‹ Essai sur l'histoire générale du ChristianismeChapitre 18 sur 20 · DU GBAISTIA1II51IE · texte numérisé non relu

DU GBAISTIA1II51IE

n,é6S.de Taoïsme et de la corruption des mœurs , qui relâchent tous les liens sociaux, et qui ont été introdnites en France surtout par l'immorale aristocratie de l'ancien régime. Pourquoi ces systèmes , appuis naturels de la, tyrannie, reparaissent-ils , quand de toutes parts on réclame , on veut l'indépendance ? II faut le dire hautement , une telle philosophie compromet tous nos droits. Admettez une fois que la conscience et l'idée du hien se forment par V éducation y et à l'instant la morale. comme la liberté deviennent des choses, acci^ dentelles et vagues , le gouvernement se réduit à une afiaiie .d'utilité ou d'intérêt» les principes dépendent du;caprice du plus fort » et dans ce désordre général » les peuples subissant en masse les conséquences d'une philosophie également dangereuse pour l'homme et la société». sans règle. pour leurs devoirs, sans garantie pour leurs droits » retombent dans la condition des troupeaux. Avec tout cela » sans doute » vous formerez de. beaux courtisans; des seigneurs prêts à tourner à tous les vents de cour, et qui n'auront d'immuable que leur éternel dévouement pour ceux.qui restent maîtres; mais , je le demande , comment avec de telles idées formerez-vous des patriotes aussi ardens à réclamer la liberté que disposés à tous les sacrifices pour la soutenir, des patriotes qui verront l'immortelle rester pure au milieu des désordres qui remplissent son histoire > et qui tiendront ferme quand tout semble s'avilir au-« tour d'eux? •

Il ne faut pas le cacher aujourd'hui; la méthode de démonstration universelle , admirable > et féconde tan^

iO% ESSAI SUB t'uiSTOIHB GiHÉl&ALB

^on râp]^nque Atkt ëciences physiques , n'a phrs fie Sditi d'être mise en asage d'uûe manière êi rigouréaso et A didactique dans lies théories de gouvernement, ée religion , et de tout ce qui a rapport aux senti mens internes de l'ame humaine. Notre esprit a des fois prfttiitites, antérieures à toute' eHj^rience et à fonts éducâtiob , des lois éti délites et irrésistibles dans hnt ftôtion , qui se refroidissent au contraire quand on 0S*iàié de rechercîber sèchement pourquoi elles nous font agir et comment elles nous déterminent. De ces recherches, il naît souvent des doutes qui influent sur filtre conduhe, à ittoins que noire sens moral soit tellement vif, qu'il ne redoute rien du vague de sa ^éorte. Mais foft peu d'hommes ont le caractère sublime de ce guer^ rier romain , qui , avant de se percer de son épée , s'é^ tti&: tP'ertu, lu n'es qu'un nom^n et qui cependant eût le courage de mourir pour elle. Les (Sonséqueiices purement intellectuelles du goût démonstraitf Jiour- Paient bien n'être pas défavorables aux progrès de la philoseqyhie rationnelle ; tnais est-il certain que les C0tl« aéquences qui eu résulteront pour la philosophie morale ne seront pas funestes ? Si cette méthode rigoureuse tend ^ favoriser l'avancement de l'esprit humain , on éprouve le besoin de se rassurer contre d'antres îniluences «Est -il vrai qu'on peut déjà remarquer que les esprits sont ornés, et que les cœurs restent froids? Quendus importe d'entendre tous les jours raisoBtner les devoirs et faire la théorie des droits? Que nous importe que la morale prenne l'air d'une science exacte, i} téîîè sppatente exactitude n'a rien qui obligé ^ là

mm^m^at

DU CHRISTIANISME. «û9

pratiquer ? A force d'aûalyser les procédés intellectiiers , à forcé de chercher dans le^ idées acquises pdt I^éxpé^ rience la source de tout , qui sait si Ton ne privera pâë la Conscience de la force dont elle a besoin pour goljh ▼éf ner les passions ? Sans doute , on peut étudier iéÉ làh , mais à quelque conséquence qu'on arrive , il fhût jui^ef de leur obéif*. Affaiblir celte impulsion qui vieni du fond de la pensée et que le cœur ne méconnut ja-* mais , c'est rarir aux hommes la source de ces vei^tug qui fiaissetit par inspiration et dont le premier mouve-^ ment est toujours grand et généreux.

