CHAPITRE Vlir
D£ l'oBIGIIïB BT' B£ L'iilPbVBHGB DB LA CHBFALBBIB.
Nous avons essayé de déterminer dans le chapitre qui précède, l'influence des croisades comme événement ihéocratique , s*élevant par la suite coiitre la théocratie elle-miéme. Pour juger ce que devinrent lés idées chrétiennes, il faut maintenant examiner d'une manière plus spéciale l'influence de la chevalerie, comme résultat des croisades , ou comme résultat de la position particulière des esprits. Il est certain d'abord que cette « inslilation » singulière ne fleurit généralement et dans tout son éclat qiie dans les siècles de nos expéditions en Asie. Mais ce n'est pas là que réside la question principale. Le fait qui se place au premier plan est celui-ci : que la chevalerie comme idée profondément et universellement enracinée dans les âmes de tout rOccident, dut exercer l'influence la plus vive sûr les sentimens, les mœurs et les révolutions successives des esprits. Pour reconnaître cette influence nous allons d'abord définir la chevalerie comme fait; nous exposerons ensuite les diverses explications qu'on a proposées , et nous essaierons de déterminer en quoi cet événement, théocratique ainsi que les croisades, a
DU GHBISTIANISUE. 85
eoiitribué,à TaiFrancIi^isseiiieiit de la peasée religieuse.
D'abord il est certain que les nobles et les rois des onzième , douzième et treizième siècles entretenaient ' à leur suite et parmi la cour de leurs vassaux» un personnage revêtu d'une charge spéciale^ celle de. réciter ou de chanter des poëmes. La littérature de ces temps était représentée par la classe générale des ménestrels , diseurs ou harpeurs, comme Robert de Brunne les nomme positivement. Leurs poëmes furent évidemment la peinture de l'époque, et voici comment. La littérature représente très-rarement la sociéti^» et jamais dans une civilisation très-polie et trèsrayancée. En effet, alors la poésie s'élance et devient. idéale. Elle échappe complètement au siècle, et .elle va puiser des modèles dans les temps antérieurs. Mais au milieu d'un siècle grossier et ignorant , lorsque l!çxpérience est nulle, lorsqu'il n'existe ni précédons , ^ni commissance^, ni modèles,, et presque pas de souvenirs , alors force est que la poésie représente la société. Elle ne peut représenter autre chose. Elle ne peut devenir idéale.
Mais d'abord, quek sont les principaux monumens des idées chevaleresquçs?. On peut adi^ettre avec certitude ^que l'auteur inconnu du roman célèbre qui a été nommé plus tard par ses traducteurs le Brut djfyÊgUterre , a déposé dans cette légende métrique les idées de son siècle. Ce poëme est un peu antérieur à l'an 1100 : il date par conséquent du temps même des croisades. Il a étjé écrit sans doute en Angleterre dans In langue anglo^S€u:onne , et il a été traduit en ii55
86 ESSAI sut L'uîSfTOtW GÊWÉRALB
( atl' ifliltëb êbè^ gUëHSes dës^ci^liéjf.) en langue fitrtï- (;;ii/Ùki*6}ïhiôfhnmafè, par Robert Waf(*e de Jefrsfey. Ccoffrtïi»fïe*Blbiiniodt!i rtfvaît^déjà' traduit* eri pfùSB fttîrie. Vét%'i*i'26^, Eatyafaf oh, prêtre anglais; traduisît' lé Bt*uf en: saxo-nortHarid ^ c'est-à^-dî^è eri lèlfcngagef mixte 'qui sdii^lrla (5dii<{Uéte, Vfet*5i i85. Plus thrd, versiSbSj Robenée^ IMtnne y anglais , dbnnaoïne secoiidë ti'aduCtibtlenvers* attglkis du Bttif. Rhsticiéndè Pîse le'tradùisif en- prtjsé' ft^ançaisc^.
