‹ Essai sur l'histoire universelle. 2Chapitre 7 sur 90 · VI. nnhomet. - I r Coran. - ConqnHeo minalmanra · texte numérisé non relu

VI. nnhomet. - I r Coran. - ConqnHeo minalmanra

La Péninsule arabique qui, entre la mer Rouge et le golfe Persique, s’avance dans la mer des Indes, était occupée au sixième siècle par trois peuples de race arabe : c’étaient au sud les Sabéens, que les Perses avaient convertis par les armes; au nord, les Nabatéens, souvent mêlés aux guerres de la Perse et de l'empire; et au centre, dans l’Hedjaz, les tribus indépendantes des Ismaélites. Chez ces peuples s’allient étrangement le goût du pillage et la pratique de l’hospitalité. Leurs guerres étaient continuelles : les tribus sous leurs émirs , les familles sous leurs sheicks, luttaient fréquemment pour la domination ou pour lé butin. 11 y avait parmi eux beaucoup de Juifs, des chrétiens hérétiques fuyant la persécution des empereurs ; mais l’idolâtrie les dominait, et la Caaba de la Mecque, centre de la religion dans la Péninsule arabique, contenait trois cent soixante idoles : des hommes, des aigles, des lions, des antilopes, des palmiers. Ce temple était sous la garde d’une famille, les Coréischites, adversaires naturels de toute religion nouvelle. Malgré la grossièreté de ce culte, l’esprit de ces peuples s’était développé par le commerce et par la guerre. Ce mélange même de religions diverses avait amené une sorte d’indifférence. Un scepticisme sensuel régnait dans leur poésie. Une religion nouvelle soulèvera parmi eux plus de mépris que de colère.

Cependant le temps d’une révolution religieuse était venu. Du mélange de ces cultes vont sortir la néga-

Ï.IVRE neuvième.

tion de l’idolâtrie et l’affirmation énergique et exclusive de l'unité divine ; c’est dans la tribu même des Coréischites que naît le réf ormateur. Mahomet descendait d’un certain Haschem que ses libéralités, pendant une famine, avaient rendu célèbre. Orphelin de bonne heure, et n’ayant qu’une part modique d’héritage], Mahomet se livra au commerce, escorta les caravanes, se distingua dans les combats du désert et épousa à vingt-cinq ans une riche veuve dont il avait géré la fortune. Il fut libre alors de se livrer à ces méditations qui devaient renouveler une partie du monde. Il avait quarante ans lorsqu’il déclara dans un festin, à ses parents réunis, qu’il voulait fonder une religion, la répandre, et demanda qui voulait être son lieutenant, son visir, et partager son fardeau. Un enfant de quatorze ans se lève: c’était Ali, le cousin du prophète: «Je serai ton visir, dit-il; et si quelqu’un te résiste, je lui briserai les dents, je lui arracherai les yeux, et je lui fendrai le ventre. >* — « Quand on viendrait à moi, dit Mahomet à l’oncle d’Ali, le soleil dans une main et la lune dans l’autre, on ne me ferait pas reculer. » Et en effet, ni lui, ni les siens ne reculèrent.

Les doctrines de Mahomet devinrent publiques; il afficha des vers dans la Caaba, et le plus grand poète d’alors déchira les siens après les avoir lus. La poésie entraînante des prédications de Mahomet, la pureté et l’élévation de sa langue ravirent les Arabes et firent le succès de sa doctrine, si supérieure au culte décrié des idoles. Tout le monde les lisait; un de ceux qui couraient tuer Mahomet surprend ces vers dans les mains de sa propre sœur, les lit et se fait le disciple du

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prophète. L'islamisme avait dès lors son saint Paul : c était l’impétueux Omar, qui communiqua une ardeur guerrière à la religion nouvelle. Cependant les Coréischistes ne pouvaient la laisser triompher sans combat. Ils vouèrent le prophète à la mort, et Mahomet dut fuir pour leur échapper, fuite célèbre qui devint le point de départ de l’ère musulmane. Yatreb, jalouse de la Mecque, accueille volontiers le prophète, et la rivalité des deux villes contribua d’abord plus que la foi aux succès militaires des nouveaux croyants. En effet, l’Arabie avait peine à s’ébranler pour une guerre religieuse, et Mahomet faisait plus d’admirateurs que de fanatiques : il n’avait que trois cents hommes lorsqu’il attaqua les caravanes de la Mecque et battit les Coréischites à Béder. Ses disciples avaient plié, et le prophète s’était élancé de son trône de bois pour rétablir le combat. Les Juifs s’unirent alors aux Coréischites pour mettre fin à ce mouvement religieux qui menaçait de les atteindre; ils furent vaincus et exterminés dans Khaïbar, qui était leur centre en Arabie. Une trêve fut conclue avec les Coréischites, et la liberté de venir en pèleriuage à la Mecque, fut accordée au prophète et à ses partisans, qui croissaient en nombre avec le succès. Mahomet avait écrit à Khosroès et à Héraelius pour les sommer d’embrasser la religion nouvelle. Héraelius lui avait envoyé des présents; Khosroès avait déchiré ses lettres : « Ainsi sera déchiré son royaume, >• dit le prophète, et l'événement confirma sa parole. Cependant les Grecs de Syrie, qui avaient égorgé ses envoyés, furent vaiucus et châtiés. Les Coréischites ayant rompu la trêve, furent