Le goût dé la démonstration deviendra funeste dèé Tinètant qu'on Tétendra outre mesure. Nous né devôfis point souffrir qu'il nous entraîne dans une matéhe qui consiste à suivre une méthode géométrique , poui^ acquérir la certitude d'une foule de vérités qui n*oùt pas besoin de preuves , attendu qu'elles se lùoiiti'ènt paf'tout daûs l'exercice de notre pjensée. La natUi^ ià-* teffectuelle à aussi ses lois; pourquoi Craindre de lés accepter comihé telles ? Il est permis de dire que c'est un principe très-faux et même dangereux , de Croire qu'on peut appt^endré la morale , le goût , le génie (i). Toutes ces choses ont des règles qui peuvent s'âcqué-

(i) On peut (lire hardiment, en régie générale, que des au- Tràged didactiques sur le goàt, la. morale , le ge'nie , ne servent qo^à ceux qui possèdent déjà ce qu^ils veulent apprendre j suivant la belle image de d'Alembert , Tune des plus originales et des plus exactes qu'on ait jamais trouvées , c'est comme un télescope , a qui n'aide que ceux qui voient. » ( Discours préliminaire de l*Eiicy-

Ct0)»ftDIB. ) '

to4 ESSAI SUB l'uISTOIRB G&lTÉftALE

rir, mais» jamais et dans aucun temps, on ne peut ensMgner leurs principes mêmes. Ceux qui foulent aux pieds la justice sont bien coupables « car ils en portent les lois gravées au fond du cœur; mais ceux qui ne les connaissent pas, sont bien à plaindre sans doute, car ils ne les apprendront jamais. Aujourd'hui on ne parait pas assez réfléchir aux suites qui devront résulter de la négligence d'assurer avant tout les bases de la philosophie. Avec les goûts qui régnent maintenant , au milieu de l'ardeur de connaître et d'exaniiner qui s'est emparée des esprits , celui qui ne peut se dé* montrer d'après sa seule raison , qu'il a le droit d'être libre , et qu'en tout temps, en tous lieux, il peut dire hautement qu'il a ce droit ; celui qui ne peut se dé-* montrer qu'il existe un être infini, qui relèvera un jour la tête courbée par l'oppression et tient sa justice en réserve pour les tyrans de ce monde; celui qui ne parviendra pas à se rendre certain de l'immortalité de l'ame , des attributs de ce grand être qui lui a permis de penser, et de sa nature éternellement juste et vraie, dont il a déposé une étincelle en notre cœur, celui-là commencera par être le plus malheureux et sera exposé h devenir le plus méchant de tous les hommes. Que si un jour toutes ces convictions lui étaient enlevées, où trouverait-il dans le monde de l'espérance et un abri ? Quel abîme assez profond pour ensevelir- sa misère ! Aurait-il le courage de se consoler jamais du spectacle du mal triomphant , et quel Dieu protecteur pourrait l'empêcher de se livrer h un désespoir affreux, quand il voit l'opprimé périr

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sans refour y et la mort imprimer ses livides Couleurs sur les traits de l'homme juste et dû patriote ? En vain quelques philosophes, dont l'imprudence est vraiment coupable» nous parlent de vérité et de philosophie » en même temps qu'ils ébranlent tout ce que notre nature a de plus cher et de plus sacré. Non , ce n'est pas là pure et douce vérité qu'ils nous présentent , mais des lueurs funèbres auxquelles nous ne devons pas mar^ cher. A quoi servent les tentatives qu'on a faites à cet

