L EGLISE
races à peine échappées à l’idolâtrie, les hérésies sont des nuances; il leur suffît d’être ou de se croire chrétiennes.
Opprimée en Afrique, l’Eglise orthodoxe était libre parmi les ariens de l’Etirope, et ceux-ci espéraient vivre en paix avec elle parce qu’ils ne la persécutaient pas; mais une liberté impuissante ne suffisait pas à l’Église : il fallait qu’elle fût conquérante et dominatrice; elle ne voulait pas être tolérée, mais obéie. Ce fut alors qu'elle jeta les yeux sur cette race germanique qui venait d’envahir le nord de la Gaule et qui essayait de s’y agrandir; elle l’arrêta, pour ainsi dire, au passage pour la faire catholique, et lui livra la Gaule pour y régner par sa victoire. Le baptême de Clovis fut le sceau de cette alliance, et ses successeurs la confirmèrent. La défaite des Goths et des Bourguignons, et plus tard la ruine des Lombards et la conversion de la Germanie, furent les suites heureuses de l’entrée des Francs dans l’Eglise de Rome. Appuyée naguère encore sur ces empereurs romains qui l’avaient élevée au pouvoir, l’Église se félicita de les avoir remplacés, après leur chute, par des alliés plus constants et plus dociles; elle tenta de leur donner la même puissance, puisque cette puissance devenait la sienne, et de la viennent ces efforts persévérants de l’Église pour relever dans la personne des rois francs l’autorité des empereurs. Elle veut fonder parmi les barbares une monarchie romaine, forte au dedans pour imposer aux conquérants les lois et l’influence bienfaisante de la religion, forte au dehors pour la répandre par la guerre. Elle ne réussit pas à relever le pouvoir impé-
rial, et, loin d’arrêter le mouvement qui emportait le monde barbare vers la féodalité, elle dut le suivre et entrer elle même dans cette nouvelle organisation de la société germanique-, mais elle réussit à s’étendre avec l’aide des Francs et à conquérir, tantôt par leurs armes, tantôt par la parole de ses missionnaires, la Grande-Bretagne et la Germanie.
Ce ne fut pas seulement en lui donnant dans le monde un instrument de conquête que l’invasion des Francs fut heureuse pour l’Église. Elle remplit la Gaule de trouble et fit des évêques les défenseurs naturels des cités. La société civilisée du pays se resserra autour d’eux; on leur*obéit parce que les barbares les respectaient; ils devinrent des intermédiaires entre les vainqueurs et les vaincus, et on leur tint compte des maux qu’ils avaient parfois su détourner. Si l’on considère encore que le clergé était l’asile de l’élite de la société romaine, qu’au milieu de la barbarie envahissante il avait gardé quelque culture, et que ce peu de lumière était sans cesse entretenu par des relations avec l’Orient ou l’Italie, on comprendra que, malgré les fréquentes saillies de l’esprit barbare plutôt contenu qu’éclairé, l’Église avait, entre ces popu* lations opprimées et ces conquérants à demi dociles, un beau rôle à remplir, une situation élevée à défendre et à conserver.
L’introduction dans l’Occident de la vie monastique vint en aide à l’Église pour agir sur l’esprit des peuples qu’elle gouvernait, et pour s’établir chez ceux qu’elle voulait soumettre. Dans l'Orient, la coutume de se retirer de la vie commune pour sc livrer sans