et par me dire nettepcient ce que vohs entendez- par Vêglise. Que si je m'informe de ces difficultés à Rome ou à Paris , à Yienue ou à Madrid , on me donnera des réponses toutes, différentes. Je n'ai pas lieu d'en être surpris. Concilier' une autorité despotique avec les dj^oits des consciepces , est à jamais xsedd entreprise imaginaire. On; ne peut dfifinir ce qui repousse toute^ définition. Ne n^,pi^rjbz donc plus ^9 me soumettre aux décrets d'une autorité infaillible* y ou» ne pbuvez m0 dire fous-méme en quoi elle consiste ,>où elle est sitfiée , et vous ne pouvez exiger de moi que je me prc^t0me devant un ^ntôm.0. Ces q^QS-
14^ BSSAI SIK L4ll&T0fllB nilli^RALB
Aùhi ont élé 8oule?ée8 depuis iong-tempsi. SUés ont troublé le repos des états ' caiboIiquBS» filles étaient biétt fbites pour cela. Fixer le lieu et les attributions d'dti pouTOtr qui âe peut errer; ie gamhittr» je tae durai pars d'objeotiotis / mais des sknplas râlexions du btoD sens : l'entreptisb était gi^ànde; dotaaeaîSclës n'oaip^Â suffi » rèt&rûité tout entière ne StiJ&rait pis. : • « AfaiM:» sani» que j>tite besoin de me Ut rér à Auttnme di8cttissi<^ dogmatique » j^établis qpié irotre Église aen» feHne un principe qui de^ta bécewairemiant lanitetsa dui^ : eU0«ttpdohel%omme de.pfnaèrpar luiimême.^ ^le-^nchftine sa taison; je eoticiusi d» là qa^eile ii^est peint v^nneée Dieu^ Ses ministres bedodtent Fémpire dès tonnaiânÉànoe^; ils méconnaissent le dangerd'^roî^ F)li^' dé lès'cmindrew C'est en iFaiir q<o^)1l leuridït de toutes pAM^^'q^t'unè religion,' pouygàgne^ dés ^iaoi^ i^léis' ou pour leé ébil^rvei' mt]^\xt^hvA, doittiè-flindef sut- lès lUMi^^» de quelque «ndrpit' qu'elles ^ient Jailli , et Mte âOU^profit de tous leè grënds|travliuiiide rtntèlli^etiéé : è'eët en vaiuyjû'ôn leur «b^t>Tè^uHlëét tettips que Ib région ^è niontre k la tête die la uMvche dé' 4'homnièYeM< là perfection; jqfo'îl est tetnjpsqâe^ tiiotes Saintes ap^Êrfaièiftènt au grand jour, etqnei tdus lëi pirêt^^es déyi^aièbt disjk^ser leurs tëmpiè» eomme «tts î(i^ii|»Iéis de l'Orient, qui disaient pénétttt^ les tarons lïti éolèil jusqu'au' fond du sanctuaire; •
<^Reinà^qae% àteéi^rèOtntbfldn le c&ndutl^ d^aplfi^es qui répàndîréht lé chrîstiantsme'Sù^ lét tèihre^^fbt bppbséô à éë '^ysfèhUe' d'infaillibilité I Ils bebtivnâirat
wfto cmiTm'MMm. i45
à eii iâdi^uerla mbrfrle ^ ^rcë-qo^^^trôUVé imii plàcb préparée d'atmce^ défis toiii^ l€» emntP. Mai» tb e& eth posaient Ie$ dûgmes; Ub aNaiesil «ii-devant ^es^bfM^ IîoiIbi ils eneiMirageaieiit ta^béirté d'e!kaifiei)ri 0» heau saipnoth d'mfàiUible Idur étati ittconikti , aittèi q^e-taiflft d'aâtreâ tlilreé qu'on fie ttonie pa« dabs TÉinaiigilek L'ËgUse i dilea*vt)u9 ; ffèkntie} aox fidèles let ikrres taiiîté<v littttqtf'élle lei» periaèt (de im^ laa vcrsièiris qufeiie âittoiifce^' maU à'>qa6{'>detie cooceBsimi fteuiiaUe- ledr 'ië^i#i?'l>'a^fiéê ; téua-lea 'pDiiitp âoot- tfrévo^ CffUeméM déridés; pa#: eUè; queilas^ fidèles > ftrnieMt doDc les: i Iin«S! fllin^s-, ptisqoe la* eelicliisiofi;' qu'tk ptoadroflt iearést^^k^ée wafit q«'îié> nfâietat dseaniûié v piiisqti'à Jâ $nièd lèbrs irebhMNiAieë rautotntélfi^tHiblè s'élève coiti|fié tifi «m* d'airaifif qu'Hs'ae sajiittiîeM; fnrih gMtv -^rVotre^religtofi est amie dé la libeHéimals dtta prêtres V "Me vaut d^im pape^ seiiM-^'P^uveM-ltoef aoeet)l«r-lis^é' les 4;efiséqo6«l{{e8»^ïi**espl4i:ttk^Éfefiètlf tabi Idf «SI déddétfibfit irtystik^ tt^^i» dk siè^toè tfôa l6^ p0iiptosflë<pMéeAit;j îlsle disent tfUtttekiMtai^ajiijouriliiui. «^^L'esprit^ébéral dettotre È^lim.pj^^fAeie ije fMtoaisein^ilHilifdia<^afist'faistîstnè. «^ S«s tilysMbres ai fiofiAreiik' nibuteikt lesixomMês; H 'est ifèaMkkigereék de fiàmiiîpiii^jMstaiystèro^ sàfis^iaébès^; ilne^t^^îi qtii , :]fai8<>fifii^le -et «feèHi i >e<jii'lhii^iies^'disaî|>lÉa'éelfti«ïtk'-ët ^ik^mi^iBàyittftimm etifittbeirdable i^tlè 6Aï qoë àffà'la<»éétûë6^ 6^ S&êbjpééAi^i' • '-' -^ ^ ' ' ^ A y^otië itopnHîh«I^Mfln aiiî i^Rgtons qui iwpoassefik le despotisme dans les opîitfOftfif, dë^hquei* d^litiM. An i6olïtHBire , elles -en présétitertt Ikèailcoup plus que
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réglise kifaillil^fe dool elles se sent séparées. Ce Sait est de là dernière évideace« D*ua eoté> vous n'êtes ottUe^ ment d'accord sur k nature de Tautorité que tous in* ▼oquez , el de l'autre » les sectes dissidentes s'entendent parfaitement sur le principe qui doit les diriger. Tontes invoquent l'Évangile. Toutes se sobmettenl k lui» // ntn.est pas une seuU quL le récuse. Voujt lbvr vnité. Elles Qonviennent parfaitement que lût seul est leur )nge, leur régulateur :> attendu qu'il cotaient les livres iiisterique» qui racontent Ja vie de Jéaus^Chriat et les instructions authentiques données par sea apôtire» aux églises naissantes de Gorinlhe et de Rome; attendu que la grande antiquité de) ces écrits eat déaM>ntrée par le 4énM>igoiigedes.conteiûporains; attendu qu'il estéviéml «lors que c'est dans ce ménin Évanple cfue les doctrinei»; <lù christianisme doiveint être, contenuéé, puces- ejt sans altération » les ^lises ntforméea en appeUeftt toujours I^Jai comme à une dutorUié qui tranche toutes les questions.. Sont-elles en. discussion sur un s^et quelconque > sur un $ujet htsteriquef , sur des points de dogme ou de morale» il ne faut qu'un setil passage , bien positif» hien Clair» pour eloré les d&ats. Que si rÉvangile^sl Abscur en quelques parties , mais jamlris sur un sujet important» ce n'est pas'la filj^ de cedx qui l'examinent $ivec candeur et mAcèrké. Us ont fait des travaux immenses pour en intei^Nréter fe feexte. Us le prennent tel qu'il est; ils meljentt enfusage tponÈs le comprendre» toutes les ressources (de leur esprit. Qt|e. peu t*on exiger 4e plu3 H ' ; : . ;
# 4î)asi » la reli^on Çii^vétieiQi^ réf<^r^iée /3 présenté ,
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jan^. les diverses branches qui en sont sorties , toute runité .que peut offrir une institution diWne , lorsqu'elle est jugée par les hommes. Les nuances d'opinion qu'elle nous montre sont une gloire pour elle , puisqu'elles attestent la liberté dont jouissent ses discq>les« J'aime bien mieux , pour ma part , des dissidens. sincères » s'estimant l'un l'autre parce que tous' se sentent convaincus, que des esclaves insoumis , portaint ayec peine le joug d'une infaillibilité accablante.