égard ? Pense-t-on réussir à rendre les hommes volontairement malheureux ? Qui peut espérer d'éteindre dans nos cœurs dès sentimens dont tout nous 'montre l'empire y dont tout nous fait sentir le besoin^ dont tout nous révèle l'existence y la force , la dignité ? L'ami de la vérité , modeste y mais inébranlable y ne redoute nullement les argumens ni la controverse; il sent trèsbien qu'après toutes les disputes du mondé , il sera encore lui-même , et qu'il sortira de la lice absolument le m^me qu'il y était entré. Le sens intime qu'il possède triomphera sans peine des subtilités des rhéteurs; il'n'est disposé à leur abandonner ni son admiration pour ce qui est beau , ni son respect pour ce qui est juste y ni sa sensibilité pour le malheur , ni son enthousiasme pour la liberté, ni l'attente d'un immortel ave** nir digne de la grandeur de son ame et des justes espérances de la vertu. — Propageons y affermissons ces doctrines tutélaires , et détournons les yeux de tout ce qui pourrait tendre à les ébranler. Reconnaissons que ces admirables principes de justice et de morale ont leur source au dedans de nous et non au .dehors » et

^06 ESSAI SUA l'hI^TOWS «J^NÉRALE

^u*il fe«t les a4mettre avec d'autoiit piiis de joie et d^ S}>oitJ9t qu'ils lion^, pour ainsi dire, partie de noiismifW^» Qu'on ftous laisse jouir en paix de cas mdviç- ^ipps » si belles , si nécessaire. Demandons k la vraie philosophie sQs lumières , et soyons persuadés qu'elle j joindra des conscjations et des errances. Qu'oa Muj^ acicahle d'argumens et de paradoxes , il est pos- 4hle que le^ subtilités nous easjb^rrasaent , ^e It phrase aous manc^ue , et nous aurons l'air c^vaincu^; 4n^|s il n'w «era rien : si notre raison ne répond pas k c^ ^1^ Qous attendions d'elle , notre coe^r p'ab^fidou* 4iera pas des principes dont il se sent pépétré; e^Bl'^^r mais nous spmipes réduits h. ne pouvoir las défendra , BU moios nous saurons tout braver plq^tot que 4e \»$ trahir.

Il est permis d'espérer aujourd'hui que 4ets idées calment digues de la hauteur de l'inteUigeiice d^ l'homme, remplaceront tous les systèmes qui pourraient tendre h la rabaisser. A mesure qii'pp aïKfiaqeri davantage, on verra plus clairement quelles sont leuri eonséquences; on reconnaîtra que c'est d'elles que .notre avenir dépend. J)è$ que l'homme a été convaincu 4e la grandeur de son ame , ses diroits se sont «jOTermi^ par œtiie eonvietion mémo , et le sentiment de la di* gmU& de sa nature fut toujours pour lui un puissant motif de la faire re^ecter. Yoilà pourquoi hs opisttom fiiatéûeUes ne fm^ent p^int le^ opinions des peuples iihres. Laissons aux professeurs de l'arbitraire et in droit divin , aux métaphysiciens 4e ia féodalité « des ^y^ttauis qiy leur sqnt cb^rs » paxce qu'ils savent qu'ils

rrm

é^ ont b^MMii. €a$ éoriwmm courUsâss qiufanlpaHii^ du «Eiatéirîel de la tyrannie , aaieurs eatreteoix» piur 4pu9 les pouvoirs; ce9 prêtres ^ répaadeol diH doctrines exdnsives de la tolérance; siiHoiit cette 410^ ^«Uire clasae de vieiUar da dont hous »Miwea xMM^

aufouvd'lnui » < f n/ #1^ «at^^»/ /?«5 élre vieuof , » et qMi#

loÎA de oenseiUer et d'encoiirager le jeune 4g6 » lui r»-

proch?at non ardeur et esent lui fiiire un crinie d^ «on

imithNisiaawe pour la lijberté ; iovs ces tKmwes Fon^

«Usaient h inatériaUsme * «nais nn matérialisme élégant,

ispûrituel , et ayant tout cojoEiplaisant et serWle. Ël^?és ^

cMeécoh p les ennemis de nos droits savent en qu'alla

:pieiit produire. C'est déjà les vaincFe à demi , de imtt

^p$m oes moyens de comprimer Fintelligence , d0 le^

priver de ces systèmes , leurs ami« , leurs alliés n^Hir

F«ls« Que les partisans de robscurantisme ad^ptenl,»

