‹ Essai sur l'histoire universelle. 2Chapitre 42 sur 90 · I.A 1IKKOHMK · texte numérisé non relu

I.A 1IKKOHMK

En France, en Espagne, dans Ja Méditerranée, où la flotte turque venait d’être anéantie à la bataille de Lépante par les flottes combinées de Venise et de l’Espagne, la cause catholique semblait avoir triomphé. Mais aux Pays-Bas, la pacification de Gand unit, le 8 novembre 1576, contre le roi d’Espagne les provinces Wallonesaux provinces Bataves, malgré l’opposition de leur caractère , de leur religion et de leurs intérêts; pourtant cette union était précaire et. ne devait pas tenir contre l’habileté politique de don Juan, et contre les armes presque toujours heureuses de Earnèse. Les Wallons catholiques devaient retomber sous le joug de l’Espagne ; tandis que réunies en faisceaux par l’union d’Utrecht, défendues par une population opiniâtre, et soutenues par la foi religieuse, les provinces Bataves étaient assurées de leur indépendance. Elles ne baissèrent pas succomber les provinces Wallones sans essayer de les défendre. On voulut intéresser à leur salut les plus puissants Etats de l’Europe. Un habile négociateur qui était en même temps un héros, espéra faire du duc d’Anjou le chef d’un Etat libre et l'introduisit dans Anvers après un serment prêté à la constitution de sa nouvelle patrie. Mais le prince français s’estimait déshonoré pour n’être pas roi absolu. Une nuit il tenta contre la liberté des villes Wallones une sorte de Saint-Barthélemy. 11 échoua et rentra en France couvert de honte ; l’Espagne profita de son crime. Les progrès de Farnèse lui permirent bientôt d’assiéger cette place d’Anvers que Guillaume d’Orange avait confiée à un autre luimême, à l’auteur de la Ruche romaine et du Wilhel-

mus- Lied, à l'héroïque Marnix rie Sainte-Aldegonde. Anvers succomba après une défense admirable, et la Belgique fut entraînée par sa chute dans cette servitude dont la Hollande, à jamais libre, l’avait un instant tirée. Celle-ci venait de perdre le premier de ses grands hommes. Dès le commencement du siège d’Anvers, le 10 juillet i584, le gouvernement espagnol était enfin parvenu à faire assassiner Guillaume d’Orange par la main de Gérard Balthazar.

Ces sanglantes perfidies semblaient introduites, par la fureur des passions religieuses, dans le droit public des nations. La France et T Angleterre allaient en offrir d’aussi grands exemples. La Saint-Barthélemy avait été le signal de la guerre civile. Le parti calviniste reprit les armes et arracha au gouvernement de nouveaux traités. Charles IX était mort, l’imagination frappée de son crime. Henri III, plus occupé de ses plaisirs (jue de la lutte des deux religions, secondait plutôt les pacifiques desseins du parti politique que la haine impérieuse et pressante des catholiques et de leurs chefs. L’inutilité du massacre avait indigné plutôt qu’instruit ceux qui avaient eu recours à cet affreux remède. Les continuelles variations du gouvernement, l’inconstance égoïste de sa politique leur apprirent à ne plus compter que sur eux-mêmes. De cette légitime défiance, des intrigues du roi d'Espagne et de la cour de Rome, de l’ambition des Guises, de la foi exaltée du peuple sortit la Ligue, bizarre et redoutable assemblage de passions diverses et d’intérêts opposés.

L’objet principal et avoué de cette Ligue était le maintien et la défense de la religion catholique. La

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guerre était déclarée par elle, sans acception de personne, aux ennemis de l'Eglise romaine, et l’obéissance promise, sans restriction, au chef que la Ligue se serait donné. Cette place, Henri III voulut la prendre, moins pour la remplir que pour en écarter ses adversaires. Mais Henri de Guise fut le véritable chef de la Ligue, et, à vrai dire, elle ne vit dans le roi qu’un ennemi déguisé. Accrue par les efforts du clergé et du roi d’Espagne, en majorité aux Etats de Blois, elle réduisait le roi aux dernières extrémités, lui ordonnant de déclarer la guerre aux protestants et lui refusant des subsides. La mort dn frère du roi, héritier de la couronne, donna tout à coup au fanatisme de la Ligue et à l’ambition des Guises un objet déterminé. Pouvait-on laisser arriver au trône, en vertu de l’hérédité, le chef du parti protestant, cet Henri de Navarre, dont la mère avait, disait-on, été empoisonnée par Catherine de Médicis, qui était devenu la veille de la Saint-Barthélemy le beau- frère de Charles IX, qui dans la nuit du 24 août avait eu à choisir entre la mort et l’abjuration; qui, maître maintenant d’une armée et d’un grand parti, venait à Coutras de battre les catholiques et d’affecter une clémence royale envers les vaincus? Entre un changement de dynastie et un changement de religion le peuple ne devait pas hésiter et Henri de Guise était déjà désigné aux catholiques comme le successeur des Valois.

