Lieux des victoires de Mahomet. {.Vote du traducteur
2. Allusion à l’écriture arabe, dan* laquelle la moitié environ de» lettres ont un ou plusieurs points que les grammairiens nomment diacritiques. (Vote du traducteur.)
APPENDICES
armes qui le couvrent, semble une fleur au milieu de son calire. Fixés sur le dos de leurs coursiers, ils y demeurent aussi immobiles qu’une plante qui a crû sur une colline : c’est la fermeté de leur cœur qui les attache, et non la solidité de leurs sangles. Leurs ennemis, saisis d’effroi, perdent l’usage de la raison; ils ne sont plus capables de distinguer un troupeau de faibles agneaux d’un escadron de cavalerie.
Quiconque a pour appui l’assistance de l’apôtre de Dieu, réduira au silence les lions mêmes dans les marais qui leur servent de retraite
APPENDICE /
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La lettre suivante, écrite par Grégoire VII à l’évêque de Metz, au sujet de sa lutte contre l’empereur, est une exposition précieuse des idées de ce grand pontife sur les rapports du saint-siège avec les gouvernements.
Grégoire évéque, serviteur des serviteurs de Dieu , à son frère en Jésus-Christ , Hermann , évéque , salut et bénédiction apostolique.
Nous savons que tu es prêt à supporter les fatigues et les dangers pour la cause de la vérité et nous ne doutons pas que ce ne soit un «Ion de Dieu. Sa grâce ineffable et sa merveilleuse clémence sont telles, qu’il ne laisse jamais ses élus s’égarer tout à fait, ni être renversés et accablés sans retour; mais après les avoir agités quelque temps par la persécution, comme par une épreuve, après quelque trouble, il les rend plus forts: comme les lâches sont poussés par la peur à fuir plus honteusement les uns que les autres, les hommes courageux sont virilement animés à lutter de bravoure et d’ardeur. Nous donnons donc de nouveaux encouragements à ta charité, afin que tu aies plaisir àcom-
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battre au premier rang parmi les défenseurs de la religion chrétienne, sachant que ceux-là sont les plus proches de Dieu, et les plus dignes de partager sa victoire. Quant à ce que tu nous demandes, voidanl être appuyé et fortifié par nos lettres contre la folie de ceux qui , débitant de coupables bavardages, refusent à l’autorité du saint-siège le droit d’excommunier le roi Henri, ce contempteur de la religion chrétienne , ce destructeur de l’empire et des églises , ce promoteur et ce complice de l’hérésie , et de délier ses.sujets de tout serment de fidélité , cela ne me paraît point nécessaire, puisque les pages des saintes Ecritures offrent en abondance, sur ce sujet, les plus certains exemples.
.... Pour ne citer qu’un passage dans la foule , qui ignore cette parole de Notre-Seigneur et Sauveur Jésus- Christ, disant dans l’Évangile : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon église, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle.» Et « Je te donnerai les clefs du royaume du ciel, et toutce que tu auras lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans le ciel. »
Les rois sont-ils exceptés de cette règle ? Ne font-ils pas partie du troupeau confié par le Fils de Dieu au bienheureux Pierre? Qui donc osera se juger en dehors du pouvoir «le Pierre, après cette concession universelle de lier et de delierPQui? si ce n’est peut-être l’infortuné qui, refusant de porter le joug du Seigneur, se soumet au fardeau du diable, et refuse d’étre compté parmi le troupeau du Christ? Et cette volonté même ne suffit pas pour donner à celui qui la revendique cette liberté misérable ; au contraire, celui qui rejette de sa tète superbe le pouvoir divin confié à Pierre, le sentira d’autant plus lourd au jour de sa damnation qu’il l’aura écarté avec plus d’orgueil. Cette institution delà volonté divine, ce fondement du pouvoir «le l’Église, ce privilège concède et confirmé par un décret du ciel à Pierre, prince des apôtres, nos saints Pères les ont considérés et reconnus avec vénération ; dans les conciles généraux, dans leurs écrits et dans leurs actions, ils ont appelé l’Église romaine la
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mère universelle; ils ont déclaré qu’on devait accepter nonseulement ses décisions religieuses, mais ses jugements : d’un commun esprit, d’une commune voix, ils ont affirmé qu'il fallait lui soumettre non-seulement les affaires importantes, mais les jugements de toutes les Églises, comme à la mère et à la tète de toutes ; qu’il ne fallait jamais appeler de ses décisions, que personne ne pouvait ni oe devait s’y refuser au y contredire....
