II. Véodallté allemande. — Véodallté ArançaUie
Ce système inique eut pourtant son âge de gloire. Il constitua TAllemagne moderne, et, achevant Tœuvre de Charlemagne, assura contre les mouvements des Slaves et des tribus asiatiques les limites, tous les jours plus étendues, de l'Europe civilisée. Le premier roi de l'Allemagne, après le démembrement définitif de l'Empire carlovingien, est un descendant de Charlemagne, Arnulph. Il se prétend le suzerain de toutes les royautés nouvelles, sorties des débris de l'empire. Les rois de France, de Bourgogne, d'Arles et d'Italie lui prêtent hommage. Il donna le royaume de Lorraine à son fils, qui ne put s'y maintenir. Lui-même prit la couronne impériale en Italie. Il continua les guen*es
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de Charlemagne, repoussant les Normands, convertissant la Bohême et résistant aux Hongrois, plus menaçants de jour en jour. Son fils, Louis TEnfant, fut le dernier Garlovingien de Germanie. Après lui TAllemagne austrasienne, la Franconie, et F Allemagne, restée barbare, la Saxe, se disputent le droit d'élire un empereur. Donnerji-t-on l'empire au nord ou au midi de l'Allemagne? au Saxon Othon ou au Franconien Conrad? Les Hongrois menaçaient le Midi et le Franconien fut nommé. La Lorraine ne voulait ni de l'un ni de l'autre et se donnait à la France. Conrad enleva l'Alsace, mais le duc de Saxe, à qui il voulait enlever la Thuringe, le battit à Ehresbourg. Ce fut pourtant cc.Saxon que Conrad mourant désigna pour son successeur. Henri l'Oiseleur, fils d*Odion, est élu. Il arrête les Hongrois et les Slaves ; il est vainqueur à Mersebourg*, il fonde contre les envahisseurs de l'empire les margraviats de Brandebourg, de la Misnie, du Sleswig, les places fortes de Quedlimbourg, de Meissen, de Mersebourg. C'est un Saxon qui hérite de la couronne du conquérant de la Saxe et qui défend après lui la civilisation.
Son fils Othon lui succède. Le Midi veut encore rejeter la domination des hommes du Nord , et est vaincu. La Lorraine, liguée avec le roi de France, est soumise ; les Slaves de Bohême sont frappés d'un tribut et Othon va chercher en Italie la couronne impériale. Ce malheureux pays était déchiré par les discordes d'une foule de principautés indépendantes; ce sont des seigneurs féodaux, le duc de Frioul, le marquis d'Ivrée, le duc de Spolète, les ducs de Bénévent, de
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Salerne et de Capoue; des priaces ecclésiastiques, le pape, Tarcbevêque de Milan, les évéques de Pavie, de Vérone et de Turin; enfin des villes libres, Venise, Gènes, Gaéte, Âmalfi. Le trône dltalie était resté vide depuis la mort de Déranger P'. Déranger II voulait disposer de la main de sa veuve pour assurer son usurpation. Celle-ci appela Olhon qui, tranquille du côté de FAUemagne, n'avait pas besoin de ce prétexte pour ressaisir avec la couronne impériale, le gouvernement de l'Italie et de la papauté. Il réussit sans peine dans ce pays divisé, épouse Adélaïde et reçoit Thommage de Déranger. L^invasion des Hongrois rappelle Otlion en Allemagne. Il va les chercher aux portes d*Augsbourg. Une grande bataille, où il parut entouré de toutes les reliques de TAlIemagne, refoula les Hongrois dans le pays où ils restèrent fixés et fit d'Othon, dans Tenthousiasme de la chrétienté sauvée, un autre Charles Martel. Il repasse les Alpes, et se fait proclamer à Milan roi d'Italie , à Rome empereur. Ce glorieux héritier de Chaiiemagne confirma les donations faites au saint-siége et voulut, comme Charlemagne, dominer la papauté» C'était tâche facile; elle n'avait jamais été plus abaissée que dans les derniers désordres de ritalie féodale. Othon obligea les Romains à n'élire de pape qu'en présence de ses envoyés. C'était nommer le pape lui-même. Maître absolu de la tiare pontificale, Othon dépose Jean XU qui ne reconquiert son siège que pour mourir assassiné. Il exile Denoît V avant qu'il ne soit sacré, nomme Jean XTIT et le rétablit aussitôt que les Romains l'ont renversé. Les successeurs d'Othon usèrent de la même toute-puissancCi
et la papauté, introduite à un rang inférieur d<ans la hiérarchie féodale , devait se traîner ainsi dans la servitude, jusqu'à ce que le moine Hildebrand vint Taffranchir. Le nouveau Gharlemagne eut comme le premier des rapports avec FOrient. Il obtint pour son fils la main de la princesse Théophanie, qui apportait dans la maison de Saxe les droits méconnus de Tempire grec sur Tltalie méridionale. Othon mourut tout' puissant et le nom de Grand lui resta, en mémoire de cette glorieuse restauration de l'empire carlovingien.
