CARACTÈRE GÉNÉRAL DE NOTRE PHILOSOPHIE
AprIss avoir essayé de déterminer les besoins des esprits de notre époque» voyons si dans la philosophie
DU CSKtSTEAXlSlfE. l83
àoaà BOUS a¥OB« hérité, il y a de qiMt MHs&îpe leirn^ rmux. La position , suivant bous , fôcheuse « où se trou* TCBi poputaîromont tas esprits , vioBi de co que le dé*goût de la métaphysique « et la liaîno de b théocratie rommie, a indisposé les hommes eontre tous lesprîiieipes «fui peuvent mener à rab$ipattabsohi, ou à nno adoration ^eleonque. Sous ce point de Vue , 1» philosophie de la dernière moitié du dix-huilième siède, a causé de très-grands biens, et a prod^t de très-grands maux.
Il esA bien remarquable que plusieurs philosopher 9àmak ébranlé toute certitude dans leurs théories , k fbrce de vouloir suivre la plus rigoureuse méthode de ptoeéder. Sans paraître eux-méme» soupçonner les dâtigerS' de leur marche, ils se jetaient tête baissée dana les ténèbres où Hume le sceptique abandonne tous eeox qui le pi^nnent pour guide. Ces philosophes , cependant , refusaient de porter jusqu'à la dernière ex-* trémité les conséquences de leurs idées systématique». Sons ce rapport , leurs travaux les plus curieu!t sont leurs recherches sur laJoi morale, dent l'examen forme, sans contredit, l'une des parties les plus positives et les pKis intéressantes de la science. Contraints par les ftits et en dépit d'eux-mêmes d'admettre un sentiment pri- BUttf de bien et de mal , ils arrivaient par un chemin tout différent à se rencontrer aveé les moralistes écossais, et finissaient par admettre les conclusions de WoUa^oB, do FergusoB , de Price , et surtout de Samuel Clarke f qui a si nettement déterminé les bases de Je oMâniier Condillao porta la philosophie lockieune à
lB4 BSSAI SUR l'hUTOIRS . GfiMiiBALE
c^te extrémité que.NewtoD semblait craîiidre. Lepoiqt le plus dangereux de ses principes, c'est qu'il faisait découler le sens moral » qu'il prenait d'ailleuçs comme un fait» uniquement de la certitude de l'existence d'un être infini. .Et dans le temps où il écrivait, J'empice. de: la religion était fortement ébranlé; plus que jamais il étpit important d'insister sur ce principe , que JH idée de justice est beaucoup fortifiée par l'idée de Dieu y jnais* qu'elle résulte de la nature même .de l'homme. Au surplus, Condillac rendit de grands services à la science pratique , en faisant voir L'absurdité inouïe des idées du grand Descartes sur la constitution des animaux ^^ idées que BuiTon reproduisit et embrouilla davantage. Il est curieux de mettre en regard les opinions d'Helvétius.et de D'Holbach, entre lesquels nulle: comparaison ne peut être établie.quant au fond, mais seulement sous le point de vue que tous deux ne donnaient pour base à la morale que F intérêt de V individu. L'auteur .du livre De l'Espril , établissait le sens mpra) sur l'idée de l'uf tile, et il fallait qu'il prit ce parti pour, mettre son sys«^ tème moral d'accord avee sa théorie générale .et* seé vues de gouvernement. D.'HoIbach prenait aussi le sens moral comme un résultat d'obseryations extérieures ayant pour but l'intérêt de l'individu , et il l'admettait pour pouvoir mieux attaquer le sentiment, religieux qu'il voulait détruire , et qu'il fallait bien remplacer par quelque chose : d'ailleurs tous deux disaient également, comme les métaphysiciens de nos jours, que penser y connaître , réfléchir y c'est sentir et toujours ;^^n- /l'r./. cbose bien digne de remarque, en ce qu'elle dér
]>ir CHBISTlANIâME. >l8S