.... Quoi! une dignité créée par les hommes du siècle et ignorants de Dieu, ne sera pas soumise à cette autre dignité que la Providence du Dieu tout-puissant a créée pour lui rendre témoignage, et par pitié pour le monde? Et le Fils de ce Dieu, Dieu et homme tout ensemble, souverain pontife, tète de l'Église, siégeant à la droite de son Père et intercédant sans cesse pour nous, n’a-t il pas méprisé celte royauté séculière dont sont enflés les fils du siècle, et n’y a-t-d pas préféré de son plein gré le sacerdoce de la croix? Qui ne sait que le pouvoir des rois et chefs de peuples a eu un commencement? Des hommes ignorants de Dieu, pleins d’orgueil, de rapines, de perfidie, d’homicides, en un mot, de tous les crimes, et poussés par le prince de ce mondé, qui est le diable, ont entrepris, avec une passion aveugle et une intolérable présomption, de dominer sur les autres hommes leurs égaux! Et lorsqu’ils s’efforcent d’incliner à leurs pieds les prêtres du Seigneur, à qui les comparer plus justement qu’à celui qui élève sa tête superbe au-dessus de tous les fils de l’orgueil, qui, tentant le souverain pontife lui-méme et la tète de l’Église, et lui promettant tous les royaumes de ce monde, a dit : « Je te donnerai tout cela si tu t’inclines pour m’adorer? » Qui doutera que les prêtres du Christ soient les pères et les maîtres des rois, des princes et de tous les fidèles? N’est-ce point la marque d’une folie misérable, si le fils veut se soumettre son père, l’écolier son maître, s’il veut liera son pouvoir par d’injustes obligations celui auquel il reconnaît d’ailleurs la puissance de le lier et de le délier lui-même, non-seulement sur la terre, mais dans le ciel?....
APPENDICES
Qui donc parmi les prêtres ou les laïques, se voyant à sa dernière heure, implore pour le salut de son âme le secours d’un roi de la terre? Qui donc, parmi les rois ou les empereurs peut enlever par le baptême un chrétien à l’empire du démon, et le mettre au nombre des fils de Dieu? Et, ce qui est le principal de la religion chrétienne, qui d’entre eux a le pouvoir de former de sa propre bouche le corps et le sang de Notre-Seigneur? Qui d’entre eux a reçu le droit de lier et de délier dans le ciel et sur la terre? D’où on peut voir clairement combien la dignité sacerdotale l’emporte sur leur puissance.
Qui encore parmi eux peut ordonner un clerc et le faire entrer dans l’Église, ou, ce qui est plus encore, le déposer et l’en faire sortir? La déposition suppose une autorité plus élevée que l’ordination; car un évêque peut ordonner d’autres évêques, mais les déposer n’appartient qu’au siège apostolique. Qui donc, même parmi les écoliers, douterait que les prêtres fussent au-dessus des rois? Et si les rois, pour leurs péchés, tombent sous le jugement des prêtres, à plus forte raison doivent-ils être jugés par le pontife de Rome. En un mot, le premier venu des chrétiens fidèles peut être plus convenablement appelé roi qu’un mauvais prince. En effet, les chrétiens qui cherchent la gloire de Dieu se gouvernent courageusement; et ceux qui ne sont pas de Dieu, et qui cherchent leur intérêt, sont leifrs propres ennemis et les tyrans des autres. Les premiers sont les rois du Christ, les seconds sont le corps du diable; les premiers se commandent à eux-mêmes, alin de régner éternellement avec leur roi divin; la puissance des seconds les conduit à tomber dans la damnation éternelle avec le prince des ténèbres, roi des fils de l’orgueil.
.... Qu’ils ne cherchent donc point à faire de la sainte Eglise leur servante, à la soumettre, à la dompter; mais plutôt qu’ils s’appliquent à honorer, les reconnaissant pour leurs' pères et leurs maîtres, les yeux de cette Église, c’està-dire les prêtres du Seigneur. Si on doit honorer les pères et mères selon la chair, combien davantage les pères et
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mères selon l’esprit! Si celui qui a maudit son père ou sa mère selon la chair est digne de mort, que mérite celui qui maudit son père ou sa mère selon l’esprit? Qu’enchaînés à l’amour de la chair ils ne s'appliquent pas à ineltre leur fils à la tète du troupeau pour lequel le Christ a versé son sang, si on peut trouver un homme meilleur et plus utile au troupeau que leur fils; de peur qu’en aimant leur fils plus que Dieu , ils n’apportent un grand dommage à la sainte Église.