A sa mort, la Bavière se révolta ; son fils, Othon II, la soumit et réunit la Lorraine à l'empire ; il tenta d'y joindre l'Italie grecque, et revint mourir à Rome sans avoir réussi. Il garda le nom de Sanguinaire pour avoir massacré les consuls de Rome. Il y avait dans cette ville une tendance continuelle à délivrer la papauté du joug impérial et à en faire un instrument d'indépendance. Othon III continua Tœuvre de ses aïeux ; imposant à Rome des papes vassaux de l'empire et les maintenant par la force. Le pape Jean XYI avait eu à se défendre contre la faction républicaine de Crescentius; cette faction chassa Grégoire Y, pape dévoué à l'empereur ; Othon vint rétablir Grégoire, pendit Crescentius , épousa sa veuve et mourut empoisonné. Henri II, duc de Bavière , arrière-petit-fils de Henri l'Oiseleur, lui succède. Le siège pontifical est de plus en plus abaissé ; des papes et des anti-papes, sont chassés tour à tour par les Romains et par les Allemands, tandis que la féodalité laïque du nord de l'Italie, qui inquiétait l'empereur et qui avait proclamé roi le marquis d'Ivrée, voit s'élever tous les jours
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r aristocratie épiscopale, que les Allemands favorisent comme un appui contre la papauté.
La mort de Henri II fit -tomber la couronne impériale dans la maison de Franconie , mais l'agrandissement de la puissance germanique n'en fut pas un instant interrompu ; l'opposition au pouvoir impérial passa du midi au nord, sans que ce pouvoir lui-même perdît rien de son énergie pour repousser les barbares ou pour dominer le saint-siége. Conrad le Salique franchit TElbe, réprima les Lutizes et leur imposa le christianime , fit reconnaître sa souveraineté au roi de Pologne et fit prisonnier le roi de Bohême , allié des ennemis de Tempire. En 1033, par le traité de Bâle imposé au roi d* Arles , il joignit à Tempire la Bourgogne helvétique. Cette année même, un pape de douze ans , Benoit IX, luttait dans Rome contre deux anti -papes. Tous trois se firent acheter leur abdication au profit de Grégoire VI. Tel était Tétat du saintsiége, tandis qu'au nord de l'Italie, Conrad, soigneux gardien des intérêts de l'empire , intervenait en faveur des vassaux et des cités opprimés par Taristocratie ecclésiastique. Il rétablit l'équilibre par cet édit de 1037 qui, déclarant les fiefs héréditaires, irrévocables et relevant tous immédiatement de l'empire , constitua en Italie la féodalité la plus divisée qui fut jamais. Henri III jouit en paix du fruit des travaux accumulés de ses prédécesseurs. Tranquille en Allemagne, influent en Hongrie, tout-puissant en Italie, il nomme les évêques et les papes. Clément II , Damase II , Léon IX furent élevés par ses mains. Le trône de saint Piene n'est plus qu'un fief de ce vaste empire
qui embrasse les deux tiers de la monarchie de Charlemagne.
Cette situation devait changer pour T honneur de l'Eglise et pour Tavantage de la civilisation chrétienne. C'est de cette partie de FEglise restée jusqu'ici en dehors du monde et de la société féodale , des monastères, que viendra l'impulsion puissante qui doit ranimer la papauté et la remettre à la tête du mouvement général de l'Europe. Mais la prépondérance de la féodalité n'est encore menacée par personne. Nous venons de la voir victorieuse en Italie ; nous allons suivre ses progrès et ses conquêtes en France , en Angleterre , dans les Deux-Siciles , et sa glorieuse expansion dans la chevalerie et dans les croisades.
Tandis que la féodalité allemande travaille à l'asservissement de l'Eglise, la nouvelle dynastie qui inaugure en France le régime féodal, est amie de l'Eglise et soumise à la papauté. Hugues Capet était le protecteur du pouvoir ecclésiastique. Son premier acte est de rétablir la liberté des élections dans les abbayes qui dépendent de lui. Un Carlovingien tente de reconquérir le trône; mais le clergé l'excommunie. Quoique soutenu par le Nord et par le Midi contre la France centrale que représente la dynastie nouvelle , Charles de Lorraine échoue et meurt prisonnier dans la tour d'Orléans. L'esprit indépendant de TAquitaine ne cherchait qu'un prétexte de séparation et de liberté; elle avait jadis repoussé les Carlovingiens , maintenant elle soutient Charles de Lorraine contre la maison de France, et après lui ses enfants. La Bretagne maintient aussi son indépendance.