telle fi]t4*orfg{ne et le dëTelbppement du plus ancien mdnûtnent chevfflëresqud que Fon coiinaisse : cd sronl letf'aVtnturcè'* célèbres duroi'Arthuk*, de ses explbits', de&i dUevali^re de' la 'tablée ronde et de Merlin ; immiaifte oadt^è' rëin[lli« d'aventures et de' dëâCri{>tIon^, véritable mîmir dU' temps (i).* Un autre monument' dlidëeS'Chevalei^fiqties est sorti de TEspagne, ce fùt^ rhia|Dirif'dè<]lfatrt4èrmagtie et de ses pairs, publiée sous lePfMiK ii<Mi^ë*Turpiii', et tradUte dû latin en françaisr pai^Mtehel'de Haines ver^ 1*207. — Guîdo de Colonne' e€t Benoit dë*SliiM>Mâure composèrent, d*àprès dès traditions latines probablement écrites, des poèmes sur Ik gwtprt d» Trow , v^rs* i<26o. — Enfin le famefux Roman (^jêb!Mmdr(9'pt(r%ï^^PS iiabb' d'après des rétîite ou dès commuiiicfHrtiblis ([be^ 1^* ciDi^s avarient obtenus en Orienn
(i) Ellis, dans »es Spécimens, a donne des ettraits des poèmes orfgînatfird^Robflff Wace, de lïayamon et de Geoffroi de Monmtifitttj Birs'f«»h>i»^tl^^d'tHrfp9 e««îstcnt âen^'ltn coWettions piibUci|ies de^Londties et d^-Paritt.
YoilàdesiœQ&uiiiens les plus anciens^t'Ies prettiiers^ poêniieBcpiiiroprésenteiit les idées^ ofaeraleresqci^;
Mais qiielIe»i8ont'*donc les idées^si remarquables qu9 doiDinettlidaos>oes'>GoiDpositioiisi Ver» iSycT, Ghaucer daas^sfs oimtes de Gantorbéry nous dàtine'cfn une ligne» l'abrégé' desnquariités^ chevaleresques :
ic Vérité et honneur , liberté' et courtoisie; »
Geite de?is\e se montré à: chaque pas dans les ouvina^ ges>qpe nous venons d'énumérer» qui.ont^ servi de basè^ à'ia^-masse de& romans chevaleresques^
La question I se réduit dono èl savoir , eommafit-. dii> saio.da la* théocratie et des guerres saintes; .sont nées» les^maximeside. la loyauté», de l'indépendanci^^idè la> hiSkvourer^r du* resfiect^pour. lèsdame»^ en. uni itiotde: t^honHtun, mot» qui répoad<àtune idée totalemeilt m>*' cpnnue aiix<apeiens.
Essayons- d'abord d'etposer lés opinions^ des éeri*-' ymns sur les causes. de la< chevalerie. L'importance kle» cette q(ie»tioii si< curiebse , et si obscure eâcore » mor tivecësfdétailsi
Il «est impossible de séparer l'histoire de la chevale^ rieide l'histoire des croisades. Ces deux événemems» ou plutôt ces deux grandes révolutions dans la mar* ' chedela civilisation moderne» se tiennent par des liens si I intimes» qu'il est aujourd'hui fort difficile, sinoa im{|Qssible de les dénouer. Le système féodal» commun, à.taui^tles peuples entre lesquels l'émigration des na«* tiodsigermaines avait partagé une partie d& l'Occident;.' diiÉ cQwActomiegrAnde infliien<ij& aur la chevalerie, d
88 ESSAI S.UE l'uiSTOniB GillÉllALE
