‹ Essai sur l'histoire universelle. 2Chapitre 36 sur 90 · I- A REFORME · texte numérisé non relu

I- A REFORME

Le secret de cette tolérance était la rapide invasion des Turcs, que Soliman le Magnifique avait lancés au delà de Vienne* assiégée inutilement pendant vingt jours par son immense armée ; puis la Hongrie envahie de nouveau, la Méditerranée en proie aux pirates de Tunis et d’Alger, enfin, les attaques renouvelées du roi de France avaient tenu l’empereur en échec, pendant que se poursuivaient en Allemagne les progrès du protestantisme et en même temps ses discordes. L’anabaptisme s’était relevé en Westphalie, •plus aveugle et plus furieux que jamais; ce n’était plus contre la société féodale et contre la tendance aristocratique de la réforme que se soulevaient les fanatiques, dont Munster devint le centre et le tailleur Jean de Leyde le chef et le prophète. Le christianisme disparaissait avec la société ; la polygamie , le règne despotique d’un inspiré auquel le royaume du monde était promis, des scènes étranges d’exaltation religieuse et de débauche publique donnèrent à cette insurrection un caractère particulier, contraire au génie de l'Europe et plus conforme au mysticisme sensuel de l’Orient. Cette secte, condamnée à périr, se défendit avec fureur dans Munster, et pressée par la famine, vécut de chaire humaine plutôt que de s’avouer vaincue et que de renoncer à l’espoir de la domination universelle. La ville fut enfin emportée d’assaut, et ce sombre délire fut étouffé dans le sang.

Cependant Charles-Quint, délivré par un traité de toute inquiétude du côté de la France, jugea le moment venu d’en finir avec la réforme et, en même temps, avec l’indépendance de l’Allemagne, dont il pouvait armer

nue moitié contre l’autre. Les premiers actes du concile de Trente et les menaces indiscrètes du pape avertirent les protestants de se préparer à la lutte. Quatrevingt mille hommes se rassemblèrent sous le drapeau de la réforme; mais, abandonnés par la France, les protestants furent, en outre, trahis par le jeune Maurice de Saxe, qui seconda activement Charles-Quint. Les confédérés furent donc battus par l’empereur à Muhlberg ,et leurs chefs, l’électeur de Saxe et le landgrave de Hesse , tombèrent au pouvoir de Charles- Quint. Luther était mort à temps pour ne point voir ' cette première lutte et ce grand revers.

L’imprudence orgueilleuse du vainqueur fit la fortune des vaincus. La dureté de Charles-Quint , qui traînait après lui ses deux vénérables prisonniers, ses projets de tyrannie , dénoncés par des mesures rigoureuses contre le duc de Prusse et par des menaces contre les possesseurs des biens sécularisés , sa faveur pour les étrangers espagnols et italiens qui envahissaient l’Allemagne, et surtout cet intérim où, s’érigeant en théologien , il prétendait concilier les deux partis, rendirent sa victoire infructueuse. L’Allemagne ' se trouva unie contre lui et communiqua toute sa force à ce jeune Maurice de Saxe, qui, d’abord allié de l’empereur, devint tout à coup le représentant du mécontentement public. S’alliant secrètement au roi de France Henri II , feignant d’aller soumettre Magdebourg et se joignant aux révoltés, Maurice marcha rapidement sur Inspruck et faillit y faire Charles-Quint prisonnier. En même temps , la France s’emparait des Trois- Evêchés. L’empereur s’avoua vaincu. La convention de

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Passau , qui assurait aux protestants la liberté de conscience , ne fit que précéder la paix d’Augsbourg , qui, en 1555, proclama leur égalité avec les catholiques, et qui trancha le véritable nœud de la guerre, en déclarant définitive la sécularisation des biens ecclésiastiques. Mais cette sécularisation était interdite pour l’avenir, et c’était une question nouvelle à résoudre par les armes.

La paix d’Augsbourg contribua à chasser Charles- Quint du monde. C’était le corps qui le premier avait fait défaut à cette haute intelligence qu’animait une passion si opiniâtre. L’âme était- encore entière dans cette enveloppe» délabrée, que minait la fièvre, que l’épilepsie venait bouleverser par intervalle, dont la goutte avait noué les extrémités; mais les revers se joignant aux infirmités, les obstacles extérieurs venant sans cesse aigrir cette âme qu’irritait déjà la défection du corps , amenèrent enfin cette fameuse retraite -dont la pensée avait é{é longtemps nourrie et qui n’eut d’une mort anticipée que l’apparence. Elle ne fut pas exempte de trouble et le protestantisme vint l’agiter encore.

L’Allemagne respirait cependant et croyait avoir payé son tribut à la révolution religieuse, qui allait maintenant agiter le reste de l’Europe. La réforme de Luther avait eu Charles-Quint à combattre et l’avait vaincu. Celle de Calvin aura Philippe II pour adversaire et remportera contre lui une victoire plus difficile et plus sanglante; elle traînera Marie Stuart sur l’échafaud et renversera plus tard sa race du trône d’An gleterre. Mais, avant de raconter ces longues luttes

or les grands changements que la nécessité de combattre le protestantisme amena dans la discipline et dans le génie de l'Eglise romaine , suivons dans le nord de l’Europe les destinées de la réforme luthérienne, et voyons comment elle s’unit étroitement, en Suède et en Danemark, au génie national et à l’amour de l’indépendance.