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L'an 1000 approchait; partoot se multipliaient les I^eodes, les prophéties, les miracles; partout se répandait Tattente de la fin prochaine du monde. Tout favorisait cette croyance , et le vaste désordre qui régnait en Europe, et ces guerres locales qui la ravageaient, et l'abaissement de TEglise, et les épidémies terribles qui épouvantaient les populations décimées. Les esprits sont partout troublés; les troupes d*0thon Fabandonnent effrayées par des prodiges ; les chroniques nous montrent les monastères pleins d^apparitions et de mystérieuses terreurs , les églises assiégées d'innombrables pèlerins, les malades venant mourir sur les reliques des saints, et une famine générale s^étendant sur ces peuples désolés. La crainte du jugement de Dieu , si proche et si redoutable , fit réparer bien des injustices et entraîna les plus fermes à de pieuses faiblesses. On vit de superbes pécheurs se réconcilier avec le ciel ; les donations aux églises et aux couvents furent innombrables et aussi les affranchissements ; la terreur réveillait la conscience humaine et lui rappelait l'iniquité de la servitude. Les grands de la terre aspiraient à se décharger du gouvernement des hommes et à travailler en toute hâte à leur salut. Guillaume Longue-Ëpée de Normandie voulut s'enfermer à Jumièges ; l'abbé le renvoya gou verner son duché et protéger TÉglise. Il fallut Tintervention du pape pour empêcher Hugues de Bourgogne de se faire moine , et Tempereur Henri H, réfugié dans le couvent de Verdun , n'en fut tiré que par la pieuse ruse de Tabbé, qui, ayant reçu son serment d'obéissance , lui ordonna , en vertu de son serment ,
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de retourner au gouvernement de ses peuples. Telles étaient les terreurs des hommes de ce temps; telle était la vivacité de leur foi, entretenue par les malheurs mêmes qui affligeaient alors Thumanité.
Cependant r époque fatale s'acheva sans catastrophe sous le règne d'un saint, le roi Robert. C^était le plus doux et le plus pieux des hommes. « Il était lettré, dit une chronique , philosophe et surtout excellent musicien. Il avait coutume de venir à Saint-Denis, revêtu de ses habits royaux et la couronne en tête, il y dirigeait le chœur à matines, à la messe et à vêpres, et il chantait avec les moines. Aussi, comme il assiégeait certain château le jour de la fête de saint Hippoly te , pour qui il avait une dévotion particulière , il quitta le siège pour venir à F église Saint-Denis diriger le chœur pendant la messe; et, tandis qu'il chantait, les murailles du château assiégé tombèrent subitement et Tarmée du roi en prit possession , ce qu'il attribua aux mérites de saint Hippolyte. « Cependant Robert encourut les censures de l'Église en épousant Berthe , sa parente, veuve du comte de Blois et de Chartres. L'excommunication éloignait de lui amis et serviteurs; il se résigna donc à épouser Constance, fille du comte de Toulouse , véritable Xantippe de ce Socrate chrétien. Belle, impérieuse, mobile, Constance éprouva rinaltérable patience du saint et redoubla ses mérites. Rien ne nous peint mieux les mœurs de ce temps que ces scènes familières où le roi se dépouille pour les pauvres, en cachant à Constance ses étranges aumônes. Tantôt il s'enferme avec un mendiant pour travailler avec lui à démonter l'argent dont sa femme
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avait orné sa lance ; tantôt il dit à un pauyre qui dérobait la frange de son manteau : « Laisse le reste pour un autre. » Naïve charité, qui s'étendait jusqu'aux âmes. C'est lui qui faisait jurer ceux dont il recevait le serment sur une riche châsse , vide de re* liques, afin d'éviter les paijures. Telle était la royauté sous le second des Capétiens.
L'an 1000 passa comme les autres, et aussitôt les peuples semblèrent renaître, des églises s'élevèrent de toutes parts; les miracles, les apparitions continuèrent, mais ce fut pour consoler et raffermir les esprits. Les pèlerinages deviennent plus lointains ; Jérusalem en est souvent le terme, et un siècle avant les croisades, un pape français, Gerbert, écrit sur la terre sainte asservie une lettre entraînante. Mais la féodalité avait à s'établir fortement en Europe, avant de tenter de grandes entreprises. Autour de la maison de France, la maison de Blois et de Champagne, celle d'Anjou, celle de Normandie devenaient tous les jours plus puissantes. Le roi Robert se sentit trop faible pour soutenir l'Italie qui l'appelait contre l'empereur Conrad. L'aide des Normands, qui pensaient bien conquérir pour eux-mêmes, donna la Bourgogne à la maison de France. Mais la Champagne, qui empiétait sur le royaume d'Arles et qui menaçait la Lorraine, repoussait bien loin l'autorité des Capétiens. La maison d'Anjou s'était agrandie sous cet énergique et bizarre Foulques Nerra, qui réprima si durement la révolte de son fils, qui dévastait les églises, brûlait sa femme et mêlait aux plus grands crimes de lointains pèlerinages qui finirent par le tuer de fatigue. Sous
le fils de Foulques, cette maison prit Tours ; elle battit celle de Champagne, et, arrivant un jour au trône d'Angleterre , elle deviendra la rivale la plus redoutable pour la maison de France. L'Aquitaine était en dehors de ces mouvements intérieurs et gardait son indépendance, tandis que les ducs de Normandie soutenaient les Capétiens avec Tespoir de les remplacer.