sans doute en fut la source preipière. Ainsi» pour en assigper nettement l'origine , il faudrait étudier l'action particulière de ce système politique , doat il n'a été conservé que fort peu de monumens complets , et dont l'existence et l'étendue est mieux attestée par les traces profondes qu'il a laissées dans nos mœurs , que par des codes politiques clairs et d'une autorité irrécu* sable. Ce qui a jeté une grande confusion dans les Ihéories assez souvent contradictoires qu'on a proposées sur la cheyalerie » c'est que trop souvent on a essayé de fixer dans l'histoire sou origine précise ; on a cherché à déterminer le pays où elle parut » et ea quelque sorte l'année oii elle prit naissance. Cette marche est tout-à-fait mauvaise. Les grandes révolutions morales n'ont pas de patrie distincte. On ne peut jamais dire de ces chàngemens généraux de mœurs ou d'opinions que les nations éprouvent, qu'ils paraissent à jour fixe. Les convictions qui s'emparent des esprits et les maîtrisent, y restent long-temps ensevelies avant de les mettre en mouvement. II serait impossible de citer un seul changement moral , vaste et profond, qui n'ait pas été préparé de très-longue date. Ni la propagation des idées du christianisme , ni la décadence de l'empire romain , ni l'établissement du* système féodal , ni les envahissemens des papes , ni l'institution de la chevalerie , ni l'abaissement de la grande noblesse , ni la réformation, ni le développement des gouvern^Bmens représentatifs , ni la révolution française , ni au- Clin autre événement comparable à ceux-ci pour l'importance ou l'effet, ne fut imaginé ou exécuté dans un
BU CHBISTUNUKJB. 89
jour, ai iii£»ie dans up siècle; Des itbtctriens supériaurs ont écrit sur tous cei éyénemens., et il^ ont par&itement réussi a démêler 1^ causes qui depuis Jl>ien longtemps ies pi(épari(ieDt en silence. C'est même là . le ' grand but de l'historien^ et celte fonction exige jkieo^; plutôt qu'on raconte cjb qui prépare et décide les, réfo- . lutions » que les révolutioqs ellfii/s-mêmes. Les gax^ttefr* se chargent des faftts , c'est à la philosophie à rechercher les causes. Ainsi , il &ut absolument abandonner dajLs les hypothèses sur l'origine de la chevalerie» toutes celles qui prétendent lui fixer une origine absolue ». comme à une déc^^yerte dans les s^ciences.
.. Il parait incontestable que des traces» non pas obscures mais très-évidentes» des idées qui établirent par la suite le système féodal » se reconnaissent facilement dans les mœurs des nations germaines. Sur ce fait sont fondées une grande partie des belles . recherches dei Atojjitesquieu surins lois du. moyen âge » dont il a |iresque débrouillé le chaos. Mais on ne reconnaît plus sa profondeur habituelle dans le court chapitre qu'il a , consacré à la chevalerie, où l'explication qu'on eût désiré trouver de son origine.se perd dans des. détails, descriptifs» qui ne tendent nullement à résou^dre le problème (i). Lafoule d'auteurjs. modernes qui se sont occupés de ce point intéressant de critique hiskoriqjie; ont eu. à choisir entre plusieurs ^causes fort, différentes;, et au Ueu de les combiner ensemble et d'.en réunir l'effet» malheureusement ils ont préféré de s'attacher
{t) EsprU des Lois , 1. a8 , c. i3, .. . .
^ E88AI 8vri/lMfrWM- ciniaALE
à»aH»iM(p«Bti4^Me^k^«Mioif,* ii*I*«M«liâibii><!bi
tottii IbPaulMs^WAtfrboMmi^ lcr'céiM>i^' ct*itiqaci , dafti»'
8<|MtMM»9l]|*'SMljp^ttm'admérqU€r'lèAdif^ |M^
Tfilt uuiqiimietrt» de Mfiflbeiiee éSÊDr^béë'par'l^'Ara-
biNN|^koeoupètwl^rEb|Mgttev Mtr'lës^madursdb itst»