montre combien les meillears esprits se laissent aveugler* Jamais homme ne fut plus profondément moral ; plus ami de la liberté qu'Helvétius , et cependant de sa théorie on peut faire découler tous les genres du machiayélisme. C'est avec elle surtout qu'on peut fa^ briquer de ces systèmes serviles à l'usage des tyrans contré les esclaves , tellement qu'il est permis de dire de ce philosophe qu'il a passé sa vie à pratiquer la vertu et à.précher l'égoîsmev D'Holbach fut plus conséquent ; il .voulait à tout prix immoler le système théologique alors exclusif en France , et il prit le parti de l'ènseve^ lir sous les débris de tout sentiment religieux et même de toute raison philosophique. C'était mettre le feu au château pour détruire la chapelle. Au surplus , sa théo*rie, non plus que celle de l'élégant et aimable d'Ar«gens , de la Metterie ; et de Maûpertuis , n'exerça pas une grande influence sur la nation. Mais il n'en fut pas ainsi des écrits de Diderot et de son illustre collaborateur , dfÂlembert. S'il est facile de connaître que les systèmes précédons sont restreints et incomplets , si des c<mséquences funestes peuvent s'en déduire ; certainement, contre l'intention de leurs auteurs, telle ne sera plus l'Impression que produira l'examen calme et im^partial des théories des fondateurs de l'Encyclopédie* Incontestablement les recherches de d'Alémbért apprirent aux esprits si désireux de^^avoir , à ne point so|*tir des. .véritables limites de la philosophie. C'est à luLsurtout que nous devons que la science ne s'est point perdue dans un idéalisme sans bornes; état désolant^ puisque tout. devient vague et mal prQnoncé» et qu'il
f 96 ESSAI St» l«'xitTraMI oàRâRALE .
ea4 milQftiîU?» taM ^'oq y roêto » d'avoir inilseiMat o« M^ea ou tort. G^l homme emf roovdiittalre » rm de« fk^B Uliiftfcres que k FraBoe ak ptoduits » lui » èoal. k bluto iolelligeAao esikratsaili tons Ua genras ob fut supinieiire diMds lova » avak irop do génio pour m», pat apeiroovpîp las fondemoa» de toule mélaphyst^ue. ot la basa da touie VMM^ale. Qui ne serait; étonné do la pro- |o«Hlaur» do la olarté» et on ménia temps da la modeslia do aes vues ? Son aljle a quel^pw ohose de pui^ et do«9ia)iealiieux fui plaSt à Tesprit et qui sabfu^ue. Ea le lisant » on eomprend cette belle aUégorie dos ancieos, qui» joignait ridée de la force h l'idée da Yeai philo** 9ophîiitte » couvraient d'une araavre de far la déesse do U sagesse. La «anièro de d'AlemlievI « quelque ehaae d'amiqaa , et ob. remarquerait oe caractàre hutm plus vivement , s'il avait véou dans des sîèelea reculés , ei «î la temps avait donné à ses éerits cette teiaho de félualé qu'il jette sur les ouvrages qu'il ne détruit pas. B'posa les vrais principes de la morale , et loin do lui faire un rapaoche d'avoir trop restreint le domaine de la science , n'oublioiis pas qu'en métaphysique presque toujours on gagne en clarté ce qu'on perd en étendue» Nul phir loaophoBr'^a été plus calomnié que Diderot, et oej^'^ dant jamais homme n'a défendu la morale phifoso^ phîque avec plu» de force et d'élégance. (Essai su» U ^Tuérite.) G^ia peut s^vir & noua montrer comliiea nous devons nous tenir ea garde contre les calomnies obli-* gée» de certame& gens* Diderot admet dans toute son étendue le salutaire et éternel prinoipe de la loi «o* saio. Eien de plus élevé , do^us pur > da plua moral
BV GSlI&TIAIffSMB. IS7
