IV. Théodoric. — Lu Lombard*. — Le» Sjiiodm
En effet, jusqu’à cette époque, les peuples barbares dont nous allons esquisser l’histoire avaient échappé à l’Eglise par l’hérésie. C’étaient des Goths ariens qui avaient possédé l’Espagne et l’Italie, sous la direction du plus civilisé des barbares, Théodoric. Zénonl’Isaurien avait élevé Théodoric à la cour de Constantinople et l’avait envoyé avec son peuple, redevenu dangereux pour l’Orient, conquérir l’Italie. L’Hérule Odoacre la possédait alors, avec une armée composée de toutes les races barbares, qui résista vigoureusement aux envahisseurs. Cette armée fut pourtant vaincue, et Odoacre tué par trahison. La Sicile, la Rhétie, la Narbonnaise, la Provence, lTllyrie, la Pannonie et laNorique furent ajoutées à la conquête de Théodoric, et bientôt la minorité d’Amalaric, son petit-fils, mit sous son autorité les Visigoths d’Espagne. Les Bavarois lui payèrent tribut; la plupart des rois barbares s’unirent à lui par des alliances; un grand empire barbare semblait s’être fondé au midi de l’Europe.
C’était plutôt une glorieuse et impuissante restauration de l’empire romain. Théodoric aimait ardemment la civilisation romaine et s’entoura de tous les beaux esprits de l’Italie. Arien, il était plein de douceur pour les catholiques , protégeait les immunités des Eglises et la libre élection des papes ; il donnait à sa fille un précepteur de grec et de latin, confiait aux Romains les emplois civils et ne leur fermait que l’armée. L’Italie se remplit de rhéteurs et d'artistes. Les
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barbares demandaient à Théodoric des secrétaires, des musiciens et des lettrés, au lieu d'en faire venir de Constantinople. Mais ce mouvement des esprits amena parmi les vaincus des illusions fatales. Ils conspirèrent contre l’arianisme et contre la domination étrangère. Le barbare menacé se réveilla ; il sévit cruellement et mit à mort son entourage littéraire , les Boèce , les Symmaque. Il s’en repentit bientôt et mourut peu de temps après eux.
Les Gotlis s’étaient civilisés cependant, mais cette civilisation hâtive les avait corrompus. Le petit-fils de Théodoric lui avait succédé; sa mère, Amalasonte, gouverna sous sou nom et toujours à la romaine. A la mort de cet enfant, on associa à cette reine son cousin Théodat, un philosophe platonicien, qui la fit tuer. Justinien , qui relevait alors l’empii'e d’Orient, vit le moment arrivé de reprendre l’Italie aux barbares, qu’elle avait énervés. Bélisaire envahit la Péninsule avec une armée d’Alains et de Huns. Rappelé plusieurs fois malgré ses succès, il ne put achever la conquête de l’Italie. Ce fut Narsès qui en expulsa définitivement les barbares et qui la gouverna quinze ans avec habileté. Mais il fut disgracié à son tour, et, insulté par l’impératrice Sophie, il appela les Lombards dans l’empire.
Venus des bords de l’Oder, appelés par Justinien dans la Pannonie, braves et peu nombreux, les Lombards envahirent l’Italie, en occupant surtout les montagnes et en laissant aux Grecs les villes de la côte, qui devinrent bientôt indépendantes. Ils s’établirent à Milan, à Spolète dans les monts Ombriens, à Bénévent
dans les montagnes du Samnium, à Pavie dans la vallée du Pô. Ils avaient vaincu l’arrière-garde desGoths, les Gépides , qui leur disputaient l’Italie. Ils gardèrent deux cents ans le nord de la Péninsule, pesant sur le midi, mais hors d’état de l’envahir. Ennemis de la papauté, ils seront détruits par l’épée des défenseurs de 1 Église, des Francs de Charlemagne.
