‹ Essai sur l'histoire universelle. 2Chapitre 3 sur 90 · L1VUE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

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ne sont point en guerre, ils passent le temps à chasser, mais le plus souvent à ne rien faire, aimant par-dessus tout le lit et la table. On voit alors les plus braves et les plus belliqueux, dans une oisiveté complète, abandonner le soin de la famille, de la maison, des terres, aux femmes, aux vieillards, aux personnes les plus faibles, tandis qu’ils végètent. Ils passent les nuits et les jours entiers à boire, ce qui ne déshonore personne. » C’est ainsi que le servage assurera par le travail les loisirs de la féodalité, jusqu’à ce qu’un jour ce travail même affranchisse ceux qu’il aura longtemps accablés.

Le rôle de la femme est chez ces barbares plus noble que chez tous les peuples de l'antiquité ; elle est véritablement la compagne de l’homme, et même lui est, en certaines choses, supérieure. <> Les liens du mariage sont sacrés parmi eux, et rien dans leurs mœurs n’est plus louable: c’est la seule nation barbare où l'on n’ait qu’une femme, hormis un petit nombre de chefs qui, pour relever l’éclat de leui noblesse, s’environnent d’un cortège d’épouses. La femme n’apporte pas de dot au mari, c’est le mari qui en apporte à la femme. Le père et la mère, ainsi que les proches, assistent à l’entrevue et reçoivent les présents : ces présents ne sont point de ces parures superflues qui flattent la vanité des nouvelles épouses ; ce sont des bœufs, un cheval harnaché, un bouclier, une épée, une framée. Le mariage est ainsi conclu; et, de son côté, la femme donne au mari quelques armes : c’est là leur lieu le plus lort, c’est le symbole mystérieux de leur union, ce sont leurs dieux d’hyménée. De peur que la femme ne croie les idées de carnage et les hasards de la guerre étrangers à son

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sexe, on l’avertit par ces cérémonies mêmes, qui consacrent son mariage, qu’elle vient partager les travaux et les périls; quec’estsonsortdansla paix, son sort dans le combat, d’endurer et d’oser autant que son époux. Voilà ce que lui apprennent ces bœufs attelés, ce cheval tout équipé, ces armes qu’on lui donne : qu’il faut vivre, qu’il faut mourir comme son époux ; qu’on lui confie à elle un dépôt sacré pour le tr ansmettre dignement à ses enfants, de qui le recevront ses brus pour le transmettre à leur tour à ses petits-fils. » Aussi les Romains étaient-ils accoutumés à rencontrer sur les champs de bataille les femmes germaines excitant et soutenant les guerriers. « Ils ont prés d’eux tout ce qu’ils aiment; ils entendent les cris de leurs femmes et de leurs enfants ; ils redoutent le plus leur témoignage; leurs louanges les flattent le plus. Ils présentent leurs blessures à leurs mères et à leurs femmes, et elles ne craignent point de les compter et de les juger. Elles portent des vivres aux combattants et les viennent exhorter. On se souvient d’avoir vu des armées en déroute ralliées par les femmes, ne se lassant pas de supplier, d’opposer leur sein aux fuyards, de leur montrer imminente cette captivité qu’ils craignent plus pour leurs femmes que pour eux-mêmes. Aussi , pour enchaîner leur fidélité, on exige toujours l’envoi parmi leurs otages de quelques femmes nobles ; ils vont jusqu’à peuser que les femmes ont un caractère sacré et une sorte d’inspiration prophétique; ils ne négligent jamais leurs conseils et recourent volontiers 1 à leurs oracles. Nous avons vu, sous Vespasien, Velléda ^ regardée par la plupart d’entre eux comme une div -

nité, comme jadis Aurinia et plusieurs autres, auxquelles on rendait une sorte de culte, sans adulation, sans les élever au rang des dieux. » C’est ainsi que les mœurs des peuples barbares étaient prêtes à venir en aide au christianisme pour élever la condition des femmes, et que dans la nouvelle société, comme dans l'ancienne, tout conspirait à déterminer ce progrès qui est la source de tant d’autres.

L’adoration d’Ertha, de la terre, était le fond de la religion originelle de ces peuples; mais les dogmes Scandinaves avaient plus tard pénétré jusqu’à eux par l’invasion des adorateurs d’Odin : c’était encore l’adoration des forces de la nature, mais revêtue d’une mythologie poétique et guerrière. Thor était le plus puissant dieu de cet olympe; Odiu, qui siégeait à sa droite, était le dieu de la destruction et de la guerre ; et Freya, semblable à la Vénus païenue, était la déesse de l’amour et de la fécondité. Le culte d’Odin, qui répondait le mieux aux passions de ces peuples, s’était le plus répandu dans la Germanie. Une autre vie attendait les hommes au delà de cette terre : elle était misérable pour ceux qui sortaient naturellement de ce monde, délicieuse pour ceux qui mouraient par le fer. La bravoure était donc seule récompensée, ét cette récompense c’était une éternelle alternative de combats et de festins dans le palais d’Odin, dans le Walhalla, où se retrouvaient armés tous les braves. Aussi ensevelissait-on avec le guerrier son cheval et son armure. Religion légendaire avant tout, culte indéterminé, sans caste sacerdotale pour le maintenir, abandonné aux chefs militaires, qui entraîneront facilement tout

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leur peuple, si leur intérêt demande un changement de religion. Les conversions se feront toujours en masse, mais les abjurations de même; et des tribus entières quitteront et reprendront, selon l’occasion, le catholicisme, le paganisme et l’hérésie.

Une tribu germanique, les Scandinaves, se distingua dans ses invasions maritimes par une férocité particulière. L’âpreté de leur climat, la stérilité de leur territoire les forçaient à dépenser en incursions aventureuses l’excédant de leur population. On égorgçait parmi eux les vieillards, et la jeunesse, consacrée quelquefois à une émigration générale, comme dans l’antique Italie, se lançait sur l’Océan dans des barques légères couvertes de peaux. La famine, l’enivrement d’un continuel danger, leur mélange avec des proscrits de toutes les races les rendaient prodigues de sang. Un de leurs rois tira son nom de ce qu’il défendit de jeter les enfants en l’air pour les recevoir sur la pointe des lances.

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