définitivement abattus. La Mecque, conquise par Mahomet, vit aussitôt toutes les idoles tomber en poussière.

L’unité de l’Arabie fut dès lors inévitable; des ambassades vinrent de tous côtés reconnaître la suprématie politique et religieuse du prophète. Partout se répandaient les musulmans, détruisant les temples, les idoles, les adversaires de Mahomet et ses rivaux; car des prophètes essayaient de s’élever à son exemple. Cependant Mahomet se sentit près de sa fin, et s’étant fait transporter à Médine, où il avait prêché tant de fois, appuyé, comme à son ordinaire, sur un tronc de palmier, il demanda à la foule s’il avait frappé injustement, outragé ou privé quelqu’un de ce qui luiétait dû ; et une vieille femme lui ayant réclamé trois drachmes, il les lui fit donner, en la remerciant de les lui avoir demandées plutôt dans ce monde que dans l’autre. Ce fut la dernière de ses prédications, et ce fut peut-être la plus éloquente que cette vivante leçon sur la responsabilité de l’homme et sur la justice de Dieu.

Quelle religion laissait-il au monde ? L’affirmation de l’unité et de la personnalité divines contre les religions panthéistes de l’Asie et contre l’idolâtrie fétichiste de sa propre race . Il n’y a d’autre dieu que Dieu : voilà l’islamisme. Aucun symbole qui puisse altérer l’unité divine ; point de médiateur, point de mystères pas d’autre intermédiaire entre Dieu et l’homme qu’une série de prophètes qui n’ont rien au-dessns de l’ humanité, et dont Mahomet est le dernier. Il ne fait pas de miracles, il répond à ceux qui lui en demandent : « Louange à Dieu ! suis-je donc autre chose qu’un homme et un apôtre? » Ce Dieu, ennemi avant tout

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de l’idolâtrie, dont l’unité est toute la perfection, se rapproche de celui des Juifs; mais il ne se renferme point dans son temple, dans son peuple choisi ; au contraire, il faut que l'islamisme se répande, il faut qu’il vole avec l’impétueuse cavalerie de ses sectateurs, de l’Arabie en Espagne, en France, à Tours, où le christianisme, cette religion du Dieu fait homme, qui est une idolâtrie aux yeux des musulmans , l’arrêtera par une sanglante victoire.

Le livre unique de la religion nouvelle est le Coran, réunion des prédications du prophète, recueillies, mais non classées par ses disciples. Toute la religion y est contenue, son dogme simple sur l'unité de Dieu, sa morale, son culte. L’àme est immortelle; la vie future est le redressement des désordres de ce monde ; un enfer brûlant, un paradis voluptueux, attendent les méchants et les bons ; mais la volupté la plus grande sera celle de l’esprit, et c’est après tout quelque chose d’analogue au paradis chrétien que Mahomet promet aux sages en disant : « Le plus favorisé de Dieu sera celui qui verra sa face soir et matin , félicité qui surpassera tous les plaisirs des sens, comme l’Océan l’emporte sur une perle de rosée. » La morale pratique du Coran est celle de tous les temps et de tous les lieux; elle défend le niai et prescrit le bien. Le culte y est réglé; des jeûnes, des prières, une trêve sacrée de quatre mois entre les fidèles, le pèlerinage à la Mecque, restée le centre de la religion nouvelle; la circoncision, les ablutions, l’abstinence du vin, sont les principales prescriptions du livre saint. La guerre contre les idolâtres et l’éloignement des infidèles sont

les premiers des devoirs. La religion reste conquérante sans devenir persécutrice. Mais tout en élevant jusqu’à un certain point la condition des femmes, en leur permettant d’hériter, et en faisant de l’époux un protecteur, le nouveau culte la laisse dégradée par la polygamie; et tout en . prescrivant aux croyants l active pratique du bien, il établit au-dessus de tous les efforts des hommes le dogme de la fatalité et le précepte de la résignation : ainsi furent conservés dans la religion de Mahomet le fatalisme et la polygamie, ces deux fléaux de la civilisation orientale. L’union du pouvoir politique et du pouvoir religieux, inévitable dans cette religion de conquérants, est encore unevause de ruine, puisque toutes les querelles religieuses deviennent des guerres civiles, et que la décadence de la religion amène fatalement celle de l’Etat. Mais ces dangers ne se manifestèrent qu’avec le temps, et le premier élan de cetle race brillante fut irrésistible.

