III. I.eM Franr». — AuHtraxic et VruMtrie
Jusqu’ici rien de durable n’était sorti de ce grand mouvement ; mais nous allons voir s’élever à l’Occident une puissance nouvelle qui arrêtera de ce côté l’invasion, et à laquelle l’appui de l’Eglise ouvrira un glorieux avenir. L’empire avait depuis longtemps, sur la frontière rhénane de la Gaule, des tribus franques pour alliées et pour mercenaires. Un Franc, Arbogast, avait été tout-puissant sous Valentinien II, et, cent ans avant Clovis, il avait régné sous le nom du rhéteur Eugène. C'est avec les armes des Goths que Théodose avait renversé Arbogast, et sous Honorius, les Goths
s'étaient établis définitivement dans le midi de la Gaule. Ils étaient gagnés par la civilisation romaine et étaient devenus sectateurs ardents de l'arianisme. Les Goths du midi et les Francs du nord s’étaient trouvés un moment réunis, sous Aétius, contre l’invasion d’Attila. Les Huns et les peuples que les Huns traînaient après eux une fois repoussés, ce rapprochement passager avait cessé. La Gaule méridionale supportait impatiemment les Gotlis. Leur administration était aussi écrasante que celle de l’empire, et leur aria nisme les rendait odieux à l’Eglise, puissante sur l’esprit des populations et redoutant moins les païens que les hérétiques.
Ce fut cette disposition de l’Eglise qui fit la fortune des Francs. Toujours alliés de l’empire, ils avaient pris pour chef un comte romain, Ægidius, à la place de Childéric qu’ils avaient chassé pour ses désordres; mais Childéric fut rappelé à la mort d Ægidius, et son fils, Clovis, battit à Soissons Syagrius, le fils du comte romain. Ce fut le commencement de l’indépendance des Francs. L’empereur de Constantinople aimait encore mieux voir la Gaule entre leurs mains, que livrée à de nouveaux envahisseurs ; il envoya à Clovis les insignes du consulat. Clovis commandait seulement aux Francs de Tournai quand les Suèves attaquèrent la Gaule. 11 les arrêta par une victoire à Tolbiac, avec l’aide de toutes les tribus franques ; et, embrassant le culte de sa femme Clotilde, se fit catholique avec trois mille des siens. Aussitôt les évêques catholiques du royaume arien des Burgundes lui écrivirent. « Quand tu triomphes, disait Avitus, c’est nous qui
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remportons la victoire. » Les Goths furent effrayés et leur roi essaya de gagner Clovis, qui, assemblant ses compagnons, leur dit : « II me déplaît que ces Goths, qui sont ariens, possèdent une partie de la Gaule. Allons avec l’aide de Dieu, et quand nous les aurons vaincus, nous mettrons leur terre sous notre domination ; car elle est très- bonne. » Il battit les ariens à Vouillé et les déposséda. Les Burgundes auraient éprouvé le même sort; mais leur roi paya tribut au roi franc et s'abaissa devant les évêques. Du Rhin jusqu’à la Narbonnaise tout était soumis à Clovis. Avant sa mort, il eut le temps de réunir, par une suite de meurtres, toutes les tribus franques sous son autorité. Quatre princes de sa famille furent assassinés, et en mourant il craignait encore de laisser survivre quelqu’un des siens.
Ses quatre fils furent tous rois, selon la coutume des barbares. L’un d'entre eux mourut bientôt, et les trois autres restèrent maîtres de l’héritage de Clovis. Ce n’était pas la terre que l’on partageait, mais l’armée et le butin. Les guerriers allaient d’un chef à l’autre, selon son courage et son esprit d’aventure. Quand Théodebert attaqua l’Italie, il avait derrière lui tous les Francs. Les races qui voulaient résistera la Germanie se confédérèrent avec eux ; les Thuringiens, qui leur résistèrent , furent écrasés. Sigismond , roi de Bourgogne, fut vaincu et jeté dans un puits. Le plus remarquable de ces rois francs fut Théodebert, fils de Thierry, chef des Francs de l’Est, des Austrasiéns, de cette France germanique qui restait barbare et se recrutait sans cesse. C’était le moment où les Goths et
les Grecs se disputaient l’Italie. Théodebert passe les Alpes; les Gotl\s viennent au-devant de lui; il les écrase. Les Grecs rassurés viennent à leur tour, et sont taillés en pièces. La Lombardie, incendiée et ravagée, lassa bientôt ses nouveaux maîtres, qui revinrent chargés de butin. Une nouvelle armée franque passa les Alpes et fut exterminée. Avec Théodebert s’arrêtèrent les succès des Francs en Italie. Les Lombards l’envahirent et la leur fermèrent pour longtemps. Leur confédération s’affaiblit par la retraite des Saxons, qui restèrent de plus en plus Germains et ennemis de cette influence romaine qui gagnait déjà si rapidement les Francs de la Neustrie. Leur royauté tendait, malgré l’effort de l’aristocratie guerrière, à s’élever sur le modèle du pouvoir impérial. Sous Théodebert, un ministre romain avait tenté d’organiser un impôt; il fut massacré par les Francs. Les Francs austrasiens, restés en contact avec la Germanie, étaient rebelles à cette civilisation hâtive qui avait épuisé les Goths et les Vandales, et qui énerva bientôt la race des Mérovingiens. Ils repoussèrent énergiquement et l’organisation romaine et cette extension du pouvoir royal qui en était la suite. Aussi est-ce par la victoire de leur belliqueuse aristocratie et par leur invasion réparatrice que se terminera la lutte que nous allons rapidement raconter.