Les successeurs de Robert étaient étoufTés au milieu de ces puissances rivales. Henri I" nUntervenait que comme auxiliaire dans leurs querelles. Il épousa Anne de Russie , qui descendait par sa mère des empereurs de Constantinople. La France ne recueillit de cette alliance aucun avantage, mais de là vint le nom de Philippe pour plusieurs de ses rois. Le règne de Philippe l^' dura soixante ans , et de grandes choses furent accomplies autour de ce roi immobile. La conquête de l'Angleterre et des Deux-Siciles par les Normands , la première croisade , la lutte du sacerdoce et de l'empire ébranlèrent et renouvelèrent l'Europe, sans que la maison de France y fût pour rien. L'enlèvement de Bertrade , femme du duc d'Anjou , fut le seul acte de ce règne, et fit excommunier Philippe au grand concile de Clermont; ce fut là toute la part qu'il prit à ce mouvement général de la chrétienté.
m. I.a féodalité normande en Angleterre*
Ce furent ses vassaux de Normandie qui, portant ia féodalité en Angleterre, rattachèrent TAngletterre à FËurope, dont elle était à peu près séparée, malgré
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sa conversion, depuis le départ des Romains. Sous Egbert le Grand, qui avait servi dans les armées de Charlemagne, les sept royaumes saxons furent réunis en un seul. La force que donna aux Saxons cette nouvelle unité suffit à peine pour repousser les continuelles attaques des pirates danois ou norvégiens. Après Egbert , le nord de T Angleterre appartint aux nouveaux envahisseurs. Lettré, initié sur le continent aux traditions romaines, montrant à la fols un grand penchant au despotisme et un grand mépris pour sa race, le roi Alfred se trouva sans force contre Teffort continuel des Scandinaves, et leur abandonna son trône et son pays. Mais la race saxonne, retrempée par Toppression, rappela son roi fugitif, repoussa au nord les envahisseurs et les contint au delà de la Lee et de la voie romaine qui allait de Douvres à Chester. Cette servitude passagère parut régénérer les Saxons. La division du pays en comtés et en petites communautés, solidaires des délits de leurs membres, l'administration de la justice par une sorte de jury, rétablissement d^une assemblée générale siégeant deux fois Tan, et la rédaction d'un code de lois, assurèrent la sécurité intérieure du pays et lui permirent de veiller à son indépendance. Cette prospérité se soutint sous Edouard T Ancien et sous Athelstan, qui rétablit l'intégrité de Tancienne domination saxonne. Cepenrien ne pouvait mettre un terme aux assauts répétés des pirates Scandinaves. Cette race énergique , ennemie du christianisme, méprisant par-dessus tout les barbares convertis, attirée par les riches rançons que lui payaient les rois du pays, irritée plutôt qu'effrayée
des complots et des massacres qu*on oi^anlsait contre elle , revenait sans cesse sur ses flottes nombreuses chercher fortune en Angleterre. Elle finit par s'y établir, et, à la mort du roi Edouard, le Danois Knut devint maître de tout le pays. Mais la civilisation saxonne gagna bientôt les conquérants. Leur roi épousa la veuve du roi saxon et gouverna comme Alfred le Grand ; il fut ami du saint-siége et lui paya tribut. A sa mort, le nord et le midi de FAngleterre furent un instant divisés entre ses deux fils. Celui dont la mère était Saxonne et qui gouvernait le sud du pays, devint maître, par la mort de son frère, de tout rhéritage paternel. L'influence saxonne reprit alors toute sa force, et ce fut un Saxon, Edouard le Confesseur, qui succéda au fils de Kutule, Danois. Mais ce roi saxon était Normand par sa mère^ et c'était en Normandie que s'était écoulée son enfance. De là des liaisons qui précipitèrent les destinées du pays.
En efiet, située à l'extrémité occidentale de l'Europe, l'Angleterre avait été jusqu'alors comme assiégée par les influences contraires de la civilisation romaine et chrétienne et de la barbarie Scandinave. Chrétiens, et cependant séparés de Rome ; à demi civilisés, mais étrangers à la féodalité guerrière du continent et incapables de défendre leur pays, les Saxons n'appartenaient en réalité ni à l'un, ni à l'autre système, et devaient passer, selon le sort des combats, de l'indépendance politique et religieuse à l'organisation féodale et à l'unité catholique, des Danois aux Normands. l'Église, qui supportait le poids de la féodalité, devenait habile à en recueillir les avantages. Puissante sur
Tesprit des peuples, die acquérait sur les affaires de ce monde une influence indirecte, mais efficace, par l'opinion manifestée de son premier pasteur. Ce devint donc une coutume dans la société féodale de Tinvoquer en toute occasion et de rechercher son alliance. Dès lors le chemin de l'Eglise fut tracé ; elle n'eut qu'à prendre part aux luttes du monde féodal, en apportant son appui au parti qui servirait le mieux sa domination. De là un perpétuel échange de secours et de services. 11 n'était pas de promesses qu'un seigneur féodal ne fît à l'Église, point de privilèges qu'il ne fût prêt à lui accorder, pour lui arracher contre ses ennemis ces excommunications , de plus en plus si puissantes, qui ébranlaient Tàme des peuples et qui leur faisaient tomber les armes des mains. Libre de toute passion, n'ayant jamais conclu d'alliance indissoluble, toujours prêt à tirer parti de toutes les victoires, le saint-siége pouvait élever, par les mains les plus diverses et par les alliances les plus opposées, la fortune de l'Église ; et au moment même où les Normands allaient lui donner l'occasion d'appliquer cette politique sûre et féconde, le grand esprit du moine Hildebrand commençait à inspirer la papauté et à la guider vers la domination de l'Europe.