APPENDICE J
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Pierre, moine de Citeaux, a exposé cette hérésie des Albigeois, qui, noyée dans le sang, laissa pourtant des traces et peut être suivie, sous des dénominations diverses, à travers tout le moyen âge. Les passages suivants font voir quelle différence profonde séparait ces sectes de l’Église romaine, et par quel sophisme un mépris mystique de la chair autorisait parmi elles le déréglement des mœurs.
Puisque l’occasion s’en présente, je crois utile d’exposer clairement et en peu de mots ces hérésies et les sectes qu’elles produisirent. D’abord les hérétiques établissaient deux créateurs, l’un du monde invisible, qu’ils appelaient bon; et l’autre du monde visible, qu’ils appelaient mauvais. îlsattribuaientleNouveau Testament au dieu bon; l’Ancien au mauvais,* et ils le rejetaient absolument, sauf ce que le Nouveau Testament confirmait de l’Ancien. Ils accusaient l’auteur de l’Ancien Testament de mensonge , parce que le créateur y disait : « Le jour où vous mangerez de l’arbre de la science, du bien et du mal, vous mourrez. » Et, disaientils, ceux qui en avaient mangé ne moururent pas; et cependant, après ce péché, ne furent-ils sujets à la misère de la mort? Ils l'appelaient homicide, parce qu’il avait brûlé Sodome et Gomorrhe, noyé le monde sous le déluge, Pharaon et les Égyptiens sous la mer. Ils affirmaient que tous les
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pères de l’Ancien Testament étaient damnes; que saint Jean- Baptiste était l’un des plus grands démons de l’enfer. Ils disaient aussi, mais en secret, que ce Christ, qui était né dans la Bethléem terrestre et visible, et qui avait été mis en croix à Jérusalem, était un mauvais esprit.... Mais le bon Christ, comme ils l’appelaient, n’avait jamais bu r# mangé, ni pris une chair matérielle, ni paru dans ce monde, si ce n’est spirituellement, dans le corps de Paul. Nous avons dit la Bethléem terrestre et visible, parce que les hérétiques imaginaient l’existence d’une terre nouvelle et invisible, dans laquelle, selon quelques-uns d’entre eux, le bon Christ était né et avait été crucifié.
Ces membres de i’Antechrist, ces premiers-nés de Satan, cette race impure, ces fils du crime et de l’hypocrisie, séduisant les cœurs simples, avaient infecté de leur venin la province de Narbonne. Ils appelaient l’Eglise romaine une caverne de voleurs et la femme de mauvaise vie dont il est parlé dans l’Apocalypse. Ils anéantissaient les sacrements au point de ne faire aucune différence entre l’eau du saint baptême et l’eau des fleuves, entre l’hostie du corps du Christ et le pain des laïques, glissant tlans l’oreille des simples que le corps du Christ, fût-il aussi grand que les Alpes, serait depuis longtemps consommé et anéanti par tant de convives. La confirmation, la confession, étaient choses vaines et frivoles. Le saint mariage était une prostitution1, et personne n’y pouvait faire son salut. Sur la résurrection de la chair, ils avaient inventé de bizarres doctrines : nos âmes étaient des esprits angéliques qui, pour leur orgueil, avaient été précipités du ciel ; ils avaient laissé dans les airs, en tombant ici-bas, leurs corps glorifiés (divins); quant à leurs âmes, après avoir habité successivement sept corps terrestres, quels qu’ils fussent, leur pénitence ainsi accomplie, elles allaient rejoindre ces corps glorifiés, abandonnés par elles.
1 . Sacrum, malrimoniurn meretncium esse. Curieuse coïncidence avec certaines sectes contemporaines professant la même opinion dans les mêmes termes.