qtm ses iêéeB rar le dorar» sur réqnité primUm » si|P Téincation. Ce fat peQt^èlre lui» qui, de tous les pht'^ loftophes, iut le plus délicatement analyser les denrira et déroiler aux tJbomiBes l'actieii de e6& aentiiueDa de jastfce qui se manifestent too)ours k l'aspect dn mal. Cette analyse devient éridente quand elle estconfimiéa par tout ee que le lecteur éjurouve , el c'est elle qui donne un charme iaexprimable aux ouvrages de ce genre. Pourquoi donc un honme aussi disting;aéelauast ami de la veHu a-t-il été si étrangement calomnié f C'est qoe dans son immodéré désir de renrerser un sya* tème essentiellement intolérant alors , il s'est laissé en*traîner trop loin , a prêté le flanc à des attaques , e| par ses mordantes diatribes est devenu F^ouvantatl des petits esprits. Sans doute , rien ne peut exqqser quelques écrits de sa jeunesse , mats une foule de gens parlent de Diderot en frémissant; et , s'ils a valent asseï de résolution pour ouvrir ses ouvrages sérieux » ils seraient étonnés d'y trouver les pensées d'un estima-* ble et vertueux philosophe. II me parait hors de doute que ses idées ainsi que celles de d' Alembert , sont bien moitis dangereuses que le Condillacisme. Enfin. H serait facile de voir » si on se donnait la peine d'analyser les idées des philosophes sur la morale, et de consulter l'histoire, que si l'on n'adinet pas qnelamo«rale est primitive et instinctive dans l'ame humaine, non-seulement on prive les devoirs et la liberté de toute base , mais encore on est à chaque pas complètement contredit par les faits. Cette vérité est vieille , Socrate et Platon l'ont proclamée^ Serait-ce à cause de son
l88 ESSAI SUB l'^istoibb cinéBALE
âge que* les philosophes du dernier siècle Tont rejetée? SiDS' doute il faut examiner scrupuleusement le legs énorme que les siècles nous transmettent. Mettons de l'exactitude et même de la minutie dans le triage. Séparons avec soin les principes éternellement purs et salutaires / des préjugés honteux et serviles; famille monstrueuse qui a tant pullulé. Mais ne répudions pas, à cause de leur vieillesse , des principes qui ne sauraient vieillir; et soyons bien persuadés qu'en fait de préceptes de morale , dé liberté , de droit , il n'y a rien de nouveau sous le ciel. Lorsqu'on envisage d'un même coup d'œil les principaux systèmes de philoso- |>hie«t qu'on s'applique à comparer les écrits du même genre composés à des époques très-distantes, on est frappé du grand nombre d'idées identiques qui traînent dans les livres depuis 2000 ans. Dans les temps modernes , comme dans les temps anciens , les auteurs même les plus originaux ont répété ce qu'avaient dit leurs devanciers. Quelle analogie entre les idées sur l'éducation de Locke , de Rousseau , de Basedow; et de Buffon ! Voltaire a reproduit en cent endroits les principes de Locke, et de Sydney sur la tolérance; et tous les philosophes ont répété les argumens dé Berkeley contre l'athéisme. Montesquieu s'est évidemment beaucoup servi de Jean Bodin. Pascal et Rousseau étaient nourris de la lecture de la Boétie , • de Charron , de Montaigne , que le premier a même copié. Les réflexions si éloquentes de l'auteur de l'Lmile sur le mal moral ^ semblent n'être que la traduction du fameux passage de Claudien(/nAej/Ilib. i.) et d'un magnifique
mj CBIISTIANISHS. lè%
chœur de Sénèque. {ffyp> act. in.) En général^ les penseurs vraiment originaux sont beaucoup, plus rares qu'on ne pensé généralement.' II faut parcourir bien des livres avant de rencontrer une pensée absolument nouvelle. Il est fort heureux même qu'il en soit ainsk Les principes de la morale , du droit > delà liberté /de TégalHé sont en très-petit nombre , et ceux mêmes qui les violent ne peuvent jamais être admis à dire qu'as ne lesi connaissent pas.
