‹ Essai sur l'histoire universelle. 2Chapitre 41 sur 90 · I,.V REFORME · texte numérisé non relu

I,.V REFORME

Ce fut en Ecosse que se rencontrèrent d'abord les influences rivales d'Elisabeth et de Philippe II. Le calvinisme y régnait sans partage, établi parla persévérance de Jean Rnox et affermi par l’adhésion énergique de la féodalité écossaise. Un covenant avait resserré l’union des seigneurs pour la défense de la réforme, et l’appui «l’Elisabeth les avait délivrés de la présence des troupes françaises, qui inquiétaient les réformateurs. Adopté, eu 1500, par un vote solennel du parlement écossais, organisé par le Livre de la discipline, qui confiait le culte à de simples ministres élus par les fidèles, imposé par l’éducation aux générations futures, le calvinisme presbytérien était maître du présent et de l’avenir du pays. Il pouvait défier les plus habiles et les plus vigoureux adversaires; il défit, en se jouant, les tentatives de l’infortunée Marie Stuart, exposée, puis abandonnée par la France catholique et par le roi d’Espagne. Nièce des Guises, chefs du parti catholique en France, veuve à dix-huit ans de François II, qui avait laissé les Guises et sa femme sévir contre les protestants, Marie Stuart venait réjrner contre son gré «lans ce pays sauvage dont la religion lui était odieuse, dont les moeurs sévères, endurcies par le calvinisme, effrayaient la jeune reine, élevée à la cour de France, et lui présageaient l’impopularité. Un cœur changeant, des passions vives, un caractère tour à tour faible et emporté, la rendaient peu propre au grand rôle que lui avait destiné le parti catholique de l’Europe. Elle n’était pas faite pour relever le catholicisme en Ecosse, ni pour lui ouvrir l’Angleterre, dont on lui faisait imprudemment revendiquer la couronne; la sienne était

déjà trop pesante pour sa tête. Elle était femme avant tout, et, tandis qu'Elisabeth, jalouse de sa libeité, ne s’asservissait pas à l’amour et fuyait le mariage, Marie Stuart se livrait sans réserve à son besoin d’obéir en aimant. Elle épouse le beau Darnley et bientôt s’en dégoûte ; elle aime Rizzio et le voit tuer sous ses yeux ; elle aime Botbwell et lui permet d’assassiner son mari ; elle épouse, trois mois après le meurtre, cet homme grossier, et semble se plaire à sa brutale tyrannie. Mais l’Ecosse protestante était en armes; Botbwell et Marie furent vaincus sans peine, et la cause catholique entraînée dans leur ruine. Élisabeth , dont la main • avait entretenu l’agitation, nomma un tuteur au fils de Marie Stuart et devint la véritable reine d Ecosse, tandis que Marie sortait de royaume en fugitive et se réfugiait imprudemment dans les États de sa rivale. Elle avait perdu l’Écosse, qu'on espérait rendre par elle à l’Église romaine, et n’entrait dans cette Angleterre, qu’elle devait conquérir, que pour y trouver une prison et plus tard un écbafaud. De ce côté, Philippe II et les Guises étaient définitivement vaincus.

VI. Guerre* de religion en France, aux PayH-Baa. l u fealnt-Uurthélcmy. — La jtrnnde Armada.

Ils devaient aussi être vaincus en France, mais après une lutte plus longue et plus terrible. C’est un spectacle instructif que de voir les réformés français, presque toujours vaincus sur les champs de bataille depuis le commencement des guerres de religion, obtenir, dans leurs traités, des conditions qu’on croirait imposées par la victoire. On peut trouver à cette