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Il faut savoir aussi que, parmi les hérétiques, quelques hommes étaient appelés parfaits ou bons , et les autres des croyants .Les parfaits s’habillaient de noir, feignaient la chasteté, s’abstenaient rigoureusement de viandes, d'œufs et de fromage; et ils s’efforçaient de paraître ne jamais mentir, bien que leur doctrine sur Dieu fût un perpétuel mensonge. Ils défendaient de jurer sous aucun prétexte1. On appelait croyants ceux qui vivaient selon le siècle, sans chercher à imiter la vie des parfaits, mais espérant pourtant être sauvés et unis avec eux par les croyances. Ces croyants étaient livrés à l’uSure, à la rapine, au meurtre, à la débauche, au parjure, à tous les crimes, avec d’autant plus de liberté que, sans restitution, sans confession et sans pénitence, ils se croyaient assurés du salut s’ils avaient eu le temps, à l’instant même de la mort, de dire un Pater noster et de recevoir l’imposition des mains de leurs maîtres les parfaits, qu’ils appelaient diacres ou évêques....
.... Ils appelaient idolâtrie les images qui sont dans les églises, et les cloches les trompettes du diable . Ils ne voyaient pas de péché dans les pires débauches. Mais si un parfait avait péché en mangeant de la chair, du fromage ou des œufs, ou de quelque autre manière, tous ceux qu'il avait assistés perdaient l’esprit saint et avaient besoin d’un nouveau consolateur; et ceux qui étaient sauvés par son ministère tombaient du ciel, à cause de son péché.... D’autres hérétiques moins pervers s’appelaient Faudois, d’un certain Valdius de Lyon. Pour ne pas nous étendre davan tage sur ces hérétiques, disons que leurs erreurs principales étaient les cjuatre suivantes : ils portaient des sandales comme les apôtres; ils défendaient dans tous les cas de jurer ou de tuer; enfin ils disaient que, pourvu qu’on eût des sandales, on pouvait, sans avoir été ordonné par un prêtre, faire descendre le Christ sur l’autel. Qu’il nous suffise d'avoir donné cette courte exposition des hérésies et
1 . S'appuyant, comme le* ijvakers, sur les versets 33 et suivants du chapitre v de l’évangile de saint Matthieu.
APPENDICES
de leurs sectes. Celui qui veut y entier est reçu par un des hérétiques, qui lui dit : « Ami, si tu veux être des nôtres, il faut renoncer à tous les dogmes que tu as reçus de l’Eglise romaine. » Le néophyte répond : « J’y renonce. — Reçois donc l’esprit saint des hommes bons. *• Et il lui souffle sept fois sur la bouche, ajoutant : « Renonces-tu à cette croix que t’a faite le prêtre, en te baptisant, sur la poitrine, sur les épaules et sur la tète? — J’y renonce. — Crois-tu que cette eau te donne le salut? — Je ne le crois pas. — Renonces-tu à ce voile que le prêtre, en te baptisant, l’a mis sur la tète? — J’y renonce. « Il reçoit alors le baptême des hérétiques, renonçant à celui de l’Eglise. Alors ils lui imposent tous les mains sur la tête, l’embrassent, le couvrent d’un vêtement noir; et à partir de cette heure il est l’un d’eux.
La guerre des Albigeois eut, comme toutes les luttes religieuses de ce temps, son accompagnement inévitable de supplices et de * miracles: Voici un curieux épisode raconté par Pierre de Citeaux.
Nous ne passerons pas sous silence le miracle arrivé au château de Castres, en présence du comte. On lui amena deux hérétiques : l’un était un parfait, l’autre un novice et le disciple du premier. Le comte tint conseil et on décida qu’ils seraient brûlés tous les deux. Mais celui qui était le disciple de l’autre eut le coeur remué par la crainte, commença à se convertir, offrant d’abjurer volontiers l’hérésie et d’obéir en tout à la sainte Église romaine. Aussitôt grande discussion entre les nôtres ; les uns disaient : « Puisqu’il est prêt à faire ce que nous voulons, il ne faut pas le condamner à mort. — Mais il mérite la mort, disaient les autres, car il est clair qu’il a été hérétique, et ce qu’il dit est plutôt inspiré par la crainte de la mort imminente que par l'amour de la religion chrétienne. » Enfin, le comte décida qu’il serait brûle, raisonnant ainsi : « Si sa conversion est sincère, ce feu le purifiera de ses péchés; s’il ment, c’est la digne punition de sa perfidie.» On leur passa donc à tous les deux
APl'ENDICES.