Je ne ferai point suivre: ces réflexions générales*, des conséquences qui en découlent naturellement. Ce qui peut s'en déduire s'offre de soi-même. Cepeufdant> répétons encore une fois , que puisque la pente biep décidée des esprits .les entraine aujourd'hui à r^xamen de tous leurs intérêts » nous ne. devons aucunement nous, inquiéter des suites de ce mouvement. Tant qu'on n'aura pas détruit jusqu'à la dernière presse à imprimer » on ne pourra ni tromper » ni en>- ^dormir l'esprit t^umain. La lecture est maintenant un besoin plutôt qu'un goût; l'habitude de raisonner en est la conséquence; les principes de la raison sur lesquels cet examen doit s'appuyer , sont parfaitement clairs y et aussi très-généralement- connus. C'est là le trait le plus heureux de notre temps , et celui qui donne le plus à espérer. Mais pour les personnes qui ne s'obstinent pas à voir les choses plus brillantes qu'elles ne le sont en effet ^ n'y a-t-il absdument rien dans l'esprit général de notfc siècle qui puisse motiver quelque inquiétude ? Sans doute , l'esprit humain ne s'est jamais élanc^^lus rapidement qu'aujourd'hui dans la caitrière
a^O ESSAI MW li'imrQiftB «iNâRALB
«à sm màdvikt TentràUie; iMis que pourrait-îl pt#éme de durtUe et de beau , s*ii ■Muquait iiuelfoe cinse d'esaeatiel auic ojpinifiis qui doi¥eBl diriger ëa Mveie; fuelque ofaoie dont Tabsenee tarirait la source an grandes pensées » fiaraiyaeralt tontes les forcea in* iellectuelles^ et viendrait envelopper oemaied'ttn voile lunèliFe tout le fruit de nos effi>rti » de nos trafaux et 4e aolTO patriotisme ?
Le caractère essentiel de notre tooDups » c'est qu*au* jourdliui le gofikt des démonstrations est devenu gênéraL Mais aidlieareuseaient , à ibrce de trouver le saa- Mriel posittf dans les «ciences » on l'a cherché là » où far aa nature même il ne saurait exister. OnToudreât avoir dans des genres absolument opposés , deé preu- «xpérimentaies» Oa se fâche de fie pouvoir tout «t tout mesurer. Et comnoe ki eonnaissanoo de Pâme humaine ^ tout ce qu'il nous est peroâdb de découvrir de son essenoe , de ses lois» de ses procédés, de son action enfin , échappe complètemeot à ces moyens matériels , il en résulte qu'on relègue ces recherches parmi les connaissances inférieures , et qu'oa •dédaipM l'étude de faits admirables » sur lesquds reposent à k fois nos droits et nos destinées. Quel inconcevable aveuglement ! nous touchons à la fin de la carrière; sous avons avancé à travers mille obstacles; ■K>iis avons hérité de l'exemple d'une foule de grands bmnmes^ et c'est alors que nous abandonnons les plus beHea idées que leurs travaux noua aient transoûses. An milieu de la lumière nouvelle qw l'entoure » pourquoi init^il que l'homme semble rechercher la umîi
fmNNpMÎ tefiM^t-ii ém «eeMnnllM ia difMtoe inbâb ifoi wiftate h pMnée et da siaHâèrn? 6t fOA (gMe » ^ itAé à M «Mfooéra a^vtee «He > «it-41 &itigui4e Taflqite ^ïl cMstcewv k «imde,«l âe«Mi rang daata I^brili
Afift ^ le rtadre compte 4» <fèi\e «ilintien siA|ft^ lilM, fi ftut MMuanfafft tpie la gâoératien Mlo«)te» -liidiiaat ^uioM apcès soi qnd^ue^ «débrô deè U(»ia ««fii'elli mttt<derein|pM > et omigBaat'saiis oes^ éè 9ék lebauÊim les «ntmf^ «qfiiî «aft «î Ioag4ëm^$ arrêté Tè»fidt èonMiB , fMt ëfvitor %i ^témuiAte lentes iaa ^[^Mt- 4mmh £a «ndtai^ii^ue , tm iiioT«tie » «n Mtig(on , eti f aiilîfii8 , ]NHrioiit elle vetft ^pif^rufosèir. Maihetii' «ttL #piiiiem iqa'uQ «évère ^ekamen ne cèsfirme pai ; tkie^ «ont abandoanëes sans retear. Ce faît^et Irès-eîmple ^ ft'^xpU^ae'&cileaaent. H est le rtsuttat néoessaife ée 4a «avche frogressive de i'esprit buttain* AufeofiflHrî les hommes sont remplis d'enthociêiasnie poar mie &iiie de lirancîpes qui aont ioln