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contradiction apparente plusieurs causes : la facilité avec laquelle les protestants réparaient leurs défaites, et l’affluence d’une vaillante jeunesse dans leurs armées; la prudence du gouvernement royal, qui désirait les vaincre sans jamais les accabler et qui craignait de se trouver seul en face des Guises; enfin l'opportune intervention du parti des politiques qui profitaient de la lassitude des deux partis pour leur conseiller la tolérance, et qui cherchaient, dans l’équitable rédaction des traités, la meilleure garantie de leur durée. C'est ainsi que la sagesse des uns et que l’intérêt des autres, atténuant les dangers de la lutte et les conséquences des batailles, conduisaient peu à peu la France vers la liberté de conscience et vers la paix. Mais au moment où l’on croit toucher ce terme, la foi populaire, sur laquelle ne peuvent agir ni les conseils de l’équité, ni les calculs de l'intérêt, rompt le plus souvent toutes les digues, et recule sans cesse le triomphe des politiques et le repos de la patrie.

Dès son entrée en France, la réforme avait été accueillie par la persécution. Celle de François Ier fut cruelle; elle s'étendit sur une secte plus ancienne que la réforme et qui, renfermée dans d’étroites limites, ne menaçait en aucune façon l’unité religieuse du royaume. Une population inoffensive, les Vaudois, groupée dans deux petites villes, Mérindol et Cabrières, et dans une trentaine de villages au pied des Alpes, avait conservé quelques opinions hérétiques du moyen âge et inclinait vers le calvinisme. Le parlement d’Aix, en 1540, sur l’ordre du roi, condamna ce peuple comme un seul homme; le président d’Op-

pède et l’avocat général Guérin lurent chargés de l’exécution suspendue pendant cinq ans. Trois mille personnes, surprises par l’invasion inopinée de ces bourreaux, furent égorgées ou brûlées dans [leurs maisons; six eent soixante furent réservées pour les galères; le reste mourut de faim dans les montagnes, et le pays incendié devint un désert.

Les Vaudois étaient anéantis; mais les protestants de France, plus difficiles à vaincre, se multipliaient sous la persécution de Henri II et des Guises. En vain des arrêts sanglants contre les calvinistes et d’odieuses récompenses offertes à leurs délateurs menaçaient la religion nouvelle; elle s’étendit au milieu des supplices; portant à deux mille le nombre de ses églises, gagnant le clergé lui-même et prenant place au parlement. Henri II vint en personne y écouter une discussion sur ses édits contre les réformés. L’honnêteté courageuse de Dufaur et d’Anne Dubourg ne fut pas intimidée par la présence du roi. Ils s’élevèrent contre ces persécutions si peu chrétiennes, et le second, opposant au crime imaginaire de protestantisme les crimes plus réels de parjure et de débauche, parut ainsi désigner hautement le triste souverain qui prétendait à l’honneur de défendre l'Eglise romaine. Dubourg fut arrêté et brûlé vif en place de Grève.

Sous François II, un coup de main faillit livrer le pouvoir aux réformés. Le prince de Coudé, l’amiral Coligny et un grand nombre de gentilshommes protestants préparèrent l’enlèvement du roi, qu’on espérait surprendre à Amboise. Mais l'entreprise fut prévenue et déjouée ; les protestants conjurés furent

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égorges isolément sur les chemins; quelques-uns, réservés pour une exécution solennelle, furent décapités «levant le roi et la cour. L’avénement de Charles IX et la sagesse de sa mère suspendirent un instant les vengeances.

Catherine de Médicis était une vivante image de cette politique italienne qui rendait alors la cour de France aussi immorale dans ses moyens de gouvernement que déréglée dans ses mœurs. Mais sa passion pour le pouvoir, si vive quelle fût, ne la lit jamais sortir de cette modération, patiente et perfide à la fois, sur laquelle elle comptait presque aveuglément pour dénouer les situations les plus difficiles. Uniquement préoccupée de conser verver à ses fils le gouvernement de la France, et à elle-même le gouvernement de ses fils, elle faillit quelquefois tout perdre par l’excès de son habileté. Elle n’échappait pas à cette faiblesse des adroits politiques qui les amène à trop compter sur les combinaisons profondes, sur les moyens détournés, sur les effets logiques du calcul et de la ruse, et qui leur fait oublier la perpétuelle mobilité des esprits ,

1 aveuglement de la plupart «les hommes sur leur intérêt, les emportements des peuples, en un mot, le grand mie que jouent l’ignorance et la passion dans les affaires humaines.