des liens solides autour des jambes, de la taille et du col; on leur attacha les mains derrière le dos, puis on demanda au converti dans quelle religion il voulait mourir : « J’abjure l’hérésie j répondit-il; je veux mourir dans la foi de la sainte Église romaine, et je supplie que ce feu soit pour moi celui'de la purification de mes péchés. » On alluma donc autour du poteau un grand feu. Le par [ail fut en un instant consumé: mais les liens de l’autre furent aussitôt rompus, et il sortit du feu sain et sauf, sans garder d’autres marques de ses atteintes que quelques brûlures au bout des doigts. ,
APPENDICE A'
(Page 238.)
C’est dans le Prince de Machiavel qu’il faut considérer l’état de l’Italie au temps des Borgia. Appuyant ses maximes d’exemples et de récits, Machiavel a fait à la fois la théorie des gouvernements et le portrait de ses contemporains. Le prince, dit-il, doit toujours paraître étranger atix rigueurs nécessaires de son gouvernement,et il le prouve par cet exemple.
Lorsque César Borgia se fut emparé de la Romagne, considérant qu’elle avait toujours eu des maîtres avares qui avaient moins gouverné que dépouillé leurs sujets, et que le pays était infesté de brigands, déchiré par les factions, et livré à tous les désordres et à tous les crimes, il jugea tpte, pour la pacifier et la soumettre à l’autorité du prince, il fallait y établir un gouvernement fort; en conséquence, il choisit Remiro d’Orco, homme cruel et actif, à qui il donna tout pouvoir : en peu de temps ce gouverneur ra — . mena l’ordre, et s’acquit une grande réputation. Bientôt après, le duc, craignant qu’une autorité si absolue ne devint odieuse, établit au centre de la province un tribunal civil où chaque ville avait son avocat; et pour dissiper la haine que ses premières rigueurs lui avaient attirée, il lit égorger un matin Remiro, et exposer sur la place de Césène ses membres dépecés, fixés sur des pieux, et auprès un couteau
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sanglant. C’était montrer au peuple que les cruautés exercées ne venaient pas de lui, mais du caractère violent de son ministre : cette mesure contenta et surprit à la fois.
L’histoire d’Oliverotto de Fermo est justement rapprochée par Machiavel de celle d’Agathoclès, et pourtant Oliverotto fut vaincu en perfidie par le duc de Valentinois.
Un particulier peut encore devenir souverain de deux manières, sans que la fortune ou le mérite y contribuent entièrement; je ne crois donc pas devoir les pusser sous silence. La première, c’est lorsqu’on s’élève au trône par quelque crime; la seconde, c’est lorsqu’un particulier y est porté par la faveur de ses concitoyens. Je vais citer deux exemples du premier cas, sans les approfondir ou les apprécier; ils suffiront, à mon avis, à qui serait forcé de les imiter; l'un est ancien, et l’autre moderne. Agathociès, Sicilien, fils d’un pauvre potier de terre, devint tyran de Syracuse. Il marqua par des crimes tous les degrés de sa fortune; mais il montra toujours beaucoup d’habileté et de courage. Parvenu par tous les grades militaires à la dignité de préteur, il forma le dessein de se rendre souverain, et d’ètre dans sa charge indépendant de ceux qui la lui avaient confiée. Après en avoir conféré avec Amilcar, qui commandait en Sicile l’armée des Carthaginois, il assemble un matin le peuple et le sénat de Syracuse, comme pour délibérer des affaires publiques; et, sur un signal donné à ses soldats, tous les sénateurs sont égorgés, ainsi que les plus riches citoyens. Après cette action, il se rendit sans peine maître de la ville ; et, malgré deux défaites que les Carthaginois lui firent essuyer, assiégé même par eux dans Syracuse, non-seulement il s’y défendit, mais n’y ayant laissé qu’une partie de ses troupes, il passa avec l’autre en Afrique, et pressa tellement les Carthaginois, qu’ils furent contraints de faire la paix avec lui et de lui abandonner la Sicile.