d'être MuveaDx , mais nui avaîeat été toufvHirs soustraits à leur e'xamea > <ft ils «accent 4e la philosophie qu'elle établisse et «e»iinoe a¥eG ia dernière rigueur les sentimeas do&t leor ane est pénétrée. Le noiflsdre nuage les «ffraie. fts ^aalaat à «tout prix readre la théorie de l'esprit kunattt élémentaire et ikcà^ GoaMne les éluèss 4e usétafdiysiqae oot obtenu de grtHids honneurs ^ des pririlègas «JHdttsifs dans des siècles qu'on tremble -de Tek* tepartdtre, en confond «ans cesse la philosophie T9t^ tîannrile éont tant de grands hommes ont fait leur étttda él ont pois pnar régie «k leuv coâéuile, a^ec h.
1^ ESSAI $VK L-fllSTOIHE cisHiBALB ^
iwîtM et Stérile science «des écoles. Que d^esprits de notre temps ne peuvent entendre parler de métaphy sîquç, parce qu'ils lui reprochent une obscarité qui ivitt.du faux jour- sous lequel on l'enyisage ! Un gn^nd nombre, errant de système en système, invoquent le repoS: à tout prix ; d'autres ne veulent * croire à rien , parcequ'ils ne peuvent comprendre tout ; *ils sacrifient ce qu'ils savent 4 parce, que leur science n'est pas umvei^selle; ils se. conduisent comme ce philosophe qui se jeta dans la mer, de chagrin de ne pouvoir en expliquer tous les mouvemens. Tant qu'une théologie-armée pouvait imposer ses systèmes et assigner toute philosophie, devant elle , .on conçoit les sceptiques ainsi que ceux, qui se trouvaient fort aise de ne croire à rien* Mais aujourd'hui, la pensée étant libre, la retraite n'est plus pardonnable, et, comme les citoyens d'une ^UQicienne république grecque , les hommes pensans sont tQnus à prendre un parti.
} Cet esprit sévère de démonstration qui règne généralement , n'a pas été improvisé d'hier. II est facile d'en assigner la source, et surtout de l'apercevoir se dessinant dans presque toâs les ouvrages qui ont' paru depuis cent ans. A part quelques grandes exceptions ( car le génie en est toujours une } , on chercherait en ; vain un goût analogue dans les temps antérieurs au dix-hqitième siècle. Avant cette époque , dans les disoissions auxquelles on s'était livré , les questions positives s'évanouissaient dans l'appareil des débats , où elles étaiiBnt étouffées sous le. poids des controverses. Cependant les sujets religieux , dont on s'était si fofrt
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DU CHRISTIANISME. 'igo
occupé en France au seizième siècle , n'auraient pas tardé à engager le combat sur les principes même où elles aboutissent , si les rois , affermissant leur autorité de la diminution de pouvoir de l'aristocratie » n'eussent réussi à comprimer une foule de philosophes réformateurs y qui avaient assez de génie pour trouver la vérité , et assez de courage pour la défendre. £n France »' le règne de Louis XIV vint consolider cet ouvrage pour quelque temps. Les grands hommes qui font la gloire de cette époque s'attachèrent surtqut à fixer l'harmonie et la pureté du style. En général, dans leurs ouvrages , le fond des pensées fut sacrifié à la forme. Le français de Montaigne , dépouillé de ses tournures naïves et de ses expressions populaires , devenu pour ainsi dire le dialecte poli de la cour plutôt que' la langue de la nation , sembla perdre , avec la force et l'énergie de ses formes , le droit de dire les vérités sans ménagement et sans flatterie. Mais tout ceci ne pouvait durer toujours. Au commencement du dixhuitième siècle > Louis XIV recueillit de son pouvoir absolu les fruits les plus amers. Les hommes sont tellendent faits » que ce qu'ils pardonnent le plus difficilement à leurs maîtres , c'est des impertinences , et celui qui avait dit sérieusement, l'Etal^ cesl moi^ mourut seul , et ses restes furent insultés. Comment n'aurait-il pas été le précurseur de grands changemens , le spectacle de la fin d'un prince , qui, après avoir changé en muets courtisans tous les chefs de la féodalité» après avoir forcé le clergé et la noblesse à venir se reconnaître sur le théâtre de Versailles , finit sa carrière par
