‹ Essai sur l'histoire générale du ChristianismeChapitre 9 sur 20 · SI05A · texte numérisé non relu

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leurs résultats bien&isans sur la race abrutie dont rOccident était alors peuplé. C'est même TaTantage le plus clair que ces expéditions produisirent. Le tableau rapide et complet que cet ouyrage présente» est surtout intéressant par les rechl^rches que l'auteur a faites, et qu'il rapporte avec un soin scrupuleux qui devrait trouver des imitateurs* On j remarque étendant au milieu de vues philosophiques souvent for^élevées, une tendresse toute particulière pour les armoiries, que l'auteur appelle • l'aiguillon du courage et le soutien de la vertu. » Mais les armoiries des seigneurs croisés n'étaient pas plus le signe de leur vertu , que la croix la garantie de leur piété. Au surplus , cette prédilection pour tout ce qui regarde l'ancienneté d'origine est une faiblesse assez innocente, et contre laquelle il ne faut pas parler bien haut» qiiand on pense que le grand Montesquieu n'en fut pas exempt, lui qui en es* prit philosophique avait fait ses preuves. II crut sérieusement réfuter l'abbé Duclos , en lui disant que son hypothèse est injurieuse au sang de nos premières familles.

D'après les idées que les historiens se sont faites de la chevalerie, et selon qu'ils ont admis ou qu'ils ont contesté les résultats avantageux de cette institution, ils ont aussi admis ou rejeté l'opinion qui accorde une heureuse influence à ces grandes croisades du moyen âge. Gibbon ( i ) croit qu'elles ont fait plus de mal que de bien , tout en avouant que ce furent les effets et les

(i) Uisiory ofihe decay and f ail oftfte roman Empire , c. 6i.

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suites des croisades qui portèrent les plus grands coups à la féodalité. Robertson les juge moinssévèrement ( i ) , et leur accorde une très-grande part dans le. réveil de l'esprit humain : cependant , par un oubli presque inconcevable de la part d'un écrivain si scrupuleux ^ Brucker (s) n'en fait aucune mention dans les causes morales du rétablissement de la philosophie. C'est à l'influence des mœurs des Normands et aux idées rapportées des croisades , que Hume , si réservé et judicieux dans ses jugemens, attribue l'origine de la chevalerie, dans ses recherches sur la féodalité et le gouvernement anglo-normand (3). Charles Yillers ainsi que Condorcet semblent n'accorder aux croisades que le mérite d'avoir produit une confédération passagère entre les peuples européens (4) •

Plusieurs auteurs, en envisageant la chevalerie sous le rapport de sa prétendue influence sur la littérature, lui donnent une importance même sur les classes inférieures qu'elle n'atteignit jamais. M. Schlegel (5) en

(i) History of Charles the VOi.

(a) Institutiones historiée phUosophicœ.

(3) Histoire éP Angleterre, Appendix u.

(4) Essai sur tesprit et Vinfluence de la réformation de Lutlter.

(5) Cours de littérature dramatique. On sait qae Fauteur alle^ mand attribue au moyen ige , à ce temps de réfonte générale des sociétés , ]a création d'un nouveau genre de littérature. Suivant lui , la chevalerie fut la conséquence du mélange de l'entl«>usiasme religieux et de l'esprit héroïque. Tout ceci n'est rien moins que clair. Cependant on aperçoit souvent, dans ce livre remarquable , des éclairs d'éloquence , je dirais même de génie , qui brillent par intervalle au travers des nuages dont l'auteui s^eat enveloppé.

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Allemagne , el M. Haslyti ( i ) en Angleterre , deux écrivains fort originaux » ont exagéré au«deià de toutes les bornes raisonnables l'influence des croisades et de la chevalerie , et en général du moyen fige , sur Tesprit des nations, et surtout sur leur génie dramatique; comme si les passions du cœur humain » les moyens que Tart emploie pour exciter la terreur ou fiiire couler les larmes, ne sont pas de tons les temps, de tous les pays, et comme s'il y avait la moindre difiS&rc»ice, quant au fond , entre les héros d'Homère et ceux de Hilton , entre les amours de Phèdre et ceux de Ghimène, entre les souffrances d'QEdipe et ks douleurs du roi Léar.

On peut aussi citer des écrivains étrangers qui ont fait dériver la chevalerie des croisades , et qui nient qu'on puisse en indiquer la moindm trace avant cette époque (s). Les auteurs ecclésiastiques en général n'ont pas admis que les croisades aient eu des résultats heu-

(i) Lectures on the EngUsk poets. Un des chapitrei les plus remarquables de cet ouvrage , qui a de grandes beautifs et de grands défauts, c'est celui où l'auteur établit un parallèle entre ce qu'il nomme les quatre grandes sources poétiques , Homère , la Bible , Milton , et le Dante , auquel il attribue la création de la poésie moderne.

(a) Dans cette catégorie , on. peut citer l'évéque Hurd ( Letters on Chwalry and Romance ) ; Gilbert Stuart , dans son View of (Society in Europe^ le docteur Lejden , dans 8onIntro4uction to the complainyt on Scotland , et l'auteur de l'article Chivalrf^ dans la belle encyclopédie dont la publication est dirigée par le savant docteur Brewstèr. Adam Smitb s'est beaucoup occupé de rinfluence des croisades sur le commerce et les arts , qui certainement fut immense.