Elle redoutait surtout les Guises, enflés par leur récente victoire, et s’appuya contre eux sur le vénéra- . ble chancelier l’Hôpital, «pii, égaré en ce temps de guerre civile et de mutuelle intolérance, souffrait de tous les coups portés par les deux partis, soit à l’unité, nationale, soit aux droits de la conscience. L’édit de

Saint-Germain est l’effort sincère et inutile de cet homme de bien pour assurer aux protestants la liberté de leur culte et pour leur interdire les assemblées politiques et les levées militaires. Telle était l’ardeur des esprits, qu’il suffisait de ne plus incliner d’un. coté pour être emporté de l’autre. Les Etats d’Orléans, et surtout ceux de Pontoise, avaient émis des vœux qui auraient fait passer la France de l’Eglise romaine au calvinisme, de la monarchie absolue à une monarchie tempérée par des Etats périodiques. Enfin une sorte de concile national, le colloque de Poissy, avait mis le catholicisme en question devant les évêques et devant le légat de la cour de Rome. Mais l’indignation de ces derniers rompit la conférence.

La guerre était déjà partout commencée, et le sang coulait dans toutes les villes où les deux cultes se trouvaient en présence. A Vassy, les gens du duc de Guise massacrèrent les protestants, qui chantaient leurs psaumes dans une grange. La guerre , s’étendant par toute la France, fut impitoyable ; la cruauté et la perfidie, qui semblaient naturelles aux hommes de ce siècle, rendirent plus sanglante encore , l’exaltation inséparable des discordes civiles. Au-dessous de Montlue, qui rouait et pendait les protestants, et du baron des Adrets, qui forçait les prisonniers catholiques à se jeter du haut d’une tour sur la pointe des lances, combien de fanatiques suivaient leur exemple sans at-, teindre à leur célébrité !

Chaque parti appelle l’étranger sans scrupule. Les Guises recevaient les conseils et les secours du roi d’Espagne*, les Anglais occupaient le Havre au nom

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<les réformés. Rouen, emporté par les catholiques, fut pillé huit jours, pendant que les protestants attaquaient Paris, défendu par les Espagnols. Une bataille décisive fut livrée à Rennes; les protestants y fuient vaincus et Catherine de Médicis voulut terminer la guerre par des amnisties et des édits de tolérance. Mais les catholiques cédaient à l’entraînement de la victoire et à l'ascendant du duc de Guise. Celui-ci vint assiéger Orléans, et l’eût prit, si un protestant, renouvelant les actes de fanatisme qui sauvaient jadis Israël, ne l'eiît tué par trahison dans son camp. Les deux partis ainsi affaiblis, l’un par une défaite et l'autre par un meurtre , laissèrent Catherine de Médicis conclure la paix à Atnboise avec le prince de Condé. Le Havre fut tiré des mains des Anglais, et l’Hôpital reprenant, pendant cette courte trêve, ses utiles réformes, améliora par l’ordonnance de Moulins l’organisation de l'Eglise de France et l’administration de

la justice.

La fréquente violation de la paix d’Amboise, le revirement de Catherine de Médicis qui semblait s’unir à Philippe IL pour la ruine du calvinisme , et surtout la force rendue aux deux partis par une année de repos, amenèrent une lutte nouvelle. La bataille indécise de Saint-Denis, l’arrivée dans l’armée protestante de secours venus de T Allemagne, forcèrent les catholiques à laisser confirmer la paix d’Amboise par celle de Longjumeau. Mais l’état de la France et celui de l’Europe, en ce moment soulevée par les passions religieuses , rendaient tout accommodement impossible. L'Hôpital dut céder au temps et se retirer

du gouvernement. La ruse et la violence devinrent après lui les seules règles de la politique de la cour. La vigueur sanguinaire de Philippe II et du duc d’Albe excita l’émulation de Catherine de Médicis et des chefs du parti catholique. On voulut frapper à la tète le parti protestant, surprendre Condé , Coliguv , Jeanne d’Albret. Le coup de main fut manqué , la guerre rallumée, et la Rochelle fut choisie par les réformés pour leur place forte , pendant qu’un édit de Catherine de Médicis exilait les ministres de la religion protestante et en interdisait l’exercice sous peine de mort.

