‹ Essai sur l'histoire universelle. 2Chapitre 30 sur 90 · XI. l'Mco de Gnmn. — ChrifUophc Colomb · texte numérisé non relu

XI. l'Mco de Gnmn. — ChrifUophc Colomb

En même temps que la civilisation européenne est armée de nouveaux moyens de progrès et de conquêtes, s’ouvre devant elle un monde nouveau. L’unité monarchique du Portugal assurait à ce pays ce repos intérieur qui force les peuples à tourner au dehors leurs inquiétudes et leurs désirs. Resserrés du côté de la terre par le développement de l’Espagne, attirés par l’Océan, les Portugais se firent navigateurs et fondateurs de colonies. Venise, Alexandrie, Constantinople s’enrichissaient par le commerce de la Méditerranée et de l’Orient; ce fut vers l’Orient que les Portugais jetèrent les yeux. On sentait que l’Afrique, dont le nord seul était connu, ne pouvait se prolonger à l’infini vers le sud, et que ce même Océan qui baignait les côtes du Portugal , devait remonter, en tournant l’Afrique, jusqu’à la mer Rouge et jusqu’à l’Inde. A l’impulsion donnée par les rois se joignit bientôt l’enthousiasme religieux et patriotique de la nation; chaque année, la côte occidentale de l’Afrique était explorée plus avant; Madère, les Açores, les îles du cap Vert sont successivement découvertes; l’équateur est franchi, des établissements portugais sont fondés au Congo; enfin Barthélemy Diaz atteint en 1486 l’extrémité méridionale de l’Afrique et entre-

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voit cette route des Indes que Vasco de Gaina doit parcourir.

Ce fut onze ans plus tard que partirent, au milieu des bénédictions des prêtres et des acclamations du peuple, les trois petits navires qui tournèrent le cap de Bonne-Espérance et qui abordèrent sur la côte de Malabar. Le chemin était tracé : Cabrai suivit Vasco de Gaina et fonda à Calicut la première des colonies européennes. Une tempête, jetant Cabrai à l’occident, lui fit découvrir le Brésil. La découverte du nouveau monde avait déjà suscité, entre les Portugais et les Espagnols une rivalité que termina l’arbitrage du pape. Une ligne droite fut tracée, perpendiculaire à l'équateur et passant par les Açores. Tout ce qui se trouvait à l’orient de cette ligne était donnéau Portugal; l’Espagne était investie de tout ce qui se trouvait à l’occident. Albuquerque étendit et affermit cet empire oriental assigné à sa patrie. Il prit Socotora, s’empara d'Ormuz, montrant une pile de boulets et de grenades aux envoyés du scbali de Perse, qui réclamait un tribut. En vain Venise, unie au Soudan d’Egypte, lutta contre l’accroissement ruineux pour elle des colonies portugaises. Goa, Malacca, Ceylan, furent occupées par les Portugais, et leur donnèrent la mer du Bengale. L’alliance du roi de Siani et de Pégu, leur commerce avec la Chine et le Japon semblaient assurer aux Portugais une longue et paisible prospérité; mais la faiblesse relative de la métropole, le développement maritime de l’Espagne et de la Hollande devaient enlever au Portugal un si vaste empire, en ne lui laissant guère que la gloire de l’avoir fondé.

Il ne reste à l’Espagne elle-même qu’un souvenir de la plus grande découverte qu’un homme ait pu faire, et des possessions les plus immenses qui aient pu enrichir une natiou. Un Génois, qui avait pris part aux entreprises des Portugais, et qui avait cherché avec eux la route des Indes par le sud de l’Afrique, fut bientôt frappé de la grande et simple idée du prolongement du continent indien vers l’occident de l'Europe. Il ne put se résoudre à croire que la m^r occupât seule cette immense étendue du globe, et qu’en naviguant à l’occident on ne rencontrât pas bientôt la terre. Si grande que fût son espérance, elle était audessous de la réalité. Ce n’était pas le continent asiatique qu’il devait rencontrer à l’Occident, mais une vaste presqu'île, jetée entre l’Europe et l’Asie, et séparée de cette dernière par un nouvel océan. Ce n’était pas l’Inde qu'il devait retrouver, c’était l’Amérique qu’il devait découvrir; ce n’était pas une route commerciale qu’il allait frayer à l’Europe, c’était un monde nouveau qu’il allait livrer à la civilisation et faire rentrer dans la grande famille humaine. La gloire de Colomb ne fut pas seulement d'avoir trouvé plus qu’il ne cherchait, et créé, comme on l’a dit, la moitié du monde. Sa gloire la plus haute, indépendante de l’événement, est dans sa foi et dans sa persévérance. Rempli de son idée, la portant de cour en cour, renvoyé du sénat de Gènes au roi de Portugal, puis au roi de Castille, qui le laisse partir pour l’Angleterre; soutenu huit ans, par une religieuse confiance, contre les refus des souverains et contre les objections des savants, Colomb a mérité par là d’atta-

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clier son nom à cette extension inattendue de l'ancien inonde. Quelle épreuve lui a manqué? Fut-il au monde une angoisse pareille à la sienne, lorsqu’à son premier voyage, ses matelots révoltés le sommaient de revenir et l'arrachaient à sa découverte au moment de l’atteindre ? N’éprouva-t-il pas les derniers effets de l’ingratitude humaine, lui qui revint de son second voyage les fers aux pieds et aux mains, «et qui, au quatrième, faillit périr de misère sur les côtes de la Jamaïque, après s’être vu fermer les ports qu’il avait découverts? 11 eut, en échange de tant de maux, la paix de la conscience, des consolations religieuses, des visions et des extases, et, par-dessus tout, ce moment d’une joie ineffable, la plus vive et la plus profonde que puisse ressentir le cœur d’un homme, lorsque, dans la nuit du li octobre 1492, le cri de terre s’éleva de l’un de ses petits navires pour signaler le nouveau monde et pour donner raison à son génie.