Attirés par Edouard le Confesseur, investis des plus hautes dignités du pays, les Normands excitèrent bientôt les alarmes de la race saxonne, qui avait tant de raisons de se défier des étrangers. Un grand parti se forma contre eux. Un pâtre saxon, élevé par des circonstances extraordinaires à la plus haute fortune, et en qui se personnifiait l'indépendance du pays, Gôdwin, dont
les conseils étaient imposes au roi par T opinion, finit par prévaloir et par chasser les Normands. Par une fatalité bien étrange , ce fut le fils de ce Godwin qui leur livra l'Angleterre. Guillaume le Bâtard était alors duc de Normandie. Il était fils du duc Robert et de la fille d'un tanneur de Falaise, que le duc avait aimée. L'aventureuse avidité de sa race était excitée en lui par l'exemple de la prodigieuse fortune de ces chevaliers normands qui venaient d'arracher l'Italie méridionale aux Grecs, aux Arabes et aux Lombards, et de fonder le royaume des Deux-Siciles. La Normandie ne pouvait guère gagner du côté de la France féodale, où chaque coin de cette terre divisée était, bien occupe et bien défendu. Mais l'Angleterre était une autre Sicile, ouverte à l'invasion, à peine échappée aux Danois, déjà connue aux Normands amis, d'Edouard le Confesseur, et enfin, ce qui la livrait à qui voudrait s'en emparer, odieuse au saint-siége à qui elle refusait le tribut du denier de saint Pierre. U ne fallait donc qu'un prétexte. Le duc normand n'était pas en peine de le trouver; son pays était déjà la patrie favorite des hommes de loi et des procès éternels. Ce fut une sorte d'action en recouvrement d'héritage qu'il intenta au successeur d'Edouard, et la conquête violente de l'Angleterre fut, pour ainsi dire, une saisie.
Harald, fils de Godvin, avait été jeté par une tempête sur les terres du comté de Ponthieu; il se fit réclamer par le duc de Normandie, qui l'accueillit avec amitié , l'arma chevalier et l'emmena combattre avec lui les Bretons. Lorsqu'il eut ainsi enlacé son hôte, par ses bons offices, il lui déclara que le roi Edouard,
au temps de son séjour en Normandie, avait promis, à lui Guillaume, de lui laisser après sa mort la couronne d'Angleterre. Le duc priait doue Harold de Faider, à la mort d'Edouard, à recouvrer cet héritage, et lui en fit faire le serment, qu'Harold n'osa refuser. Il le prêta même volontiers, jurant sur une relique qui lui parut de peu d'importance. Mais une fois le serment prononcé, Guillaume fit lever le drap sur lequel reposait cette relique, et Harold vit avec terreur une grande cuve pleine de toutes les reliques de la Normandie. Ruse naïve, et pourtant efficace, et qui fait revivre à nos yeux cet âge étrange de perfidie et de crédulité.
Harold retourne en Angleten^e, et, à la mort d'É* douard, il est élu roi par les Saxons, que le sang de Godwin rassurait contre l'étranger. Alors commencent les sommations de Guillaume , calmes et précises, Harold se refusa à tout accommodement au nom de son peuple. Guillaume comptait sur cette résistance, et en appela aussitôt à Rome, promettant de rendre au saint-siége sa suprématie sur l'Église saxonne et le tribut du denier de saint Pierre. L'Angleterre fut soUennellement adjugée par le pape au duc normand ; Guillaume reçut, avec un étendard béni, un cheveu de saint Pierre enchâssé dans un diamant. Ce fut dès lors une sorte de croisade. Des aventuriers de tout pays accoururent à Saint-Yalery, où se rassemblait cette armée de laquelle devait sortir l'aristocratie de l'Angleterre féodale.
