Voyei l’Appeuilice H
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plus rapides progrès. Mais bientôt ces conquérants s’amollirent. Une soldatesque soudoyée devint maîtresse du gouvernement, et des meurtres sans nombre en furent la suite. L’Afrique se détacha du khalifat de Bagdad, et l’Asie se remplit de principautés indépendantes, où régnaient les chefs révoltés des mercenaires. Enfin une peuplade venue du Nord et introduite dans la Perse orientale, les Turcomans, se révolta et fit de son chef, l’esclave Seldjouck, le fondateur d’une dynastie. Le petit-fils de Seldjouck déposséda le calife de Bagdad et devint maître de l’Orient. L’Afrique, se rendant indépendante, eut aussi ses califes. Ils prétendaient descendre d’Ali et de Fatime et régnaient au Caire. Les fatimites, chefs religieux et politiques, furent, comme les califes de Bagdad, des despotes. Leur cour splendide était un centre scientifique et littéraire. Enfin le califat de Cordoue eut aussi sa splendeur éphémère. Le tribut était léger, le gouvernement équitable, nulle persécution. Mais, tranquille et florissante à l’intérieur, l’Espagne arabe était chaque jour reserrée et menacée par le lent et inévitable progrès de l’Espagne chrétienne. La race germanique, un instant refoulée, allait peser de tout son poids sur cette avantgarde isolée de la civilisation musulmane. L’amollissement des conquérants devait venir en aide à cet effort continuel. Après Almanzor, le califat de Cordoue se dissout comme celui de Bagdad, et l’Espagne est divisée en une foule de principautés indépendantes.
L’éclat que jeta en Asie et en Europe la civilisation passagère de cette race ingénieuse ne sera jamais oublié. L’Europe ne peut être ingrate envers ces esprits
cultivés qui l’ont précédée dans toutes les branches de l’activité intellectuelle. L’astronomie, les sciences mathématiques, la philosophie, la médecine, l’architecture et tous les arts industriels qui entretiennent le luxe, excitèrent parmi ces conquérants rendus au repos la plus vive émulation. Tous les germes que contenait ce brillant génie de la race arabe, qui avant Mahomet avait déjà épuisé la poésie, furent rapidement développés, trop rapidement, sans doute, pour que leur fécondité fût durable. Et cependant qui oubliera les grands noms d’Avicenne et d’Averroès? Mais cette civilisation devait périr, parce qu’elle n’avait pas de racines. Sous cette brillante élite de guerriers, de savants et d’artistes, languissait immobile une foule ignorante, avilie par une perpétuelle obéissance et qui ne prenait de la religion musulmane que les éléments destructeurs de toute civilisation, la polygamie et le fatalisme. C’est un signe remarquable de ce contraste entre la foule et ses maîtres, que l'industrie si ingénieuse des Arabes se borne aux objets de luxe, aux belles armes, aux riches harnais, aux moelleux tissus. Ce luxe même énerve les disciples enivrés du prophète ; leur prospérité trop soudaine les consume; ils ne sont pas faits pour conquérir l’Europe, ni même pour y rester.
Vil. Charlemagne.
L’Europe appartient à la classe germanique, dont les Francs dirigent alors les destinées. Le fils du vain-
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queur de Tours, Pépin sacré par le pape Étienne, resserre encore l'alliance des Francs et de l’Église. Il passe les Alpes, arrache aux Lombards, ennemis de la papauté, la Pentapole et l’exarchat deRavenne, pour les donner aux successeurs de saint Pierre, fondant ainsi la puissance temporelle des papes. Il commence contre les Saxons les longues guerres qui devaient ouvrir la Germanie à la civilisation chrétienne; au Midi il chasse .es Arabes de la Septimanie et soumet l’Aquitaine. Il avait en quelque sorte dessiné le plan des grandes guerres de Charlemagne.