de»HBawpë<«i)t'fèiii« émblmtfn thèM il adtatel'i{ii«'Iëst
iMÉMy de<Gli«vidfariè-80tit tDOè» d'cnlgtfle eapagnole;
qii9>le«>tUi«|L40i^tii^s»d6 la* ohevrferie et lès* noms-
dwHaiitfqti^on^cito'depréfèlrtttoe MAme lethéllre^
ImM^éxf^ibitir appartiMûent eKdiMiyemeirt à4*&^
U rfaoë9lpdëH}U'ùiie'iliflueBoe toat^MtritsecKmdaireinir
mœurs des nattoas- du Nord'. H' se^ibltifie^du* tetatt^i^
gin%&* d« quidqOèfl^ mîeittiriiite» , et^ ^urtbtit de* dfH«r-
btdotf»* <]iii»i»'mii'i^onn8!tl^<diins^ les'oiieièiinai'iliiti^
WàéM^ à^ hf^ Pètses dèsp coutumesP «jut' ze^ieddtlëul^
UéiAioMJi^ijeltës^dë'll^ clieTalerië% él^qtlPMnBlèriJèttt*
pltiu««t(X{ii0 lë«iisé|»t44 des^femmos n'est^pas^, dans PQ^
riMt^, aussi* gënëfl^I' ni -aUMsi ancien' qu^dn Pàdmei^on*-
dlnairtOnënn fiep^ndailt^ il atoorde que' ce Tarerai les
croisa!fes»qiii« enveloppèrent cet esprit dievalerèssqùe:
jyifbdrd», uiiidspade de temps «ssez con^idéraBlcï sépare"
Pépoqiie'de Itt^dbmtttatibn'dës^ Arabes espagnols dé'Fé-
pdqoe«dl)*Iiogt<andë actidté*di9sr croisades. Le reMë de
l*HiiiN)pe s&timirit séparà des^itifidëles. tin autre'com-
mentftleutfi de» ShakspeMiev Tyrwhitt, a rëftilé^fort
amëlKfnicilt^ cette opinion de Warbuitons oudaiàdins
ibde lui' accorde^ qn^Une très-^-petitë partie delk^ques-
tidil«'£^ëii5twrtmi^iB«$eoonde proposition^qu'il coitotiat
(i) Commentaires sur le f,ove'^ labour* /o#(^ Sbak^peare.
-a^mm^m^m^mf^^^m^mmm^mm^^mammmm^^mimmmmmmmmmm^fm^mmmam^mmtm ' 'I
Itrpliir, etf i|.*déflë qu^bif cîte» tlli* s^uF llëa'en*Est>agttV'
la fMm'ée^BoHc^vùltisl Bt en etkï on lië trùdVë riétl' qui autorise à GfoiréS|ue les communications deâ'pëu-' ples^ igUorans de l*EdfOpétivë(; Ik brillante d^astie âe%^ atenfi^idës-dë^Baj^advdës MHdes'de 'fùnis^et mémé^ dèi^' t«is^ a)^bé$*<fe FËspâgnë', aienf jëmiais été' a^sez' actives* poup que <3ês^ rapjîOrts aient introduit k cKei^ierie chez lëe' nàîihnif cHrét!knne$. Mais'''fl paraît' qu0xheir les^dtftfblis les^j^Ihs septbntribnalbs (i) Itr jmik miHt^rér^ ét&feirt €ït hontiettr comm^ chez: les' pfrtllflifes» du BUdi*,^ sttîVaftlf^ Ife* téintoignage- de l^EiMà , cotti]^oâit(t)ir' poéliqueet- i^H^eustè^ dèf la natîbn* iiliftA-' diri&e^ qulipài«£îit i^monter' sKi' douzième oiitrfeizièmë^ siècle. Dtiils4e|»(d»i^céle9të'd'Offin, îly avialt'utie piacé^ rés&mè&jA^v l^ nmno^hh^i^, einfiérias (^soH dhfnitU',
l&mt^ lesitbéiiries qu-on a* proposées- sur Fî^rij^ire* de la^oheiKaleritf 9e«i^ttachenf aussi'à la discussion' d*iiii poiôt.de.littébat%im'foi*t intéressant » celui de la source' des raman»\ ^r lëqiiel< unfe* fcule d'ôjiinitîns' ont ët& émises; des ouvrages ^remarquables par un mélange confi» de< galantisrte^ et d^esprit militaire' pat-ais^etït
(u)iGio«petit donsnltspsiit- oe'sujet l'ouvi'age curieiirdfe Key^fz AntiifféihUëS'Slt^lecUB^septentnanaitg'St œitiaœ^, quUAarjt piùHÊM loca conçiliorum et capitulaj'um explanantur , dogmata theologiœ ethnicœ Celtarum, gentiumque septentrionalium , cum morîbus et institutis majorum nostrorum, circa idolas, aras , oracula , templa, lucos , sacerdotes , regur/v èltctlones, comitia, et monûmenta sepulchraUa. 1720.