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reux. Est-ce parée q[u'ils n'ont pfeis ^ se résoudre à

voir méiBe le beau câté d'expéditions qui ont fait couler tant de. sang > ou bien est^e parce ({u'ilts n'ont pas su s'éiefer à cette hauteur philosophique qui enrisage toutes les parties d'un sujet? (.Fleury etMosheim. ) L'auteur d'un ouvrage sur Gbarlemagne » qui est plutôt un -panégyrique qu'une histoire y le professeur Hegewich (i) , n'attribue pas à son héros l'institution des coutumes chevaleresques.

PariDÎ le^ encyclopédistes, Diderot , dont le coup d'oeil historique e^ en général assez ràr, a complètenMnt tnéc0BBu les résultats généraux: des croisades (s)» Son confrère » M» de Jaucourt (3) , attribue vaguement l'origine de la chevalerie, aux paladins de Charlemagne» qui ne furent certainement pas ce qu'on a nommé plus tard des chevaliers , et avoue en même temps que les premiers exeipples de ces institutions et les premiers auteurs qui en parient, ne parurent que plus de doux cent cioquante ans après la mort de cet empe^ r«oi'4 T#iit .ceci provient de l'impossibilité de fixer la âal& précise d'un cbangeoaent dans l^es mœurs des peu^ ples^, fqui oe s'opère cjue fort lentement. Les uns véu^ lemit <^e la chevalerie aie été la suite immédiate des croisades ; les autres prétendent qu'elle fut ipême an* térîoure'è Gharlemagne., puisque Cassiodore en aurait &it miention en parlant des piœurs des Ostrogoths ^ dés

(>^) Histoire de F empereur Charlemagne.

(a] E.NCTGL0PÉD1E , art. Croisades .

(3) Même ouvrage , art. Che Paierie : deux articles fatMes » qui déparent un si bel ensemble.

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le quatrième siècle. On ?oit que dans la fixation de Té poque les opinions ne varient que de quatre cents ans.

Un historien philosophe, de nos jours» M. de Ségur, tout en signalant les désordres affreux des croisades , convient cependant qu'elles élevèrent la première digue contre l'anarchie féodale (i).

Enfin , un auteur moderne a avancé une hypothèse qui paraît s'appuyer de preuves très-plausibles (s). Il pose en principe que toutes les anciennes romances sont d'origine française. Il admet qu^elles prirent naissance chez les Celtes du pays de Galles et du Gom • wall , et surtout chez les anciens habitans de la Bretagne et de la Normandie. Suivant lui , les Celtes auraient eu des chanteurs destinés à célébrer les exploits des guerriers, bien avant les scaldes du Nord, les bardes de l'Ecosse et les ménestrels de la Proyence. Ce qui paraîtrait prouver que ces idées se répandirent d'abord de notre province d'Aquitaine , c'est qu'il parait impossible de trouver en Angleterre des traces de ces institutions avant la conquête de Guillaume de Normandie. Un témoignage de grand poids dans cette discussion , et qui pourrait bien faire admettre que la Bretagne et la Normandie furent le premier théâtre des exploits chevaleresques , et surtout de ce que l'on a nommé c le respect pour les dames , » c'est celui de l'ouvrage de Robert Wace , dont nous avons déjà parlé (3). Dans le long détail qu'il donne des fêtes &-

(i) Histoire unwerselle f t. ix.

(a) Monthljr Magazine, 1800.

(3) Georges Ellû. Spécimens ofthe early English poets.

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baleuses du roi Arthur, il parle incidemment de l'état de Ja Bretagne. Voici quelques Ters de ce passage remarquable :

' De bons homes et de richesse ,

Et de plante et de largesse ,

£jt de corteise et d^ënor , ' Portoist Bretagne , lors la fier ,

Sor toas les règnes d'enyiron ,

Et sor tonscealx que nos savons.

Ja nul chevalier n'i eust

De qàe quel parage il fast ,

Ja peust avoir druerie ,

JVe courteise dame a amiee , •

Si il n^eust trois fois eêté ,

De chevalerie prové.

'* Li chevaliers mieux en valoent , ' •

- * Kt en ester mieulx en fesoent , Et les dames meillores estoent Et plus chastement en vivoent.

^ On voit . éyidemment qu'au temps 6ù ces poèmes furent écrits, ces institutions florissaient en Bretagne; Mais il parait difficile d'admettre avec l'historien Warton , que l'impulsion vint d'abord des poètes , et que l'invention des Aventures du roi Arthur, la fabuleuse histoire des preux de Charlemagne , quelques poèmes barbares sur la guerre de Troie et la vie d'Alexandre , aient pu produire un changement aussi complet dans les mœurs , et qui exerça un empire si profond sur les idées de cette époque. Il faut que cet esprit ait été bien puissant» puisque dans la guerre terrible des croisades^ le dévot mais généreux Tancrède , qui même sans les beaux vers du Tasse se fût rendu . immortel par son

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noble caractère , s'opposa presque seul , au milieu du carnage de Jérusalem , à ce qu'on égorgeât les Sarrasins après capitulation, invoquant jusque pour les odieux infidèles la stricte observation des règles et lois de la chevalerie.

