‹ Essai sur l'histoire générale du ChristianismeChapitre 5 sur 20 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

QVât MT LE DOMAINE DE LA PntVOWPBMM ET CBUTI

HE LA lELMION»

Nous Tenons d'étudier Forigine de l'idée reljgiease. Nous aroas essayé d'expliquer la cause de cette analo gie intime qui existe entre les ouïtes divers. Jusqu'ici , nous avons simplement raasenlilé des laits p et nous avons essayé d'en rendre compte. Avant d'aller plus loin , il nous faut fiûre une excursion jur le tarmiu de k théorie, et tent^ de fixer, d'après des caraetèrea précis et philosophiques , ce que l'on doit entendre par fieUgion , et par relation

Il est impossible de Aier que l'homme , muni de aa seak raison , ne puisse s'élever, par une ohservatioa phu eu moins exacte de lui-même , à u<i système spédeux , brillant même , coordonné dans toutes ses parties et fécond en grandes espérances. Sous ce rapport ». et dans toutes les époques historiques , l'intelligence humaine a laissé des preuves durables de ses méditations et de ses inquiétudes. Mais un système phiioso-

DV C1IIU9TUNI6X£. %&

fdbiqiia» étaboiré 4ans le cabinet et pc^idarisé â^ee^y0qaoQce 9 peut-il suffire au geai» humain? Peut-on , k. sa Jttfiouère* marcher avec sûreté» avec fermeté, aveci GOJlfîanee ? La raison seule est-elle compétente pou^ guider sûrement Thumanité , pour la précipiter vers cet avenir d'hà*oïsme individuel , vers cette perfectibilité sociale » où il est de son devoir de tendre sans cesse? On voit que la question religieuse est renfér-^ œée tout entière dans la solution de ce point impin^ tanl. Si la raison est pleinement suffisante» alors» la sitr^Aumaîn , le révélé , n'est plus qu'une superfluité dangereuse » qu'il faut rejeter ausâitât » parce qoa dans ce cas elle tendrait à encombrer la raison, et ensiâte, parce qu'elle pourrait bien devenir dangereuse et exaltée. 9

A£n de Boos disposer à juger cette grave alternative » de nous en tenir à la raison» ou de la proclamer ÎBioâ^^e » tachons de nous représenter exactement les peints pmdpaux sur lesquels l'homme puisse éta» bit» ses «ertUtudes. Voyons ce qu'il peiit dire pour i*eh« C9Ui?agér au bien» et pour mépriser le mal et l'injuf* tice. Sans doute » il va se reppser sur sa conscience iatioie^ il va proclstmer un sens ijEioral; il va découvrir dans les. produits de l'imagination et de la peïésie comme une révélation de sa nature et de ses lois; ï va s'appuyer sur la constance des principes. Voidl quelques-unes des considérations auxquelles il me sem* ble 5]u'il peut arriver avec certitude.

.-^ Les grandes vérités de i'ame et de ia conscience forment lesieps du monde moral. Et ce qui est vraiment

4^ ESSAI SUB l'hUTOUA ciliBALB

adiairable , c'esl que rhomme peol se les àèmKMreir sans travaâ, sans effort, el que même il seinble en- Iratné vers elles presque malgré lui* Ces lois » déduites des caractères de la pensée » sont aussi pures mainte' nant que le jour où elles sortirent des mains du Créateur. Les vicissitudes de la civilisation humaine ne les ont pas altérées; car elles sont d'un genre si élevé» qu'elles échappent à l'influence .do nos désordres , et même de nos vertus. Au milieu du choc des intéiéts et des passions » au milieu des révolutions dea empires et des renouvellemens de la philosophie , ces priBcipe& éternels planent bien au-dessus du désordre des chose» de la terre. Chez tous les peuples , ce sont ces sublime» lois de la pensée qui ont guidé les recherches de la sagesse, animé la vertu et le patriotisme, inspiré la poésie et les arts. Avoir du génie , c'est posséder ces fiicultés à un degré éminent..

: Chacun des hommes peut acquérir la plus, précieuse connaissance; celle de la dignité de sa naturo,.et ce n'est pas duns les livres qu'il doit aller la chercher.. Qu'il se garde bien d'abandonner la rectitude d'un sens interne , pour se peVdre dans de longues et arides discussions. Sans doute , les connabsances qu'il peut acquérir sur lui-même sont limitées*. Il serait étrange qu'elles ne le fussent pas. Mais s'il a la prudence de se renfermer dans les limites de ce qu'il lui est permis de savoir, il verra que ces connaissances sont au moins limitées d'une manière précise et tranchée , et que sa part est assez belle. Avec plus ou moins de suqpès , il pourra s'abandonner à Factivité de son esprit; il pourra

DV CffAlSTlANISHB. sS

86 peitt6tlire de faire des exdarsiofis danè le domaine inconnu ; mais qu'il se souyienne toujours que éa cons^ ciencé intime ne le irompe pas , el qu'alors la position qu'il a prise oal inexpugnable $ (|u'il sache y revehii' quand de tristes pensées ou deis objections perfides l'auront fatigué : ^'est en lui-même qu'il troufèrà ùâ refuge et un asile. Avec ces précautions il reconnaîtra , sans peine ^ qu'il n'y a. plus rien d'obscut en philo^ sophie*

Peut-être semblera-t-il que c'est passer trop légèt«ment sur les travaux de tant d'illustres pUlosc^hes ^ de représenter la science morale comme quelque didse de si simple/ Mais si' nous reconnaissons tout te prix de ces nobles .efforts pour la décourerte de la vérité , Ii'est41 piias nrgent de se convaincre enfin , que les plus belles connaissances de l'homme , celles qui Tintéressent le plus , ont été mises ii stf portée , et qu'il n'a qu'à voolbir les saisir ? N'es t-^1 pas important que nous soyons assurés que pour un hornuÉe ^ni pensev un l'egavd sur la. nature, une r^exionsur lui-même, sont plus profit tabh» qu'un long cours de métaphysique? Aussi, on ne peut rencontrer sans étonnemeht, dans une foule d'ouvrages de philosophie , des chapitres sous ce titre pom^ peux : « Preaves dv l'existence de Dieu«' » Il est vraimèiil inconcevable que des docteurs prétendent nous donner des preuves nouvelles de ces vérités qui nous accablent de leur évidence. Ces tentatives sont plus qu!iQutiles; elles sont injurieuses. Où so»t les hommes qui requièrent ces preuves? qui d'entre eux en ont be^ soin ? Et s'il en. est quelques-uns , quels argumens

$6 BBSAI SVft h*mBtQïïU OiiliaALE

fWffùBit émoufoîr 1m cœnn que le Spectacle 4b k nttote 9*a pas émis?

Malgré TaMUrai^ avec laquelle on a le droit depro* Qoncer sur des points , que notre seatisMUil du Tvai élt^ Uîl avec certitude, il est cependeot, dans la philoeo-pbie» dis questions fort obscures » et qui 9 probablement, le seront toujours* La question du mal est très^-diffieile à éclaircir s et Diéme il est triste de rexMBiiiier de tvop près. C'est une très-grande division de ce domaiae in* connu» où rbomme ne doit guère risquer de s*aMncar. Soit %ne son esprit s'y consume en vains efforts • soit ifue de eet examen il retire^des lunuèves , H aortoni des consoialioAS , toute objection déduite de ce speetacle ne peut influencer en rien les solides con^ elusions qui résubent de l'harmonie de Tunivras, de la place que nous y occupons , des sentimens dont notfie cQBur abonde , des pnypriétés essentielles de la pensée. Évidemment, le mal est nn accident. Non*' senlemeiit » il n'y a rien entre nous et hâi asaîs le dé* goût 9vee lequel nous le considérons , déevMiIre que nous sommes d'une nature ojqMttée* fii reustenee da mal nous indigne , quel nom donnerons-nous an sentimeet qui nous &it éprouTor cette indignation? Nous l'appelieroiis le sens moral. Car nous n'assistims pas « téaMÎns impassibles et froids , à ce spectade attristant; nous y apportons un sens de jusUee et de bien qui fait que l'idée du mal nous inspire de l'horreur* L'objection tirée de rexistencé du mal est donc nulle à nos yeux , puisque toujours , à côté du désordre , se trouve placé un sentiment qui le condamne.