g% ESSAI SVB L'aiSfblBB oftlffcBALE
appartemr principalement aux mœurs modernes, et n'on^ certainement, qu'un ra^ort fort éloigné avec les romans tout amoureux que la Grèce produisit au, moyen fige, et dont Huet (i) a vainement essayé de fiaiire découler tous les romans modernes, en développant une hypothèse que Bayie semUe aussi atoir adoptée (â). L'éyéque d'A?rancbes a beau approuver cette espèce de composition , et assurer qu'il a été écrit des romans par les personnages les plus illustres, tels que des préteurs , des proconsuls , des rhéteurs , des philosophes, des empereurs, des papes, et même des saints, tout cela ne prouve pas que ce genre de littérature , si tant est qu'il mérite ce nom , ait pris naissance en Grèce , d'autant plus qu'il est certain que les premiers romans français sont antérieurs à ceux qu'il cite. On ne peut rien lire de mieux écrit et de plus complet que la belle dissertation de Ginguené sur l'o- Hgine des romans (3), où il adopte l'avis que les troubadours et les trovères reçurent leurs inspirations du voisinage de l'Espagne , et qu'ils les répandirent ensuite dans les châteaux de la France et de F Allemagne.
Dans cette question, où vient se confondre l'hifluence de la chevalerie, des croisades | du système féodal, sans qu'on sache très-bien laquelle de ces choses est née des autres , chaque auteur semble avoir penché pour l'avis qui donnait la plus grande influence
(i) De l'Origine des romans.
. (a) Dictionnaire historique, H^lodore.
(3) Histoire littéraire d'Italie , t. I, c. 5.
'à JBÉ patrie. MtoUét rhktorieii (i) prétend trouver Tèri- ' gine dé là dievaierie dans les moeurs dés nations scândinaves. Il en appeNe auxTestiges ((ui restent encore de leur poésie ancienne. Deux aatetirs anglais ^ Percy(s) et Pinkerton (5), l'un et raut#e plus recomifaîandables parleur éihiAtionque par la justesse de leur critiiiué» oM adè^lé' cette bpinion et Font réduite en corps de éoetrine; En général, ils exagèrent rin£kience des nations gothiques ^ surtout lorsqu'ils' ont recours à' Paà^ torité souvent fort douteuse d'Hérodote , qui rapporté des' détails concernant les Scythes » lesquels sàivânt éiiJe'sèM parfaitement dans Tespri^des nations cliëTalëresques. On pourrait soutenir avec tont autant ' éè raîson que ces tribus tartares, que lé roi des Hhilis où JEKongnauxinibkaL du fond de l'Asie en Europe » avaient des idées' chevaleresques y parce qu'ils célébrèrent dè^ Jeux guerriers autour de sa tombe avant de Tarrdser de sïing humain. D'un autre cftté, Blair, dans Touvrage où il examine , s'il est possible de reconnaître qtielques . traces des usager chevaleresques dans les poésies' osslaUdques (4) , parait admefttre que ce qu'on appelle chevalerie ne figure que dans lès romans et n'eut jamais qu'une existence idéale.
Une autre opinion très-digne d'attention est celle que M. Stapfer à émise en passant dans un ouvrage (5)
(i) ffisioite du'Danêtnarek.
(a) Reliques ofmiçient poetry^ . (3) Dissertation on the Goths and Scythians, (4) Critical dissertation on the poems of Ossian, (5] P^oyage pittoresque dé VOberland, Haines d^Uasprunnea.
^ACi^é ,de 4d ^^))|^r^ > » gme la . yrv w ty jshi e ,i(0|)mi^ q» ||^ ^J['9;^rpUe.féû4Qle4p,iAi()jr6P'^e,l^pW9i^ §9Wi«s
^b^x^n»^ M Ô^W^ èiOttce hMOMlll^ *,àfi ^4mh§r lil$|i j^^^t 4'être;foulé€^^«gmin^ ep Al^^,^ Si9fifk^isAw qls
Aucun sujet hUhwiquô,»:^iplu^,4'%UriiiMïii^>^
chevalerie et, les croisades ont avancé ou retardé la civilisation des peuples mocbi^^. JL^ i}iémi(e fOMm* bourg, en fidèle religieux , i3ie>veut^voir 4an«^la€bevalerie qu'une suite de la paùc de Dieu ou des jours de trêve déçirétés^par le» prélats français et suisscs^Ql; c^n-
l»f^i§«4«Sxd'^fiohr ^qpié Ui Kftrqpir^ .«iM: illsiv coup 4Mlt il ne se releva jainai%^)^E9àAsy^^n.$iir!lftqii«lte'Ie
est extrêmement superficiel. Cependant on ne peut .xûer^ue SQi»iitti^wge.a6 soitJe.^Oj» i^AstediAcu^ de -&its, «ur l'bisteîpe^de» eroiofides ,'^i «ait ^jaoais-pami »
et un travail aussi comiilet est totilours estîmable/Une
'{t) <Mi$t0ùte Mesj^€ramides , itv . i .