F.n examinant la conduite d’Agathoclès, on n’y verra
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presque rien qu'on puisse attribuer à la fortune, d’autant plus qu’il s'éleva d’abord non par les armes d’autrui, mais par sa valeur, et qu’il se maintint en prenant toujours des partis aussi hardis que dangereux. Certes il n’y a point de vertu à égorger ses concitoyens, à trahir ses amis, à être sans foi , sans religion , sans humanité ; ce sont des moyens qui peuvent conduire à l’empire, mais jamais à une véritable gloire. Cependant, si nous considérons l’intrépidité d’Agathoclès dans les dangers, sa constance invincible dans l’adversité, nous verrons qu’il ne le cède à aucun des plus grands capitaines, quoiqu'il ne soit pas digne d’être placé parmi les grands hommes, à cause de ses cruautés infinies, et de tous les crimes qu’il commit. Il est donc impossible d’attribuer entièrement son élévation à la fortune ou à son mérite.
13e notre temps, Oliverotto de Fermo ayant, encore enfant, perdu son père et sa mère, fut élevé par Jean Fogliani, son oncle maternel, qui le confia ensuite à Paul Vitelli pour en apprendre le métier des armes. Après la mort de Paul, il servit sous Vitellozzo, son frère. En peu de temps son esprit, son courage et son adresse le rendirent un des premiers hommes de guerre. Regardant comme une lâcheté de rester dans un rang obscur, aidé de quelques citoyens qui préféraient l’esclavage de leur pays à sa liberté, et appuyé par les Vitelli, il forma le projet de s’emparer de Fermo. Il écrivit donc à son oncle qu’après une longue absence, il désirait ravoir sa patrie et reconnaître un peu son patrimoine; car, jusqu’à ce jour, il n’avait songé qu’à sa réputation; que, pour convaincre les citoyens qu’il n’avait pas perdu son temps, il voulait faire une entrée solennelle, accompagné de cent cavaliers, tant amis que serviteurs ; qu’il le priait donc de disposer les habitants à lui faire un accueil honorable, accueil dont l'éclat devait rejaillir sur son oncle, qui avait soigné son éducation.
Jean de Fogliani fit tout ce que l’autre désirait. Oliverotio fut reçu avec pompe dans la ville, où, après s’être coucerté quelques jours sur les mesures à prendre pour
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faire réussir ses desseins, il donna un grand repas, auquel il invita Jean Fogliani et les premiers de la ville. A la fin du repas et des réjouissances ordinaires, il ouvrit à dessein un entretien sérieux sur la grandeur du pape Alexandre VI et les exploits de son fils. Son oncle et chacun des convives commencent à dire leur avis; il se lève tout à coup, sous prétexte qu’il faut un lieu plus secret pour parler de telles affaires, et entre avec eux dans une chambre où étaient cachés ses soldats, qui les égorgent tous aussitôt qu’ils sont assis. A l’instant Oliverotto monta à cheval, alla assiéger le palais du magistrat, le força à lui obéir et à le reconnaître pour prince. Il sut se maintenir dans cette dignité, soit en ôtant la vie à tous ceux qui pouvaient lui nuire à cause de leur mécontentement, soit en faisant de nouvelles lois civiles et militaires; et non-seulement il fut tranquille dans sa patrie, mais môme redoutable à ses voisins. Il eût été aussi difficile de le détrôner qu’Agathoclès, si, au bout d’un an, il ne se fût pas laissé tromper par le duc de Valentinois, qui l’enveloppa avec les Ursins à Sinigaglia, et le fit étrangler, ainsi que Vitellozzo, son maître de guerre et de crime.