DV GBBI8TUNI5UB. ^7

£6Ueqaestij8B du mal est inépuisable » el je me gaiv éerai de la discuter ici; j'ajoutefai seulemenl qu*ii b^ semblé que Texisténoe du génie poétique , pris comme on fait , suffirait seule pour Téclaircir. En effet , une morale publique , «me bonne législation , une sain6 philosophie, sont nécessaires à lin peuple qui ¥eiH être heureux et libre; mais la poésie est un luxe. C'est le plus noble dçs plaisirs » mais enfih c*est un plmtr* Tous les hommes cependant bn ont senti le besoin. Au nulKèu des crlôies , des errenrs de notre espëœ , ht poésie nous aurâît-elle été accordée par forme de Con-* solation ? Tous les hommes peuvent la goûter » parée que tous peuvent éprouver de fortes émotions^ H que tous vivent en présence de cette nature sublime qui imprime à la poésie quelque chose de sa grandeur,» pârc^ qu'elle lui peranet d'emprunter ses images. Mai» si lliônme ne possède |kss au Icmd du cœur un io»^ muable senlîni^at de justice » d*^ù vient que partout sur la terre , il se soit fiiit une poésie , brillante de vertu et de beavté , où les sentimens de la cooe«« eience ne sont Renais méprisés , où le crime et hi gran» dem* sont bien rarement unis , oSi les choses sont représentées non comme elles sont en effet , mais dMmae elles devraient être : ses deux sentimens du juste et dd beau 9 régnent sans partage dans ce séjour imaginaire , qu'il s'est choisi. La poésie le transporte dans un monde assujetti à des règles meilleures que celui où il est si souvent opprimé. Partout il Paîmcy cette poésie , parce qu'elle lui offre des illusions parfaites; parce qu'elle le console des succès de la bassesse ^ des amer-

l8 BMAl 8VB L*HUT01BB «inilALK

tomes d'une vertu indépendante et fièie; en un mot , parce qu'elle corrigé tkUîûire (i) , autrant la belle expression de Bacon. Et pour ceux» qui» dans leurs tristes raisonnemens » voudraient établir que notre anie est disposée au mal» il reste à expliquer cette tendan<:e mystérieuse de l'esprit à se réfugier en un monde idéal, à se réprésenter une terre sans crimes et sans orages » oii rien ne trouble les chastes délices de la vertu. Qu'ils nous répondent » ces froids calomniateurs de leurs frères; qu'ils nous disent pourquoi les poètes» dans tous les temps » chez toutes les nations » n'ont jamais^ osé célébrer un être criminel sans retour et sans remords» sous peine de ne tirer de leur lyre que des accens qui glacent et qui indignent le cœur. Qui ne sait qu'une conception épique exige nécessairement dé la grandeur» et âà moins des remords et du repentir à déliai de vertus; Aussi la morale et le goût sont étroitemeat liés : en littérature» tout ce qui se rapproché du genre atroce est encore plus mauvais que dangereux. On dira que les poètes ont chanté le despotisme :* trop souvient sans doute » mais ce fut toujours en lé déguisant » eh lui donnant des couleurs qu'il n'a certainement pas. Jamais ils ae l'ont peint ressemblant.

(-1^ Ckm historiavera succéssus rerum minime pro meritis vir^' tutiim et scelenim narrct, corrigU eam poesis, et exitus etfartunas secundum mérita et ex lege Nemeseosexhi^t. Bacon, DeAugm, scient, lib. II. c. i3. ( Comme Phistoire veiitable ne nous raconte Qullem&ni le succès des choses , suivant les conséquences des yertus ou des crihies , la poésie l'a corrige , et nous montré les événe^ mens et Icsfortune», d'après leu» méritecllaioi de Wëmésis^)

Qm peut-oB ccmelure de tout ced ? 'C'est que la yertu existe dans Famé humaine , puisqu'on la retrouvé dans tous ses ouvrages. S'il était vrai qu'elle fût bannie de notre cœur, n^us ne pourrions alors la rencontrer sans cesse devant nos pas. Cette vertu est commandée par la philosophie; elle jaillit du sein de l'histoire » épurée par. de longs essais; elle est célébrée .dans les chants de tous les poètes; elle est adorée sur les autels de. tous les temples; enfin , elle est partout » et on ose nous dire que le cœur de Thomn^e a'en est pas le sancr tuaire. Reconnaissons au contraire que l'empreinte de la. vertu est pactout visible dans le monde moral, parce, que nous l'avons partout répandue. En admirant ce spectacle, nous admirons notre ouvrage; auSfSi notre plus noble plaisir est de parcourir l'histoire de tous les siècles, de nous humilier devant les sages de tous les temps , et d'adorer la vertu sous sa plus belle image, la vie et les actions des grands hommes.

Nous voyons Je majestueux ensemble des forces physiques de l'univers , rester toujours inaltérable au milieu d'une foule de phénomènes qui sembleraient de-^^^ voir le troubler , au milieu dçs souffrance des espèces et des destructions individuelles de la vie : admettons aussi dans l'ordre moral des lois éternelles qu'on peut découvrir malgré les passions humaines et les abus du libre arbitre. JNi les lois de la nature , ni les lois de la conscience ne peuvent être influencées par les vains efforts des hommes. Seulement les lois physiques ont un but plus spécial et plus facilement déterminé. Les plus longues erreurs ne laissent aucunes traces sur

i» BMAi ara I. mMMMi «iniBAu

elle». Lft nature physiijue a pommi fc la d«rée 4s ses lok : elle a touIu que rien ne pfti akéier aoe onvnge : les lois de la nature morale ont lenr base éans ki peo« sée» et rien ne peut en arrêter Taction néoessaire. €m den ordres de lois sont égalenent immoables. Le aoleil p qui éclaira de ses rayens du seâr la mort de Socnte , refosa-tnil de se lever sur l'ingrate AUiène» souillée d'une telle mort? La terre s'est-elle arrêtée le )our de la Saint-Barthélemi ? L'oppression du genre humain» fût-elle destinée à se prolonger nâUe ans encore , ne pourrait Jamais flétrir la noble idée de l'itodépendance. Quelques hommes ont toujours sur les lèvres , les mots de morale et de religion ; leur esodalN ^MTouve .^'ils UQ connaissent ni Tune , ni l'autre; cependant , de telles profanations ne peuyent affaiblir k l^espect que noes portons à ces sentimens sautés. La teonrtanee des principeè , voilà ce qui rassure le phikh sophe au milieu des écarts de la multitude el de la <lé* plorable sageiie de ceux qui prétendent la gouvenier; voilà ce qui lui permet de briser les entraves du présent, de voir le genre humain s'aTançant vers le bon^ heur par la vertu et accomplissant dans l'avenir se^ nobles destinées. '