(2) Tableau des réi^olutions de l'Europe , par*M.*Rodi , vôl.'I.
(3) mstoire littéraire ^Italie, t. I, c. 3. ♦
(4) Histoire des Croisades, t. V, 1. xviu.
^ B8SA1 -6VB l'hISTOIBI 4rifc!fi&ALE
•^Siûdiip qui pwraltaa premier^tfp^-flDild'tagmiid
. poièB; a été eonsigliée éexm on ouvrage* trètHreinalrqua-
' ble pbrMaillf (i)> dent les reehercttes sur lea cMîsa-
derne sont pas assez connues» et certainement mérite-
ttilëût de Pétre davantage. Il ikie parait supérieur à
presquetetts les auteurs qui ont traité cette matière.
Il admet qu'il existe des traces évidentes dé la cheva-
ierîe avâttt la jpremière croisade. Il croit que ce furent
ies,;;Sij/>'des GaHovingiens qui en donnèrent l'idée, que
'k-n^Hgion est v^nvfe entoite la consacrer pour renie-
'diér aux' désordres 9 et de plus, qiiTelle existait déjà
chëtf^quêlques nations orienlales.
' Silint«*Palaye, dans ses RecherclM^ sur la chevalé-
^rie'(a), s'est beaucoup plus attachée tracer un tableaa
'fidëleet complet des usages et des lois de rinstitutioiii
*qu*è étudier ser sources et son ori^ne. Cependant, il
pense <(u'il serait difficile à*eù trouver des vestiges bieh
' distincts avant le onzième siède. BoutaÎBMitiers «st dta
mêmeavis , et avoue n'avoir pu reconiiattre aucube tradè
des institutions dbevaiere^ues avant te nufteu du on-
sièt&e siècle, i^ous le fè^ne agité du premier Henri (5).
(i) L'esptit des Croisades ^ ou HisHire pùtUUfue âe» guerrei entreprises par les chrétiens cofitre les mahométans. l\ «st bien fâcheux qi^e cet ouvrage soit reste incomplet. Plusieurs des écrivains qui sont venus après, en ont largement profité, sans beaucoup s^cn vanter.
(a) Mémoires sur l'ancienne chevalerie , considérée comme établissement politique et militaire.
^3) Essais Aur la noblesse de France , contenant des réflexions sur son origine et son abaissement, avec cette épigraphe : Heo ! FoiMus TaoEs !
-^^^p<W%i^ivv
Dr CHRISTlAlfISMB. 97
lien attribue assez yaguement rorigine à la résolution que prirent certains gentilshommes d'accord avec le clergé, d'essayer d'opposer une digue aux brigandages et au désordre toujours croissant. Est-il vrai qu'en 1025 une asseml)lée d'évéques réunis à Clermont aient décrété une série de réglemens qui ordonnent , suivant la formule banale , de défenére lesop primés , et où l'on peut distinguer au travers des précautions que l'Eglise prenait pour le salut de son pouvoir, un véritable esprit chevaleresque ? On a proposé une autre hypothèse qui pourrait peut-être concilier toutes les opinions. Warton (1 ), dans l^ouvrage où il consigne les résultats de ses longuesrecherches sur Fhistoire des poètes de sa patrie , fait naître les institution» de la chevalerie, d'un côté, des mœurs nouvelles qui résultèrent de l'invasion d'Odin et de ses guerriers , et de l'autre, de l'influence des Arabes qiii s'avancèrent jusqu'à la Loire et aux bords du Léman. Son jugement se rapproche de celui qu^a dernièrement émis le professeur Bouterwek, dans un ouyrage où l'on retrouve le genre judicieux et profond de l'école de Goëttingue (2). Partout on reconnaît la même variété dans les jugemens des auteurs. Mais ce contact des Arabes et des Français n'est rien moins que {H*ouvé , et on peut dire qu'entre eux il n'y eut
Cl) Historf of English Pœtry.