Ses deux fils héritèrent de son pouvoir; bientôt la mort de Carloman laissa Charles seul chef des Francs. Le nouveau règne dura un demi-siècle et se consuma dans la fondation d’un grand empire germanique, qui devait disparaître avec son fondateur; mais les guerres qui remplirent cette vie active étendirent les limites du monde civilisé; Charlemagne étouffa l’idolâtrie barbare dans son foyer; s’il ne réunit que pour un instant les différents peuples germaniques, il les fit tous participer à une nouvelle vie, et lorsqu’ils se séparèrent , ils étaient capables de se soutenir et de se développer. Il était bien l’empereur d’Occident lorsque, reprenant l’œuvre interrompue de Marc Aurèle et de Julien, il avançait de campement en campement vers le cœur de la Germanie. Il pouvait se croire encore l’héritier de l’empire lorsque, établissant au sein des races barbares l’unité passagère de sou gouvernement, il ressuscitait, avec les formes de l’administration romaine, les lettres oubliées et présidait son Ecole du palais. Cette partie de son œuvre
est éphémère, mais non pas inféconde, et si son empire s’écroule, le monde féodal sortira de ses débris. Enfin le caractère de l’homme répond à la grandeur de ses entreprises; il a la passion de l’ordre, le génie de l’organisation, l'instinct de l’avenir, il a mérité que le nom de Grand devînt inséparable de son nom.
La guerre commença en même temps contre les Lombards et les Saxons. Cinq ans suffirent pour anéantir l’indépendance des Lombards, si menaçante pour la papauté. Des officiers francs prirent partout la place des ducs lombards, et Charlemagne s’appela désormais roi des Francs et des Lombards . Trentetrois ans d’une guerre acharnée furent nécessaires pour écraser les Saxons. C’était la Germanie barbare qui, concentrée aux embouchures de l’Elbe et du Weser, repoussait énergiquement le christianisme et la civilisation romaine. Les Saxons avaient massacré les apôtres envoyés de Rome, et Rome les avaient dévoués à l’épée de Charlemagne. Toujours vaincus, jamais soumis, ils n’attendaient que l’éloignement de l’armée franque pour attaquer les garnisons qu’elle iaissait dans le pays et pour recouvrer leur indépendance. C’était à chaque campagne des abjurations en masse, des conversions forcées, et le lendemain des apostasies et des révoltes. Des massacres, des transplantations de tribus, la fondation de huit évêchés, l’établissement de tribunaux francs, et l’institution de pénalités terribles contre la plus légère indocilité religieuse, comprimèrent enfin ces malheureuses populations, sacrifiées aux progrès de l’Europe centrale. La destinée de la race saxonne est étrange. Ici elle
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succombe pour la défense de l’idolâtrie barbare contre le christianisme ; dans l’Angleterre qu’elle a conquise, elle défendra au contraire la civilisation chrétienne contre les pirates du Nord, et, après la lutte la plus longue et la plus variée, elle succombera un jour devant de nouveaux envahisseurs, auxquels elle sera encore livrée par l’Eglise.
Les Bavarois exercèrent, moins que les Saxons, les armes de Charlemagne. Ayant pris part, en 787, à une ligue générale contre l’empire des Francs, ils furent réduits et leur pays devint un comté. Les Avares étaient entrés dans cette ligue. C’était une tribu asiatique, qui avait inutilement menacé Constantinople, et dont le camp, établi en Pannonie , était rempli de butin. Ils résistèrent vaillamment aux Francs, et leurs discordes finirent seules par les livrer à Charlemagne. Ce qui resta de leur race se soumit au christianisme et au tribut. L’Asie fut encore vaincue dans l'Espagne, où les émirs révoltés de Saragosse et d’Aragon appelèrent les Francs. L’attaque de Charlemagne fut. heureuse; mais les indociles populations des Pyrénées ensanglantèrent son retour, et le Chant de Roland conserva la poétique tradition de cette bataille funeste à l’arrière-garde des Francs. La Septimanie fut envahie par les Arabes, et ce ne fut qu’après vingt ans de guerre, en 812, que les Francs, ayant repassé les Pyrénées, s’établirent dans le bassin de l’Ebre. L’empire de Charlemagne s’étend alors de l’embouchure de l’Elbe au golfe de Gascogne, de l’océan Atlantique jusqu’à la Theiss. Tous les peuples germaniques y sont contenus, excepté les Saxons de la Grande-Bretagne
et les pirates du Nord. Le mouvement qui a suivi l’invasion semble avoir trouvé son terme, et Tunité de la race qui a hérité de l'empire romain semble fondée.