Six ans après la mort du prophète, l'Arabie était entièrement unie dans la religion nouvelle, la Syrie conquise après deux grandes victoires, et Jérusalem avait vu entrer dans ses murs le calife Omar, sur sou chameau au poil roux, portant attachés à la selle un sac de blé, un sac de dattes et une outre pleine d’eau. Quatre ans plus tard, la Perse, affaiblie déjà par deux défaites, succombait sans retour à la grande bataille de Nehavend. Les villes s’écroulèrent incendiées, les rois s’enfuirent, et le royaume déchiré de Khosroës fut gagné à l’islamisme. L’Egypte venait d’être conquise en une année, et Alexandrie soutint inutilement un siège de quatorze mois. L’hérésie des eutichiens avait

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secondé les conquérants, mais la victoire ne tarda guère à les diviser. La tradition spiritualiste du mahométisme fut vaincue avec l’austère Ali, et les Ommiades établissant à Damas le siège de leur dynastie, favorisèrent la dissolution de la doctrine et des mœurs. Pourtant des sectes se formèrent pour conserver l’énergique austérité de l’islamisme, et résistèrent aux Ommiades, qui s’affermirent par de sanglantes viefoires. La conquête reprit son cours, elle visita l’ancienne Sogdiane et les bords de l’Indus. Constantinople fut deux fois assiégée par d’immenses armées, mais le feu grégeois arrêta de ce côté l’invasion. La capitale de l’empire grec restait donc encore debout, mais seule et dépouillée des débris de son empire. L’Afrique lui fut enlevée; Akbah poussa son cheval dans les flots de l’Atlantique : « Dieu, dit-il, si ma course n’était pas arrêtée, j’irais prêcher aux peuples inconnus de l’Occident l’unité de ton nom, et frapper les nations qui adorent d’autres dieux que toi. » Une insurrection des Maures accabla le conquérant; mais ses successeurs emportèrent Carthage, écrasèrent un dernier soulèvement et restèrent maîtres de l’Afrique. Ils échouèrent devant Ceuta, repoussés par les Goths qu’ils allaient bientôt déposséder. Une trahison leur ouvrit, en effet, l’Espagne et ils l’envahirent. La destinée des Goths était d’être partout consumés par une civilisation trop rapide. Ils avaient cessé d’être ariens, et leur clergé les gouvernait par des conciles. Leur aristocratie était turbulente contre les rois, sans être forte contre l’étranger. C’est un noble, le comte Julien, qui appelle les Arabes contre le roi Roderic.

La victoire de Xérès leur livra l’Espogne, et les Goths chrétiens, retirés dans la montagneuse Asturie, y attendirent l’épuisement de leurs vainqueurs. La Septimanie fut à son tour envahie par eux, et la Gaule allait l’être, lorsqu’ils se brisèrent à Tours contre les Francs régénérés. Là s’arrêta la course merveilleuse des conquérants sortis de l’Arabie. Des rives dis 1 Indus aux Pyrénées tout est tombé devant eux *. La civilisation germanique, entamée dans l’Espagne, où elle faiblissait déjà, leur a seule opposé une barrière insurmontable dans le pays voisin où elle allait se développer avec cette lenteur régulière qui est le signe et le gage d’un long avenir.

L’immense empire des Arabes ne pouvait rester longtempsuni après l'impulsion de la conquête. Lesquereiles religieuses vinrent en aide à l’ambition politique pour renverser les dynasties des califes et pour démembrer leur domination. Une famille alliée d’Ali voulut rétablir la pureté de la doctrine, détruite par la corruption des Ommiades. Une guerre terrible qui finit par des assassinats éleva la dynastie des Abassides. Mais l’Espagne, conquise par les Arabes syriens de Damas, appela un descendant des Ommiades, et le califat de Cordoue fut fondé. Les Abassides fondèrent Bagdad et y régnèrent. Le despotisme, qui semble naturel à ces contrées, s’y releva, et avec lui un luxe éblouissant. Harouu-al-llaschid est le plus grand de ces princes. 11 fit la guerre aux Grecs, mais sans repousser leur civilisation, et la littérature arabe lui doit ses

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