A la mort de Clotaire, qui avait réuni un moment les tribus franques, la Neustrie sous Chilpéric et l’Austrasie sous Sigebert se trouvent en présence. Deux femmes attachèrent leur nom à cette lutte sanglante : Frédégonde , femme de Chilpéric , et Brunehaut , femme de Sigebert. A la fin de la troisième guerre,
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Sigebert vainqueur est assassiné, et de la minorité de son fils sort la puissante tutelle des maires du palais , véritables représentants de l’aristocratie austrasienne. Mais Brunehaut, fille des Goths, avait apporté chez les Austrasiens les traditions romaines, et tentait, comme Chilpéric en Neustrie, d’organiser le pouvoir et l’impôt. Le clergé, où l’élément barbare s’était introduit, était d’accord avec l’aristocratie contre Brunehaut , qui fut attaquée, vaincue, abandonnée des siens et attachée à la queue d’un cheval sauvage qui la mit en pièces. C’était la barbarie germanique qui reprenait sa course, écrasant ses précoces réformateurs. Clotaire il est le roi de l’aristocratie. Le concile de Paris, où nous voyons les évêques et les nobles décréter, dans une constitution perpétuelle , l’abolition des impôts essayés par les rois francs, la restitution des biens enlevés par eux aux nobles et aux évêques, la confirmation de leurs privilèges, l’extension de la juridiction ecclésiastique et de nouvelles garanties accordées à l’indépendance individuelle, ne sont que les suites du mouvement qui a renversé Brunehaut. Réunie tout entière sous Dagobert, l’aristocratie franque arrêta les Venèdes et garda son indépendance. Mais Dagobert fut surtout le roi des évêques : il les enrichit, fonda l’abbaye de Saint-Denis et lui donna d’immenses possessions. La Bretagne échappa aux Francs , et le duc Judicaël, qui se déclara indépendant, reçut les présents de Dagobert.
La lutte de la Neustrie contre l’Austrasie reprit son cours à la mort de Dagobert. Des deux côtés, les maires du palais la dirigèrent; mais ils représentaient les
mêmes tendances opposées que les anciens rois. La Neustrie fut encore une fois vaincue, Ebroin fut renversé par Wulfoald l’Austrasien et par l’évêque Saint- Léger. Le roi d’Austrasie, Ghildéric prit pour lui cette victoire et voulut agir en maître envers l’aristocratie ; il fut tué aussitôt. Ebroin, redevenu libre, relève la Neustrie, fait un roi, soudoie une armée gallo-romaine, bat l’aristocratie neustrienne et la dépouille. l.’Austrasie répondit à ces succès en déposant son roi Dagobert et en attaquant la Neustrie sous le commandement de Martin et de Pépin d’Héristal. Ce furent encore la France germanique et l’aristocratie qui gagnèrent la bataille de Testry.
L’hérédité des bénéfices et l’indépendance individuelle, que l’influence romaine avait menacées, sem blèrcnt assurées aux vainqueurs. Pépin d’Héristal laissa l’aristocratie toute puissante et le titre de maire du palais dans sa famille. La Neustrie, alliée aux Frisons, se soulève encore contre ses envahisseurs; elle est vaincue parle fils de Pépin, Charles; elle se relève et s’allie aux Aquitains, ennemis naturels de l’invasion germanique ; elle est une seconde fois écrasée à Soissons.
Une nouvelle force est donc venue aux Francs par cette victoire de la Germanie : c’est à vrai dire une seconde conquête de la Gaule qu’accomplit l’Austrasie sous le fils de Pépin. Les Bavarois, les Frisons, les Saxons sont contenus avec vigueur ; la Bourgogne, que la Neustrie énervée laissait échapper, est reconquise ; la Provence est envahie ; l’Aquitaine n’est laissée à ses ducs que comme un fief relevant de Charles et de
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sa famille ; enfin une nouvelle invasion venue de l’Afrique et de l’Espagne est arrêtée par les Francs dans les plaines de Tours. Charles Martel , comme le surnomma l’enthousiasme des siens, a fermé la Gaule à ces conquérants rapides qui l’eussent trouvée ouverte avant la victoire et l’invasion de la vigoureuse Austrasie.
Une dynastie nouvelle va donner son nom à cette période glorieuse de l’histoire des Francs : le fils de Charles Martel sera sacré par le pape Etienne, et l’aristocratie franque, sacrée avec lui, achèvera la conquête de la Gaule. Après lui, viendra le premier grand homme que la race germanique ait donné à l’humanité, montrant ainsi que son heure était venue et qu’elle se chargeait désormais de poursuivre à l’Occident l’œuvre de la civilisation.
La nouvelle dynastie resserrera aussi cette alliance avec l’Église qui a fait la force de Clovis et la fortune des premiers Francs. Dès lors va commencer ce long échange de services qui unira étroitement les intérêts des Francs et ceux de l'Eglise. Celle-ci préfère, avec raison, ces rois barbares, qui sentent sa supériorité et qui la servent, à ces empereurs grecs qui la protégeaient et l’opprimaient tour à tour, qui parfois soutenaient contre elle l’hérésie. L’Église est ici dans son véritable rôle. Elle s’appuie sur la jeune race que lui a envoyée la Germanie, et, malgré le fréquent réveil des mœurs barbares, avec lesquelles elle doit souvent transiger, elle fera de cette race, active et perfectible entre toutes, l’instrument de ses salutaires conquêtes.