Sèûs fitucan rapport , il ne faut paraître mépriser les efforts et les travaux des philosophes qui ont essayé de démontrer ces grandes vérités dans des ouvrages spéciaux; mais en choisissant une seule de ces questions , celle , par exemple , de la non matérialité de Tame , il me semble tout^-fait déraisonnable d'espérer de pouvoir la démontrer comme une proposition isolée , de

pfoeHeT ik cet effet' par teie* d*atialf se , de Itf regsfrder c0Mne on ifaédrème susceptible d^on énoncé et d^une déftionalratHMi pariiciiUère. Cette démotisferation devrti fiéeêsftairemeBt résulter de l'ensemble d'un syslème pbtlosephique; elle derra découler des lois et de la nature de la pensée; ce sera la clef de l'édifice , et non nftie de ses parties ^ ou vak de ses ornemens. La distint^ ti#n entre Funivers subjectil et objectif, entre le tMî et te non moi y les marques d'intelligence et de dessein dans lé monde extérieur, le fait de spontanéité dans le monde de la pensée , et le fait que ces lois sont hé'térogënesi avec celles de la matière, me paraissent , }V serai le dire , des points éridens , arrêtés, et sur lesquels il n'est plus permis de revenir. Mais il faut absolument les exposer en. un seul corps , pour mieux repousser ks attaques du sceptiscisme, le plus dangereux de tous les et\pemis de la vérité. En les divisant , on affaiblit les ft>rces dont la raison dispose. Que si l'on se sent près d'étite varncn, non par les raîsonnemens, mais par les doutes et de spirituelles subtilités , il n'y a qu'une chose à faîre , c'est purement et simplement , t^omme Rem , dans son immortel ouvrage , de demander le rappel au sens commun. La philosophie, que nous devons tous travailler à répandre, a pour base lé sentiment intime que nous en avons tous; ses principes sont le vrai , le juste , le beau; ses conséquences > sont la vertu , la liberté , la dignité de la nature humaine; la morale, la grandeur, en tout et partout. Que pôurratt-on concevoir de plus important à examiner et de plus digne d'être vrai ? —

3» BMAI fOm L*HttT01BB «AffiBALB

Voilà un résamé très-suoeinct de qneUpHiMilies de (^vérités 9 qui s'offrent à tontes les âmes réfléchissantes. Yoilà quelques-unes de ces nobles idées auxquelles Thonime s'est confié dans tous les temps » . pour se roidir contre les coups du sort , ou pour se peindre un avenir plus heureux; confiance bien propre à le soutenir au milieu des épreuves » espoir salutaire bien digne d'être couronné. Mais, hélas I tout ceci ae serait-ce cependant qu'une incertaine espérance? Errant dans ce monde , triste « solitaire , et sans abri , i'hcHiiaie n'a-t-il point besoin d'un autre édifice que l'éccde philosophique f pour y reposer sa tête battue par tant d'orages. La philosophie l'engage à être AannêUs mais on ne peut être honnête dans ce monde, sans abnégation de soi , et sans sacrifices de tous les genres. Voici la différence entre la philosophie et l'idée religieuse. La philosophie recommande à l'honmie d'être heureux; la religion va plus loin : elle entreprend de le consoler» s'il ne l'est pas. La philosophie lui permet de jouir saïïks abuser ; la religion lui déclare que cette vie est ame vallée de larmes , qui le mène à sa véritable pfitrie. La philosophie espère en l'immortalité , en la Providence , en une autre vie ; la religion n'espère point : elle lui assure la résurrection , le jugement, la réconq|»ense. La philosophie mène tristement le deuil des funérailles; la religion accepte la mort comme une délivrance , et brise sur le sépulcre cette faux meurtrière qui fait tout trembler. La philosophie enseigne que la vie est quelque chose , que le présent seul nous appartient , que l'heure fugitive qui s'écoule » doit nous ins-

DU CHBIftTlAinSliË. 33

trutre à profiter avec modération de celle qui vient , à sacrifier enfin ravenij* au présent. La religion fait tout le contraire : elle nous crie que cette yie est périssable, qu'elle est un chapitre, un passage , un fragment, uneéprieuve qu'il faut souffrir pour être glorifié; enfin que l'avenir est seul quelque chose, et que le présent n'est rien; elle lious enlève à nos sens, à nos pbi^irs, à l'univers et à toutes ses pompes*; elle^ nous sépare de tout ce qui peut attacher et asserviiî notre activité; elle immôle tout aux principes et elle nie l'intérêt; elle veut, non ^oint des vertus et de l'honnêteté, mais du désintéressement, des sacrifices, de l'héroïsme. — Voilà le ministère de la religion. — Qui ne voit à l'instant qu'elle embrasse un autre ordre de choses que la philosophie? Qui ne voit qii?elle a pour- but de rendre les hommes , non pas honnêtes , mais dévoués; non pas estimables y mais héroïques et cherchant leur récompense non dans ce monde, mai$ oubliant ce monde pour regarder vers te ciel. Les de^ Voirs étranges, les vertus idéales , les convictions transr cendantes , forment son domaine. A l'endroit où. la raison délaisse l'homme , elle s'en empare pour le mener plus loin. C'est une erreur complète de s'imaginer que la religion s'empare de l'homme , seulement dans la jeunesse de son intelligence , dans la décadence de ses facultés, dans l'enfance de sa civilisation; elle lui offre son flambleau sacré à toutes les époques de son existence , et toujours lorsque ses réflexions reculent devant le doute, à ce point où , écrasé par l'incertitude et par le malheur, il voit s'ouvrir devant soi un

34 ES&AÎ M)K L*MI8TOIBC G^RillALE

SMDbre avenir» sans lamière el sans conioiâlioB. Ct\ dans ettte posiiioo que le CArtf/ lui advetse ces nagiii* fiq«e8 pareles : t Si moi , /g tfOus domiê Im me é Urmêli é ^ et 9ÙUS ne pêfiret pas , et personne ne ^omstmvim eb ema main, » -— € /r suis ta résurreedon eila vie ^ s'il oroii en moij fuoiqn'if soii moH, te JidUe vivra (i)« » Cea lignes imposantes sent le résumé et laaubstanee 4e iout ce qtt'<M[| doit entendre par révêhuion. C'est uoe aém de covrictions et de préceptes d'où découle un orére de devoirs que la philosophie ne saurait imposer, il est d'ailleurs évident que cette réréiation » véritable voix du ciel , ne peut êt-re admise que d'après des preuves décisives. Il faut un ordre de convictions supérieures pour animer les hommes de ces sentimens qui vont chercher ailleurs que dans ce monde leur but et leur récompense. Gomment la raison seule pourraitelle enseigner aux masses populaires que leur devoir est de 4out risquer pour les principes > et que poor eux l'homme doit se tenir debout au milieu des ruines de l'univers. Avouons-le franchement : il B*est qu*«ne religion pour pc^ularîser un tel sublime.

(1) ËTaogilede Jean. xi. a5. LWiginal àt cette sublime dédtration a une force et une grandeur que la traductioo allaiblit:

Chose remarquable , des 3oo manuscrits, ou Torsions connues des 1 ëvangîles, touSf sans aucune exception , s^acconlent pour rendre I identiquement la dernière partie de oe passage. ( \oy. GaictiACB, '

J^Oi'. TctUid.de 1826.)

^rw

CHÂPITRfi IV.

QUELLES ETAIENT LE$ IDÉES DOMINANTES pUAND LB

CHRISTIANISME PABUT>

Nous venons de définir la révélation* On voit que le trait essentiel de<? croyanc.es de pet or^r^ , c'ç^|; l'Idéi^ de dér,Quement et de sacrifice, et ce çeo^l(imen); qui n'est comma^^é par \^ pjl^ilosophie qi;^^ dVpe ^i^^J^kv^ ii|coniplète et ûncert^ne, ici aju .contr^ice iÇom^e le fgpds et U ba^e. E^ayox^s lu^ntenant de dé,cquvf*iry par l'histoire ef par la philpsophie^.qu^ était l'état des jdéfes chez les peuple^ parjni }esqu^]3 la révélation que nouç adn^ptto^^p c'jest-à-4îi^<3 1^ cfiristic^isme , pi^i| nai^^nce. Çowogte nous reconnaissais ^^ns ie çbeis* 4i9nlsme la yraie réyélatiou dirine, son apparition^ il y a dix-huit siècles, e^t un évéuemç^t hi^tori^e pQOr nou de la plps haute importance. Tâchons d^ fix^r l'état spécial des peuplas et 4es i4é^$ , à l'époqvç pk cette étrange révolution ,a ^][até.