Ce fut à l’époque de Clovis et de Théodoric que la Grande-Bretagne, abandonnée par les Romains depuis l’apparition d’Attila dans les Gaules, fut envahie par une tribu germanique. Les Romains n’avaient occupé que le midi de l’île et l’avaient à peine défendue contre les incursions continuelles des montagnards du Nord, des Pietés et des Scots. Les populations du midi, Locriens et Cambriens, se trouvèrent sans défense après le départ des Romains et implorèrent inutilement des secours de la Gaule. Leur épouvante les décida à faire venir à leur aide des aventuriers germains. Les Saxons
arrivèrent et reçurent l’île de Thanet sur la côte de »
Kent, pour prix de leurs services. Mais ce fut un passage ouvert à toutes les peuplades saxonnes. Les Bretons luttèrent en vain contre l’immigration continuelle de leurs dangereux auxiliaires, et de 455 à 584, sept royaumes furent fondés en Angleterre par les Saxons, les Jutes et les Angles. L’ancienne population fut en partie refoulée dans le pays de Galles, en partie soumise aux conquérants, surtout dans le comté de Kent. La célèbre légende d’Arthur, le héros gaélique qui arrêta longtemps les Saxons, est un souvenir de cette grande invasion, qui fit entrer l’Angleterre dans la famille des peuples germaniques.
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T. I<e baN-emplre. — leu Férue».
Avant d’abandonner complètement à son oisive corruption ce débris de l’empire romain qui reste debout dans Constantinople, il nous faut considérer un instant le dernier et inutile effort que fit un prince actif et ambitieux pour arracher l’Europe aux barbares, et l’entreprise plus heureuse qui attacha son nom au code complet de l’antique législation. Les misérables princes qui avaient succédé à Théodose manquèrent, pour soutenir et pour relever l’empire, tantôt de force et tantôt de volonté. Sous leur gouvernement, les barbares épuisèrent le trésor, en exigeant des subsides, et les querelles religieuses ensanglantèrent Constantinople. Après la mort d’Anastase, une dynastie nouvelle parvint à l’empire avec Justin, qui avait été prêtre et soldat. Son neveu Justinien lui succéda, et aussitôt commença la guerre contre les Perses, qui menaçaient toujours la frontière orientale. Bélisaire fut chargé de. cette guerre et Justinien vaincu acheta chèrement une paix qui dura huit années. La guerre, ranimée par Khosroès, laissa les Grecs maîtres de la Colchilde et acquit la liberté de conscience aux chrétiens de la Perse, mais l’empire n’en paya pas moins tribut. Les barbares amollis de 1 Afrique étaient pour l’empire grec des ennemis moins redoutables que les Perses; pour arracher l’Afrique aux Vandales, il suffit de le vouloir. Une faible armée battit les barbares, et leur roi alla mourir en Galatie. Ce fut le conquérant de l'Afrique, Bélisaire, qui attaqua les Gofhs d’Italie, mais
ce fut l’eunuque Narsès qui chassa la race abâtardie de Tbéodoric. Enfin en Espagne, Valence et la Bétique orientale furent conquises, et l’empire grec fut un instant maître de la Méditerranée. Il repoussait en même temps les Bulgares, venus du Nord jusque sous les murs de Constantinople. Bélisaire les rejeta derrière le Danube. Quatre-vingts forteresses s’élevèrent le long du fleuve; la Dacie, l’Epire, laThessalie, la Macédoine et la Tlirace furent semées de châteaux forts. Le mur -d’Anastase qui, de la Propontîde au Pont-Euxin, fermait l’empire aux barbares, fut relevé, et la frontière de l’Euphrate fut fortifiée. Enfin Constantinople fut embellie par d’immenses travaux, et Justinien, élevant la basilique de Sainte-Sophie, prépara leur temple aux futurs destructeurs de l’empire d’Orient.