(a) Il pense que l'auteur d^Amadis de Gaule, \e seul livre sauvé de l'incendie des romans de chevalerie , par Cervantes, a emprunté toutes ses images a la poésie arabe : ce qui fixerait l'ongine des romans.
q8 essai SVB l'hISTOIBB GÀNÊBàUE
aucun échange d« manières. Jean Moller ( i ) parail croire que les premiers ordres chefraleresques prirent naissance à Jérusalem après sa éonquéto par k» croisés , el qu'au milieu des ruines de la ville sainte les &rouches vainqueurs inslitaèrent Tordre des Hes^talîers ; mais il semble penser on même temps que les croisades n'ont pas exercé une influonce bien favorable sur les progrès de l'eaprit dans les derniers siècles
du moyen fige.
Le professeur Buhle («) , sur ce. dernier point, est d'une opinion contraire. Ce savant écrivain incline à croire que le sentiment poétique réveillé par les croi-
' sades contribua beaucoup à hâter le moment de la renaissance dès lettres, et que les institutions de la chevalerie furent le résulta* du mouvement que ces grandes expéditions reUgîeuaes produisirent sur les esprits. M. Tirwhitt, professeur d'histoire à l'uni veroité d'Ëdimboui^ , dans 4'exceUeDt résumé qu'il a donné de ses leçons (3) , conteste absolument les avantages des croisades , mais incline à croire que l'esprit chevaleresque en fut le résultat, sans. reconnaître toutefois que cet esprit ait servi la littérature ou k liberté.
Parmi les historiens puroment compilateurs, Puffendorf, qui se permet rarement une conjecture sur les causes lointaines des événemens, n'attribue aux croî-
(i) Histoire unit^erselle.
(a) Histoire de la philosophie moderne,
(3) Histoire unit^erselle , 2 vcl. in-8®. Ouvrage bien remarquable , à la fois philosophique , complet et ëlëmentaire , très-peu connu en France, et qui sous tons learapports mériterait de Pétre.
DU GHBISTIANI8MB.) 99
gades d'autre bien cpe celui d'ar^r déUvrà TEurope
d'une Ibùle ée tùrbidens ifoi ailaienS^ se Ssàre Hier en Palestine» et leur repreofae sortoot d'a?oir beaui^up fiiYorisé VextenueB du pouvçîp papal (i).
Au imlieu de ces offinion» diverses , remarquons que le proiesseur Heei^ii* dans son mémoire sur les croi- MijM ceiif<Hiiiépari'Institiit4}e.Ftance (s), a démontté )uaqn?à J'évideBiee les idMOEieifses avantages que les croisades ont precivés à l'industrie , au coEnHÉerce, et par-suite au d^eloppement général de l'esprit. Il a indiqué avec beaucoup de profondeur une grande déduetien phîiosopbique qu'il est permis d'en tirer; c*eat queeeseaq^ditimis, dopt les résultats militaires furent absekitocnt n»h, imt produit par une influence toute morale des jivéaultato d'un autre genre ,* que rien n^af neffRCer» parce qu'Hs soni indépendans du sort de» arabes. Son Jitre'pwii être regavidéfeomme le développement d'^oe maxiise, également id^fe dans l'applkatîeti et Traie dans -le prittcipev que les chefs des éiata ne devraient jamais perdre .de vue : c Lesfo^es humaines une fois mises en action ne s'arrêtent pas à vo- /dn/« ; elles s'apptiqu&U à des objets- àehappès à taute prévoyance^ % Dans le mémoire qui partagea le prix , M* Choiseul d'jiillecouri (5),'qui a cependantitr^^ exagéré les avantages des croisades / a mis. hors de doute
( t) Introduction, h ^Histoire' de F Univers ; — De la • Fiance . -^ Du gouiwnement temporel des Papes.
ip.) JEssai sur t'influence des Croisades , par A.-H.-C. Heeren.
(^3) De P Influence des Croisades sur tétat des peuples de t Europe,