#'ils veulent , ees trktes lihéories ! qu'ils tariseenit la

««nrce des giMiDd^s aolioos que la pensée de son im*-

morbiUiié peut inspirer à l'homme ! C'est à eux k aou-

kàiter de finir pour toujours après avoir accompli leur

inniile *camève ! Si leur ame survivait , comment ju^

garderaitHelle pas la trace de Tindigne rôle qu'elle |i

rempU ? Quels souvenirs pourrait-elle emporter daan

un autre état d'esistenee ? Lui reste^t-^l un sentimeilt

qû'ik n'aient fas fléiri ? Permis à de tek hommea d^

sacrifier toute la grandeur de leur nature : nous , nnqs

técherooé de conserver la nôtre. -^ Par de telles jMré-

fiirenoes , nous serons avertis combien l'on espèna d^

l'empire de ces doctrines funestes. VoUà déjà de Spwim

présompticHM contre elles.

£1 pour adirer de nnut décider^ nutoi Jt^ hmjàtm

ft08 ESSAI SVR l'histoire fiÉNÉRALB

qa*une saine, philosophie nous présente'» nous consul* lerpns Tfaistoire maintenant que le goût du jour-est entièrement historique, et nous lui demanderons de nous apprendre quelle fut, sur ces grands sujets , Topinion des hommes les plus patriotes et des plus libres nations? Nous jugerons delà valeur des théories rationnelles y surtout d'aprèsi'influence qu'elles ont exercée sur les peuples. C'est alors que nous verrons l'expé^rience confirmer la théorie; c*est alors que nous verrons des faits démontrer cette idée consolante , que toutes les grandes pensées sont étroitement liées dans l'ame humaine , et qu'il n'y a rien de plus religieux et de plus immatériel que le patriotisme. C'est à l'histoire d'un peuple qu'on peut toujours reconnaître si les citoyens qui le composent croient avoir une ame qui ne périra pas. Lorsque le plus sage des anciens philosophes» lorsque Platon rassemblait ses disciples dans les jardins de l'Académie pour les entretenir d'immortalité» quels monumens offrait-il >à leurs regards ? les autels des dieux protecteurs de la Grèce et les tombeaux des guerriers qui étaient morts à Marathon en défendant la patrie. Quelle autre leçon générale nous donne l'histoire » si ce n'est qu'elle nous apprend que l'impiété et le despotisme ont régné en même temps et sont la conséquence l'un de l'autre. Et » pour n'en citer qu'un seul et mémorable exemple» dès l'instant que l'ancienne Rome vit périr sa liberté » aussitôt elle abandonna son culte » tout grossier qu'il était » pour adopter un matérialisme bien plus grossier encore. Comment auraient-ils conservé quelques traces d'une religion républicaine » ces hommes qui venaient de per-

Are tout ce qui fait la vraie gloire dlune nation ? Safis douté les dieux de la yille éternelle avaient conservé leurs autels au Capitole; mais leur culte devint l'objet d'un juste mépris , dès qu'ils eurent repoussé les vœux des derniers Romains. Le. peuple se vengea , en méprisant un culte qui n'était plus rien pour lui , et il trouva plus facile d'accuser ses dieux mêmes de la corruption de ses mœurs et de son empressement pour la servitude. Mais , dans ce triste tableau , il est un fait auquel il faut s'arrêter , parce qu'il console dans ce naufrage 4ê tous les devoirs. Les grands hommes qui se sacrifièrent pour la chose publique» ne prirent cette résolution qu'après avoir bien examiné la. nature de leur pensée. S'engageant presque seuls dans une lutte aussi périlleuse, avant d'y entrer, ils demandèrent à la philosophie de les rassurer sur l'immortalité de leur ame. Jamais la philosophie ne remplit un plus noble ministère, le patriotisme lui demanda conseil (i). Ce furent lés écrits de Platon, de celui qui avait recueilli les paroles de Socrate mourant, qui fortifièrent le sage d'U tique dans le dessein de se délivrer de la vie , avant dé résigner le titre de citoyen. Brutus les méditait aussi , ces leçons de la sagesse , lorsqu'on présence d'Octave, il se disposait à le combattre; lorsque , dans la nuit qui précéda la journée de Philippes , il se sea- . tait agité de ces pressentimens secrets qui naissent de l'incertitude du sort; s'il est vrai qu'il crut voir dans son

(1) Plutarqoe. V. Bfmt. JIÏ.CicÊROîf, Quest, ^cadem. liv. I, adr. f'. c. 3. 12. .

iommeii un être mystérieux , lui annonçant qae sescf forts étaient vtins et que la liberté allait finir, Platon lut apprit alors que sa grande ame qui avait conçu le noble dessein de la sauver, n'avaii rien de ooinamn avec la terre , et que , délivrée de toute tyrannie , elfe trouverait Iomjouts une patrie dans le oi^.