c On a disputé sans fin sur l'Être infini , sur l'ame humaine» sur la nature extérieure; on a révoqué en' doute l'existence de toute matière; on s'est attaché à sonder des questions, qui n'intéressent l'homme que de très>loin ; et on voudrait qu'on ne discutât pas sur la religion , un des plus grands et des plus pressans de tous les intérêts. Mais, dira-t-on, les vérités géométriques OAtété unanimement reçues : sans aucun doute; mais si jamais on s'avisait de les décréter en forme d'articles de foi » et surtout si l'on trouvait moyen d'attacher à leur récciption un degré d'intérêt aussi vif que celui qu'iin^pirent les idées religieuses y aussitôt on verr.ait. les hommes chercher dans leur inépuisable cerveau y et y trouver cent raisons , bonnes ou mauvaises / de résister à leur évidence. Vous ne pouvez donc vouloir que la scîeilce de la religion soit privilégiée dans les connaissances humâmes. Heureusement elle peut très-bien se passer de votre protection ; elle n'a nul besoin de l'indigne faveur que vous daignez lui accorder. Ces idées nous sont chères , à nous , en raison de la peine que nous avons prise à nous les- démontrer.
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Elles ne nous ont pas été imposées de vive forée. Lear évidence seule les protègje* Aussi, elles n*ont pas tiraoé dans notre ame de légers silfens que le premier vent contraire ne manquerait pas d'efliicer,
« En un mot , la volonté divine exposée dans TËvan-^ gib eût-t-elle été gravée sur la pierre et exposée aux regards de tous les citoyens comme les lois de Tancienne Rome , elle n'aurait pas étouffé les coiitroverses, les disputes , les discussions. H est de la nature de la raison humaine d'être agitée : c'est le signe de sa vie. Quelquefois elle semble ébranlée jusque dans ses fondémens; mais les orages qui la soulèvent se calment bientôt, et leur terme est marqué. Au milieu de TacharnemeQt des controverses , il me semble voir la vérité qui s'-élète au-dessus de la mêlée , et qui , pesant dans son immuable balance les droits des combattans , décide seule du sort des questions si vainement agitées par les hommes.
«Cessez donc avec tant de complaisance de reprocher à ma religion , non le manque de Punnté, carrelle en a plus que la vôtre , mais le manque d'one prétendue unité oppressive /qui , même , vous a si mal servi. Celle que j'ai adoptée est née avec la raison ; elle s'élève ou décline avec dUe. Tous les hommes qui ont soumis à une raison sincère , dégagée des préjugés de Tignorance et du vil empire des passions y la révélation successive, que , dans le cours dessièc les , la terre a reçue du ciel , se sont montrés pénétrés du véritable esprit de la liberté d'examen , et peuvent se ranger parmi ses disciples. Ce furent des disciples de cette religion , ces
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hommes primitifs f qui sons le beau ciel de FAsie , entendirent Téloquence avec laquelle le tableau de Tunirers annonce qu'il est un Dieu ; ces patriarches antiques , dont l'Orient et l'Occident prononcent les noms avec respect , et qui ordonnèrent aux tribus d'Israël de briser leurs idoles ; ces Grecs , ces Gentils , qui reçurent de la bouche des apôtres la première nouvelle d'un Évangile de paix et d'égalité; enfin ces réformateurs» qui parurent en Europe alors que les^nations avaient tout à apprendre » et qui souvent rendirent témoignage, par l'héroûme de leur mort » à la' grandeur de leur mission^
tVous me parlez de l'antiquité de l'église romaine. Oui 9 je dois l'avouer : lorsque j'envisage yotre Église en grand » dans l'histoire , et non dans les procès-verbaux de l'inquisition ou des conciles , elle se présente à moi sous un aspect qui m'en impose : cette origine qui se perd dans les premiers siècles du christianisme ; cette lopgue dynastie de prétres-rois » si hardis dans leurs prétentions et si persévérans à les faire valoir; ce culte professé par tant de peuples , ces doctrines admises par tfint de grands hommes; tous ces prêtres, tantôt retirés du monde ou siégeait sur les marches des trônes , pauvres volontaires ou prélats orgueilleux; tous ces ordres de moines , école d'intolérance et de servitude: toutes ces pieuses c<»igrégations , jadis Basile de la science et le refuge du malheur; cette inflexible immobilité dans les usages , dans la langue , dans les hiots; cette fragile puissance qui se montre partout dans Thisjtotre moderne; ce despotbme spirituel exercé par de