Le titre d’empereur, que prit Charlemagne, était le symbole de cette restauration de l’empire d’Occident. Aux fêtes de Noël de l’année 800, le pape Léon posa sur sa tête la couronne impériale; c’était l’Eglise qui couronnait les Francs : ils avaient vaincu pour elle à l’Est et au Midi, ils avaient fondé la puissance temporelle de la papauté, ils avaient repris et achevé l'œuvre de Clovis, allié des évêques contre les Goths; mais ce vaste empire était éphémère, et Charlemagne sentait lui-même la nécessité de prévenir par des partages d’inévitables divisions. Il fit sacrer Pépin et Louis, ses fils, rois d’Italie et d’Aquitaine, et partagea l’empire entre eux et leur frère Charles. Deux de ses fils moururent : un nouveau partage donna l’Italie et la Bavière à Bernard, fils de Pépin, et Louis eut le reste avec le titre d’empereur. Ce restaurateur de l’empire romain tenait à être reconnu par les empereurs de Constantinople, et ceux-ci l’appelèrent roi comme ils avaient fait Clovis consul, se prêtant volontiers à ce goût respectueux des barbares pour les titres honorifiques de la société qu’ils avaient renversée.
C’était l’administration de cette société que Charlemagne tentait de reconstruire. Les provinces de son empire furent confiées à des gouverneurs, ducs , comtes, viguiers, centeniers , échevins , chargés de la levée des troupes, de l'administration de la justice et de la perception des impôts. Charlemagne voulait faire du service militaire une fonction, et une sorte
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d’impôt foncier; c était la propriété de la terre qui entraînait l’obligation de servir. Celui qui possédait douze arpents de terre entrait dans l’armée; les •possesseurs de biens meubles se réunissaient pour fournir des soldats ; le clergé propriétaire devait envoyer les 1 siens. Des assemblées provinciales, réunies trois fois par an, devaient rendre la justice. Les impôts se composaient des tributs des peuples conquis et des contributions en nature qu’on exigeait des propriétaires pour l’entretien de l’armée. Les assemblées des Francs n’avaient plus leur ancienne influence. L'empereur les consultait sur ses lois; il les réunissait autour de lui, y appelant les évêques, les propriétaires et les hommes libres de toutes les parties de l’empire; et il rendait d’après leur avis ces Capitulaires , qui sont un curieux mélange de lois romaines, de lois germaniques et de miuutieux détails d’administration ; mais la loi, cet élément de toute société nouvelle, resta, comme sous les Mérovingiens, personnelle et non territoriale, chaque homme suivant celle de sa race, comme dans la Gaule conquise par les Francs : grave symptôme de l’absence de cette unité sociale qui est le fondement de l’unité politique et qui n’a pas d’expression plus claire qu’une loi commune et égale pour tous.
C’est encore un présage de la dissolution dé cet empire, que la nécessité d’une administration voyageuse qui essaye en vain de contrôler efficacement l’administration locale. Les envoyés royaux , missi dominici, parcouraient sans cesse ce territoire immense, y répandant les capitulaires, les faisant exécuter, surveillant les évêques et les gouverneurs, inspectant le
domaine royal et revenant rendre un compte fidèle à l’empereur, qui veillait par eux sur tout l’empire. C’était la seule forme sous laquelle pût s'exercer son gouvernement monarchique, au milieu de cette confusion de peuples soumis à des lois diverses , et dans ces vastes contrées incultes, mal peuplées, où tout pouvoir local tendait, par une pente naturelle qui sera bientôt invincible, à l’indépendance et à l’isolement. La volonté constamment tendue d’un seul homme soutenait seule cette fiction d’un empire régulièrement organisé avec des éléments barbares, et cet homme même paraissait par son costume et par ses mœurs ce qu’il était en réalité, le chef germain de l’Austrasie, l’héritier des vainqueurs de Testry.