Un^uteur moderne, dans un ouvrage où il s'est proposé hardiment de faire Thistoire complète de tous les ouvrages d'imagination qui peuvent être rangés dans la classe vague des romans ^ M. Dunlop(i), admet que ce genre de composition , ainsi que les idées chevaleresques qui s'y rattachent , ftirent l'un des résultats des rapports des peuples européens avec les Arabes, et que l'Orient en est la véritable patrie* Il accorde d'ailleurs que les tournois sont d'invention française. Il fait découler l'usage de la galanterie des mêmes idées qui établirent le système féodal. Du reste , il parait évident que dans les traditions poétiques de ce temps , on conserva pendant une longue suite d'années l'impression de la littérature ancienne , dont le souvenir ne fut même jamais complètement éteint. Et si on réfléchit à l'extrême difficulté de croire à la naissance ^d'obe poésie nouvelle , peut-être l'opinion la plus raisonnable serait d'admettre que les idées que les auteurs grecs et romains avaient laissées subirent l'influence des nouvelles mœurs et d'un sombre esprit religieux , qu'elles furent insensiblement défigurées par ces images i)izarres

(i) The History of fiction : heing a critical account ofthe most celebrated prosaic works of fiction from the ancient greek romances ta the présent day.

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que rignorance àinsf que la vue des climats et de la na* ture du Nord inventa, mais qu'il- est toujours possible de reconnaître , au travers de toutes ces inventions mo* dernes et locales , le génie de la belle littérature. C'est ainsi que pour étudier une médaille , il faut commencer par effacer la rouille des siècles avant de voir reparaître Tèmpreinte et le style de l'antiquité.

Dans son ouvrage sur les croisades , dont j'ai déjà parié, M. Mlcfaaud, au lieu de discuter la difficulté, se contente de dire , en forme d'assertion , que depuis Gliiarlemagne c il s'était formé une association de no- ^/«^ chevaliers qui parcouraient le monde en cher*chant les aventures. » Tout cela rappelle parfaitement la belle théorie de l'origine des idylles et des romanées de ces gentils bergers , de ces ménestrels langoureux , qui n'ont jamais existé que dans la. fade imagination des inventeurs.

Que pouvons-nous conclure de cette énumération , qu'il eût été très-facile de grossir encore , des hypothèses sur l'origine et la naissance de la chevalerie?

Nous en concluons évidemment que la cause de cet ordre d'idées ne peut être fixée historiquement , et que les historiens ont échoué dans leurs tentatives pour la déterminer. Us ont échoué , parce qu'ils ont voulu 1$ trouver dans un fait historique donné , dans une situation positive, et elle n'est rien moins que là. La chevalepie est un produit de la théocratie romaine. En effet , le mouvement des croisades vint de quelques prêtres enthousiastes et des' papes qui les excitèrent. A l'assemblée de Clormont, lorsqu'un homme. éloquent dévoila les

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douleurs de la Terre-Sainte, on s'écria de toutes parts DU» le veui : c'était un cri chevaleresque. Aussi » tous les premiers romans sont de cette époque. Cet enthousiasme gagna l'Europe catholique. S'armer pour défendre des pèlerins, élever h la fois la croix et l'épée y prendre la cause de la Palestine si chère aux cœurs religieux , le tout sans aucun motif d'intérêt chez les masses , n'était-ce pas voler au secours du feible; n'était-ce pas chercher des aventures; n'étaitce pas être chevalier? CAitu les hommes éclairés , la religion ne cesse pas d'appartenir à la raison : mais chez les hommes naî& et poétiques , au milieu des races à demi-barbares » le culte devient toujours un sentiment , un amour. Lors donc que les chevaliers se croisaient pour la religion , cette cause si belle à leurs yeux , cette cause qui gouvernait toutes leurs actions , qui produisait toutes leurs vertus et tous, leurs crimes , cette cause enCn dont ils dépendaient sans cesse , et qu'ils craignaient tant d'offenser, ces chevaliers n'ontils point dd rêver la religion sous la formé du respect pour les femmes, et d'un attachement épuré pour la plus belle des créatures. La preuve décisive de tout ceci , c'est que vers l'époque des croisades , et du temps des premier» romans, commence l'habitude inconnue aux siècles antérieurs, de parler aux femmes le langage religieux. Les termes de caUe , de sacrifice , de divinité y ii adoration^ furent appliqués aux sentimens qu'elles faisaient naître , démonstration évidente que la religion avait produit ce genre d'amour. Aussi, il était auguste et épuré; aussi, cette poétique idolâtrie enno-

DU GBBISTfAlflSHfi» lOg

biissait «es disciples. La théocratie avait éteint la lainière et là vertu., Du mUieu de cette théocratie, naquit l'honneur et l'amour religieux , c'est-à-dire la chevalerie.

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