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faibles vieillards qui ont bouleversé le monde; leur force dans le malheur, leur prévoyance dans le succès, leur souplesse dans les embarras ; cette patience que rien ne lasse ni ne décourage , dont Faction semble permanente , parce qu'elle n'est jamais suspendue, qui voit les empires et les générations se succéder , et qui attend y tandis que tout passe ; cet esprit indéfinissable de grandeur, d'intrigue et de tyrannie; ces contrastes sans nombre décèle , de fanatisme , de vertus , de fureurs : tous ces tableaux opposés remplissent mon ame Nde mille émotions diverses, et avai^t de m'y laisser réfléchir , on me montre ce vénérable lien qui joint les souvenirs des temps antiques à cette doctrine qui règne aujourd'hui, on me fait voir les églises romaines succédant, dans l'Italie , aux autels du paganisme, la gloire de l'ancienne Rome se mêlant à l'histoire de la Rome moderne , et sous le prétexte dé la religion , la ville éternelle conservant un reste de son empire sur le monde. Mais si ma vue semble se troubler lorsque je l'arrête sur ce vaste ensemble ^ à la voix de l'austère vérité , de l'inflexible justice , toutes les illusions s'évanouissent. On m'a introduit dans un temple majestueux; je regarde. autour de moi, j'examine; et me demande si c'est bien le véritable christianisme qu'on y professe. Où est l'admirable simplicité de l'Lvangîie, son humilité, sa charité expansive, son universelle tolérance? Ce temple est enrichi des productions du génie et des offrandes des grands; en quelques endroits même il est teint du sang des martyrs, mais a-t-il servi de refuge au savoir, à la religion , à la liberté ? Il a ré-
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tisté ao torrent des siècles et des passions humaioes ; mais quels flots de lumière a-t-il laissé échapper sur le inonde ? Ofi sont les rertus auxquelles ila servi d'asile? Queb exemples de vraie pitié , d'évangélique tolérance, irons-nous puiser dans ses parvis ? Ses ministres ont-ils marché à la tête de la civilisation humaine , ou n'outils rien o^igé pour enchaîner ses progrès? On pré^ tend que les apdlres mêmes en ont posé la première pieiTfl ; eh bien , allons-y chercher la trace des leçons qu'ils apportèrent au monde, et l'héritage de leurs antiques vertus I Dégénérée des jours de smi innocence-, jb ne puis reconnaître que cette doctrine ait rien c»nservé des mœurs de la primitive Église, ni de la grandeur de la capitale des Césars. Je trouve quelque chose . de sublime dans cette simple formule « Smatas popalusque romanus , » qu^le orgueilleuse faiblesse dans le 1 Sancti stdis gitOtâln Les sénateurs de la république, avec tout leur despotisme, avaient un air de grandeur que rien ne peut effacer; et en quoi des cardinaux ws- •eœblent-ils à cette assemblée auguste qui paraissait è l'ambassadeur de l'Ëpire , l'assemblée des dieux. Des prélats intolérans, couvert» de pourpre et d'or, ne me rappellent pas la douceur et l'humilité des premiers chrétiens, pas plus que cette vile populace qui foule aux pieds les débris du Gapitole, ne me rappelle un "^Miple de guerriers et de citoyens. Pourquoi a-t-oa couvert les murs du Vatican de ces restes d'inscriptions grossières , ouvrage des premiers chrétiens : esty ce pour faire ressortir le contraste entre la splende de ces galeries et le culte dont on a retrouvé les simpi
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inoouEàeoB? Mai» ce n'est pa^ l'oubli des formes, <{U6 je reproclieraiâ le plus à cette doctri&e. Je n'y trouré plus l'esprit de rÉyangiléé Qu'a-t-elle mis à la place de cette Religion des hommes modestes et humbles de cœur? Par quelle stérile et vaine magnificence a-t-elle prétendu nous faire oublier les leçons de cette baute sagesse , qui nous a dit d'adorer le maitte de l'univers» en esprit et en vérité ? Où a-t-elle puisé cette ardeur de persécution que rien n'a pu assouvir, et. qui fut cause qu'on à Commis sous ses auspices le plus grand crim^ dont notre histoire reste chargée ? Enfin, qu'elle me rende compte de l'usage qu'elle a fiiit de cette religion qui garantit la liberté des peuples , et qui fut annoncée au monde pour que les hommes prissent l'égalité , la justice , pour éternelle base de leurs institu* tiens et de leurs lois ? — Je résume mon opinion en disant : Tout système religieux qui met des entraves à la liberté de la pensée^ viole les droits dé la raison qu'aucun pouvoir ne peut troubler sans sacrilège : toute église qui se dit in&illible et qui a .fixé ses principes d'une manière invariable « s'est interdit la &tolté d'avancer 1 esprit humain ; ainsi par ces deux motifs , elle doit rester bien en arrière des rapides progrès et de la marche de la civilisation moderne. Il en sera de cet ancien système, comme d'un édifice ruiné par la main du temps , abandonné de toute créature vivante , livré à une foule d'agens destructeurs , et dont les parties prêtes à se dissoudre , sont protégées d'une ruine totale par leur antiquité même et le respect des vieux souvenirs. »
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