Mais la principale gloire de ce règne fut la compilation de la jurisprudence romaine, faite par dix-sept jurisconsultes que dirigeait Tribonien. Tous les codes antérieurs, tous les traités de jurisprudence, toutes les sentences rendues, tous les édits impériaux servirent d’éléments à ce grand travail, d’où sortirent le Code Justinien , les Institutes et les Pandectes. Les lois rendues par Justinien jusqu’à sa mort formèrent le recueil des Novelles. Les armées de l’empire n’avaient fait sur les barbares, déjà corrompus, que d’éphémères conquêtes; mais ce glorieux testament de la législation romaine fera la conquête de la barbarie elle-même, et servira un jour d'instrument aux fondateurs des royautés modernes contre l’anarchie féodale.
La guerre la plus sérieuse parmi celles qu’avait souterues Justinien, celle qui occupera le plus ses succes-
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seurs, c’est la défense de la frontière orientale de l’empire contre les Perses. Le plus grand danger de l’empire vient du fanatisme conquérant de ces peuples qui tentent sans cesse contre l’Europe une invasion religieuse, et qui auraient réussi s’ils n’avaient rencontré une ardeur religieuse contraire et aussi forte dans les chrétiens des villes de l’Euphrate qui soutinrent contre eux des sièges terribles. Alexandre avait plutôt traversé l’empire des Perses qu’il ne l’avait conquis. Scs successeurs avaient bientôt vu la Bactriane leur échapper, puis les Parthes , qui plus tard résistèrent si vaillamment à la conquête romaine et battirent Crassus et Antoine : ces Parthes étaient jusqu'à un certain point hellénisés; mais deux siècles après Jésus- Christ, une révolution intérieure avait élevé la dynastie des Sassanides et rétabli parmi eux le parsisme de Cyrus et de Zoroastre. Les Perses étaient aussitôt devenus redoutables à l’empire. Fanatiques, s’égorgeant entre eux pour des querelles religieuses, mais haïssant surtout les chrétiens, ennemis des images et des églises comme Xerxès l’était des temples, ils faillirent prévenir les Turcs dans la destruction de l’empire d’Orient. Justinien, et après lui Héraclius, les arrêtèrent.
Les trois successeurs de Justinien continuèrent avecpeine à défendre l’empire, qui fut arraché au dernier . d’entre eux, et au plus honnête, par un élu de la soldatesque, Phocas : cet homme ne sut que piller et tuer. Héraclius, fils de l’exarque d’Afrique, le détrôna. Les Perses s’élancèrent alors et vinrent camper en face de Constantinople, où ils restèrent dix ans maîtres de la Syrie, de la Palestine et de l’Egypte. En même temps
les Avares ravageaient l'empire, depuis l’Istrie jusqu’aux murs de Tbrace, et réduisaient Constantinople à ses murailles. Les chrétiens firent un suprême effort, les églises donnèrent leurs richesses; Uéraclius put lever des troupes, opposer barbares à barbares, gagna une bataille à Issus, et détruisit Ormia, la patrie de Zoroastre. Obligés de se défendre dans leur pays, les Perses laissèrent l'empire en repos. Bientôt les discordes s’élevèrent parmi eux, Khosroès fut tué, et la Perse fut inondée de sang. Ainsi fut prolongée la vie languissante et toujours troublée de l'empire d’Orient. Jamais on ne vit d’agitation plus stérile : sous Justinien, les rivalités des cochers du cirque et de leurs partisans avaient failli le renverser du trône. Après Héraclius, l’empire passa de main en main par le meurtre, subsistant par la seule force des choses, et offrant le triste spectacle, d’une civilisation à laquelle les circonstances extérieures permettent seules de se survivre à ellemême.
Ceux qui devaient lui porter le dernier coup faisaient déjà des progrès rapides. Héraclius et Khosroès avaient reçu des lettres étranges d’un Arabe qui les sommait d’embrasser une religion nouvelle. Quelle était cette voix qui s’élevait du fond de l’Arabie P Quel nouvel acteur va se mêler à cet immense mouvement de peuples en armes qui rendent si longues et si sanglantes les funérailles de l’empire romain ?
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