L’affranchissement de la Suède et sa conversion luthérienne furent une seule et même révolution accomplie par un seul homme. Elle était retombée sous la domination du Danemark, et l’union de Calmar rétablie l’asservissait à Christian II. Ce ne pouvait être que pour un temps : l’œuvre du Danemark en Suède était terminée depuis le jour où ce pays, gagné au christianisme et à la civilisation, s’était senti capable de vivre libre et avait revendiqué sa liberté. Christian IL rendait cette dépendance stérile plus lourde encore par ses rigueurs contre la noblesse suédoise , décimée sur les échafauds. Une partie du clergé appuyait la tyrannie étrangère ; une commission ecclésiastique avait prononcé d’odieuses condamnations. Un jeune descendant des' anciens rois de la Suède , retenu en prison par Christian , fut le libérateur de sa patrie. 11 parut parmi les mineurs de la Dalécardie , vécut quelque temps parmi eux , leur révéla , aux fêtes de Noël , sa naissance et ses desseins , et les entraîna contre les Danois. Cette race vigoureuse eut bientôt refoulé l’étranger et l’assiégea dans Stockholm. Cependant le Danemark était agité par les réformes de Christian , qui , protecteur zélé des paysans danois, comptait sur leur appui pour dompter sa no-

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blesse et pour fonder le pouvoir absolu. Il échoua, fut déposé par l’aristocratie danoise, et Gustave Wasa , entrant dans Stoekolm, fut proclamé roi de Suède.

C’était l’avénement de lu réforme. Le clergé suédois était vaincu avec Christian. Les prédications, favorisées par Gustave , de deux luthériens , Olai'is et Laurent Pétri , avaient peu d’influence sur un peuple encor illettré. La sécularisation des biens ecclésiastiques fit davantage : en Suède, comme en Allemagne, ce fut l’arme la plus redoutable de la révolution religieuse. A l’exemple de Gustave Wasa , les grandes familles réclamèrent les biens que leurs ancêtres avaient concédés à l’Eglise et la réduisirent ainsi à ses revenus; ses dîmes même et sa juridiction lui furent enlevées par Gustave, et en 1544 les états généraux de Westeras le déclarèrent dispensateur des dignités ecclésiastiques et possesseur des biens du clergé. Un an plus tard , au concile d’OErebro , furent arretés les dogmes et la liturgie de la religion nationale. C’était la réforme luthérienne qui prenait possession de la Suède. La hiérarchie épiscopale était maintenue , et on laissait au peuple suédois des cérémonies dont la pompe lui était chère et sans péril pour son indépen- » dance religieuse. Dès lors, la destinée de la Suède fut irrévocablement fixée. Au dedans , la réforme devient le fondement de ses institutions, la règle de ses progrès, et surtout l’actif instrument de l’instruction populaire ; au dehors , la réforme est la loi de sa politique, et son rôle est tout tracé dans les sanglantes querelles de l’Eûrope centrale.

La réforme monta sur le trône de Danemark avec

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Frédéric Ier, duc de Holstein , que la noblesse avait appelé à l’héritage de Christian II. L’aristocratie danoise et le luthéranisme devinrent en même temps les maîtres du pays ; la défaite du pouvoir absolu emporta la domination de l'Eglise romaine. Les états d’Odensée consacrèrent cette révolution politique et religieuse, ordonnèrent la propagation de la réforme luthérienne, interdirent les vœux monastiques, le célibat des prêtres et tout rapport avec le saint-siège. Mais la mort de Frédéric fut le signal d’une réaction violente où le Danemark lui-même faillit périr. Les évêques danois voulurent exclure le fils aîné de Frédéric du trône et faire roi son plus jeune fils , par qui l’on espérait reconquérir le Danemark au catholicisme. Lubeck intervint dans le débat et lança sur le Danemark , au nom de Christian II , un terrible aventurier, le comte Christophe d’Oldenbourg. La guerre du comte resta célèbre en Danemark par les maux affreux* qu’elle causa; mais elle eut du moins cet avantage, de rallier tout le monde au fils aîné de Frédéric, à Christian III. La religion catholique fut définitivement abolie par les états, le 30 octobre 1536; les évêques furent déclarés déchus et remplacés par des surintendants chargés de la propagation de la religion évangélique, leurs biens furent sécularisés , et la noblesse , affermie dans ses privilèges , n’eut plus à craindre aucune réaction politique ou religieuse. La Norvège et l’Islande, soumises au Danemark, furent entraînées dans son changement.

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III. Le calvlnlume en *uUne, aux Pi;a-Bu, en KcoMe, en France. — 1/éKllne anglicane.

Pendant que la réforme luthérienne séparait ainsi le nord de l’Europe de l’Église romaine, sans porter une atteinte bien profonde au culte et à la hiérarchie catholiques , une réforme plus austère et plus complète sortait de la Suisse pour envahir les Pays-Bas et l’Écosse, et pour livrer en France un long combat à la domination de l’Église. Le libre arbitre , déjà mortellement blessé par Luther, est anéanti par Calvin, qui ne veut pas imposer cette limite à la toute-puissance divine. Une prédestination éternelle au salut, indépendante de la volonté et des efforts de l’homme, décide uniquement de sa destinée. L’Eucharistie de l’Église romaine, déjà modifiée par Luther, n’est plus, après Calvin, qu’un pur symbole. La hiérarchie épiscopale est détruite ; l’égalité des ministres du culte entre eux et avec les fidèles qui les ont choisis est proclamée. Le calvinisme est une démocratie organisée, pour ainsi dire, en municipalités religieuses. A la rigueur des dogmes , à la simplicité sévère du culte, répondit dans les mœurs une austérité singulière, une gravité mûlée de tristesse. L’esprit religieux, moins concentré dans le culte et dans les cérémonies, s’était emparé de la vie tout entière , répandu sur toutes les pensées et sur toutes les actions.

Déjà le curé Zwiugle , propagateur de la religion évangélique et , en plusieurs points , prédécesseur de Calvin, avait agité la Suisse allemande, et était mort

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