Mais il voulait faire hériter son Austrasie de toutes les gloires de l’empire romain, dont le nom est resté si grand parmi les barbares. Aix-la-Chapelle devient une magnifique capitale; les monuments qui s’y élèvent s’enrichissent des dépouilles de l’Italie. Un moine d’Angleterre, Alcuin, est chargé par lui de ranimer les lettres en Occident. Curieuse çt impuissante tentative, qui ne put faire dépassera ce mouvement littéraire les portes du’palais de l’empereur.
Les Francs Austx*asiens, les compagnons de Charles Martel et de Pépin, sont aussi peu accessibles à la littérature que préparés à devenir des administra tenrs capables et fidèles. La royauté qui se fait romaine, qui organise le gouvernement et l’impôt, les trouvera aussi rebelles que sous les Mérovingiens. On ne détourne point le cours naturel des choses, et les lois barbares importées de la Germanie et implantées dans
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la Gaule conduisaient inévitablement à cette indépendance personnelle et à cette possession souveraine de la terre qui sont les fondements de la féodalité. En faisant des conquêtes, Charlemagne a ouvert à la féodalité un plus grand théâtre, il lui a donné l’espace et l’isolement qui sont un des plus puissants auxiliaires. En soumettant des peuples vaincus à l’administration de ses compagnons d’armes, il a établi la féodalité sur son territoire, il lui a conquis des vassaux façonnés à l’obéissance. Il n’aura donc fait que préparer à la société féodale les principales conditions de son établissement et de son existence, et nous allons voir ses successeurs vaincus dans leur inutile résistance contre ce nouvel ordre de choses. Lui-même, il sera vaincu dans l’histoire et dans la poésie, et c’est une curieuse étude que devoir Charlemagne, si grand dans la Chanson de Roland , subir les effets de la victoire de la féodalité et devenir un personnage secondaire et sacrifié dans les poëmes postérieurs, les Quatre fils Aymon , Gérard de V iane. Mais, jusqu’à sa dernière heure, tout fut autour de lui obéissant et tranquille, et sa volonté recula par delà sa mort, un désordre qu’il put prévoir. C’est ainsi qu’il voyait errer autour des côtes de son empire, menacé d’une fin prochaine, les légers vaisseaux des pirates du Nord.
VUI. Dissolution de son empire. — Hugues Capet.
Cet empire, que soutenait à peine un si ferme génie, tombe dans les mains désarmées d'un saint, Louis le
Débonnaire. Le nouvel empereur s’associa ses fils dès le commencement de son règne : Pépin fut roi d’Aquitaine et d’une partie de la Bourgogne; Louis gouverna la Bavière et les marches d’Allemagne; Lothaire fut associé à l’empereur. Bernard, roi d’Italie, avait inutilement tenté de détruire ce partage, qui laissait subsister, sous l’autorité de l’empereur, une certaine unité, lorsque Louis le Débonnaire y porta lui-même atteinte, pour faire un royaume à Charles le Chauve, fils de la belle Judith, qu’il avait épousée en secondes noces, et qui gouvernait ce faible esprit. Une révolte générale éclata. Les trois fils aînés eurent derrière eux tous les peuples de l’empire, qui ne cherchaient que les occasions d’en détruire l’unité. L’empereur fut pris par ses fils; mais, rétabli bientôt par l’assemblée de Nimègue où les Germains étaient plus nombreux que les Francs, il osa davantage et enlev’a l’Aquitaine à Pépin pour la donner au fils de Judith. Une nouvelle révolte, appuyée par le pape, l’abattit de nouveau et le jeta tonsuré dans un cloître, après une pénitence publique, où il se reconnut coupable en pleurant. Mais l’on s’émut en faveur de ce père humilié par ses enfants, de cet empereur insulté, acceptant si chrétiennement les sacrilèges outrages de ses fils. Louis le Débonnaire se retrouva empereur sans combat et reprit sa folle entreprise. Il dépouilla encore ses fils aînés pour le fils de Judith. Les enfants de Pépin furent, à sa mort, privés de son héritage en faveur de Charles le Chauve. Louis le Germanique était réduit à la Bavière, tandis que Lothaire, le chef de toutes les révoltes, était le plus favorisé d’après les conseils de
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Judith, qui songeait à faire de lui le protecteur de son fils. Une ligne fut tracée du nord au midi, suivant le cours du Rhône et de la Meuse, divisant le Jura. Charles était maître à l’occident de cette ligne, Lothaire à l’orient. Mais déjà les Aquitains proclamaient le fils de Pépin, et Louis de Bavière armait les Germains contre l’empereur. Louis le Débonnaire mourut enfin accablé sous cette grande et inévitable affaire du partage de l’empire, après l’avoir compliquée par ses faiblesses.