Les Breton^ inquiétaient alors la Normandie, et les amis de Guillaume le dissuadaient de se charger à la
fois de tant de guerres ; mais la mori du duc de Bretagne, si opportune qu^il passa pour avoir été empoisonné par Guillaume, délivra la Normandie d'inquiétude, et tous les yeux furent tournés vers l'Angleterre : celle-ci devait tomber d'un seul coup. Guillaume débarqua sans obstacles à Hastings, pendant que Harold était allé dans le Nord, où il écrasa les Danois qui le menaçaient d'une invasion. Le roi saxon, vainqueur, revient en toute hâte et retranche son armée, quatre fois moins forte que l'armée normande ; celle-ci passa en prières la nuit qui précéda la bataille ; les Saxons buvaient et chantaient; leurs grandes haches, vigoureusement maniées, les rendirent invincibles tant qu'ils restèrent dans leurs retranchements ; une fuite simulée les en fit sortir, les livra sans défense à la pesante cavalerie normande , et l'Angleterre fut perdue pour leur race. Harold et ses frères avaient péri dans le combat. L'étendard saxon fut arraché et remplacé par celui du pape; c'était TEglise qui prenait possession de l'Angleterre.
G était aussi la féodalité : elle arrivait tout armée, tout organisée sur la (lotte normande, et Guillaume passa sa vie à la constituer. Pendant que le clergé saxon était dépouillé et remplacé par les clercs venus de Normandie, pendant que le légiste Lanfranc s'asseyait sur' le siège de Cantorbéry, ' devenu une primatie toutepuissante sur les évêchés de l'Angleterre, pendant» que les moines, livrés à des abbés normands, étaient soumis par la famine, les chefs et les soldats de l'ar- ^ mée conquérante entraient en possession des terres et »
des habitationsdes vaincus. Ils épousaient leurs veuves ^
€t recueillaient leur héritage: tous étaient pourvus selon leurs gracies et leur services, et les moindres d'entre eux se trouvaient portés tout à coup à un rang élevé par rabaissement générai de la race saxonne.
Ni les révoltes des Gallois, ni les troubles de Londres , ni les démêlés qui rappelèrent plusieurs fois Guillaume sur le continent, ni Tappui des Danois prêté aux Saxons du Nord révoltés, ni la formation d'un camp de refuge où Télite de la race vaincue continuait la résistance, rien enGn ne put sérieusement ébranler le roi qu'avait couronné la conquête. Mêlant les fausses promesses aux rigueurs opportunes, Guillaume triompha de tout, et tout lui servit de prétexte pour étendre et pour enraciner la domination des vain^ queurs. Il avauçait dans le pays, partageant méthodiquement les terres é ses compagnons, et tenant un compte exact de tout ce qu'il donnait. Toute résistance commune était devenue impossible; la lutte se continua par les meurtres et par les pillages locaux des Saxons dépossédés, errant dans le pays; bientôt même, en déclarant les habitants des cantons solidairement responsables de lavie des conquérants, le roi normand rendit ces dernières représailles impossibles.
Quand la spoliation fut complète, un vaste cadastre, établi en six «innées, la régularisa et la rendit éternelle. Cette enquête générale se fonda sur la déclaration obligatoire de tous les propriétaires, à qui Ton demandait F origine et la valeur de leur propriété. Les empiétements des conquérants les uns sur les autres, ou sur le domaine royal, furent réprimés. Nul autre titre à la possession de la. terre ne fut reconnu que la
«ioaaiion royale et toute propriété légale data de la conquête. Ainsi fut rédigé ce grand livre que les Saxons appelèrent Doomsdày book^ ou Livre du jugement dernier, parce qn^il consacrait leur expropriation définitive; Ainsi fut constituée d*un seul coup, par la possession incontestée de la terre, la féodalité anglaise, composée des lieutenants et des soldats du roi, aussi disciplinée que celle du continent était indisciplinable, rattachée au suzerain par un serment direct à tous les degrés, et n* offrant aucun rival dangereux à un6 royauté qui possédait la plus large part du territoire: Seule imposable, privée de toute garantie, livrée à tous les genres d'oppression, la race Saxonne portera longtemps tout le poids de cette formidable puissance, que ses possessions continentales vont élever si liant ; mais quand les traces de la conquête seront effacées, quand de grandes guerres auront uni sur les mêmes champs de bataille l'aristocratie normande et le peuple saxon; enân quand cette féodalité, eff*rayée du despotisme royal, s'appuiera pour le tempérer sur la race qu'elle a jadis vaincue, alors sera fondée, par la comtnunauté d'intérêts et de garanties, une des plus grandes nations qui aient jamais pris part au gouvernement du monde*
IV« I<a féodalité normande en Italie,
Cette race normande qlie le saint-sîége avait lancée sur l'Angleterre était déjà Tappui de TÉglise en Italie. IjC midi de cette malheureuse contrée, séparée