Il serait facife de piuttipKer ces exemples^ que PUntoire t eouvent reproduits* Mais je voudrais peufoir indiquer ee qui me parait la meilfeure marche à stmve pour arrêter le cours de ces opinions matérielles que la philosoplne condamne » et que ie$ plus iliuslros pairioles n'ont pas professées. Cependant , il est pins qoe temps de me résumer et de clore ces réflexions épirses. Je dirai donc seulemeat que pour combattre avnc succès des idées qui n'ont été adoptées aujourd'liuique par dégoût ou par légèreté, il faut absolument œ servir des raisonnemens de cette philosophie q«e notre siècle ^st disposé à entendre. On ne saurait le répéter tn^ souv^it; ce n'est pas avec une théologie sévère qu'on pourra vaincre le matérialisme en France. H faut qu'on nous présente des doctrines claires et év idenles, une religion facile et compréhensible. Il faiit qu'on nous fMse sentir la dignité de la raison humaine. Il fiiut qu'on nous démontre que les systèmes matérialistes n^ont pas d'appui dans la nature de notre eme, et n'ont pas d'exemples dans l'histoire des peuples libres. Il faut qu'on nous redise cette grande vérité » que les opinions du matérialisme sont la dernière et la plus triste conséquence de l'empire de ces religions intolérantes et absurdes , qui révoltent également le cœur et

OV CHRISTIANISHB. tll

la nison. Que. par une analyse évidente et aimple , on noas expose les propriétés de Tame humaine; qu'on s'efforce de tracer nettement la ligue qui sépare nos Gonnaissanees acquises et expérimentales d'avec lés ca* tactères et les lois de l'être pensant ^ caractères et lois qu'il apporte avec lui, et qui sont les facultés du vrai , éxk jusie et du beau, principes dont la nature intinie oe peut être assignée , mais dont l'existence est ineeni-' testable , principes qui ne s'apprennent » ni ne ee perfectionnent , et qui sont les propriétés de l'être pensant I comnip la pesanteur est la propriété de la matière (i). Qu'on dispose dans un seul tableau en regard les propriétés l^Ien reconnues » bien expérimen^ lées de la matière , et les propriétés claires et évidentes de la pensée , et qu'on demande k tout hotnme impar^ iial s'il n'y a point incompatibilité entre t imagination «t t étendue , entre le sens moral et la pesanteur. Qu'on déduise. aussitôt de cet examen que ces deux classer

(]) Peut-être n'est-ce pas trop s'avaixcer de soutenir ({uHl e^t |)cssib1e de faire un livre de métaphysique de la plus grande clarté. Il me semble que les lois de la pensée humaine , qui fixent les droits , les detoirs , les hautes espérances de l'homme . doirent être aussi faciles à exposer qu'à entendra. Jamais je ne croÎMii , pour ma part , que nous soyons condamnés à demeurer toujours dans une nuit profonde , sur des sujets qui nous intéressent de si près et sous tant de rapports. Un tableau élémentaire et complet 'de la philosophie rationnelle serait une chose bien importante en •France , et peut-être bien plus facile à rédiger qu'on ne le pense géneraleiinent. Les philosophes distingués que nous possédons aujourd'hui, qui négligent ce travail, ne doivent-ils pas craindre qu*une plume fort peu exercice ne vienne indiscrètement l'entreiprondre ?

tlS ESSAI SUB L^HISTOIEE GËNÉBALE

d*étres sont absolument dissemblables , et qu'ils, sont retenus en présence l'un de l'autre par un lien mystérieux » qu'on nomme la sensibilité , la vie. Tout cela est d'une évidence intuitFve à laquelle personne ne peut résister. En suivant cette voie, on arrivera à faire voir que toutes les grandes vérités sont claires et parfaitement accessibles. Honneur à qui vengera la philosophie rationnelle du reproche d'obscur , qu'elle a trop long-temps mérité I Le domaine du positif est assez vaste pour que l'ame humaine puisse y exercer sa sublime énergie. Restons convaincus que de toutes les vérités qu'il nous est important de savoir, il n'en est aucune qui soit triste ou difficile à connaître.