ig4 £^^^1 *'^ l'histoiba oiNiBàLB
iaimoler ia France aux traitans , aux femmes efc aax prêtres, et effaça lui-même de ses mains débiles ie ▼émis de grandeur , qui tant bien que mal a^ait servi à déguiser une tyrannie pure et simple. Peadast m lenps^Ui, la liberté d'examen bannie de toutes lei grasdes questions , était allée jeter son £su dans ios ^ereHes du janséniame. Le moment approchait oè «lie pourrait «'exercer sur des sujets plus dignes de r<occiifer. Les scandales , et plus encore i'îndifiérenos du régent y favorisaient le goût des choses ^àriei2Sfs diex on peuple accoutumé à la lecture , et qui oom^ foençait déjà à être bien plus avancé que ses institua tions. La machine du gouvernement ne marchait plus qu'en vertu de la vitesse acquise; et tandis que des «sprits superficiels avaient la simplicité de croii^e inébranlables des systèmes de politique rouilles» les phtio^ -aoi^s commencèrent à prévoir des événemens qui se •tramaient de temps immémorial , et quittaient ia suite nécessaire du développement des sociétés modernes.
Ce fut alors que les philosophes , cédant au go&t de leur temps , s(3 laisseront entraîner à l'espoir de r^andve une lumière sans ombre sur une foule de sujets, que pendant très-long-temps il avait été défendu d'aborder. D'un autre côté , les hommes étaient devenus plus exigeans. On était dégoûté du latin des écoles (i) , et les métaphysiciens ne purent espérer d'ébie
(i) Jene puis mVm pécher de remarquer ici combien il est }mu-
\ reux pour les progrès des lumières, que le bon goût ait aboli
cette pe'dante habitude- de tout écrire en latin. Sans parler des
avantages imroen&es qui eo sont résultés pour la propagation des
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9V CHRI6TIANISMB. I95
lu3 qu*aatant qu'ils écriraient bien. Pascal, et surloç^ ISayle , avaient accoutumé les Français aux chariofi^ du langage , même en métaphysique , et le style fut u^ des élémens de leur célébrité. Descartes n*aTait pa^ pris cette précaution ^ et ce ne fut pas une des rnoin*dres causes de la décadence de sa philosophie* De^ .difficultés réelles hérissaient Fabord deg doctriaef df Xeibnitz et de son école , et pour plus d'une paise&> 0x1 ne se sentait pas le courage de les examiner 4^ trop près. Ainsi , les philosophes qui ont signalé cette ép&^ que si instructive de not^e histoire, n'avaient de prér cédons qu'ils voulussent accepter» que les idées de Locke , dont la grande simplicité avait quelque ehpse de bien plus séduisant que la sécheresse toute scolMr tique de Gasse;ndi et le mysticisme de Mallebranehe. Partant de ce point, les écrivains du dix-s^tième siècle n'eurent plus qu'un seul désir; celui d'introduire l'exactitude et une rigoureuse analyse dans toutes les branches de la philosophie. Us ii^ent illusiop à leurs nombreux lecteurs après avoir été séduits eux-rméraes» Ils eurent l'espoir de fonder toute la philosophie rà-
£ciences , pour la connaissance de la philosophie , pour le perfectionnement de la littérature nationale , je dirai seulement que ce m an rais latin était nn reste dePancienne conquête de l'Occident ■par les Romains j que , sous ce rapport , rien n'est changé depuis Tacite, et qu'en adoptant T usasse de leurs langues propres, les peuples ont détruit la marque la plus ancienne et la plus in'V^é- Lerée de leur servitude. D'aillcurs; qu'on donne à \\n peu^ilfi la libre discussion de ses droits, qu'on dresse une tribune au milieu de lui, il faut alors qu'il parle sa langue et qu'il deviban^ éloquent , sous peine d'être esclave»