On pourrait s’étonner qu’Agathoclès et tant d’autres tyrans aient vécu si longtemps en paix, ayant à se défendre contre des ennemis extérieurs, sans que jamais aucun de leurs concitoyens ait conspiré contre eux, tandis que plusieurs autres nouveaux princes, haïs pour leur cruauté, n’ont jamais pu se maintenir, même en temps 4 e paix. On peutregarder lacruauté commebien employéefs’il est permis de dire qu'un mal est un bien), quand on ne s’en sert qu’une fois, qu’elle est dictée par la nécessité de s’assurer la puissance,et qu’on n’y a recours ensuite que pour le bien du peuple. Elle est mal exercée quand elle augmente chaque jour au lieu de diminuer. Ceux qui s’en servent pour le premier cas, peuvent espérer le succès, comme Agathoclès, avec l’aide de Dieu et des hommes ; quant aux autres, il est impossible qu’ils se maintiennent. Je conclus donc qu’un usurpateur doit commettre en une seule fois toutes ses
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cruautés, pour n’avoir pas à recommencer chaque jour, et afin de pouvoir par des bienfaits rendre aux esprits la conliance. Le prince que la timidité ou les mauvais conseils portent à agir autrement, est forcé d’avoir sans cesse le poignard à la main : il saurait d’autant moins se fier à ses sujets, que des attaques récentes et réitérées les empêchent toujours de se fier à lui. Ainsi, je le répète, le mal doit se faire tout d’un coup, afin que ceux qui en sont atteints aient moins le temps de ressentir leurs blessures. Les bienfaits, au contraire, doivent se faire peu à peu, afin qu’on puisse mieux les savourer. Enfin un prince doit vivre avec ses sujets de manière qu’aucun événement ne puisse le faire changer de conduite, soit en mal, soit en bien; car si la nécessité nous presse, il n’est plus temps de nous venger, et le bien que nous faisons est inutile, parce qu’on ne nous sait pas gré du changement apporté par la force.
APPENDICE !
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La grandi* insurrection des pavsans d’Allemagne était à la fois, comme tous les soulèvements populaires du moyen Age, justifiée par l’excès de l’oppression et souillée par l’excès de la vengeance. I,cs demandes des pavsans sont si équitables qu’elles font souhaiter leur victoire, et leurs actes si cruellement insensés que la civilisation paraît ne pouvoir être sauvée que par leur défaite. Voici les douze articles où sont déposées leurs demandes. Nous empruntons cette citation et la suivante à l’excellent recueil que M. Michelet a publié sous ce titre : Mémoires de Luther.
Doléance et demande amiable de toute la réunion des paysans, avec leurs prières chrétiennes. Le tout exposé trèsbrièvement en douze articles principaux. Au lecteur chrétien, paix et grâce divine par le Christ !
Il y a aujourd’hui beaucoup d’antichrétiens qui prennent occasion de la réunion des paysans pour blasphémer l’Évangile, disant que ce sont là les fruits du nouvel Evangile, que personne n’obéisse plus, que chacun se soulève et se
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cabre, qu’on s’assemble el s’attroupe avec grande violence; qu’on veuille réformer, chasser les autorités ecclésiastiques et séculièr es, peut-être même les égorger. A ces jugements, pervers et impies, répondent les articles suivants :
D’abord ils détournent l’opprobre dont on veut couvrir la parole de Dieu; ensuite ils diculpent chrétiennement les paysans du reproche de désobéissance et de révolte.
L’Évangile n’est pas une cause de soulèvement ou de trouble; c’est une parole qui annonce le Christ, le Messie qui nous était promis; cette parole et la vie qu’elle enseigne ne sont qn’amour, paix, patience et union. Sachez aussi que tous ceux qui croient en ce Christ seront unis dans l’amour, la paix et la patience. Puis donc que les articles des paysans, comme on le verra plus clairement ensuite, ne sont pas dirigés à une autre intention que d’entendre l’Évangile et de vivre en s’y conformant, comment les antichrétiens peuvent-ils nommer l’Évangile une cause de trouble et de désobéissance? Si les antichrétiens et les ennemis de l’Évangile se dressent contre de telles demandes, ce n’est pas l’Évangile qui en est la cause, c’est le diable, le mortel ennemi de l’Évangile, lequel, par l’incrédulité, a éveillé dans les siens l’espoir d’opprimer et d’effacer la parole de Dieu, qui n’est que paix, amour et union.
Il résulte clairement de là que les paysans qui, dans leurs articles, demandent un tel Évangile pour leur doctrine et pour leur vie, ne peuvent être appelés désobéissants ni révoltés. Si Dieu nous appelle et nous presse de vivre -selon sa parole, s’il veut nous écouter, qui blâmera la volonté de Dieu, qui pourra s’attaquer à son jugement et lutter contre ce qu’il lui plaît de faire? Il a bien entendu les enfants d’Israël qui criaient à lui, il les a délivrés de la main de Pharaon. Ne peut-il pas encore aujourd'hui sauver les siens! Oui, il les sauvera, et bientôt! Lis donc les articles suivants, lecteur chrétien; Iis— les avec soin, et juge.