Mais ce ne sera pas assez encore de nous montrer les lois de la pensée» il faudra encore qu'on nous fasse voir toute sa force , toute son énergie et tout son courage. Et s'il faut des exemples , qu'on nous montre les plus grands hommes s'élevant au-dessus des événemens , et prouvant par leur conduite que l'ame est indépendante, par sa nature , des revers et de la fortune.

Il est un phénomène constant dans les annales du monde , c'est que les beaux caractères n'y sont pas récompensés y et surtout les plus difficiles vertus , les vertus politiques , presque jamais n'y obtiennent leur ^ prix. Et cependant nous aimons à contempler cette fatalité de l'histoire. Elle nous montre que le patriotisme s'est toujours confié à l'équitable avenir. Ce fait semble prendre des couleurs plus vives quand on l'envisage dans l'antiquité , où les caractères sont plus décidés, et où, les vertus comme les criines^ tout prend un

Dt CHRISTIAKISMB. SlS

aspect plus prononcé et plus ferme. Qae d'exemples on pourrait citer de grandeur, d'infortune et de courage : Aristide» banni à cause de son intégrité; Miltiadèy accusé pour ses services mêmes; le vainqueur de Carthage, exilé par le peuplé romain; l'orateur salué du nom de père de la patrie , ensanglantant la tribune; Lucain^ expiant par la mort la hardiesse de'Sa muse républicaine; Sénèque , près d'expirer, consolant ses amis; Thraséas, faisant de son sang une libaiîon aux dieux libérateurs; Boèce, dans l'attente du snpplice , écrivant les Consolations de là philosophie ! Dans tous les temps , l'ame humaine ne s'est pas laissé abattre par le malheur, et toujours les leçons d'une doctrine immatérielle ont consolé les grands hommes persécutés. Ne soyons donc pas étonnés que le spectacle de la vertu luttant contre la fortune nous fournisse le plus sublime , le plus consolant tableau sur lequel nous puissions arrêter nos regards. Et ce n'est pas senlement des injustices de leurs contemporains , que les hommes les plus illustres ont triomphé; presque toujours aussi ils ont eu à lutter contre la douleur et de cruelles maladies. Qui a donné à l'homme sa plus belle conquête? qui lui a dévoilé Je système du inonde? C'est Kepler, pauvre et cherchant un asile ; c'est Pascal , dévoré de douleur et de misanthropie; c'est Newton, en proie aux plus vives souffrances, qui, en nous farisant embrasser, par des lois certaines , le passé , le présent et l'avenir de l'univers , ont réalisé en nous une bien faible iniage de cette intelligence suprême qui voit tout en même temps. Ces chétifs êtres d'un jour réussi-

ii4 BSSAi SUR l'histoirb q£nèralb

rent è montrer quel est l'arrangement des mondes; et » suivant la belle expression de Pline» ils léguèrent le ciel à la postérité (i). Mais ce ne sont pas oniquemenl ces beaux travaux qui doivent nous remplir d*un juste ei|;ueiL Nous devons toujours avoir le courage de revenir sur les obstacles et les calamités , qui se sont amoncelés devant le g^ie sans Tarrêter dans sa mar** die. C'est alors que nous découvrirons avec étonne* ment dans l'histoire des hommes les plus célèbres» que souvent , vers la fin de leurs jours , leurs yeux se sont fermés à la lumière » et leur ame n'en fut pas abatr tue. La perte de la vue semble être l'infirmité ordinaire du génie. Quel respect ne devons-nous pas avoir pour te malheur 1 La misère et la vieillesse d'Homère ne Femipéchaient pas de redire devant la Grèce tes leçons de philosophie et de vef tu » qu'il sut embellir des plus •dmirablés fictions. Quelle liste de grands hommes oq {pourrait dérouler ici I Michel- Ange portait avec transr port ses mains défaillantes sur les contours de l'antique sculpture qu'il ne pouvait plus contempler. Le Tasse prisonnier dans un hôpital , Galilée sous la garde des pitres y Colomb gémissant dans les fers» sans doute surent braver les persécutions de la jalousie et du fanatisme t mais c'est Milton qui nous montre ce d^ré Sb grandeur dont nul n'approcha jamais. Après une longue carrière de génie et de malheurs » fidèle k ses principes » inflexible dans ses opinions de liberté , inâe-

(i) Ccelà in hereditate cunctîsrelicto, Pline. Hist, nat, lib. II, cap. !i<S.