Lqrs^iuc la polijic^^e ^t l^s aripp^ rpi^aîneç epreot achevé la conquête de la Ç^ècé^,». des rappoqt^ V^^i&r plies et suivis s'établirent entre Rome et la patrie de Platon. Sylla transportait en Italie les bibliothèques et les statues. D^jà, dans la Grèce même^ Jes doctmes de l'acadànie et du lycée avaient porté leurs fruits.

56 ES8A1 80B L*HUT01AB oilf&BALE

Comme ces systèmes fameux avaient été conêiraits sur des bases différentes» chacun d'eux se révéla d*une manière nette et décisive dans ses conséquences. Si l'imagination et l'esprit de Platon eût été tempéré par le sens et la méthode d'Aristote » si leurs (acuités eussent pu se réunir en un seul homme , il est probable que la philosophie se lût enrichie d'un système complet de dogmes et de morale métaphysique. Mais ces deux philosophes doivent être jugés , surtout par les résultats de leur doctrine, par les influences que les historiens ont fort bien nommées » les forlwnes de la philosophie. D'abord , c'est à Platon que remonte la première idée nette et positive d'une réformation générale à effectuer par la philosophie. Infiniment supérieur aux Eléaiesy qui s'adonnèrent spécialement à une cosmologie sans résultats , comme aux Pythagoriciens y qui se perdirent dans la contemplation mystique , Platon essaya de fonder une vraie métaphysique générale et d'en faire l'application au genre humain. Sa philosophie est dans ses Dialogues; leur application est dans son Plan nie république. On ne peut méconnaître dans la marche des idées de cet esprit supérieur, la trace d'un besoin d'organisation profondément senti , et le désir de satisfaite aux vœux de la raison.* On y voit aussi une complète indépendance du polythéisme dominant (i). Le fondateur du lycée eut des idées ana-

(i) Voyez tout le dialogue du Timée^ et surtout cette introdi|ctioo si curieuse du Phœdton , où Sccrate fait sentir arec un esiwit admirable et plein de Gnesse, que les chimères mylliologi-

logues. L*appUcation de ses idées rationnelles , c'est sa morale et SA politique. Ces deux philosophes méritent donc toute notre reconnaissance pour des tentatives aussi hardies , et pour cette franchise qui leur faisait dédaigner les doctrines secrètes et mystérieuses , base des religions de l'Asie. Honneur à ces. illustres penseurs qui Tirent dans la philosophie le flambeau et l'instruction du monde.

Voilà donc quelle fut l'influence la plus arrêtée et la plus vive qui s'offrit aux anciens peuples de l'Occi-: dent. Mais on ne voit pas que l'action de ces philoso^ phies ait jamais été dogmatique et populaire. Combien peu de platonisme se montre dans les croyances gêné-: raies de l'antiquité païenne! On commença par oublier le caractère d'application que ces deux grands hommes avaient introduit en destinant leur, système à gouverner les nations et les individus. La preuve de ce fait , c'est la naissance et le crédit de l'épicurélsme et du stoïcisme , systèmes éminemment restreints , s'adressant, non à l'espèce , mais à l'individu, qui posaient l'homme comme un être insensible au milieu d'un univers mécanique » et qui exigeaient qu'il fût héroïque , en lui ôtant^tous motifs de le devenir. Cependant cette doctrine ne fut point la dégénérescepce Ja plus funeste du platonisme; il en est deux qu'il ne faut point perdre de vue» afin de pouvoir juger la position des choses lors de la naissance du christianisme.

qties sont ridicules, et le sont même au point qu'un esprit philosophique ne leur doit pas une réfutation sérieuse.

38 ESSAI 8VR L*HI8T0IHK GÉNifiALE

Ces deux résultats furent » d*nn côté le scepticisme , de Tautre le mysticisme alexandrin. En effet , sous la ferme sophistique , la philosophie grecque en généraJ s'offrit htJtt Romains. Il faut lire, dans Lactance, les raisonnemens odieux par lesquels Carnéade, ambassadeur athénien , osa flétrir Tidée de justice et de détouemént devant la foule du forum. Déjà ce philosophe rhéteur y qui mourut cent vingt-neuf ans avant J. G. , posait ces maximes odieuses de V utile » de Yiniêrà personnel ^ sur lesquelles quelques auteurs ont voulu fonder la morale, et sur lesquelles il serait plus conséquent de fonder la barbarie. Les droits, âU 8tth~}l , ont été fabriqués suivant tinlêrél; ils changeni atec les maUrs , Us changent avec les temps ; mais quant à uii droit naturel absolu, il nen existe point (i). Fatfl-il s'étMner a^rès cela que Caton ait requis qu*un tel déelamatëur fût chassé. Cicéron lui-même, avec toutes té» finesses de son esprit, convient qu*il lui est impossible de réfuter Gaméade; et on peut juger parlà de la sensation qu'il dut produire sur la jeunesse , sedof le par l'éloquence grecque. Enfin, l'influence du platonisme sur l'Italie se peint fidèlement dans les écrits de Gieéron, et dans tQnx des poètes du temps d'Auguste , excepté Luétècei elle produisit une estime fort limitée poia^ les principes, uiie certaine espérance d*immorta-

(i) (« Jura 8Îbi hominea pro utilitate sanxisse, sciiicet ?aria pro inoribus, et apud eosdem pro temporibus sspe mutata; jus autem natui aie esse uullum. »( Lactance, Inst, DLv, lib. V. c. 17.) On sait eti etkt qUe ce Pcrc de l'EgKïe nous a conscrré textuclleraent le» argumens de Carnëade.

]>U GHBISTIANISBCB. 30

Uté> des plaisirs calmes et prudens, la reciommanda-' tion des deroirs , le ioépris de Fidolâtrie populaire , en cm mot 9 un th^sme élégant» mats entièreiâent privé

d^appai intimé et puissant. Telle était éridemiiieflt la croyance de ces cercles d'écriVaints lettrés , et de personnages consulaires, élite de la société romaine , qui s'assemblaient dans les jardins de Tusculane pour eau-' ser philosophie avec le défenseur de Muréna et d'Ar* chias. Voilà quelles furent les /orlanes des systèmes du lycée et de l'académie dans leur influence sur les Romains. La lecture des écrits de Gicéron , le meilleur et le plus humain des penseurs de l'antiquité, nous peint de la manière la moins douteuse le point où ces illustres doctrines ont abouti ^ dans ces jours brillans qui précédèrent la ruine de la république. — Essayons maintenant de découvrir comment les idées philosophi-' ques du temps influèrent sur la position politique des peuples : car cette position est toujours l'expression fort approchée des idées générales.

Peut savoir tout ce que le christianisme devait apprendre aux peuples , essayons de découvrir tout ce qui leur manquait. Nous découvrirons ainsi les traits essentiels de cette théorie religieuse.