Suivertt les articles :
I. En premier lieu, c’est notre humble demande et prière à nous tous, c’est notre volonté unanime, que
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désormais nous ayons le pouvoir et le droit d’élire et choisir nous-mêmes un pasteur; que nous ayons aussi le pouvoir de le déposer s’il se conduit comme il ne convient point. Le même pasteur, choisi par nous, doit nous prêcher clairement le saint Evangile, dans sa pureté, sans aucune addition de précepte ou de commandement humain. Car en nous annonçant toujours la véritable foi, on nous donne - occasion de prier Dieu, de lui demander sa grâce, de former en nous cette même véritable loi et de l’y affermir. Si la grâce divine ne se forme point en nous, nous restons toujours chair et sang, et alors nous ne sommes rien de bon. On voit clairement dans l’Écriture que nous ne pouvons arriver à Dieu que par la véritable foi, et parvenir à la béatitude que par sa miséricorde. Il nous faut donc nécessairement un tel guide et pasteur, ainsi qu’il est institué dans l’Écriture.
II. Puisque la dîme légitimeest établie dans l’Ancien Testament (que le nouveau a confirmé en tout), nous voulons payer la dîme légitime du grain, toutefois de la manière convenable.... Nous sommes désormais dans la volonté que les prud’hommes établis par une commune reçoivent et rassemblent cette dlme ; qu’ils fournissent au pasteur élu par toute une commune de quoi l’entretenir lui et les siens suffisamment et convenablement, après que la commune en aura connu, et ce qui restera, on doit en user pour soulager les pauvres qui se trouvent dans le même village. S’il restait encore quelque chose, on doit le réserver pour les frais de guerre, d’escorte et autres choses semblables, afin de délivrer les pauvres gens de l’impôt établi jusqu’ici pour le payement de ces frais. S’il est arrivé, d’un autre côté, qu’un ou plusieurs villages aient, dans le besoin, vendu leur dîme, ceux qui l’auront achetée n’auront rien à redouter de nous : nous nous arrangerons avec eux selon les circonstances, afin de les indemniser au fur et à mesure que nous pourrons. Mais quant à ceux qui, au lieu d’avoir acquis la dîme d’un village par achat, se la sont appropriée de leur propre chef, eux ou leurs ancêtres, nous «ne leur devons
A PPENDICF.S.
rien el nous no leur donnerons rien. Cette dime sera employée comme il est dit ci-dessus. Pour ce qui est de la petite dîme et de la dîme du sang (du bétail), nous ne l'acquitterons en aucune façon, car Dieu le Seigneur a créé les animaux pour être librement à l'usage de l’homme. Nous estimons cette dîme une dîme illégitime, inventée par les hommes; c’est pourquoi nous cesserons de la payer.
III. Dans cet article, les paysans déclarent ne plus vouloir être traités comme la propriété de leurs seigneurs , « car Jésus-Christ, par son sang précieux, les a rachetés tous sans exception, le pâtre à l’égal de l’empereur. » Us veulent être libres, mais seulement selon l’Ecriture, c’està-dire sans licence aucune et en reconnaissant l’autorité, car l’Évangile leur enseigne à être humbles et à obéir aux puissances « en toutes choses convenables et chrétiennes. »
IV. Il est contraire à la justice et à la charité, disent-ils, que les pauvres gens n’aient aucun droit au gibier, aux oiseaux et aux poissons des eaux courantes; de même, qu’ils soient obligés de souffrir, sans rien dire, l’énorme dommage que font à leurs champs les bêtes des forêts; car, lorsque Dieu créa l’homme, il lui donna pouvoir sur tous les animaux indistinctement. — Ils ajoutent qu’ils auront, conformément à l’Évangile, des égards pour ceux d’entre les seigneurs qui pourront prouver, par des titres , qu’ils ont acheté leur droit de pêche, mais que pour les autres ce droit cessera sans indemnité.
V. Les bois et forêts anciennement communaux, qui auront passé en les mains de tiers, autrement que par suite d'une vente équitable, doivent revenir à leur propriétaire originaire, qui est la commune. Chaque habitant doit avoir le droit d’y prendre le bois qui lui sera nécessaire, au jugement des prud’hommes.
VI. Ils demandent un allégement dans les services qui leur sont imposés, et qui deviennent de jour en jour plus accablants. Ils veulent servir a comme leurs pères, selon la parole de Dieu. »