La bataille de Jarnac sembla d’abord écraser les protestants. Le prince de Condé , blessé la veille et se jetant tout sanglant dans la mêlée, y trouva la mort, et la conduite du parti échut à Coligny, qui devait en illustrer les malheurs. Des secours lui arrivèrent de l’Allemagne; l’armée catholique, accrue par des Espagnols et des Italiens, surprit les protestants à Moncontour et les accabla. Mais l’armée de Coligny se reforma en quelques jours , battit les catholiques à Arnay-le-Duc et marcha sur Paris. On l’arrêta par lu paix de Saint-Germain conclue le 15 août 1570. Un brusque changement semblait avoir jeté Catherine de Médicis et le jeune roi Charles IX dans le parti pi otestant. On lui accordait, outre le libre exercice du culte et l’égale admission à tous les emplois, quatre places fortes livrées à des garnisons protestantes, et la main de la sœur du roi pour le jeune Henri de Navarre. Vainqueur au dedans, le protestantisme allait, disaiton, diriger au dehors la politique de la France, et.

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pour achever partout l'humiliation de Philippe II, une armée française, commandée par Coliguy, devait secourir contre lui les protestants des Pays-Bas.

Ces riches contrées, les plus industrieuses et les plus commerçantes de l’Europe, étaient alors livrées en proie à l'inintelligente cruauté de Philippe 11. Charles-Quint avait déjà tâché d’y exterminer le protestantisme, mais il avait habilement ménagé lambition politique des nobles et les intérêts matériels des populations. Les impôts de Philippe II , ses garnisons, scs évêchés dotés par le pays , son despotisme mis au service des décrets du concile de Trente , les injures qu’il fit souffrir à la noblesse et les fardeaux dont le peuple fut accablé, déterminèrent contre lui et contre sa sœur , Marguerite de ^Parme , régente des Pays- Bas, le mécontentement unanime et énergiquement exprimé de toutes les classes de la nation. L’association des seigneurs qui avaient signé , en 1566 , le compromis de Bréda pour la défense des libertés du pays, fut assez redoutable pour imposer à Marguerite de Parme le renvoi du cardinal Granvelle, exécuteur trop docile des desseins du roi d’Espagne; mais cette association ne fut pas assez forte pour contenir la fureur populaire, et le pillage des églises, la destruction des images rendirent toute transaction impossible entre Philippe II et ses sujets rebelles. Bien que la noblesse flamande se fut hautement séparée de ces désordres, le roi d’Espagne comptait l’en punir et haïssait en elle le goût de la liberté politique aussi bien que le penchant à l’hérésie. Lorsque le duc d’Albe entra dans les Pays-Bas à la tête d’une puissante armée, les

rebelles, déjà condamnés par l'inquisition, étaient voués à une mort certaine. Cent mille personnes abandonnèrent un pays qui allait être couvert d’échafauds; le prince d’Orange se retira pour organiser la résistance et devint le dernier espoir des opprimés. Un conseil des troubles, justement surnommé le conseil de sang, poursuivit et fit exécuter plus de dix-huit mille personnes; le peuple et la plus haute noblesse payèrent également tribut à la vengeance du roi d’Espagne. Le comte de Horn et le comte d'Egmont montèrent sur l’échafaud le 4 juin 1568. Mais l’excès de l'oppression devait hâter le terme. La spoliation , par des amendes et par l’impôt, se joignit à tant de meurtres juridiques pour entretenir et pour accroître l’exaspération populaire. Aussi lorsque deux cent cinquante gueux de mer , comme on les appelait, repoussés des côtes d’Angleterre et jetés par la tempête à l’embouchure de la Meuse, eurent emporté la forteresse de la Brille, la Hollande se souleva tout entière et se pressa autour de ce berceau que la fortune avait à l’improviste offert à sa liberté.