Le roi du midi, Lothaire, devenu empereur, veut à son tour soutenir l’unité de l’empire contre la Germanie et la Neustrie, qui aspiraient à l’indépendance. Une bataille générale fut livrée à Fontanet et acheva, en même temps que le démembrement de l’empire, la ruine de cette classe d’hommes libres, déjà épuisée par tant de guerres, qui subsistait entre les leudes et les serfs et qui alimentait les armées. Les vainqueurs, Charles le Chauve et Louis le Germanique, confirmèrent leur alliance par un serment prononcé én langue romane et en langue tudesque, premier signe de la séparation des deux grands peuples dont le traité de Verdun va fonder la nationalité.
Le consentement de Lothaire permit de conclure cet important traité, qui mit fin à l’empire de Charlemagne et en même temps à la confusion des races conquérantes. Lothaire eut, avec le litre d’empereur, un royaume qui servait de limite aux deux autres et qui, étroitement serrée entre eux, était voué à une destruction certaine. Il s’étendait du duché de Bénévent, en Italie, jusqu’à la mer du Nord, en longeant
les rives du Rhône, de la Saône et de l’Escaut. Louis le Germanique eut tout le pays qui s’étendait à l’est du Rhin; Charles le Chauve eut l’occident. C’est le traité de Verdun qui fait enfin des contrées, jusqu’ici occupées et confondues par l’invasion germanique, une France et une Allemagne.
Cette France est bien faible; au dehors les assauts des pirates, au dedans la lutte de la féodalité qui se fonde, contre la royauté carlovingienne, qui tente de maintenir et de restaurer l’œuvre croulante de Charlemagne : tels sont les tristes commencements de son indépendance. L’hérédité des bénéfices, sans cesse confirmée et contestée sans cesse, l’hérédité des offices, prétention nouvelle sortie de l’administration impériale, vont être définitivement conquises par l’aristocratie franque sur les descendants énervés des Héristal .
Charles le Chauve, qui pensait à rétablir l’unité de l’empire, ne pouvait pas même défendre le débris qui lui en était échu. Les ducs de Bretagne se firent rois et lui arrachèrent la reconnaissance de leur titre. Il fut battu en Septimanie, et ne put, après de longs débats, imposer à l’Aquitaine qu’une soumission nominale en la laissant à ses puissants voisins, les marquis de Toulouse, de Gothie et d’Auvergne. La mort de Lothaire, et après lui de ses fils, l’appel d’une diète de comtes et d’évêques offrant à Charles le Chauve et à Louis le Germanique , la couronne impériale et celle d’Italie, furent autant d’occasion9 dont Charles le Chauve voulut profiter pour relever l’empire carlovingien ; mais il mourut, vaincu sans
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combat, n’ayant pu obliger les seigneurs, déjà indépendants, à s’associer à ses entreprises, et hors d’état de leur imposer le service militaire.