On a souvent parlé de la paix profonde que goûtait l'empire romain lorsque le christianisme parut , pour la première fois , au milieu des peuples nombreux qui le composaient^; mais , pour la dignité de l'homme et les progrès de son esprit , l'agitation des guerres civiles est moins à craindre que cette tranquillité que le dès potisme impose , et qui n'est qu'un bien négatif, en ce

4ô SMAI &UA l'bistoibb ciniftALB

qu'il entraîne la privaiion de tous lés autres; oeHe paix était le calme de TesclaTage et des peuples fatigua. On chercherait en yain dans Thistoire une époque plus humiliante pour Thomme , que celle où une foule de peuples divers semblent se résigner, et où la flatterie seule obtient permission d*élever la Voii:. Alors, les cours deyiennent brillantes» en raison de la misère des nations; les monumens s'élèvent; les arts sont proté> gés; mais il n'y a plus dans les états» ni liberté » ni justice. Telle fut la situation de Rome dans le preniier siècle de la propagation du christianisme , et oh peut Toîr ce triste tableau dans les Annales du plus 'grand des historiens (i). Le despotisme n'avait rien lait encore 9 lorsqu'il bannit d'une pompe funèbre les images des héros morts pour la république; la corruption fit

(i) «c Qu^OD me désigne nn homme qai ait jamais donné on caractère plus imposant a Thistoire, un air plus terrible k la postier! te. Philippe II I Henri VIII et Louis XI n'auraient jaroaii dft Toir Tacite dans uue bibliothèque, tans une espèce «refiTroi.» (Tboitas.) «t Au milieu de la dégradation générale dont il vous offre Teffrayant tableau i il' tous en présente le correctif dans son propre caractère : il vous prouve qiiUl a sauvé le feu sacré : on se réjouit d'avoir trouvé nn homme de bien , dans la phis sévère acception de ce mot. On se sent meilleur en vivant avec lui ; sa grandeur morale vous affecte d'autant plus, qu'autour de lui tout est avili ; seul , il a échappé à l'inondation générale. 11 cicite une joie mêlée d'étonncmcnt , comme les palmiers qui s'cicvcnt vigoureux et superbes au milieu des oasis *du Di'scrt; en les voyant, le voyageur s'écrie : L.i nature vit encore; et , en lisant Tacite, on se pénètre de Tidt'c qu'il y a une liberté et une dignité dans la nature humaine, invincible aux progrès de la corruption. » (Ahcillov , Mé^ langes de littérature et de philosophie , tom. I > p. aSQ. )

BU GHHISTUlYIdllE. 4^

plus que lui.: le souvenir de ces grands hpmmes'et de l'exemple de Jeurs vertus ne fut pas long-temps à s'éteindre dans le cœur des Romains. Un arbitraire presque absolu pesait sur Rome; et les provinces » lir vrées sans défense à toutes les exactions » à toutes les violences» étaient forcées de recourir à Tincertaine justice du sénat, dont la servilité avait dégoûté celui de tous les empereurs qui en exigeait le plus. L'avide et cruel proconsulat envahissait l'univers. Les richesses affluaient à Rome et engendraient tous les désordres de l'opulence et*de la satiété. L'antique simplicité avait disparu. Des systèmes de philosophie grecque , avidement goûtés dans ce qu'ils ont de sensuel , obtenaient à Roine tout le succès qu'obtient un voluptueux matérialisme , chez des hommes incapables de choisir une doctrine plus élevée. Tout ce qui restait de citoyens vertueux avait embrassé les idées stoïciennes » et au milieu de ce désordre de la nature morale , on aime à voir les derniers patriotes se. réfugier dans le sein de cetie inflexible philosophie » pour y trouver la force de braver les tyrans. Les choses en étaient venues k ce point» que le monstrueux édifice de la domination romaine produisait tous ses fruits : ambition insatiable chez les vainqueurs , bassesse* illimitée chez, les sujets. Insensiblement , les institutions populaires furent entièrement effacées. On vît naître sur le sol , si long-temps libre de l'Italie» les insolentes prétentions de ce despotisme asiatique qui osQ. tirer son origine du ciel. L'apothéose des empereurs futla dernière victoire de leur tyrannie; et un

4t ESSAI SVB L*HIST01&A oill&RALB

peuple qui avait donné de s! grands exemples allarft le pvosterne^ devant les cendre» d'un Inatlre , pmir se reeomiDande^ auprès de son successeur. Les autorités les moins légitimes oéàient s'appuyer sur la sainteté de le«r pouvoir , et .cette folie , de mettre tes tyrans dans le ciel après que la terre en est délivrée , suffit pour faire voir rinconcevablc dégradation des peuples. Plus tard , on achetail les dignités par la délation ; des séditions militaires donnaient des maîtres à l'empirr. Des cohortes factieuses ». choisissant à leur gré un Africam , un Breton , le traînaient à Rome pour gouverner sous leurs ordres. Les sénateurs, prévenant les caprices ds maître» étaient souvent punis de leur complaisance même. Les successeurs des pères conscrits augmentaient leur bassesse de tout le contraste de leur antique vertu » et c'était encore sons des formes républicaines qu'ils déployaient cette complaîsanoe des esclaves de l'Orient » qui ne connaissent ni droits » tii Hberté » ni patrie. En un mot » l'idée de HBtorale et sùi^touf de pitié » semble disparaître du milieu des hommes. Pro^ssivement » les lois furent violées» les juges éorrorilpus » les autels profanés » la pontifes séduits ; et lorsque la corruption eut enfante tous ses désordres » lorsque la tyrannie eut forgé toutes ses armes» lorsque les nobles sentimens se furent éteints dans tous les ètturs et que tout semblait à jamais perdu, ce fut alors que la religion' chrétienne vint présenter h l'homme» à cet être avili» le tableau des devoirs qu'il avait otlbliés et des droits qu'il s'était inissé fatir.

tfÛ CHRISTIANISME. 4^

Ainsi ne notis laissons pas séduire par les déclamations déf tant d'historien? modernes ; et répétons en-» core qu'il est inexaet dé prétendre que lès peuple^ aieïit goûté àaûs le ptètniér siècle de notre ère tes doiréeari^ dû repos; ce n'était pas là du repos , mais une torpeni* des plus nobles éicultés de Famé. L'un des plus grande écrivains de la France a proclamé ce sophisme de fait^ avec une éloquence à laquelle peu de personnes oi^t résisté (i)é Mais on conçoit que le prélat, auteur de ce passage , sth vu ce èpectacle autrement que nous aujourd'hni , et que dans sa position , un tel paradoxe ait pu lui sourii^; inais, loin des cours, on: juge leS choses pln^ sainemlent. Qu'on ne dise dont pitfs qilè l'empire Romain ait joui d'une tranquillité propice^ , lorsque le christianisme ItA fut annoncé; noii ! ses lo\i avaient été violées ; sels derniers citoyens avaieùt péri , c'était Jd tranquillité de la servitude et la paix des toiïibeanx. ^

Pour juger de l'effet que devaient produire les préceptes du christianisme dans ce vaste système poli'tique , il ne faut point perdre de vue le caractère général des religions anciennes. Elles avaient toutes un trait de commun. Leur esprit d'exclusion; le cercle resserré où elles renfermaient les devoirs de l'homme , et pai^ suite , ses espérances et ses droits. En général , les dieux des peuples anciens étaient difaa: de la palrie\ et de la patrie setlle. Ces peuples en étaient jaloux et les gardaient pdur eux. Les divinités étrangères leur

(j) B^soBT, Histmtc uréiverseUe, Epoq. IX.

44 K&9AI SVB l'hISTOIBE ciKiBALB

inspiraient autanl de mépris que lesnalions étrangëre5. Leurs temples étaient ainsi les foyers d*un patriotisme excessivement actif. Toutes les fêtes nationales étaient célébrées avec plus d'effet sur les autek de ces dieux que les ennemis n'invoquaient pas. Chei ces peuples, le sentiment de la charité universelle était inconnu. Ih

pouvaient très-bien réduire les prisonniers en esclavage; enchaîner les vaincus; attacher les rois captifs au char du triomphe : c'est ce que firent les Romains par principes autant que par intérêt. Les nations qu'ils réussirent à subjuguer avaient les mêmes idées* Elles leur rendaient haine pour haine et mépris pour . mépris, (les dieux de Cartbage étaient ennemis des dieux de Rome* et y sans craindre de leur déplaire par un serment homicide , le jeune Annibal pouvait jurer sur leurs autels une haine étemelle aux Romains.

