A liEFOHME
par une terreur croissante, les progrès de la réforme et lui fermèrent le midi de l’Europe.
Pour attaquer la réforme dans ses foyers, pour lui disputer les contrées qu’elle commençait à ravir au saint-siège, furent réorganisés ou institués ces ordres religieux qui jouèrent, à divers degrés, un si grand rôle dans les agitations de l’Europe. Les camaldules et les franciscains se reformèrent, les capucins parurent, les barnabites et les théatins furent fondés. Recevant les aumônes, mais ne mendiant pas à domicile, comme faisaient quelques ordres du moyen âge, prêchant, soignant les malades, les théatins se mêlèrent ainsi aux affaires du monde et firent tourner au profit des progrès de l’Eglise romaine leurs talents, leur activité et leurs vertus.
Mais le premier de tous ces ordres, par la puissance de son organisation, par le nombre et les talents de ses membres, par l’habileté de sa politique, par l’étendue de ses entreprises et par la grandeur de ses travaux, est sans contredit cette corporation célèbre qui, sous le nom de compagnie de Jésus, força, par ses missionnaires, les impénétrables empires de l’Asie orientale, en fonda de nouveaux dans l’Amérique, et, travaillant à reconstituer l’Église romaine aussi bien qu’à l’étendre, combattit partout pour elle eu Europe suscitant des armées en Allemagne, des ligues en France, des complots en Angleterre, cherchant avant tout le succès, mais ne reculant pas devant le martyre, usant avec un égal bonheur de la paix et de la guerre, du tumulte et du silence, des tentatives hardies et des trames cachées des vertus des hommes et de leurs
vices, de’ l’ascendant de l’éducation première et des derniers troubles de la conscience, de l’innocence des uns et des remords des autres, partout présente et partout active, une dans sa pensée, multiple et infiniment varice dans son action. Telle fut dans ses rapports avec le monde, la grande société religieuse et politique qui naquit de la mystique exaltation d’un seul homme, Ignace de Loyola, et qui, approuvée en 1540 par le pape Paul III, se développa, en se fortifiant, par la sagesse exercée des hommes éminents qu’elle reçut dans son sein. Elle portait en elle-même le parfait modèle de ce gouvernement théocratique qu’elle rêvait pour les nations chrétiennes. Jamais, parmi les hommes, l’obéissance absolue et la rigoureuse discipline ne furent poussées aussi loin , jamais la puissance surprenante que peut donner à une seule volonté le concours soumis d’un grand nombre d’intelligences, ne fut mieux mise en lumière. Depuis le père provincial, chef de l’une de ces divisions par lesquelles la société se partageait le monde, jusqu’au plus humble des scolastiques , chargé de s’emparer de l’âme des enfants, une pensée unique anime tous ces esprits et meut tous ces corps : celle du général, qui, fixé à Rome, sachant tout et pouvant tout, se décide et agit avec une connaissance parfaite et une suprême autorité. Nulle fonction n’est immuable dans la société ni attachée à la personne ; tel commande aujourd’hui qui obéira demain au dernier rang. L’intérêt général delà société et de l’Eglise romaine est le seul maître auquel tous appartiennent, et le chef de l’ordre n’en est que le tout-puissant interprète. C’est à ce titre qu’il dis-
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pose souverainement des diverses lacultés de ceux qui se donnent à lui, leur assignant leur tâche, la leur retirant pour la leur rendre, se substituant à leur volonté anéantie et les faisant mouvoir. Ils sont pour lui, selon les constitutions de l’ordre, le bâton qui suit la main de celui qui le porte, le cadavre qui garde la position qu’on lui donne.
C'est ainsi qu’à la division infinie du protestantisme, l’Eglise romaine, s’abandonnant à son génie et appliquant sans restriction son principe, opposa cette redoutable unité. La création d’Ignace de Loyola, et du pape Paul ill devait traverser bien des épreuves et y puiser des forces nouvelles. Ses ennemis, s’en croyant parfois délivrés, furent épouvantés de la voir renaître, après s’être un instant dissimulée. Cette vitalité intérieure s’annonça, dès le début, par la rapidité extraordinaire des progrès de la société nouvelle. Lorsqu’elle perdit son mystique fondateur, elle n’avait que seize ans d’existence, et déjà cinquante-quatre provinces, cent collèges, plus de mille membres, dispersés de la France au Japon, attestaient la vigueur de ses premiers pas et annonçaient la grandeur de ses destinées. Les efforts de la réforme, la jalousie du clergé séculier, la haine de la magistrature, l’ombrageux absolutisme des gouvernements, la colère bruyante des peuples, devaient s’épuiser sans succès contre un adversaire insaisissable, et ébranler parfois, sans le détruire, ce vaste monument de l’obéissance et de la foi.
L'inquisition établie, les ordres religieux, créés ou réformés, étaient des armes dirigées contre le protestantisme ; le concile de Trente ne fut qu’une déclara-
tion de guerre. Il n’est plus question d'y chercher, comme naguère au colloque dcRatisbonne, un moyen de concilier les nouvelles doctrines avec la tradition de l’Église romaine. Ce n’est plus ici la place des esprits pacifiques, de ce cardinal Contarini qui admettait les idées protestantes sur la grâce et qui en 1541 avait ébauché un compromis entre le saint-siège et la réforme. Le concile de Trente ne fit que confirmer rigoureusement, sons l’inspiration énergique de l’inquisiteur général Caralïa et du jésuite Lainez, les «points de la doctrine catholique qu’avaient discutés ou niés les réformateurs. L’anathème fut irrévocablement jeté sur tous ceux qui soutiendraient avec les protestants, soit les doctrines de Luther et de Calvin sur la grâce, soit le droit individuel d’interpréter les livres saints, soit l’inutilité d’un ou de plusieurs sacrements. Si l’on n’hésita pas un instant à condamner sur tous les points la réforme, l’on évita prudemment de trancher les questions insolubles qui avaient déjà divisé l’Église sur son organisation intérieure. La suprématie des conciles sur les papes ou des papes sur les conciles, l’institution divine ou papale des évêques ne furent un instant discutées que pour être laissées indécises, au nom de la paix de l’Eglise. Cette sage modération n’empêcha pas plusieurs décisions du concile d’être déclarées milles en France, comme contraires aux libertés de l’Église gallicane et aux divers concordats. Ce fut surtout dans les dernières sessions de ce concile, ouvert le 13 décembre 1545, interrompu et repris pendant dix-huit ans, que Pie IV obtint plusieurs décrets favorables à la domination du saint-siège sur l’Église et à l’infail-
LA HEFOHME.
libihté papale, sur les questions de foi et de discipline. Une bulle confirma en 1564 ces importantes conquêtes de la papauté.
Les Pie V, les Grégoire XIII, les Sixte-Quint continuèrent, avec une énergie croissante, le grand travail de la restauration du catholicisme et de l’élévation de la papauté. La réforme du calendrier, l’ordre rétabli dans le gouvernement temporel du saint-siège et la sécurité dans ses domaines, et surtout la fondation par les jésuites de ce collège germanique où venaient se former pour les luttes religieuses les prêtres destinés à l’Allemagne, accrurent l'influence de l’Eglise romaine et furent autant de signes de sa ferme résolution de reconquérir, s’il se pouvait, l’Europe au catholicisme.