La cause de la féodalité était en effet gagnée, et l’hérédité des bénéfices avait été consacrée par le roi en même temps que l’hérédité des offices dans le capitulaire de Kiersy-sur-Oise, en 877. L’usage de la recommandation , par laquelle les propriétaires libres, incapables de protéger leur propriété, se mettaient sous la dépendance et sous la sauvegarde du seigneur le plus puissant du voisinage, ne laissa plus subsister en France que des gouvernements locaux de plus en plus séparés de l’autorité royale. En même temps, les événements venaient en aide aux coutumes et aux traités pour rendre l’avénement du régime nouveau plus facileencore, en le rendant plus nécessaire. Parles continuelles incursions des Normands, l’habitation des villes devint peu sûre, et celle de la campagne découverte impossible. 11 fallut venir chercher un abri autour des châteaux forts, qui seuls pouvaient arrêter l’ennemi. La population se dissémina donc en petits groupes, ayant chacun pour protecteur un seigneur indépendant, qui devenait de plus en plus leur maître : et ainsi s’accrurent cette difficulté des communications, cet isolement des localités, qui sont à la fois les causes de l’établissement de la société féodale et les gages de son long avenir. Qui ne voit déjà cependant que l’absence des conditions de toute société civilisée en est la seule base, et que tout ce qui tend à multiplier les rapports des hommes entre eux, à augmenter les richesses et l’importance des villes, à garantir la sé-
curité du territoire, tendra invinciblement à la destruction de ce régime? L’histoire de son origine nous apprend donc d’avance celle de ses destinées»
Les trois successeurs de Charles le Chauve luttèrent inutilement contre les ennemis qui avaient usé la vie de leur père, les Normands et la féodalité. Sous eux, Boson se fit sacrer roi de Provence. Ils ne laissaient d’autre héritier que Charles le Gros, dernier reste du sang de Charlemagne. Il prit la couronne et se trouva par héritage maître nominal de tout l’empire, ‘moins la Provence. Mais il ne pouvait repousser les Normands et leur offrait à prix d’argent d’aller ravager la vallée de l’Yonne au lieu des rives de la Seine. Il fut déposé par les Germains, et l’empire de Charlemagne fut démembré pour la dernière fois. Sept royaumes subsistaient sur ses ruines : Italie, Germanie, Lorraine, France, Navarre, Bourgogne-Cisjurane ou Provence, et Bourgogne-Transjurane. La Bourgogne et l’Aquitaine étaient de fait indépendantes. Chaque nation choisit ses souverains. En Germanie, ce fut Arnulf; en France, Eudes, duc de France. C’était l’avénement légal de la féodalité. Eudes était le fils de ce Robert le Fort à qui Charles le Chauve avait confié le pays qui s’étend entre la Seine et la Loire pour le défendre contre les Normands. Il était mort en les combattant, glorieux représentant de cette féodalité naissante qui héritait, pour ainsi dire, par droit de déshérence, du pays abandonné, et qui achetait de sou sang le droit d’en rester la maîtresse.
Mais l’avénement des ducs de France à la royauté était prématuré. Il restait un fils posthume de Louis le
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Bègue, Charles le Simple, dernier et triste rejeton de la branche carlovingienne. A la mort d’Eudes, Charles le Simple, déjà proclamé à Reims et soutenu par l’Allemagne, devint roi de France : ce fut pour y établir definitivement ces pirates du Nord qui se trouvèrent maîtres du pays qu’ils avaient si longtemps ravage, et appelés à réparer les ruines qu’ils avaient faites. Leur chef, Rollon, accepta la fille du roi en mariage, et le pays qui prit le nom de Normandie en duché. Il se fit chrétien, et ses compagnons, dont le nombre ne fit plus que s’accroître, apportèrent dans cet Etat naissant leur industrieuse activité, cet esprit entreprenant et dominateur qui devait devenir un jour le génie particulier d’une grande nation. En même temps, la féodalité persistait à se couronner elle-même dans la maison de France. Robert se fit sacrer à Reims; et après lui Raoul, duc de Bourgogne, détrône Charles le Simple, l’emprisonne et règne jusqu’en 936. Ce fut sous son règue que les incursions hardies des Madgyares asiatiques jusqu’au centre de la France, montrèrent que l’Allemagne n’était pas encore une barrière assez sûre pour protéger le libre développement de l’Europe occidentale, et que l’œuvre commencée par Charlemagne n’était pas définitivement accomplie.
A la mort de Raoul, il plut au duc de France, Hugues le Grand, de faire roi le fils exilé de Charles le Simple, Louis d’Outremer; mais ce fut pour faire de lui son jouet. Ce Carlovingien, tour à tour chassé et rétabli, mourut humilié dans son impuissance. Lothaire lui succéda, et l’appui du duc de France lui prêta quelque vigueur pour résister à Othon de Ger-