‹ Essai sur l'histoire universelle. 2Chapitre 28 sur 90 · I. La poudre à canon. » L'Imprimerie · texte numérisé non relu

I. La poudre à canon. » L'Imprimerie

Jusqu’ici nous n’avons vu la civilisation grandir et s’étendre que de deux manières : par les révolutions religieuses ou politiques et par la guerre. C’est Alexandre qui soumet l’Asie à l’influence du génie grec; c’est le peuple romain qui conquiert l’égalité civile et politique, et qui la répand dans le monde ancien ; c’est le christianisme qui renouvelle la société et qui pénètre en Germanie avec les armées de Charlemagne et les missionnaires de Rome. Une révolution morale propagée par la parole et par l’épée, telle est jusqu’ici la forme du progrès. Cette forme ne sera pas détruite ; la renaissance, la réformation, la révolution d Angleterre en donnent la preuve; mais à côté de ces anciennes voies ouvertes à la civilisation s’en découvre une nouvelle, plus large, plus sûre peut-être, et plus rapide : c’est la science appliquée à l’industrie, c’est

l’accroissemenl de la puissance de l’homme sur la nature.

Plus d’une expérience nous a démontré qu’une nouvelle application de la science peut produire, en quelques années, plus de changements dans l’état des sociétés et dans les i'elations des hommes , que n’en opéraient en plusieurs siècles la violence ou la persuasion. Une seule machine, en rapprochant, de nos jours, les nations et en confondant leurs intérêts, a exercé sur elles plus d’influence que tous les conseils de la philosophie. Les découvertes qui ont secondé les efforts des hommes pour sortir du moyen âge ont eu ce même caractère de grandeur et d’universelle efficacité ; elles sont assez récentes pour que leur effet nous soit visible, et nous ne sommes pas réduits, sur ce point, à des conjectures, comme sur ces grandes inventions primitives de la charrue et de la navigation, qui sont restées de mystérieuses légendes dans la vie transformée du genre humain. Depuis ces révolutions importantes, antérieures à l’histoire, la guerre et la politique occupèrent exclusivement l’enfance des peuples et remplirent la place que devaient un jour revendiquer la science et l’industrie. Mais dès la fin du xv* siècle se firent les premiers pas dans cette voie nouvelle, et la destruction du moyen âge fut consommée du même coup.

L’habileté de Louis XI fit beaucoup pour ruiner le système féodal; l’artillerie fit davantage, elle en rendit le retour à jamais impossible. Arme sociale par excellence, symbole et garantie de la force collective, elle devint, une fois que, sortie des tâtonnements de

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