de la puiâsadce germanique par les États de FÉglise, avait été morcelé entre quelques principautés lombardes, quelques villes libres, et les misérables restes de la domination grecque. Maîtres de la Sicile et de Malte, les San*asins désolaient les côtes de Tltalie et mettaient les ports à rançon. Ce fut en 1006 que quarante chevaliers normands, revenant de Palestine, se trouvèrent à Salerne en même temps que les Sarrasins. Ils encouragèrent les habitants^ et se mettant à leur tète, rejetèrent les pirates à la mer. Des aventuriers normands vinrent bientôt les rejoindre, et les possessions grecques furent attaquées avec Taide de r empereur Henri II, qui reçut l'hommage des nouveaux conquérants; mais F Allemagne était trop loin pour leur être d'un grand secours, et ce secours même était un danger. Abandonnés à eux-mêmes, les Normands s'emparèrent d' A versa, près de Naples, et en firent le rendez-vous dé tous les aventuriers de leur race. Les deux fils aînés de Tancrède de Hauteville leur arrivèrent, et tous se mirent au service d'un gouverneur grec qui voulait arracher la Sicile aux Sarrasins. Les Sarrasins furent battus. La Sicile était presque entièrement soumise, lorsque les Normands, frustrés de leur part du butin, repassèrent la mér, envahirent la Fouille, battirent une grande armée grecque, et en trois ans soumirent le pays, sauf quatre villes maritimes. Aussitôt l'organisation féodale commença ; douze comtés furent créés; la ville de Melfi resta le siégé des comtes confédérés; Guillaume Bras-de-Fer, l'un des deux fils dé Tancrède, exerça une sorte de v suprématie sur ses compagnons. Il était mort lorsque ]
les Grecs, songeant à recouvrer ritàlic méridionale « s'allièrent au pape Léon .IX, et préludèrent par des assassinats à Texpulsion des Normands ; mais ce pape vit son armée de mercenaires mise en pleine, déroute par cette race belliqueuse; et concevant dè^Iors Tidée de rattacher au saint-siége, il accepta Thommage des Normands; leur donnant Finvestiture de tout ce qu'ils avaient pris et de tout ce qu'ils pourraient prendre.
Leur conquête allait rapidement s'agrandir. L'ainé des fils du second mariage de Tancrède de Hauteville, Robert, arrivé en Italie avec quelques aventuriers, se fit proclamer comte d'Apulie, au détriment des fils de ses frères atnés. Ce héros de la conquête normande joignait à l'esprit rusé de sa race le plus brillant cou* rage et une force de corps singulière ; c'était un parfait chevalier dans l'action, et dans l'intrigue un redoutable diplomate. On l'avait surnommé Guiscard ou l'Avisé, et il mérita son surnom en gagnant le pape Nicolas II, à qui les Grecs avaient persuadé d'excom* munier le Normand. Ce même pape reconnut Robert comme duc d'Apulie par la grâce de Dieu et de saint Pierre, et comme futur duc des deux Calabres et de la Sicile. De son côté, Robert devint l'allié du saintsiège et le tributaire de l'Eglise. Il acheva laborieusement la conquête du midi de l'Italie, et y forma cet État qui devint un jour le royaume de Naples : il se composait alors des provinces grecques, de la Çalabre et de la Fouille, de la principauté lombarde de Saler ne, de la florissante république d'Amalfi, et de plusieurs parties .du duché de Bénévent.-.Les Normands d'Aversa soumirent et conservèrent Capoue. En même
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temps Robert Guiscard s'aflerinissait par des sentences xûgoureuses contre Tesprit indépendant des grands vassaux die la première conquête.
La soumission de la Sicile fut Tœuvre de son plus jeune frère, Roger. Aventurier comme ses aines, plus pauvre encore, et vivant de brigandage, il fut mis, par les succès de Robert Guiscard, en état de tenter plus noblement la fortune. La Sicile était au pouvoir des Sarrasins; les secours fréquents de TAfriquc les aidaient à repousser l'invasion chrétienne, et ils soutinrent pendant trente années l'effort des aventuriers normands , qui ignoraient Tart des sièges , et qui ne savaient vaincre qu'en rase campagne. Palerme résista cinq mois aux Normands, mais la capitulation de Palerme fut celle de la Sicile entière. Les quelques villes qui résistaient encore tombèrent en peu d'années, et Roger, devenu grand comte de Sicile, mon* tra des qualités inattendues pour le gouvernement. Les vaincus gardèrent leur liberté re^ligieuse, et tournant habilement la grande question qui agitait déjà FEurope féodale, Roger obtint du pape pour lui et pour ses descendants le titre de légat du saint-siége en Sicile, c'est-à-dire le droit d'investir les çvêques.
Cependant Robert Guiscard ne pouvait rester paisible maître de l'Italie méridionale; il entreprit de poursuivre en Orient les Grecs qu'il avait chassés de l'Italie. Profitant des révolutions de palais qui agitaient alors Constantinople, il suscita un prétendant à l'empire et réunit avec peine, parmi les populations diverses de son Etat, une armée de trente mille hommes, dont treize cents Normands faisaient toute
la force. Une tempête avait presque miné son expédition, et un échec prolongé devant Durazzo achevait de la dissoudre, lorsque Fempereur Alexis vint ofFrir à Rol)ert, en lui livrant bataille, un moyen assuré de salut. Par une étrange rencontre, la force de la nom^ breuse armée grecque consistait uniquement dans un corps de Saxons au service de Fempereur qu'on appelait la garde Yarangienne. La lance normande et la hache saxonne , qui s'étaient si ré'^emment mesurées dans les plaines d'Hastings, se retrouvaient en présence sous les murs de Durazzo. La fortune fut encore une fois contraire à cette race malheureuse, et Robert Guiscard fut sauvé par une complète victoire. Durazzo tomba et Gonstantii)ople fqt menacée.
