‹ Essai sur l'histoire universelle. 2Chapitre 4 sur 90 · II. Alarlc. — Attila · texte numérisé non relu

II. Alarlc. — Attila

Les Goths n’entrèrent point tout à fait barbares dans l’empire : ils étaient déjà chrétiens. Ils ne furent guère cruels que par représailles. On sait que les exactions des ministres impériaux les poussèrent à la guerre et au pillage. Mais, après leur victoire d’Andrinople, ils se laissèrent disperser, acheter, enrôler par Théodose, et ils défendirent à leur tour l’empire contre les Huns et contre Arbogast. Lorsque le monde

romain fut partagé, Arcadius eut à Constantinople un Aquitain pour ministre, Rufin ; et Honorius eut pour ministre un Vandale, Stilicon. L’Aquitain lança les Goths contre le Vandale, et Alaric les conduisit en Grèce. Ils passèrent, selon leur coutume, ravageant les campagnes et laissant derrière eux les villes, échappèrent à Stilicon, qui les avait cernés en Arcadie, et, arrivant en Italie, assiégèrent Honorius dans Asti; mais Stilicon les surprit à Pollentia, et les dispersa après un grand carnage. Honorius voulut s’attacher Alaric et les restes de son armée ; il le nomma son général, le chargea de conquérir l’Ulyrie pour l’empire d’Occident, et alla triompher à Rome.

Mais dès que les autres tribus germaniques virent l’Italie forcée, elles s’ébranlèrent et entraînant tous les peuples sur leur passage, pénétrèrent jusqu’à Florence. Des Goths, des Burgundes, des Alains, des Vandales composaient cette grande armée, que Stilicon enveloppa dans les rochers de Fésules, et réduisit à se rendre. Le chef de l'invasion, Radagaise, eut la tète tranchée. Les Goths étaient simples et confiants; à Florence, comme à Pollentia, une tactique élémentaire avait triomphé de leur nombre. La défaite de Florence détourna sur la Gaule le reste des envahisseurs. Le dernier jour de l’année 406, les Germains passèrent sur le corps des Francs Ripuaires, confédérés pour la défense du Rhin, et envahirent la Gaule, qui fut dévastée jusqu’à ce que les Burgundes se fussent établis sur les bords du Rhin, et jusqu’à ce que les Suèves, les Alains et les Vandales eussent franchi les Pyrénées.

LES BARBARES

Arrêtes au fond de l’Adriatique, Alaric et ses Goths furent rappelés sur Rome par l’ingratitude et la folie ct’Honorius, qui fit tuer le sauveur de l’Italie, Stilicon, et se crut assez fort pour chasser les barbares. Rome fut prise et saccagée, et le sénat donna le titre de maître de la milice à Alaric, qui aimait, comme tous les barbares, les titres et les dignités du grand empire. Alaric allait passer en Sicile, lorsqu’il mourut subitement à Cozenza; laissant à la tête des siens son frère Ataulf, que la civilisation romaine, vue de plus près, avait gagné. * J’ai cru longtemps, dit-il, que nous étions destinés à renverser l’empire romain ; je comprends maintenant que ce que nous avons de mieux à faire est de le soutenir. » Ces barbares étaient de bonne foi et se sentaient inférieurs au monde romain. Sidonius Apollinaire nous représente le conquérant devenu client du Romain vaincu, et lui faisant sa cour en mauvais latin. Ataulf épousa la sœur d’Honorius, Placidie, et passait en Espagne pour en chasser les barbares, lorsqu’il mourut assassiné. Wallia, successeur d’ Ataulf, continua cette guerre, détruisit les Aiains et poussa dans la Bétique les Vandales, qui s’élancèrent de là sur l’Afrique.

Le gouverneur de cette province y appelait luimême les Vandales, pour l’appuyer dans sa révolte contre l’empereur; épouvanté à la vue de ses nouveaux alliés, il les combattit en vain. L’Afrique fut soumise ; le fils ü’Honorius, Valentinien, l'abandonna par traité, et le chef des Vandales, Genséric, devint le fondateur d’un royaume éphémère. Il fut le roi de la Méditerranée et brava Constantinople; mais

la molle corruption des Romains d’Afrique ne tarda pas à gagner et à énerver les conquérants.

Les Huns arrivaient à leur tour sur l’empire, derrière les peuples que leur choc avait ébranlés. C’étaient de petits hommes sur de petits chevaux, trapus, d’une horrible figure, les yeux écartés, point de barbe, les plus effrayants des barbares et aussi les plus impitoyables, incapables de civilisation. Ces rapides cavaliers soulevèrent] sur leur passage celles des tribus germaniques qui n’avaient pas encore pris part à l’invasion; elles se mirent à leur suite, pillant et égorgeant comme eux. La fierté de ces hordes était sans bornes. Attila, de son village de bois, faisait dire à l’empereur : « Votre maître Attila vous ordonne de lui envoyer un éléphant et un lit d’or. » Cette fierté n’était pas sans grandeur. Il accabla de son mépris les ambassadeurs de Théodose, envoyés pour l'assassiner.

L’Orient ravagé et soixante villes détruites, Attila arrive sur l’Occident et se trouve en face des barbares, qui ont déjà conquis le pays et qui le défendent à leur tour. Romains, Visigoths, Saxons, Burgundes, Francs Ripuaires, Saliens, viennent ensemble au-devant des nouveaux envahisseurs, et la grande bataille de Châlons sauva l’Europe occidentale. Les Huns, repoussés de la Gaule, retombent, comme un torrent, sur l’Italie. Tout le nord est ravagé, les villes sont brûlées et Rome va périr, lorsque le pape Léon vient au-devant du barbare et le décide à se retirer. Le roi des Huns alla mourir sur les bords du Danube, et sou peuple, déjà dévoré par ces courses sanglantes à travers l’Europe et l’Asie, acheva de se disperser.

LES BARBARES

Rome n’avait échappé que pour un moment à l’invasion. Genséric et ses Vandales la visitèrent, et elle fut pillée et ensanglantée pendant quatorze jours. Une succession d’empereurs sans pouvoir, créés par les barbares ou par le sénat, maintenaient l’existence nominale de l’empire d’Occident ; mais Romulus Augustule, le dernier de ces fantômes, fut chassé en 476, par Odoacre qui, proclamé roi d’Italie par les barbares confédérés, renvoya les ornements impériaux à l’empereur de Constantinople, en loi demandant le titre de patrice. Ainsi finit l’empire d’Occident, après quatre-vingt et un ans d’existence, depuis le partage du monde romain. Ainsi est justifiée la sagesse du fondateur de Constantinople, qui se soutient imprenable au milieu des courants de la barbarie qui renversent tout autour d’elle.

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