Les efforts de Henri III pour ressaisir le pouvoir faillirent le faire passer sans retour aux mains de son rival. L’entrée de Paris pourtant était interdite au duc de Guise; il y entre aux acclamations de tout le pue-

MVRE gt'ATOUZIKME.

pie et vient braver le roi au Louvre. La garde suisse essaye en vain de contenir cette population turbulente, et son petit nombre se perd au milieu du soulèvement de la 'grande cité. Les barricades s’élèvent de tontes parts; le Louvre est assiégé; le roi s’en échappe avec peine et, confirmant aussitôt la victoire du duc de Guise afin d’en marquer la limite, il le nomme généralissime des armées du royaume. Les Etats généraux, convoqués à Blois, en 1588, virent en présence le sujet et le souverain dont les rôles étaient intervertis et augmentèrent erfcore pour Henri III l’humiliation de sa défaite. Mais tout changea de face en un seul jour. Le roi, poussé à bout par la terreur et la colère, fit assassiner son rival ; et, malgré la nouvelle force que ce crime, promptement puni, sembla un instant donner à la Ligue , un coup terrible venait d’être porté à la cause de l’Eglise romaine et du roi d’Espagne.

Cette cause qui venait de perdre en France sou principal défenseur avait reçu au dehors une double blessure. La mort de Marie Stuart l’avait ruinée eu Angleterre; la défaite de la grande Armada l’avait atteinte plus profondément encore. La reine d’Ecosse, détrônée et captive, avait trouvé dans ses malheurs mêmes de nouvelles armes contre la reine d’Angleterre et contre le protestantisme. Les longues souffrances de Marie Stuart, la «folitude, l’idée toujours présente d’une mort inévitable, avaient élevé son cœur et épuré sa pensée. Elle avait compris et accepté, non sans noblesse, ce nouveau rôle et cette attente prolongée du martyre. Toujours belle et touchante , recevant du malheur et de la résignation des grâces

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nouvelles, elle exerçait sur tous les catholiques o’Angleterre une sorte de fascination à laquelle échappaient à peine ses ennemis et ses gardiens. Plus d’une conspiration se forma, inspirée par l’amour et par la piété; la vie d’Élisabeth fut plus que jamais menacée. Mais cette vie précieuse semblait à toute l’Angleterre protestante étroitement liée au salut de la nation. Les menées du roi d’Espagne, le dévouement des catholiques anglais à l’Eglise romaine, les doctrines jésuitiques, qui rendaient incertaine la vie de tous les souverains protestants, les complots découverts des William Allen et des Persons, les tentatives meurtrières de lîabington et de ses complices jetaient dans les âmes une terreur qui se changea facilement en colère. La mort de Marie Stuart fut résolue. Son jugement par une commission ne fut qu’une vaine formalité, destinée à couvrir un acte de guerre religieuse. Elle fut condamnée à mort et la sentence, confirmée par le parlement, fut exécutée après un long délai, le 18 février 1587. Une dignité courageuse, une douceur chrétienne ennoblirent les derniers moments de Marie Stuart et purifièrent sa mémoire. Avec elle disparurent les complots et les espérances des catholiques anglais.

Mais cette mort ranima dans l’Europe catholique la haine de l’Angleterre, et Philippe II se chargea de la venger. Un immense armement épuisa les trésors de l’Espagne et menaça, un an après la mort de Marie Stuart, l'existence même de l’Angleterre. Cent trentecinq vaissaux sortirent du Tage, portant huit mille matelots et dix-neuf mille soldats. Une lloltc de transport

s’organisait en Flandre et trente-deux mille hommes, embarqués avec le prince de Parme, y attendaient l’armement qui devait protéger leur passage. L’Angleterre fut saisie à la fois d’épouvante et de fureur. On s'enrôla de toutes parts ; la nation offrit à la reine tout son or et tout son sang; l’Europe attendait avec anxiété l’issue de cette lutte désespérée. Mais le sol anglais était presque inaccessible à un ennemi et déjà s’était formée, par de longues croisières et par d’heureuses expéditions contre les colonies espagnoles, cette puissante marine qui devint dès lors le rempart mobile et indestructible de l’Angleterre. Les amiraux, qui avaient désolé les côtes du Chili et du Pérou, ne pouvaient laisser découvertes celles de leur patrie; les hardis corsaires, qui avaient tant de fois poursuivi les galions espagnols, chargés de l’or américain, ne devaient pas laisser atteindre l’Angleterre par des vaisseaux chargés de soldats. Le vent et les flots furent du parti d’Elisabeth; ils aidèrent les brûlots anglais à troubler cette grande flotte et à la disperser jusque sur les côtes de l’Ecosse etde l’Irlande. Les ports d’Espagne, qui avaient envoyé Y invincible Armada , n’en revirent que les débris. Bientôt même, l’entrée du Tage était forcée et Cadix saccagé par les flottes enhardies de l’An-

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