Philippe II, qui ne pouvait souffrir le protestantisme à l’extrémité de ses Etats, pouvait encore moins tolérer l’islamisme au cœur de son royaume. La capitulation de Grenade, qui avait assuré aux Maures la liberté de conscience, avait été plusieurs fois violée par les rois et par l’inquisition ; mais Philippe II en effaça jusqu’au souvenir : non content d’imposer aux Maures la foi catholique, il poursuvit jusque dans leurs usages, leurs costumes et leurs noms, les traces de la religion de leurs pères. Traités en ennemis, soumis à des lois

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d'exception-, désarmés, les Maures se soulevèrent et combattirent avec un courage désespéré des troupes invincibles. Ils furent en partie massacrés, en partie transportés dans la Castille, et, au-dessus de dix ans, tous ceux qui survécurent devinrent esclaves. C’est ainsi que, par un étrange contre-coup, les discordes de la chrétienté retombaient sur les anciens conquérants de l’Espagne, et que la révolte des protestants faisait couler le sang des Maures.

Mais la France allait être à son tour, comme les Pays-Bas, inondée du sang des réformés. La réaction catholique prit en ce pays une forme plus odieuse que partout ailleurs : celle d’une trahison et d’un massacre. La paix de Saint-Germain était trop avantageuse aux protestants vaincus pour qu’on ne l’eùt pas soupçonnée, après l’événement, d’être un piège. Rien ne prouve cependant que le retour du gouvernement à la politique protestante n’ait pas été sincère. Mais la crainte des Guises, qui avait déterminé ce changement, fit place à des craintes nouvelles. Catherine de Médicis fut effrayée de l’ascendant que prenait Coligny sur l’âme bizarre et changeante de Charles IX. Elle fut inquiétée plus encore et avec raison de l’attitude menaçante de la population parisienne, de l'impopularité de l’aristocratie protestante, accourue de toutes parts à Paris pour les fêtes du mariage du roi de Navarre avec la sœur du roi de France. Catherine résolut aussitôt de se mettre à la tête d’un mouvement qui paraissait inévitable , et de sauver la couronue de son fils par les passions qui semblaient devoir la perdre. I/espoir de faire disparaître

dans la lutte les chefs du parti catholique aussi bien que ceux du parti protestant la confirma dans un projet où elle voyait la délivrance du trône et la pacification de la France. Elle n’eut pas de peine à laite entrer le jeune roi dans ses vues et à tourner contre les protestants cette fureur maladive qui faisait de lui l’aveugle et redoutable instrument de la politique de sa mère. Le 22 août 1572, Coligny, sortant du Louvre, fut blessé à la main par un assassin aux gages du duc de Guise, et dans la nuit du 24 août, le massacre général des protestants commença. C’était le jour de la Saint-Barthélemy.

Si le souvenir de cette journée ne peut s’effacer de la mémoire des hommes, c’est que jamais un crime public n’a été aussi solennellement préparé, aussi cruellement accompli, aussi imprudemment justifié. Ce conseil des chefs de l’Etat organisant dans la cité l'assassinat et le pillage, ce jeune roi rassurant, par des embrassements hypocrites, ceux qu’il a désignés pour le meurtre11, ce peuple ivre de sang, cette cour qui va en grande pompe *voir à Montfaucon ce qui reste du corps de Coligny ; le massacre ranimé à Paris par un prétendu miracle, propagé dans toute la France par les ordres exprès du roi, officiellement applaudi par le roi d’Espagne et par la cour de Rome ; ce mélange repoussant de ferveur religieuse et de rage sanguinaire, de crédulité ridicule et d’impitoyable politique, tout contribue à donner à la Saint-Barthélemy la première place parmi les événements à la fois les plus déplorables et les plus instructifs qu’ait causés en Europe la lutte du protestantisme et del’ Église romaine.

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