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VII. I a ligue et Henri IV. — i/edlt de Mante

La lutte des deux religions était de ce côté terminée à l’avantage de la réforme. La France où, après tant

LA REFORME

de guerres et de crimes inutiles, les forces des deux partis se balançaient encore, ne pouvait être pacifiée que par une transaction; mais le parti des politiques et le roi de Navarre, qui en devint le représentant, ne pouvaient triompher que par l’épuisement de la nation. Cette bienfaisante lassitude qui devait rendre à l’intelligence et à la justice le gouvernement du pays, nul ne la ressentait encore. La mort du duc de Guise avait enflammé tous les esprits, et, bien qu’affaiblie par cette perte irréparable, la Ligue semblait maîtresse de la France : Paris en était le siège, et l’exaltation religieuse du peuple le préparait à tout souffrir pour la cause de l’Eglise romaine. L’alliance du roi de Navarre avec Henri III unissait l'autorité royale au parti protestant, et la rendait ainsi odieuse à la nation. Lorsque les deux rois campèrent avec quarante mille hommes sous les murs de Paris, la royauté fut poursuivie du même anathème que le protestantisme.

Cette situation politique qui jetait la Ligue et l’Eglise dans une sorte d’opposition démocratique contre le pouvoir royal, devint plus claire et plus influente encore, lorsque la mort de Henri III, assassiné par un moine, le 31 juillet 1589, fit. du roi de Navarre l’héritier légitime du trône. En même temps que l image de Jacques Clément était offerte dans les églises à l’adoration des fidèles, on proclamait hautement le droit qu’avait la nation de repousser un roi hérétique et de se choisir un souverain dont la religion fut conforme à celle de la majorité de ses sujets. L’impérieuse nécessité de sauver en France la cause catholique fit violence au génie monarchique de l’Église romaine, et

LIVHK QUATORZIEME.

lui fit adopter et propager alors, sur la souveraineté populaire et sur les rapports des peuples avec leurs rois, des doctrines directement contraires à celles qu’elle proclama si hautement un siècle plus tard, et desquelles elle ne s’est plus départie. On vit alors le plus bizarre mélange d’idées théocratiques et de théories révolutionnaires qui eut jamais confondu la raison humaine : exemple curieux et salutaire de ce que devient la logique lorsqu’on l’appelle au service des passions et qu’il lui faut justifier des aclions contradictoires. Le droit des souverains, invoqué en Espagne, en Autriche, dans les Pays-Bas, contre l’hérésie des peuples fait place en France au droit des peuples, invoqué contré l’hérésie du souverain. L’obéissance est ordonnée d’un côté, la révolte de l’autre, avec une diversité de tactique, que l’état de guerre où se trouvait l’Europe explique sans l’excuser.

Mais une réunion de circonstances favorables à la pacification de la France rendit ce suprême effort inutile. La Ligue n’avait pas de chef; Mayenne, qui combattait en son nom, n’y était pas populaire; il l’énervait en voulant la contenir et la passion lui manquait aussi bien que le génie. L’intervention de l’Espagne, sa direction et ses secours compromirent la Ligue aux yeux d’un grand nombre d’hommes qui, las des querelles religieuses, s’apercevaient enfin de l’abaissement de leur patrie. L’Europe catholique ellemême, effrayée de l'ambition et des entreprises renouvelées de l’Espagne, souhaitait la victoire du roi de Navarre, et le pape devait voir sans trop de déplaisir l échée de son impérieux défenseur. Enfin l’héritier de

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