Une diversion inattendue délivra Gonstantinopie de ce péril. La lutte de Tempire allemand contre la papauté était commencée et Henri IV assiégeait Rome. Le pape appelait ses alliés naturels, et Robert, laissant son armée à son fils Dohémond, s'embarqua seul pour ritalie. Il travailla d'abord à réprimer les révoltes de ses barons, tandis que le pape était resserré par les Allemands dans le château Saint-Ange. Robert partit pourtant avec son armée, et son approche suffit pour chasser l'empereur de Rome. Mais le parti impérial souleva la ville contre les Normands. Alors commencèrent des scènes de massacre, de pillage et d'incen" die, qui rendirent impossible au pape et à ses barbares alliés, parmi lesquels était un corps nombreux de Sarrasins, le séjour de Rome. A peine de retour dans ses Etats, Robert reprit ses desseins contre l'empire grec , <}ue son fils Bohémond avait abandonné.
]Ûl4 LIVRE ONZIÈME.
Robert avait déjà battu la puissante marine des Vénitiens alliés aux Grecs 9 et son armée allait tra verset r Archipel, lorsqu'il mourut à Géphalonie. Â soixante et dix ans il s'éteignait, dans la plus haute fortune , après cette vie active et aventureuse dont cette étrange époque nous offre seule des exemples.
Son fils Bohémoqd fut écarté du pouvoir par sa belle -mère, et Roger Bursa fut l'obscur héritier du grand Robert. Guillaume, son fils, lui succéda et mourut bientôt. Alors paraît Roger, le grand comte de Sicile. Il débarque à Saleme, se fait reconnaître héritier de son frère, Robert Guiscard, et proclamer duc de la Pouille. Le pape lui dispute alors l'Italie méridionale comme fief du saint-siége. Fidèle aux traditions de sa race, Roger bat les troupes du pape et devenant son allié, obtient de lui l'investiture. Un afiti pape, Anaclet, fit Roger roi : il fut couronné à Palerme. Mais la chute d'Anaclet faillit l'entraîner. Innocent II excommunia Roger, l'empereur d'Allemagne, les Pisans s'unirent contre le Normand , qui fut chassé d'Italie, tandis qu'on nommait un nouveau duc de la Pouille. Les querelles renaissantes de l'empire et de la papauté, la mort d'Anaclet, rouvrirent bientôt l'Italie à Roger. Innocent entreprit enfin de l'en chasser lui: même et s'avança jusqu'à San-Germano avec une armée. Le Normand battit le pape, le fit du même coup son prisonnier et son allié, et comme Léon IX, Innocent II consacra la domination normande, qui devait devenir encore l'appui de la papauté. L'investiture de Roger fut coiifirmée, et le nouveau roi, naguère l'ennemi du pape, alla purifier
ses armes dans une croisade contre les Sarrasins d'Afrique.
C'est ainsi que fut définitivement fonde ce royaxime des Deux-Siciles, brillante création de la féodalité conquérante, et surtout de cet aventureux héroïsme qui avait trouvé son expression et sa règle dans les lois de la chevalerie. C'est encore la chevalerie, personnifiée en quelques personnages restés célèbres, qui, dans le même temps, dispute pied à pied TEspagne aux musulmans. Grâce à cet esprit chevaleresque qui faisait d'une guerre continuelle le plus rigoureux des devoirs et le plus noble des plaisirs, les petites principautés chrétiennes, resserrées au ix*" siècle dans le nord de l'Espagne et presque écrasées au x^ par la grandeur éphémère du califat de Cordoue, se sont agrandies au XI*, et étendues, vers la fin de ce siècle, jusqu'au cœur de la Péninsule. Unis au saint-siége par Tadop tion du rituel romain, les chrétiens du nord de l'Espagne avaient repris cette marche lente et sûre vers le midi, qui devait tôt ou tard rejeter en Afrique les maîtres dégénérés du pays. Un seigneur de la maison de France s'était emparé de Porto-Calle, à l'embouchure du Douro, et sa conquête devint le comté de Portugal. Le roi d'Aragon emporta Saragosse, et le Cid Rodrigue de Bivar, s'emparant de Valence après une suite de victoires, unit si étroitement le souvenir de l'affranchissement de l'Espagne à la gloire de la chevalerie, que l'honneur de l'expulsion des Maures resta tout entier, dans la tradition populaire, à ce type impérissable du parfait chevalier.
ICG LlVnB ONZIEMB.