Tel était l'esprit que la politique romaine de la république vint léguer à l'empire. Tant que les formes populaires furent conservées , la démocratie » qui n'est que l'action générale des idées populaires , tempéra légèrement l'âpreté de tels prindpes. Rome était alors gouvernée par un sentiment féroce de supériorité » par un violent esprit de corps » par une sorte de patriotisme collectif, par une rage nationale. Sous les empereurs, tout ceci vint se concentrer en un seul homme. Les devoirs et les convictions se relâchèrent avec les progrès du despotisme , et ce fut alors que Ton vit sur le trône des nations ces monstres à figure humaine, dont les excès sont aussi incroyables que la patience de ceux qui les y souffraient. Un tel régime dut dé-

BU CHRISTIANISME. ^i

troive le peu de convictions philosophiques qui res-^ tàient. On croit découvrir dans Tacite et dans Juvénal, je ne sais quelle sombre philosophie , je ne sais quel mépns de l'homme et quel désespoir de la nature morale, qui aânoùce le naufrage général des idées. Pendant ce temps / la philosophie grecque n'était point p^arvenue à s organiser^ même dans sa patrie. Se repliant su!* elle-même , et dégoûtée de tant de débats inutiles' en présence d'un polythéisme qu'elle méprisait , elle se jetait dans la voie des mystères, et cher-

chait ainsi , par ce chemin détourné , à propager quelques lueurs de charité universelle. Rome tolérait toutes

les formes et tous les cultes » non par charité , mais pair

indifférence. Déjà , du temps de Néron et des Antonms » le gouvernement des empereurs méritait le reproché que TertuUien lui adressait plus tard : « F'ous louez sans cesse ce qui est ancien, et vous vivez de'nou^ waaiés{i). De ce seii! trait' on peut conjure qu'alors les opinions rêvantes , soit de stoïcisme grossier, soit de piatonii&me cicéronien , soit de culte populaire i touchaient à leur décadence. *

SiiQous jetons nos regards du côté de l'Orient, nous verrons que Mtat de là Judée et de l'Egypte, provinces romaines, n'était pas moins critique, vers lès premiers siècles de notre ère. Le peuple juif, fidèle héritier de Fantiqûe loi, était retourné depuis long-

temps de sa captivité à Babylône , sans avoir oubKé

(i) c Laudatis semper antiquitatem et noTe de die TÎTotis'. » Apol. c. i5.

^(i> uski\vfL jL*iu^?0iM oIuvAeale

l^ime ^^ 4011» 4^ idées orjeplAJhk D'un aii$re cotél r^ilstrijBuse Alexandrie a?#ii attiré dan» ^a niu«| boaucDop de f(db. La Judéç Apprit le pUtooiaiiM^ Sou» la ^ipeetiop de PbjlQii , il ne foma une eedl nçiobreiite et puii^aïUe qui yoi^hH lire das* la BtUd l|$ déyeleppemwl symbplique 4e» dogipe» plaloBicîeof. Pam la Jujlée , .en Egypte , et en Grèce , beaucoup pkv que dana fa Qauje, l'Italie et rSsptgne , um phiiosophi/s fifrdi^ 0! vigopreui^ »e sépara du polythéisne. ^oBfi f le peuple yixit «'eacoufpager dan» »on iocrédo- Uté a^f |;;^iUâriea de Lucien» Le polylbéi»«e a'était 4fipvy4 qu^ ^^ 1^^ ao^Tenir» , et c'était aa plua grande f9l*ce. La TÎeiUe mythologie grecque avait été décbirée en lwiJ^(MM^ Po ieota de la aa^ver* Hais Técob d'Alexandrie échoua ccNBpjlètenient dan» »e» etforCa poar réconcilier la philosophie avec le» dieux oûlé» éc rpiympe. En un mot » il n'y ayait nulle part» ni an ay&tème de philosophie qui pût être populaire , ai une relf^on mèom paasable pojwr le- peuple. Ce qui est Traiment remarquable » ç'eat que le christianiaaaè partit .en Judée pj^ieui^ siècles i^rès l'époque oia ia captivité de 9aby|one et son erieatalisne d'un i:oté , et le i|iystici»iiie alexandrin de l'antre , eurent com- Hie^d^é ^ ^brajfJber le» ti:AdîtiQiis de l'ancienne loi mosaïque, Lorsque ces idéea diminuèiBnt , alots a'éiera 1a ç^istiwisme , révélation de BédeiaD|>tion et d'bé* roîsme » qui parlait d'avenir» d'égalité et de salut , cl Hu\ cb»^ngea la face du monde.

çumn y.

çimmMi f-lt «iw^Ti^BMic 9ot asmgvm l'aniMi \

RQMAitf.

siècle d^ ji^otjE^ hre, j^ sltMalio^ des idiiie^ pbilçj^dpbiT

m^ia^s 4^^eiit^ jQopquîse^ Il est év^ept ^ne $;e n'ait pas d^ps 491 £e«4)B iriU^ ^§ IWW) qu'A &ilit cmiMéiW

.effets de la isectou^e que le pl)»lsjtî«iiî^|[964u| ^oduMftj il Qsl: ei^ri^ Aéçf^sn^^ de çotjalwiUl^ il« pofiftiop paur JipuU^e des pay/s coaqi^is qui C^nmaiMl 1^ eprps da cet iii(ipiei»&e jsf,st^iae^

On peut 9^ j#ire une ^4^ de l'^^t 4^9 «i^Uoas ^^our quisc^s par Jlf^ J^m^bp^ÎQ^ ^(^rès }a ti^ra^glie 4e (iîdga- CMâ 9 phef 4^ CalédoAieQS » à see s<)14i»U. Ce tÀbha^ cospfieai à pfe£)iSfUQ touf jh» p^pples fjj^e J'eiopine ^lAil ^oiuais, ^ ^'^itjpo^^ qiftB TApîte fi^ Al^ppr^é fr9Î49r wm^ «le discoms <du igiiçwer^ ^m^ A^ap^r Jb ipoiiiT 4ce tiéfl^i^ <a^p .la irfjjbdjjié 4ô9 fflsi^k^» Aotfife^m qv'il renle^j^, (Jt^Qusf^eWQR^IMa^ OMJAWelfiMiiuMiMf €di? il lest impQ#«Àblç fi^ plier k» i^mm hw i mB 4i r^iU^p* 4^$ .^tffiW^^ fi iU ê^xfyiMâQ Mtae langue AaiH*

c II n'y a plu&ouu?e aucune Jiiatioipi , dj^ le gmwm.

48 B88AI 80H l'hISTOIRB GilIJAALB

rien que des flots el des rochers; Et les Romains sont au milieu de nous; Torgueil desquels pour nétOkt vous attendez de fuir par servitude et humilité; car ces brigands du monde » après que gâtant toutes choses , les terres leur ont iailly, rodent la mer ; se monstrans araricieux , si leur ennemi est riche; si pauvre , ambitieux : et comme ceux que Torienl , ni l'occident ne pourrait assouvir, seuls d'entre les hommes» ils désirent de pareille affection» la richesse et la pauvreté. Emporter» tuer» ravir sous faux prétexte» est par'enx appelé empire , et là » où ils ont mis tout en désert» ils disent que c'est la paix. Nature a voulu que cbacun tint ckers ses enfans et parens; nous les voyons» par les levées » emmener» servir autre part. Et si nos femmes et nos sœurs ont échappé la paillardyse des enneniis» elles sont honnies soustiltre d'amitié et d'hospitalité. Ils tirent nos biens et nos richesses par les tributs» et nos bleds par la contribution* de provisions. Parmi lescoups et les outrages» nos corps et nos bras

sont par eux usés à couper bois et dresser des chaussëa pour les marais. Les esclaves nés pour servir sont une fois vendus » et puis nourris du bon gré de leurs maîtres; mais la Bretagne» tous les jours achepU sa servitude» tous les jours la nourrie. Et comme en une maison » les derniers venus d^entre les esclaves servent de passe-temps à leurs compagnons» ainsi en cette ancienne servitude de toute la terre» nous» tout nouveaux et de pejad^estime» sbtnmes assaillis pour être exterminez. » {Agric. Les Œuvres de C. Tacilus , chevalier romain ^ nouvellement mis en français, i SSs.)