igC ESSAI svft i/histoirb (IÊN^SBALE
iionnelle sur rexpérîence ; ils attribuèrent tQutes nos connaissances au monde extérieur; et, malheureusement , ils négligèrent de poser, sous formes d*ax!omes ', les qualités fondamentales et les facultés premières de Tesprit humain. Ils pensèrent que cela présenterait des difficultés , et ils trouvèrent nioins pénible de les nier que de tes vaincre. Dans leur crainte de se briser contre Técueil , ils feignirent qu'il ne s'en trouvait aucun sur h route. Ils éludèrent le problème et crurent ravoir résolu. Ils se laissèrent éblouir par la beauté des; conséquences pratiques qui découlaient de leurs systèmes; et remarquons en passant que c'est un caractère bien remarquable et bien instructif de Tame humaine, ce pouvoir qui l'oblige, en quelque sorte', à déduire de principes tout opposés , des conclusions unifoi^nes quant à ce qui regarde les droits et lés de- Toirs, la justice et la verti|. Du reste, il est bien singulier que ces philosophes n'aient pas vu , que pour avoir négligé, dès l'origine, d'asseoir leur philosophie sur des bases solides , ils seraient toujours exposés à s'avancer sur un terrain glissant et miné de toutes parts. En donnant une extension démesurée aux idées que Locke a développées dans un inconcevable chapitre de soa immortel ouvrage (i), ils ne prévoyaient pas
(i) Essai philos, concernant t entendement humain: liv. I. c. 2. D paratt d'aillears que , même du rivant de Pillustrc auteur, ces principes ayaient excite' quelque inquiétude. ?«îcwtoD lui en e'cri- Til une lettre assez vive, en 169Î, dont il lui fait des excuses ensuite .• ix Ce serait pour moi une grande fav^eur de voire part y dit Locke dans sa réponse , si vous vouliez m'indS^er les endroits
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DU CURISTlAlflSMC. |g^
qu'ils seraient entraînés à des conséquences vraiment dangereuses, et, contre lesquelles la connaissance des axiomes moraux de Técole écossaise serait un antidote impuissant.
. Il est bien remarquable que cette nation , qui s'était contentée pendant trois siècles de l'obscure philosophie , dite d'Aristote , accommodée aux besoins de la théologie du jour, ait voulu pénétrer tous les mystères de la science, et même ait pris de l'humeur parce qu'elle ne pouvait épuiser la coupe d'un seul trait. .On peut suivre la marche de l'esprit public dans les sys* tèmes de Gondillac, d'Helvétius, de d'Alembert et de ses successeurs jusqu'à Cabanis; on peut voir leur philosophie, avançant toujours par la méthode des scien* ces' physiques et s'appliquant sans cesse à tout déduire de l'expérience , chercher en vain des points de rallie* ment dans l'incertitude des connaissances humaines % et renfermer en soi tous les germes du scepticisme et
qui ont donné lieu k cette censure , afin que m* expliquant pluê clairement , ) cuite éPétre mal compris par les autres , ou invù' lontairement d'apporter le moindre préjudice a la vérité ou a la vertu, » Plii4 tard , on fit dire a Locke ce quHl n'avait jamais dit} et par an singulier hasard dans les phases de la philosophie , cet homme qu'on peut se repre'senter comme Tidëe rëalisëe de la justice et de la morale , se trouva constitué le chef d'une ëcole , qui n'établissant la morale que sur l'expérience et les connaissances acquises, livrait cette immuable faculté à toutes les vicissitudes du caractère et a tous les hasards de l'éducation. On fabriqua un système funeste avec les beaui matériaux qu'il avait fournis. Il me semble yoir ces hommes grossiers qui construisent des maisons informes avec les marbres défigurés du Parthenon.