BD GBIIHTIANISIIB. SlS

ossiible k la crainte comme à la corruption » dédaigaant toate flatterie , ennemi constant de tout escla« vage » altaqué , noirci , calomnié , Milton aveugle « remercie le ciel de Tavoir plongé dans une obscttrité 8i4tttBire qui ne lui laissera voir que l'image de Diten ( i ); il se réjouit d*être entouré de ténèbres qui laisseront

(t) Si on lisait davanlago les écrits poTîliques de Mil ton , où aurait cité fdui soaTent ce sablime passag* : « Si m ergo âe^ilisli* miiSi diNDinodo, in iiU debilitate , immortalis ille et metior ▼Igor eo ae efBcaciùs ezerat; dummodo in meîs tenebris divini

voltûs lumen eo clariùs eluceat sanè hand ultimâ dci ourâ

citei àfutios, «tui nos, <{aomit)tis quidqaàili aliud praëter ipsnra éeroere ^alcmdS , eo clemenlias at4{«ie benignias retpicete iHgDâ* tuv. Vaî, qui illndit nos ! \é, qui ladit! Mo» ab iajoriîs heviiinum non modo incoluraes^ sed pené sacros diyina lex reddidît» divinus fdvor. "Nec tam hebetudine oculoram , quàm cœlestium àlarutn uinbrdy Deus hasnobls fccisse tenebras videtur. » ( Joa»< VIS MiLTOKi , Dejènsiô sevwvia pr0 populo anglicanes ) « Qtie j# sois donc très-faible , pourvu que , dans ma faiblesse, une meil* leure et immortelle force se montre d^autant plus efficacement \ fvarwn que , dnw mes ténèbres, la lamiérede l^sprit divin briHé d^autant plus virement^ c'est par un soin particulier de Dieu que nous sommes det^enus aveugles, lui ^ui nous jugeant dignes de ne rien voir , excepté lui-même , nous a traités avec d'autant plus de clémence et de honte. Malheur à qui nous insulte ! Malheur à qui nous blesse ! Une loi et faveur divine , non-seulement nous a préservas des injures des hommes , mais nous a rendus sacrés & leurs yeux , et Dieu ne nous a point entoures de ces ténèbres par la perle de la vue, mais plutôt par Fombre des ailes célestes. » Remarquons ici que la froide critique pourra dire que ce passage n'est qu^un long néologisme; mais sans doute eei^ qui savent sentir le vrai sublime et le vrai beau , ne pourront se défendre, en le Usant, d*iin sentiment indéfinissable d*admiratSon , de trbtessc, et de rcVgieoz respect pour le génie»

2l6 ESSAI SUR L'qiSTDin: GilCÊBALE

sa peasée plus actÎTetét plus libre; et ce monde qui i8e> dérobe à ses re^rds, il. le retrouye.au^dediuM de lui». Quel spectacle de voir ce grand bomme» Wio de j^r laisser abattre par un affreux malheur, n^f treiiirer: qu'un motif de plus pour rentrer en lui-mêeie el poiir* s'élever davantage pnfr sa propre contemplaiio»! — Voilà ce dont l'ame bumaine est capable. Tels sont ses caractères et son génie ! .Quelque cbose de la gloire de ces grands hommes rejaillit sur nous. Leurs travaux , leurs productions 9 leurs découvertes, leurs hautes qualités sont notre propriété commune» Recevons de leurs mains les preuves de no.tjre imn^ortelle origine, et nos titres de noblesse. Tous ces hommes sont nos frères : oui , nous sommes d'un même sang , d'une même patrie. — Reconnaissons alors à quoi nous pou- vous prétendre. Sachons nous apprécier, et apprenons, à sentir toute notre dignité d'homme.

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