Qu'on mette en regard de ce tableaM ce que nous apprend Salluste des procédures et de la justice, dans son Catalina ; les Yerrines pour la conduite des proconsuls; le style des Commentaires pour la dureté au milieu des plus sauvages conquêtes; les descriptions ^ vi

de Suétone pour les usages de la cour; les vers de Ju-» vénal et d'Horace pour les mœurs privées , et on concevra alors ce que pouvait être cette odieuse paix qu^ les Romains imposaient à la terre. Jamais une phrasa de pitié n'échappe à leurs historiens sur le sort des nations conquises. Remarquons cependant , pour l'hQnneur de la poésie, que l'idée s'en est présentée plusieurs fois à Horace et à Juvénal. Gicéron, le plus aimable des philosophes romains, pérore un peu longuement sur les malheurs de la Sicile; mais sa fécondie pitié pour les alliés de la république ressemble plutôt à un artifice de rhéteur , qu'à un profond mouvement de conviction. On croirait qu'il en avait besoin dans son plaidoyer. Le grave Tacite parait se fâcher sérieusement , en racontant l'héroïque résistance des tribus du Rhin. On est indigné de son farouche patriotisme, en le voyant s'apitoyer d'une manière si profonde sur le sort des légionnaires , dont Germanicus rassembla les ossemens , sans réserver le moindre regret pour les braves guerriers germains qui étaient inorts en défendant leurs forêts et leur patrie. D'ailleurs, aucun écrivain antique ne nous a mis dans le secret de la politique romaine : Montesquieu , avec cette élévation du génie qui ne voit que les sommités des choses, en a rassemblé to\is les traits épars dans un seul tableau. {Grandeur el

66 ESSAI SUR l'HISTOIBB G^KiRALB

Dec. des Rem., c. xnu) Elle semble n'arotr eu aticini but. Asservir, dominer; et puis encore asscrrir. Ah miner , voîlà tout son esprit. Il faut con?enîr que le projet d*un despotisme pur et simple , exercé sur toutes les nations , sans motifs , ni plan , ni vues éleTées , est bien l'idée la plus épouvantable qui puisse se fiésenter à la nature humaine.

, Malgré les traits généraux que nous venons d'esquisser, il y eut , dans tous les temps , quelques esprits supérieurs qui se placèrent bien au-dessus des jalousies patriotiques; mais telle ne fut jamais Topittion de h multitude. Il faut que Thomme arrive à une civilisation très-avancée; il faut qu^il se pénètre des sentimens d'une très-haute philanthropie, avant de franchir la limite de ses idées habituelles , avant de surmonter l'impression si puissante de l'amour exclusif de la patrie. Comprendre dans ses affections toutes les parties de la grande famille , c'est une entreprise qui demande autant de raison que de bienveillance. Ainsi ne nou« étonnons pas qu'il n'ait régné si long-temps que des religions qui commandaient en quelque sorte le mépris pour les étrangers , et dont les principes se rapprochaient de cette maxime constante du gouvernement romain : des /ers, ou la mort pour les barbarts.

Sans doute, la plus belle époque de l'histoire ancienne est celle des premiers siècles qui suivirent la fondation de la république romaine; mais, h côté des plus admirables vertus que l'amour de la patrie ait jamais inspirées, quel effroyable système de politique, quelle barbarie pour les nations vaincues , quel mé-

DU CBBI8Tli.NIS]IB. 5j

pris dos hommes ! Et ce sont just^nenl les qualités de ces fiers républicains qui nous montrent , sous un )oaF plus sombre » tout ce qui leur manquait de vraiment grand. Car la nalure morale de l'homme est pleine de ces contrastes qui font ressortir plus vivement et ses défauts et ses vertus*

Essayons de déterminer maintenant comment l'ap-i parition du christianisme devait affecter ces religions basées sur la politique. Il est incontestable que les anciens connaissement parfaitement la théorie des l<ns générales de la conscience , et cette partie de la mo^ raie qu'on appelle W devoirs. Il n'est pas besoin , pour s'en assurer, de lire le peu qui nous reste de leurs phi' losophes; leur histoire suffit. Une foule de sages avaient enseigné la morale; une foule de grands hommes l'a-^ vaieût mise en pratique. G.e dont la terre avait besoin» ce qui était indispensable pour les progrès des lumières et de la ra^on , c'était une religion qui généralisât la philanthropie , qui remplit les cœurs d'un sentiment cosmopolite de charité ; enfin , une morale qui vint ordonner aux hommes , non pas de voir dans les autres hommes tout au plus des êtres dignes de compassion et de pitié, mais des frères , ayant droit à la même protection et à une égalité parfaite. C'était une idée dont l'application devait être précieuse pour mille raisons. On en avait besoin pour tempérer les guerres et la politique , pour perfectionner la civilisation , pour adoucir toutes les mœurs sociales. On en avait besoin pour donner au commerce, entre les nations, cette familiarité qui rapproche les hommes, multiplie les

5» ESSAI suB l'histoihb gèhAbale

échanges et fait naître de nouTeauz rapports ; car c'est un des aTantages du commerce, qu'il réalise dans la grande masse des hommes le tableau d'une vaste famille 9 dont tous les membres, quoique paraissant s'occuper de leur intérêt propre, contribuent cependant au bien et au bonheur général. Il est évideDt que sans cette grande idée d'égalité , le genre humain deyait rester stationnaire.

Dans cet état de choses , quelle setisation ne dut pas produire la naissance d'une doctrine qui renversait toutes les barrières que Tintérét avait élevées, et qui plaçant les hommes sur une même ligne, débutait par établir des principes directement contraires à ceux qui avaient dirigé les odieuses conquêtes de l'empire* Les opinions spéculatives des philosophes grecs parcouraient en quelque sorte le monde, et semblaient fuir leur patrie, depuis qu'elle était devenue province romaine. Les peuples nombreux qui composaient l'iiéritage d'Auguste se réunissaient dans les principales villes, ou plutôt affluaient dans la capitale. Us commençaient à se £iire des opinions. Dans la suite , cette ardeur de connaissances s'accrut encore par l'influence de l'école d'Alexandrie , qui servit d'asile à la philosophie j moins encore parce qu'elle accueillait les sectes platoniciennes, que parce qu'elle n'en favorisait aucune à l'exclusion do toutes les autres. La cbute du gouvernement républicain avait entraîné celle des idées religieuses qui s'y rattachaient. Abandonnés de leurs dieux , les Romains les abandonnaient à leur tour. On sentait plus que jamais le besoin de croyances nou-

