L EGLISE
trouble à la méditation, est aussi ancienne que la religion elle-même. Le bouddhisme avait dispersé dans les forêts de l’Inde de nombreux solitaires adonnés à une vie contemplative et attendant, dans de saintes mortifications et dans une extatique espérance, le jour qui les affranchirait du monde et de la vie. Des monastères s’établirent aussi dans des lieux écartés ou sur de hautes montagnes, et un grand nombre d’hommes y passèrent leur vie à méditer les vérités de la religion, et à en pratiquer les devoirs. Lorsque le christianisme eut apporté dans l’Europe orientale ces idées du détachement du monde et du mépris de la vie qui engagent insensiblement à chercher la solitude; lorsque la corruption des mœurs païennes, unie aux persécutions, rendit périlleux pour le chrétien le séjour des grandes villes ; lorsque enfin les troubles de l’invasion donnèrent un nouvel attrait à l’isolement et à la pauvreté, alors se répandirent en Syrie, en Egypte, en Afrique de nombreux solitaires, qui poussaient aux dernières extrémités les austères vertus du christianisme. Bientôt les monastères sortirent naturellement de la vie cénobitique, et la ferveur des âmes, surexcitée par le malheur des temps, en fit naître rapidement dans l’Italie et dans la Gaule. Milan, Vérone, Aquilée eurent alors leurs monastères, et en Gaule ceux de Lerins, de Saint-Victor, de Marmoutiers s’ouvrirent aux nombreux chrétiens qu’y conduisait un légitime dégoût de l’état du monde.
Mais c’est le propre de l’Occident de communiquer aux institutions qu’il reçoit, comme à celles qu’il a créées, cet esprit de vie et cette activité féconde qui
sont les marques dist' actives de son génie. Ce ne fut donc pas pour une contemplation oisive que les chrétiens d’Occident se réunirent dans la retraite. En quittant la société, ils n’en repoussèrent que les maux inutiles et que les agitations vaines; ils en gardèrent le premier devoir, l’obligation du travail. Un homme vint alors qui consacra, par une règle sévère et intelligente, cette heureuse transformation de la vie monastique. Au commencement du sixième siècle, saint Benoît de Nursia inaugura, dans un monastère du mont Cassin, la nouvelle discipline qui devint celle de l’Europe monastique tout entière. Le travail des mains et le travail de l’esprit se partagèrent heure par heure, la vie des moines, et firent de leur solitude un instrument de civilisation. L’agriculture et la copie des manuscrits occupèrent désormais une foule d’hommes dont la société régénérée n’oubliera jamais les services.
Comme autrefois, la colonie romaine venait de la capitale assurer la soumission des vaincus et faire rayonner autour d’elle les mœurs et les lois de la grande république, ainsi vit-on, dans cette nouvelle conquête de l’Europe, des monastères s’établir sur les pas des armées chrétiennes ou des missionnaires de l’Eglise, et reailer sans cesse autour d’eux, par le défrichement des forêts et par la prédication de l’Evangile, les limites matérielles et morales du monde civilisé.
l'église.