igS ESSAI SUR l'histoire gènèbalb
même d*une foule de théories dangereuses qui se développent aujourd'hui. Et pour ne citer qu'un seul cfxèttiple , comment le vertueux , le sage Helvétîus ne vit-il pas qu'en asservissant tout au joug de ViUilè , il posait des principes qui, entre des mains intéressées, pourraient dégénérer en un système de politique effroyable. Les encyclopédistes répandirent l'esprk géftéral de la philosophie de leur temps sur le monument qu'ils eurent la gloire d'élever. Ce magnifique édifice étefit admirable dans ses détails , mais les bases de la vraie philosophie n'y avaient pas été posées , et on s'y égarait sans cesse. Enfin, il faut en convenir, l'esprit dti temps , à force de tout éclaircir, avait ébranlé les bases de toute connaissance , lesquelles résident dans les lois primitives et essentielles de la petisée. L'influence d'un seul homme vint suspendre le cours du torrent. S6n inépuisable sensibilité , sa brûlante éloquente, la nouveauté de ses paradoxes, se% £iule^ mêmes, qui le rapprochaient de ses lecteurs comme pouf rendre il l'humanité ce génie planant au-dessus d'elle, tout contribua à lui donner prise sur son siècle , et tandis que d'autres s'appliquaient à rechercher péniblement l'origine des facultés et la source des devoirs , il s'appliquait à donner des leçons pratiques , & répandre l'horreur de l'inégalité et de l'oppression , et à rallumer, dans des cœurs flétris ou découragés , le saint enthousiasme de la vertu. Le service éminent qu'il rendit à la philosophie fut neutralisé presque complètement par l'influence d'un illustre rival , qui , par des canaux diiTérens, répandit, avec plus d'esprit,
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IMJ GHBiâTiAmsME. igg
des eoneftMMBces plus superficielles , et par cela même plus accessibles et plus avidement goûtées. — Voilà quelques-uns des torts des pliîiosophes français du dixhuitième siècle; ils tiennent tous à l'esprit du temps. Mais qui oserait dire les biens qu'ils ont produits ? L'imagination la plus féconde peut-elle se représenter la somme de bonheur, de lumières, de liberté, de morale» que leurs théories ont réalisée dans le monde , et les immenses avantages qu'elles réservent à l'avenir? Jamais ils n'ont liaîssé passer une^ occasion de défendre la tAlératice, l'égalité, et la raison. Ne prononçons leurs Beaii qu'avec respect. Il n'est pas étonnant qu'on réimprima aujourd'hui leurs ouvrages : leurs principes tant da tans les temps. Ces philosophes forent ce qu'ils devafent être. Ils remplirent admirablement le rèle qui leur avaîl été assigné. Leur manière toute brillante àé graée» et d'esprit atteignit des abus invétérés , et ren« versa des vieilleries, dont une guerre plus sérieuse aftt peut-être retardé la chute. Les lumières qu'ils répaa^*dirent persistent encore aujourd'hui que le sol esl joB«* iAé des débris des institutions qui s'écroulèrent pat leur influence. Après eux , nous n'avons plus à démo* lir^ nous avons seulement à déblayer; et tout ce qui reste à faire , c'est de travailler sans relâche à substi* tuer à leur philosophie incomplète des principes pkis certains » parce qu'ils dériveront de la nature intime de la pensée , et plus utiles , parce qu'ils fourniront aux devoirs Une base h jamais inébranlable.
soa ESSAI BVK l'histoibs cinÉBALE
BCOREl^HBBSBBSBaBaaK