DV GHBI$TIAMISM£. 55

velles 9 depuis que les maîtres de l'Olympe avaient été convaincus de nullité. Aussi , plus tard , malgré les amères railleries de Juvénal, les pi^étres d*Isis se répandirent, de leur antique patrie , jusqu'aux bords du Rhii) et de la Seine , offrant aux philosophes quelques idées pures et élevées , et s'attiranl la multitude par Tattrait du mystère dont leur doctiné était enveloppée. On pense bien que , dans un tel état de choses , le premier soin des chefs de ce vaste système politique devait être de conserver l'équilibre dans une machine aussi compliquée : ce n'était pas assez d'échelonner des ' troupes dans les^ province^ qui donnaient de l'inquiétude , il fallait encore prévenir les réflexions , étouffer cette action morale , qui obsède le despotisme sans qu'il puisse la saisir pour la comprimer. Il fallait à tout prix empêcher la discussion chez une multitude d'hommes enveloppés comme d'une longue chaîne, et qui n'avaient besoin que d'en briser quelques anneaux pour la voir se dissoudre dans toutes ses parties. Nul moyen n'était à négliger pour que tant de peuples n'eussent pas l'occasion d'examiner une croyance également faite pour satisfaire le cœur et garantir les droits de la raison , infiniment plus éclairée , plus indépendante que les systèmes absurdes dont ils avaient bien' voulu se contenter jusque-là. D'ailleurs, une preuve évidente de tout ceci , c'est que dans le pre* mier siècle' de l'apparition du christianisme, des empereurs , dont le caractère était noble et vertueux , persécutèrent la nouvelle doctrine, parce qu'ils l'envisageaient , avec raison , comme une croyance qui

fi4 ksskl 6UB l'uISTOIEB GilliRALB

pouTait compromettre le salut de Tempiro* Intéressés k ce que les peuples continuassent de goûter un repos pendant lequel les facultés de l'amo sont suspendues , Us durent se conduire précisément comme se sont con* duits des rois , quatorze siècles plus tard » lorsque les dissensions religieuses allaient agiter TEurope. Les motifs étaient identiques , parce que, sous plusieurs poinis de yoe , la situation était la même. Un gouremement vaste et absolu est toujours une machine purement artificielle. C'est une chose dont un peuple qui discute pourra s'apercevoir; donc, le pouvoir, dans tous les temps, doit se ranger du coté de ce qui est, et de ce que Thabitùde protège. On conçoit alors pourquoi ies Antonins , qui montrèrent sous la pourpre impériale les verlus de la république , semblèrent abandonner, par leur intolérance , les principes qu'ils se vantaient de professer. Si Vespasien , si Marc-Aurèle surtout , eût rempli une chaire dans Alexandrie , eût été le chef d'une école de philosophie h Rome, nul doute qu'il n'eût respecté les droits de la liberté d'examen. Mais tous deux étaient philosophes couronnés. Ils donnèrent tous deux une nouvelle preuve do l'extrême difficulté d'allier l'amour des grandeurs et l'amour de la sagesse. De notre temps encore , on a vu plusieurs de ces rois très-philosophes , au rapport des courtisans ; c'était à leurs peuples à nous dire s'ils l'étaient (i).

(0 ^DS douU il est ^ifiaiit d^avoîr tu de dos jours Frédéric^ le- Grand publier an A nti- Machiavel-, il est dominage seulement

DV^ GHBIST1AM8IIB. 55

On a Irouvé fort extraordinaire que ces empereurs aieqt proscrit le christianisme. Rien cependant de moins étonnant. Le christianisme pouvait bien avoir quelques droits à leur estime , par la simplicité de ses enseignemens et la beauté de ses préceptes; mais il n'en devait pas moins rester convaincu à leurs yeux du crime de rapprocher tous les hommes » et de commander les mêmes devoirs aux Romains et aux vils esclaves de la Syrie. Il n'avait pas réservé une morale douce et facile à l'usage des Césars. Rome devait repousser une religion qui n'avait rien de romain. Elle eût elle-même répudié les principes de sa politique » en accueillant dans ses murs cettb étrangère , ai mo« deste dans son extérieur , si bornée dans ses préten-* tiens » mais qui , annonçant à la terre des droits longtemps, méconnus» devait remplir les âmes du désir d^ toyt examiner» et allait embraser les cœurs d'une nou*' velle énergie. Pour les oppresseurs de la race humaine» chaque précepte de l'bvangile prend le caractère d'une accusation. Ces maximes si douces du christianisme devenaient des reproches sanglans pour des citoyens orgueilleux, qui avaient rangé tant de millions d'hom*

qu*en 1771 il n'en ait pas donne une édition nouyelle, augmentée de notes philosophiques sur le partage de la Pologne. En général, une auréole de vertus est la chose la plus dangereuse dont on puisse décorer les. rois. Leurs qualités véritables se perdent dans ces rayons imaginaires. Qu'on embellisse les princes sur la toile j qu*on les taille en marbre ; qu'on les jette en bronze : bons, on se les serait rappelés sans cela : mauvais, cela n'empêchera pas qu*<m les maudisse \ ni médiocres , qu'on les oublie.

56 B88A1 SUB L*H1ST0I&£ G&MiBÀLB

mes sous le joug d'une seule ville qui n'était pas libre ellennéme. Le principe fondamental de cette croyance est. de rappeler les hommes à leur égalité prinutÎTe; et , suivant la parabole » de les réunir sans distinction autour d'une même table pour leur faire partager le même festin.

• Tels sont les principes et les doctrines du christianisme ; et dans quels temps furent-ils enseignés à la terre? Dans ce même temps où la politique abominable des Romains , s'avançant toujours de violence en violence , d'envahissement en envahissement , n'aspirait à rien moins qu'à enchaîner toute notre race , et avait presque réussi. Au nom de Rome^ les rois et les peuples tremblaient » depuis cette colonne de limites élevée non loin des cataractes du Nil » dans le sable du grand désert , jusqu'aux rivages où les flots de la mer du Nord se brisent sur les rochers de l'Ecosse. Au moment où l'œuvre paraissait consommée » où l'édifice touchait à sa fin , et où Tibère venait d'en placer la dernière pierre , en accablant les Romains de fers domestiques , des principes de morale et d'égalité , annoncés avec une simplicité sublime et le calme de la vertu , furent répandus tout à coup dans une ville obscure de la Judée, dans cette province encore humide du sang que ses habitans avaient versé pour sa défense. Dans l'empire romain tout entier, qui comprenait alors presque un tiers de notre planète , pas une voix libre ne pouvait se faire entendre, pas un ami des principes ne pouvait prendre leur défense sans trouver des juges prêts à^ les punir, et mille délateurs. Ce fut alors qu'une

DU CHKISTIANI8MB. 5 7

éloquente protestation contre cet odieux système s'éleva du milieu des Juifs ^ peuple inconstant , asservi , et que sa feiblesse rendait plus méprisable encore. On ne peut le répéter trop souvent. Les sages et les philosophes grecs et romains avaient tous vanté les charmes de Findépendance , mais leur intérêt pour la race humaine franchissait à peine les bornes de l'Italie ou du Péloponèse. Ce qu'ils ne firent point, TËvangile l'a fait. Son école est celle du genre humain; son langage ne s'adresse pas à une classe, à une secte» à une caste ' particulière. Il convient à l'homme , dans tous les états de sa barbarie , et tous les degrés de sa culture ; et les accens d'une voix partout entendue , devaient être partout répétés dans l'univers. C'était à la conscience des nations que l'Evangile s'adressait ; aussi s'en saisirentelles y de ces leçons de vertu et de liberté.

Mais il était trop tard; la corruption avait jeté des racines trop profondes. La première chose qu'on fit , ce fut d'altérer ses principes , de commencer lés débats , qui durent encore , entre les pouvoirs spirituel et temporel. Les nations avaient reçu du ciel des leçons bien capables de les préserver de la longue léthargie du moyen âge; mais lorsque l'empire, s'afifaissank sous son propre poids , fut livré,à des conquérans bar]bares, il ne se trouva pour leur résister, ni force dans lés gouvernemens , ni énergie , ni vertu dans lès mœurs. Les hommes avaient été tro]^ aviUs par un long asservissement, pour que la marche de la civilisation ne s'arrêtât pas aussitôt que l'Evangile aurait été défiguré par la fourberie , l'intérêt et le fanatisme.

4^ Iv ^vil/i^Ai' 4m iiiojfisf» â|i(A fut doue»

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