Bientôt succèdent à Colomb les explorateurs et les conquérants; l’isthme de Panama est traversé et le grand Océan reconnu; le Mexique est découvert et livré à un aventurier, Fernand Cortez. Cinq cents soldats, seize chevaux et dix canons soumirent ce vaste pays, organisé cependant pour une meilleure résistance; mais l’effet terrible des armes à feu et la terreur superstitieuse des armées mexicaines décidèrent la victoire des Espagnols. Ce fut un frappant exemple de la puissance de la civilisation et de la prodigieuse différence qu’elle peut mettre entre la force relative des hommes. En appelant les Espagnols des dieux, les Mexicains rendaient hommage à cette mer-

veilleuse transformation de la nature humaine, élevée ainsi au-dessus d’elie -même et investie d'attributs nouveaux. La conquête du Pérou ne fut qu’un massacre. Pizarre et deux autres aventuriers l’envahirent avec deux cents hommes et quelques chevaux. Mais la rivalité des conquérants, enivrés de sang et de pillage, retarda longtemps l’établissement delà colonie espagnole et l’admipistration régulière du pays. L’ordre fut enfin porté dans ces vastes conquêtes par la main vigoureuse de Charles-Quint. Elles furent divisées en deux gouvernements, celui de Mexico et celui de Lima. Des vice-rois, assistés d’un conseil ou audience, les administraient sous la surveillance suprême d’un conseil des Indes qui siégeait à Madrid. Le christianisme avait dans ce monde nouveau une tàcbe immense à accomplir. Le premier effort des missionaires fut d’arrêter l’anéantissement de cette population qui disparaissait sous le poids du travail et d'une cruelle servitude. Enchaînée dans les mines, décimée par les sanglants caprices des aventuriers, cette race malheureuse ne fut qu’imparfaitement préservée par la généreuse ardeur de Las Casas et de ses successeurs apostoliques. Bientôt les conquérants eux-mêmes furent soumis, par l’héritier de Charles-Quint, au joug terrible de l’inquisition.

Les conséquences de ces découvertes et de l’établissement de ces colonies furent importanteset durables. Elles ouvrirent une nouvelle carrière à l’activité de l’Europe, en même temps qu elles ouvraient de nouveaux continents à la civilisation. Les esprits subirent l’influence de cet élargissement de l’ancien monde ; la

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patrie, l’Europe même ne limitèrent plus les espérances et les ambitions des hommes; un instinct de voyage, un désir de changement se répandirent parmi les peuples, de moins en moins attachés à la glèbe. La marine, ce puissant instrument de civilisation, se développa chez tous les peuples occidentaux aussi rapidement que leur commerce, et l’on put voir dès lors comment la Méditerranée serait un jour déshéritée au profit de l’Océan, comment à Venise succéderaient un jour la Hollande et l’Angleterre.

Ces résultats étaient encore éloignés ; le plus immédiat fut la prépondérance de l’Espagne, devenue menaçante pour l'indépendance européenne, enrichie par les métaux précieux du nouveau monde, agrandie par ses victoires sur la France, qui s’etait imprudemment engagée dans la conquête de l’Italie. Depuis le jour où Louis XII l’appelle au partage du royaume de Naples jusqu’à la signature du traité de Cateau-Gnmbrésis, l’Espagne ne cesse d’accroître, à travers les chances de la guerre, l’influence de ses armes et de sa politique. Mais, au milieu même de ce progrès rapide, la renaissance, à laquelle elle reste étrangère, la réforme, dont elle se déclare l’ennemie et qu’elle ne peut arrêter en Allemagne, lui annoncent et lui préparent, par les mains de la. France et de l’Angleterre, la plus prompte et la plus complète des décadences.

■11. Le» guerre» d'Italie. — C liurlCH-t|ulnt et Vranrol»I“

Si l’Italie, destinée à servir de théâtre à cette lon-

gue lutte, n'était pas assez forte pour repousser ses envahisseurs, elle était assez amollie pour les corrompre. Une grande prospérité matérielle, de grandes richesses, des mœurs faciles et brillantes, l'indifférence politique et la servitude sous une foule de petits princes, avaient énervé cette race si énergique au moyen âge. La débauche, les assassinats, les empoisonnements étaient passés en habitude, et jouaient un grand rôle dans les affaires politiques de. la Péninsule. Les plus habiles maîtres en ce genre étaient le pape Alexandre VI et son fils César Borgia, le triste héros de Machiavel *. Ils avaient exterminé ou terrifié la remuante noblesse des Etats de l’Eglise; alliés à Venise et à Louis le More de Milan, ils menaçaient d’enlever à la maison d’Aragon ce royaume de Naples auquel prétendait la maison de France, héritière des droits de la maison d’Anjou. A l’appel de Louis le More, CharlesVIII,qui rêvait, au delà de la conquête du royaume de Naples, celle de Constantinople, passa les Alpes avec une formidable armée, et traversa comme un torrent l'Italie, habituée à la guerre inofïensive des condottiere et épouvantée de la sanglante impétuosité des Français.

Les Florentins sont chassés de Pise, les Médicis, de Florence ; le pape, réfugié dans le château Saint-Ange, livre en otage son fils et un frère du sultan, qui devait servir aux desseins de Charles VIII sur l'Orient, mais qu'Alexandre VI avait empoisonné en le livrant. Naples tombe sans résistance aux mains des Français;

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